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MTF #Seine Maritime

Marius Tour de France

Jour 468 / On a traversé le pont de Normandie… en van !

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 [Mardi 28 Juin]
Ce matin, je prends mon petit déjeuner avec Viviane et son mari, le couple qui habite à côté du champ où j’ai passé la nuit. Institutrice à la retraite et « défenseure » des animaux, Viviane est très attentive à la santé de mon compagnon de voyage. Tous les deux sont cavaliers et ont été très actifs dans une association qui avait pour objectif de rendre les chemins publics lorsqu’ils avaient été spoliés par les paysans. Nous discutons longuement autour du petit-déj. et l’heure tourne ! Je finis pourtant par lever les voiles vers 13h !
En ce début d’après-midi, il fait chaud. Le soleil brille, alors que je me suis couvert de peur d’avoir froid et de prendre la pluie ! Il faut dire qu’au petit matin, on supportait une petite laine ! Difficile de s’habituer au temps normand… « Peut-être ben qu’oui, Peut-être ben qu’non ! »
Premier chemin : première barrière… Pour le coup, je crois que c’est moi qui me suis trompé  ! Demi-tour et retour par le chemin initialement prévu pour rejoindre le GR que j’ai abandonné la veille dans l’idée de me poser à Beaurepaire. En fait, en discutant avec mes hôtes,  j’avais décidé de ne pas prendre ce sentier qu’ils me déconseillaient car potentiellement dangereux avec un équidé. Finalement, il est plus facile que prévu !  Certes il y a quelques ornières, mais il est tranquille et en légère pente. Nous n’avons pas la même notion du mot « pentu ». Quand on a fait le Vercors, les Écrins ou encore le Jura, ce genre de sentier est plutôt facile. Cela dit, il faut rester vigilant : une glissade et un accident sont vite arrivés !
Le chemin est arboré ! La verdure me manque beaucoup ! Ca fait du bien de retrouver des sous-bois.  Je fais attention de ne pas me tromper car il se sépare en deux GR. Les traits rouge et blanc sont les mêmes, mais pas les numéros ! Il est préférable de ne pas se tromper pour évider de se retrouver dans une direction opposée.  Marius veut sans arrêt bouloter ! Il me tire le bras à chaque fois qu’il baisse la tête ! Ça fait mal ! Je découvre sur le sentier un jeune chevreuil mort, probablement fauché par la machine qui a coupé l’herbe … Le chemin s’étire joliment jusqu’à Criquetot-L’Esneval où le goudron refait surface. À la sortie de Vergetot, je constate que la route sur laquelle passe l’itinéraire que j’ai tracé est trop fréquentée. Pour éviter les galères et le stress du bord de route,  je fais un point carte rapide puis m’engage sur une petite route qui me conduira à l’entrée d’Emalleville. Un gros rond point nous permettra de traverser une autre grosse départementale en toute sécurité.

La fatigue pèse. En milieu d’après-midi, je me dis qu’il est bon que je trouve un endroit où m’arrêter. Devant la salle communale, j’hésite. Ses infrastructures sportives sont entourées d’une pelouse coupée mais verte. Toutefois,  je ne vois pas bien où je pourrais m’installer. Je continue donc et après deux kilomètres, j’aperçois une ferme depuis la route qui doit me ramener jusqu’au GR. Là encore, j’hésite à y aller : les bâtiments semblent vides.
Allez, je tente, on verra bien. Je m’approche et en longeant les hangars, j’entends du bruit. Serait-ce l’heure de la traite ? Lorsque je pénètre dans l’exploitation, les laitières ont presque toutes donné leur contribution. Un jeune homme termine de nettoyer la machine. Je le reconnais : je l’ai aperçu un peu plus tôt dans l’après-midi. Il conduisait un tracteur sur une des petites routes que l’on a prises et a attendu patiemment derrière nous. Le temps que nous nous rangions sur le côté pour le laisser passer. Après lui avoir expliqué ma démarche et ce que je cherchais, l’apprenti téléphone à son patron. L’exploitant arrive une dizaine de minutes plus tard. Les présentations d’usages faites, Nicolas m’indique une pâture pour Marius à côté de ses vaches et me propose de m’installer sous un hangar d’où je peux voir mes longues oreilles. C’est Royal ! Cela m’évite de monter ma tente ce soir ! C’est toujours du temps de gagné. Je vais juste étendre la bâche pour installer mon matelas et mon duvet.
Durant la discussion, Nicolas exprime le souhait de voir ma carte d’identité. Surprenante démarche pour un agriculteur qui accepte de m’accueillir pour une nuit ! J’acquiesce et feins d’oublier. Mais quelques minutes plus tard, il revient à la charge. Je l’interroge : « Pourquoi ? ». L’exploitant m’assure que c’est juste « s’il y a un problème, il a mes coordonnées ». La confiance règne me dis-je au fond de moi-même. J’ai le sentiment étrange de passer pour un présumé voleur.
Nicolas photographie ma pièce d’identité avec son téléphone puis me montre où je peux trouver de l’eau avant de partir en me souhaitant une bonne nuit.
Un quart d’heure plus tard, alors que je commence à installer mes affaires, Nicolas revient pour m’inviter à dîner et me proposer une douche. J’accepte bien volontiers. Je laisse Marius en espérant qu’il ne va pas trop braire pendant mon absence…

Après une bonne douche, je fais la connaissance de Christelle, la femme de Nicolas et de leurs deux enfants. Ces derniers me posent plein de questions sur mon voyage. Ils sont adorables ! Au cours de la soirée on échangera beaucoup sur l’état de l’agriculture et notamment les problèmes liés au prix courant du lait. Outre ses vaches laitières, Nicolas peu vivre de son exploitation grâce à la culture du lin et des céréales.
 
[Mardi 29 Juin]
A quelques jours des vacances scolaires, je cherche une nourrice pour Marius ! Je m’explique (enfin ceux qui suivent nos aventures depuis le début connaissent mais je ré-explique !) : notre voyage est rythmé par les vacances scolaires de mon fils. Du coup, à chaque fois, on se met en quête d’un lieu clos où nos mul’ânes pourront attendre tranquillement le temps que j’aille voir mon Poulbot. Lors des vacances estivales, je vais le chercher puis le ramène après un mois passé avec nous sur les chemins. C’est ce qui est prévu cet été pour juillet. Mais d’habitude Céline reste avec nos longues oreilles le temps de mon aller-retour. Cette fois donc, étant seul, je dois trouver une personne de confiance qui pourra garder Marius… Et à quelques jours de la fin des classes, ce n’est pas gagné ! Mais je fais confiance, je suis sûr que là-haut, « ils » me trouveront une solution !
A cette échéance s’ajoute une autre difficulté : le franchissement de la Seine ! Trois possibilités : le pont de Tancarville, celui de Normandie ou le bac. Pour les deux premières, un van est indispensable car longer ces deux énormes routes fréquentées me paraît compliqué. J’ai lu aussi qu’elles étaient interdites aux équidés. Je n’en ai pas eu confirmation, mais cela me semble assez évident au vu des images satellites que j’ai pu voir. Pour le bac, il faut réserver à l’avance pour la traversée du fleuve. Mais je crains de ne pas arriver à l’heure avec mon âne. Et puis je ne suis pas certain que Marius apprécie la traversée en bateau … Bref, c’est pas gagné ! Un contact m’avait bien proposé de me faire passer la Seine dans un échange de mail qui date un peu. Mais depuis, plus de nouvelles et pas de réponse à ma sollicitation. Heureusement, grâce à Facebook notamment, d’autres personnes qui suivent nos pérégrinations ont une cette même démarche généreuse. C’est le cas de Bruno.
Bruno habite à Beuzeville, de l’autre côté du pont de Normandie, dans l’Eure. Nous communiquons depuis plusieurs jours lui et moi. Propriétaire de trois ânesses, il suit depuis un moment déjà notre aventure et m’a invité à nous arrêter chez lui. Connaissant la problématique liée à la Seine, il m’a gentiment proposé de venir nous chercher. Ayant un planning chargé, ce passionné d’ânes et de randonnée vient me chercher aujourd’hui, en milieu d’après-midi, là où je serai ! Je vais me rapprocher au plus près de Tancarville pour lui éviter de faire trop de route mais je n’y serai probablement pas aujourd’hui comme je l’avais envisagé. A vrai dire, j’ai toujours un peu de mal à marcher sereinement et me pose toujours la question du sens de ce voyage aujourd’hui, sous cette nouvelle forme et après les événements récents… Et puis la route est monotone et je n’éprouve pas grand plaisir à marcher sur le goudron…
Il est 6h30 lorsque Nicolas vient me chercher sous le hangar pour aller petit-déjeuner chez lui. En cette période d’épreuves dans les établissements scolaires, il est examinateur dans un lycée agricole. Il doit partir tôt et je trouvais chouette de se voir avant son départ. J’ai beaucoup apprécié ma soirée dans cette petite famille. Comme souvent les échanges sont riches et intéressants. J’apprends beaucoup de ces rencontres. Elles me permettent aussi de faire tomber les préjugés et les idées reçues. Christelle m’a expliqué la raison pour laquelle son mari m’avait demandé ma carte d’identité. C’est un cambriolage commis la veille de mon arrivée chez ses parents qui est à l’origine de cette méfiance. Je comprends et je ne peux que les remercier de m’avoir malgré tout ouvert leur porte et leur cœur.
Je repars donc à pied jusqu’à la ferme. Marius n’était pas tranquille ce matin. Pas plus que les vaches d’ailleurs qui avaient peur de rentrer dans le hangar pour la traite ! J’ai dû déplacer Marius histoire de laisser passer les plus intimidées ! Ça n’a pas suffit : quelques-unes ont préféré rester dehors. Si Marius commence à faire peur aux vaches, Symphonie pourra peut-être revenir !! Elle se sentira protégée !!!
Après deux heures de marche, je me pose dans un champ. Une jeune femme vient à ma rencontre et me demande ce que je fais. Elle habite dans la maison qui se situe de l’autre côté du pré. De là où je suis, je vois ses chevaux sentir mon âne et s’énerver. Je lui explique que je mange un morceau avant de reprendre la route et la rassure en lui précisant que je ne reste pas très longtemps. Elle s’en va, puis, trois quarts d’heure plus tard, revient toujours d’un pas décidé. La propriétaire des équidés me dit avoir fait des recherches sur internet pour trouver des informations sur notre équipage. Et elle est tombée sur ma page Facebook et mon blog ! La magie d’internet ! Je suis très surpris !
Mélanie me demande alors si j’ai besoin de quelque chose et je lui fais part de mes recherches d’un endroit où je pourrais laisser mon âne pendant quelques temps. Spontanément, elle me répond qu’il est possible de le laisser chez elle quelques jours. J’hésite. Ça m’enlèverait une vraie épine du pied, mais il me reste presque une semaine avant le début des vacances et si je ne marche pas, je perds aussi du temps. Et puis, Bruno et sa famille se sont organisés pour venir me chercher et m’accueillir. Je décline donc la proposition, même si elle était vraiment tentante. Je préfère traverser la Seine avant tout. Il me reste encore un peu de temps. Je m’inquiétais de savoir si j’allais trouver une solution pour Marius, mais je constate que des portes s’ouvrent. Je suis donc rassuré : il y en aura d’autres.
Marius rebâté, j’avance encore un peu après avoir pris finalement un café avec Mélanie. Je passe au-dessus d’une l’autoroute et, vers 16h30, Bruno est au rendez-vous. Devant une ferme, on charge Marius qui rentrera tout seul dans le van ! Chapeau l’ami !
Je fais la connaissance de Yaouen, le fils de Bruno, qui l’accompagne. Direction le magnifique et impressionnant Pont de Normandie avec les explications de mon guide !
Nous arrivons après une demi-heure de route. Marius va pouvoir se reposer dans un pré un peu à l’écart des habitations mais à quelques dizaines de mètres de la villa de mes hôtes. Après avoir fait connaissance de Gaëlle, la femme de Bruno, des trois ânesses de la famille sans oublier les deux moutons,  Bruno me montre mes quartiers. Je vais rester ici quelques jours. Je dois prendre mon train en début de semaine.
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Marius Tour de France

Jour 466 / Etretat sous la pluie, dernières falaises avant le retour dans les terres

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Il est environ 9h30 lorsque je quitte le jardin de mes hôtes. Je n’ai vu personne ce matin. Je laisse la bouteille de cidre offerte la veille par le mari d’Emmanuelle devant la porte, car finalement elle sera trop lourde dans le bât de Marius. Je sors tranquillement du village de Vattetot-sur-Mer. Je contourne par la route la valleuse d’Étige, pour éviter les mauvaises surprises, et c’est donc par la départementale que je rejoins Bénouville, et reprends la clé des champs par le GR 21.
Lorsque j’arrive à Étretat, l’un des joyaux de la Côte d’Albâtre, il pleut ! Le chemin descend par une zone résidentielle. On y va lentement car le goudron glisse un peu sous les sabots de Marius.

Arrivés sur le front de mer, il pleut toujours. Mon regard cherche la fameuse arche. Celle pour qui je suis là. Malgré le mauvais temps, il y a des enfants, notamment des écoliers, dont un groupe intrigué, qui vient à ma rencontre pour me poser moult questions. Après quelques minutes, je continue mon chemin. Je n’aime pas trop m’attarder, de peur que Marius ne dépose un crottin. J’avance pour trouver le meilleur endroit pour faire un selfie ! Dommage, il pleut mais la beauté de ces vertigineuses falaises qui surplombent la Manche, méritaient bien un détour !

J’ai lu quelque part que sur cette plage, autrefois, les femmes lavaient leur linge. Aujourd’hui ce sont les touristes qui viennent en masse profiter du paysage. La photo dans la boîte, j’emprunte de petites ruelles pour sortir la ville. Je quitte la côte normande.  Retour dans les terres. Je mets le cap sur le pont de Tancarville. Après le camping, un champ utilisé comme parking me tend les bras ! Il n’y a quasiment pas de voiture et je saisis l’occasion pour y décharger Marius. C’est l’heure de la pause, cela fait 3h environ que l’on marche, et j’en profite aussi pour manger. La pluie redouble alors d’intensité, et je finis par me mettre sous ma bâche en attendant une accalmie.

Je me suis endormi alors que Marius dégustait l’herbe du terrain. Le temps semble s’arranger, alors je commence à ranger mes affaires, et je recharge mon compagnon de voyage. Au bout du parking, je retrouve une petite route goudronnée qui monte jusqu’au Tilleul. Sur ma carte est indiqué un camping, mais finalement je ne le trouve pas. Le bitume disparaît en quittant le village normand, et devient un très beau sentier herbeux qui sillonne au fond d’une petite vallée. Après une poignée de kilomètres, je quitte le chemin pour remonter jusqu’à Beaurepaire, afin d’y trouver un endroit où planter mon bivouac.

Après avoir cherché un petit moment, notamment du côté d’un centre de loisirs,  c’est dans une ferme que je demande à un agriculteur s’il aurait une pâture pour la nuit. Après avoir échangé sur le voyage (sa femme et lui on fait notamment une partie du chemin de Compostelle), il m’offre quelques œufs et de la salade, et m’indique un champ récemment coupé. La fenaison est terminée par endroit, ce qui me permet de trouver davantage de champs où me poser le soir. L’herbe est un peu sèche mais ce sera suffisant pour Marius. On pense à tort que l’herbe bien verte et bien grasse est bonne pour les ânes.

Ben doit me rejoindre ce soir pour pique-niquer. Mais une fois ma tente installée, il se met à pleuvoir à nouveau. Je m’installe alors dans mon 2 m2 de toile pour l’attendre ! Dehors, il pleut de plus en plus fort. Je pense à Marius qui lui, n’a rien pour s’abriter.
En sortant pour voir si tout va bien, j’aperçois une silhouette de l’autre côté du grillage, qui semble donner quelque chose à Marius. C’est une voisine qui pensait que Marius s’était sauvé de son enclos. On discute un moment. Elle a aussi des ânes. Je les avais aperçus à côté des habitations où je me suis installé. Elle me propose de mettre Marius à l’abri sous un arbre et m’invite à venir me réchauffer chez elle. Elle fait partie d’une association de protection animale, et trouve Marius en bon état. Ça me rassure ! Son mari et elle m’invitent à dîner, mais je décline car Ben doit arriver d’un instant à l’autre. Elle me propose alors deux œufs d’oie que j’accepte volontiers, ça nous fera une bonne omelette ce soir !

Finalement, ce sera des œufs à la coque ! Ben arrive en début de soirée, c’est toujours un plaisir de revoir ce jeune musicien devenu un ami, qui était venu marcher quelques jours avec nous entre la Baie de Somme et Offranville. C’est dans sa voiture que l’on dégustera les œufs. Il pleut trop dehors. On refait le monde, nous évoquons nos vies et le regard de nos familles sur nos projets, leur inquiétude face à l’avenir incertain, les projections de leurs peurs sur nous… Pas facile. Tout jeune, on nous assène qu’il faut une bonne situation pour avoir de l’argent et être heureux ! On formate les esprits d’abord dans les familles, puis dans les écoles. Bien souvent, les peurs des parents ne laissent pas leurs enfants s’épanouir, choisir leur véritable voie. Ils poussent leurs progénitures à faire des études supérieures pour qu’elles exercent des professions intellectuelles. Il vaut mieux être scientifique ou médecin que poète ou artiste. Et puis ça flatte toujours plus l’Ego d’avoir un enfant ingénieur  !

Moi, à 20 ans, je n’avais jamais eu envie de voyager. Partir marcher avec un âne ne m’était jamais venu à l’esprit. Je ne savais même pas que cela existait, des gens qui partent à l’aventure avec leur équidé. J’étais à 20 000 lieues de cela, pris dans le boulot, avec dans la tête le refrain en boucle de « la bonne situation » … Jusqu’au jour où la vie m’a « recadré » et m’a poussé sur les chemins avec Marius… Neuf ans plus tard, lorsque j’ai décidé de tout vendre pour partir, personne ne m’en a vraiment dissuadé… Je pense que d’abord, ils étaient peu nombreux à croire en mon projet un peu fou. « Ça lui passera », ont sans doute pensé certains. C’était mal me connaître et ceux qui me connaissent, savaient que j’irais  jusqu’au bout. Les plus critiques se sont tus ou ont gardé leurs jugements pour eux. Je ne les ai pas entendus même si leurs silences en disaient long… “Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.” disait René Char. C’est exactement ça.

En dessert, Ben a apporté des … religieuses au chocolat ! Mon péché gourmand !! Hummmmm quel bonheur, un peu de douceur !!

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Marius Tour de France

Jour 465 / La beauté des petits ports de pêche

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[Lundi 26 Juin]

Alors que je range tranquillement mes affaires sur l’aire municipale où j’ai bivouaqué, et que Marius broute encore un peu tranquillement, un jeune homme s’approche de moi, et me demande si j’ai dormi ici. Surpris, j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de quelqu’un qui bosse à la mairie du village. Et puis, en voyant son sac marin sur les épaules, et ce qui semblait être une couverture en laine, j’ai compris que c’était un voyageur ! Avec ses petites chaussures en cuir, Nicolas n’a cependant pas la dégaine du « wanderer ». Lui, son trip, c’est de marcher en direction du Danemark où, me dit-il, il va chercher son bateau. Tout en terminant de boucler les sacs, on discute un moment. Il me demande si je peux lui faire un café. J’accepte, bien que tout soit déjà rangé. Allez, Steph, c’est ta bonne action du jour !

Vers 10h, je lève le camp. Nicolas prend la direction de la Baie de Somme tandis que je pars de l’autre côté, vers Etretat… Juste pour la photo. On se salue et on se dit que, qui sait, un jour peut-être on se croisera à nouveau… Après tout, il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas… et encore ! Quelques minutes de marche plus tard, je reçois un appel de Claire qui me donne les coordonnées de ses amis qui sont d’accord pour nous recevoir dans la soirée. Chouette !

Direction Fécamp. Une nouvelle ville à traverser ! J’y vais sans appréhension, mais je ne peux m’empêcher de penser à Céline et Symphonie, pour qui la traversée des villes n’était pas une sinécure.

Ancien port morutier sur le littoral du pays de Caux, Fécamp se trouve dans la valleuse de la Valmont, sur la côte d’Albâtre. Je découvre la ville depuis les hauteurs de Notre-Dame du Salut, une chapelle érigée au XIe siècle, puis reconstruite au XIIIe. Grâce à sa « situation remarquable pour les navigateurs », le site a échappé à la destruction révolutionnaire. Plus tard,  au XIXe siècle, les marins pêcheurs de Fécamp feront de cette chapelle le but de leur pèlerinage. Ils s’y rendent avant et après leurs voyages à Terre-Neuve, en passant par le chemin nommé « la sente aux matelots ». Je prends quelques minutes pour admirer la vue, mais ce n’est par cet ancien chemin de croix des marins que j’atteins le centre-ville. Je préfère la route car je suis sûr de ne pas tomber sur une barrière !

Le sentier traverse la rade, puis emprunte l’avenue en bordure de mer. D’ici, impossible pour nous de longer la plage, il y a trop de marches pour y accéder ! Avant de me lancer sur l’artère très animée, je décide de me poser à la terrasse d’une sorte de cabane à frites pour y boire un café. Les points d’attache ne sont pas légion près du snack, alors je décide de laisser Marius en face, et de l’attacher à une sorte de clôture. En fait, je n’en ai pas eu le temps : il a fait un bon crottin sur le trottoir ! Hé mer*** ! Bon… Ben… Le café ce sera pour plus tard ! Là, j’entends quelqu’un râler dans le snack d’en face. « Faut ramasser », me lance le commerçant. Réflexion qui a le don de m’agacer et je lui rétorque que « je sais ce que j’ai à faire » et que, pour sa gouverne « le crottin d’âne ce n’est pas des crottes de chien ». Le café ce ne sera pas ici, c’est sûr.

Je prends le temps de débâter avant de ramasser l’objet du délit ! Après vingt bonnes minutes, j’emprunte le boulevard sous les regards intrigués des badauds. A quelques dizaines de mètres du Casino qui se situe au bout de l’artère, un groupe d’enfants traverse la rue avec plusieurs accompagnatrices. Je les laisse passer et au milieu du passage clouté, elles me posent des  questions sur mon aventure (certaines ont lu l’article paru la veille dans le quotidien Paris-Normandie), me prennent en photo et alors que des voitures commencent à s’agglutiner derrière moi, adultes et enfants m’applaudissent… Wouaw !!! Que d’émotions ! Je les remercie chaleureusement et reprends mon avancée.

Je passe devant le Casino puis grimpe sur l’autre versant de la valleuse et là, une nouvelle barrière bloque mon chemin ! Non mais sérieux ! Quand ça veut pas ! Pourtant, j’avais bien pris soin, lorsque j’étais en bord de mer, de demander à des locaux, si ce chemin était barré ! Visiblement, ces personnes ne fréquentent pas souvent cette route, car ils auraient vu cette vieille barrière rouillée… Heureusement, il n’y a pas de cadenas, mais la barre en fer est longue et très lourde. Ça va être compliqué de la soulever d’une main tout en tirant Marius de l’autre…  Je tente donc d’approcher mes longues oreilles au plus près de la barre avant de la porter à bout de bras. Marius n’est pas très rassuré. Il avance avec prudence et soudain se met à accélérer. Il me pousse. Je retiens la barrière péniblement et pour éviter de la laisser tomber, je me contorsionne. J’ai mal. Marius est passé… Je lâche tout, en rageant de douleur. J’ai très mal aux côtes et au bras mais il est passé ! Ouf ! Je prends quelques minutes pour souffler un peu, puis on continue notre grimpette. Le GR sillonne dans un camping que l’on traverse, sous le regard amusé des touristes qui nous photographient.

A travers champs, mais jamais très loin de la mer, je poursuis sur le GR 21, traverse Grainval puis Criquebeuf-En-Caux, où je remplis ma gourde et donne à boire à Marius, en discutant avec les deux sympathiques agents communaux qui m’ont indiqué où je pouvais trouver un robinet dans le cimetière qui ceint l’église. Un peu plus tard j’entre dans Yort, un autre très joli petit port de pêche avec son … Casino ! Je n’en ai jamais vu autant au km2 ! C’est à se demander si les joueurs sont si nombreux à tenter de gagner de l’argent aux bandits-manchots !  Impressionnant ! Très belle station balnéaire, je galère toutefois pour la traversée entre les bruits de véhicules en tout genre, et les rues à sens unique. Mais je garde le sourire ! Les gens sont sympas !

Il me faut descendre encore dans une valleuse avant d’arriver à Vattetot-sur-Mer où je suis attendu par Emmanuelle, l’amie de Claire. Je trouve facilement la maison, grâce à l’adresse qu’elle m’a indiquée. C’est en fait son mari qui me reçoit. La maison est celle de ses beaux-parents absents pour quelques jours. Ils ont un verger bien herbeux dans lequel je plante ma tente et attache Marius loin des arbres. Je profite d’une salle de bain pour prendre une douche… froide, mais une douche revivifiante !

Le mari d’Emmanuelle doit partir ce soir pour Paris. Informaticien, il partage sa semaine de travail entre son bureau en Normandie et la capitale. La construction de la ligne TGV permet une certaine qualité de vie, appréciable pour ceux qui ont décidé de fuir la mégapole. Moi qui prône l’éloge de la lenteur, je suis à l’opposé de cette course effrénée contre le temps. A la vitesse de mon compagnon de route, je suis bien loin de la foule parisienne !

C’est donc finalement seul que je passe la soirée. Ce n’est pas ainsi que je l’imaginais mais c’est comme ça, après tout… J’avais peut-être besoin d’être seul.

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Marius Tour de France

Jour 464 / Et si le vagabond que je suis, n’avait pas d’âne …

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[Lundi 24 Juin]

J’ai bien dormi à côté des boxes. Une longue nuit de plus de 12 heures, à l’abri sous l’appentis. Marius a été très calme dans le paddock à côté. Ce matin, le ciel est nuageux. La météo annonce de la pluie. Je profite d’une prise électrique pour charger la batterie de mon téléphone, et celle de mon ordinateur. Je me fais chauffer de l’eau dans le cabanon de jardin qui sert de bureau, comme me l’avait proposé hier soir Sandrine. Pendant que je range mes affaires, je laisse Marius brouter sur le parking fermé du centre équestre. Il y a de belles bandes herbeuses dont il profite avec appétit. Il est 10 heures lorsque Sandrine arrive. Après avoir partagé un café et remercié mon hôte, je décolle.

La journée commence par un petit bout de route départementale avant d’entrer dans Saint Valéry en Caux, pour rejoindre le GR 21 par la Cavé aux Ânes. Ça ne s’invente pas ! Les gens roulent prudemment à l’entrée de la ville. J’ai droit encore à des pouces en l’air et des « C’est génial » !! Ça me redonne le sourire. Au niveau de la déchetterie, je récupère non pas du matériel, mais le GR … lui aussi goudronné.

La petite route m’emmène jusqu’à un parking où les gens peuvent se garer pour aller voir un monument qui célèbre le premier vol Paris-New York sans escale. Un exploit réalisé par le pilote Dieudonné Costes et l’aviateur Maurice Bellonte les 1er et 2 septembre 1930, à bord du Breguet XIX Grand Raid, baptisé « Point d’interrogation ». Je fais un petit détour pour le voir. En fait, je pensais que le panneau indiquait un monument. Je croyais qu’il s’agissait d’un lieu en mémoire de soldats tombés pendant la libération. J’en vois souvent ici. Il faut dire que les plages du débarquement ne sont pas loin et qu’en août 44, la région a été le théâtre de nombreuses batailles. Ce monument design, en acier, sobre mais imposant, surplombe la falaise d’Amont, avec une vue imprenable sur la station balnéaire. La vue est magnifique. J’en profite pour faire quelques photos avant d’entamer la descente vers le centre-ville.

La pente est forte mais Marius gère bien. Je croise les doigts pour ne pas trouver une borne en bas. Finalement, c’est par un petit escalier que se termine la descente ! Serait-ce mon jour de chance ?! Les quelques marches ne sont pas trop étroites. Marius les enjambe facilement.
Notre arrivée dans le centre ville est très remarquée. Ça fait chaud au cœur tous ces sourires, ces gestes d’encouragement. Des touristes viennent à ma rencontre, me posent des questions… Toujours les mêmes… mais je réponds avec plaisir, bien qu’il me soit toujours difficile de mettre un « Je » là où j’ai mis un « Nous » pendant des mois.

Je découvre le port, photographie la maison d’Henri IV, puis grimpe dans une rue,  pour quitter la ville, après avoir traversé plusieurs petits immeubles. On devra se contenter d’une route pendant plusieurs kilomètres avant de trouver un chemin de terre. Nous ne sommes pas très loin des falaises. On aperçoit la mer mais les cultures prédominent le paysage. Peu avant la centrale électrique du Paluel, je quitte le GR pour éviter la départementale, sous la pluie, et le décor d’un site nucléaire qui ne me fait pas trop rêver.

Je regarde sur ma carte quelle alternative j’ai au goudron… Il n’y pas grand chose… J’improvise.
Entre la plaine de Tot et la plaine de Femmare, je me pose à Bertheauville pour casser la croûte. Je débâte Marius qui peut se sustenter sur un terrain vague. Ça me fait toujours bizarre de faire les choses tout seul. De devoir prendre de nouvelles habitudes. Céline et moi nous appelons tous les jours pour prendre mutuellement des nouvelles, se donner des conseils. Elle s’inquiète pour moi. Je vis vraiment mal son départ, le fait de me retrouver seul sur ce chemin sur lequel nous avions marché à deux. J’ai vu notre carav’âne d’utopistes perdre un à un les nomades qui la composaient ! Ça mine mon moral !

Après une courte pause, je reprends la route. Première à droite, un sentier doit me permet d’éviter la route, mais rapidement le chemin se transforme en un sillon qui serpente dans un champ de blé ! Comment dire ? Il est où le chemin ? Seul, je pourrais passer, mais avec Marius…  Bref. Pester ne sert à rien. Je fais donc demi-tour, retrouve la route qui m’avait mené jusqu’ici. Je descends sur Paluel par un chemin… enfin ! Il a été en partie aménagé pour permettre aux touristes de visiter une ancienne base Allemande, appuyée aux falaises de la Côte d’Albâtre. L’armée d’occupation avait abandonné le site et ses 25 blockhaus, dont une partie a été dynamitée en 1947 par des prisonniers allemands, avant d’être laissé à l’abandon par l’Armée Française. Pas le temps malheureusement de m’attarder sur ce lieu. J’aurais bien aimé, mais des barrières me laissent à penser que le chemin d’accès pourrait être fermé un peu plus bas. Le sentier herbeux glisse sous les sabots de Marius qui a bien du mal à rester debout ! En bas, deux barrières en bois ferment le site aux quads, mais laissent un passage confortable pour passer ! C’est la première fois depuis la Baie de Somme que je trouve enfin des personnes qui réfléchissent un minimum avant de fermer les GR.

Le chemin descend jusqu’au front de mer, emprunte la départementale, enjambe la Durdent, une petite rivière qui serpente dans les prairies de Paluel avant de se jeter dans la mer. Face à moi, Veulettes, une petite station balnéaire qui est, paraît-il, « la perle du pays de Caux » ! Les falaises de craie typiques que j’aperçois en longeant la digue, sont magnifiques. L’office de tourisme de la ville est ouvert. J’en profite pour expliquer à l’hôtesse que les barrières ne sont pas cool pour les balades à cheval ou en âne… mais peut-être que le tourisme équestre n’intéresse pas le territoire qui n’en a pas besoin.

« Pas du tout » me répond la dame qui m’assure qu’elle fera remonter mes doléances aux élus locaux. Pour montrer son mécontentement et appuyer mes dires, Marius dépose un joli crottin devant la porte de l’office ! Après avoir ramassé, je retrouve la digue. Au niveau du Casino (il y en a un dans presque toutes les villes que je traverse le long de la côte), je reprends de l’altitude. Pas d’autre choix que la route pour poursuivre mon avancée. Après une poignée de kilomètres, je décide de chercher un lieu pour monter mon bivouac. C’est dans une ferme que je trouve un bout de pâture pour mon âne et moi. Le hameau s’appelle le Mesnil, et l’exploitation se situe près de … la rue de la solitude !! Ça ne s’invente pas non plus !

Les agriculteurs sont très gentils. J’arrive pendant la traite. C’est le fils qui m’accueille. Je leur raconte mon voyage tandis que je monte la tente. On parle de leur métier, je les questionne sur les difficultés qu’ont les agriculteurs à vendre leur lait au meilleur prix. Ils confirment et reconnaissent qu’ils ont dû, comme bon nombre d’éleveurs, se diversifier. Heureusement le lin est beaucoup plus rentable d’autant qu’il ne pousse que dans cette région, grâce à de bonnes terres et un climat idéal pour la plante. « Plus de 90% de la production part en Chine pour fabriquer des vêtements » m’expliquent-ils. C’est énorme ! Tout comme la canicule et la sécheresse qui touchent cette année la région. Un dérèglement climatique en partie dû à cette mondialisation sans fin, capable d’envoyer des matières premières à l’autre bout du monde, pour la fabrication de biens de consommation qui transiteront ensuite par de nombreux pays, pour y être transformés, avant d’être vendus dans nos enseignes … La pérennité des exploitations n’en a que faire de l’impact carbone. Les paysans ont déjà du mal à s’en sortir et à vivre de leurs productions, alors ne leurs parlez pas de circuits courts, eux qui sont mangés par les marchés mondiaux! Pourtant, à ce rythme, dans moins d’une génération, ici comme ailleurs, l’agriculture pourrait changer en profondeur à cause des hausses de température. Adieu alors le lin qui était si rentable…

C’est un peu désabusé que je vais me coucher. Le consommateur est en grande partie responsable de ce système qui finit par le tuer à petit feu. Pathétique…

[Mardi 25 Juin]

Lorsque je sors de ma tente, la ferme semble encore endormie. Pourtant, les 90 laitières sont déjà à la traite, et mes hôtes au labeur. Vers 9h30 (oui oui c’est tôt !!) , je quitte la ferme, mais je n’ai pas encore fait 200 mètres qu’une voiture immatriculée dans le département 95 s’arrête à ma hauteur. « Je suis curieuse mais d’où venez-vous ? » m’interroge la passagère avant de me demander si elle peut nous prendre en photo. Son mari s’arrête sur le bord de la route, et pendant que je réponds aux questions durant une dizaine de minutes, la photo souvenir est dans la boîte et presque aussitôt envoyée au petit-fils prénommé… Marius !  Ça valait bien une photo souvenir!


A la sortie du village, notre chemin passe devant trois éoliennes. Un très bon exercice pour Marius qui en a une Sainte horreur !  Mon compagnon de voyage n’a pas peur devant ces grands moulins à vent, mais il marche à vive allure lorsque les pales tournent derrière lui ! J’ai du mal à le rassurer, mais à bonne distance il se calme, et on se pose quelques minutes, histoire de peaufiner l’exercice encore un peu ! Marius se détend et arrache un peu d’herbe sans montrer de crainte.
À Saint-Martin-aux-Buneaux, nous rencontrons un groupe de randonneurs normands avec qui je discute un moment dans la rue, puis nous reprenons notre chemin. Je profite d’une petite supérette pour acheter quelques victuailles. Cependant, je n’ai pas trouvé de recharge de bouteille de gaz, ce qui pourrait rapidement devenir un problème si je n’en trouve pas d’ici quelques jours, car la mienne est presque vide.

La descente est généralement abrupte sur chacun des versants qui mènent aux valleuses, ces dépressions de terrain permettant l’accès à la mer. C’est le cas aux Petites Dalles, un hameau qui tire sa réputation des falaises qui encadrent le village, et de la plage, qui ont inspiré les peintres impressionnistes comme Claude Monet et Berthe Morisot, et de ses nombreuses villas balnéaires de la fin du XIXe siècle, parfaitement conservées. Les touristes, parisiens notamment, sont nombreux. Les locaux rient beaucoup de cet afflux de gens de la capitale. Quelque peu moqueurs, ils ont même donné le nom de quartiers huppés de Paris à certaines plages  !  Je rencontre en tout cas des gens enjoués. Ça sent les vacances. Bien évidemment, les questions fusent. Les gens restent toujours surpris lorsque j’explique que nous sommes partis il y a 16 mois et que nous avons tout quitter pour ce voyage. Je ne peux pas trop m’attarder. Il est temps pour moi de repartir après un long moment passé à raconter cette aventure.

Je quitte le village par l’autre versant de la valleuse. Un gros dénivelé qu’on a du mal à grimper ! Je ne me souviens plus d’avoir gravi une côte comme celle-là. Peut-être dans le Vercors ou dans le Massif des Ecrins, et encore…. Celle-ci était particulièrement difficile. Marius a assuré ! Sur le plateau, j’admire la vue splendide, tout en longeant le sentier des douaniers
Nous profitons d’un parc ouvert pour nous poser, avant d’entamer la descente qui s’annonce tout aussi abrupte. Déjà 3h que nous marchons, et je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup avancé. Je débâte Marius, qui a droit à un pré bien vert près d’un petit lac où se trouve un poste de chasse au canard . Mon repas sera interrompu plusieurs fois par la curiosité des randonneurs et des familles.

J’hésite un peu à poursuivre mon chemin vers les Grandes Dalles. Je préférerais presque bifurquer par un sentier que je vois dessiné sur ma carte, et qui a l’air d’aller dans une ferme. Bon, sur le terrain, le sentier a presque disparu, et je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de le suivre. Je reprends le GR en espérant que la descente soit plus douce. S’accrocher aux branches, c’est un peu compliqué pour Marius ! Et puis, il glisse toujours sur l’herbe. Je dois être vigilant. La première partie de la descente se déroule plutôt bien. C’est après que ça se corse ! Le chemin devient sentier,  s’engouffre dans un sous-bois où j’aperçois un peu plus bas des marches, alors que le sentier se rétrécit. Je n’ai pas trop le choix que de continuer à descendre. Marius franchit facilement les premières marches. En revanche, les deux autres sont trop hautes et trop rapprochées. Je suis obligé de débâter dans une position délicate … entre deux marches et en descente.

Mon compagnon attend. Il s’impatiente. Et puis, juste après, il y a deux poteaux, qui de toute façon m’empêcheront de passer avec les sacoches ! C’est péniiiiible !  Je fulmine encore contre les abrutis qui plantent ces poteaux sans un minimum de réflexion. Je m’escagasse à enlever son chargement, tout en retenant mon âne qui veut avancer. Je mesure à chaque galère de ce type, combien il est compliqué de passer par la côte avec un équidé. Ça gâche vraiment le plaisir et l’envie de découvrir la beauté du Pays de Caux. Je demande de l’aide à un groupe de randonneurs qui descend le sentier, et arrive à ma hauteur. Une fois Marius déchargé, je le descends 100 mètres  plus bas, et je l’attache au portail d’une villa fermée. Il est temps pour moi de remonter chercher mes affaires restées en bordure du chemin. Mais c’est avec joie que je croise les randonneurs qui m’avait aidé, descendre avec tous mes sacs ! C’est vraiment très gentil de leur part !


Je continue ma progression vers le hameau des Grandes Dalles. Face à moi, le GR semble vertigineux. J’ai l’impression qu’il monte à pic ! C’est sûr, je ne le prendrai pas ! Une rue unique conduit à la mer. Un grand parking fait face à la digue, tandis que deux caravanes proposent une restauration rapide. Je me rends compte que j’avais accroché les sacoches à l’envers sur le bât. Je profite d’une petite place herbeuse pour décharger à nouveau, et boire un café.

J’y retrouve les randonneurs croisés dans la matinée, avec qui on échange encore quelques mots sur notre avancée. Personne ne semble s’émouvoir de la présence d’un SDF qui a planté sa tente sur le bout de pelouse où j’ai attaché Marius. L’homme, qui ne doit pas avoir trente ans, est habillé de guenilles :  ses chaussures sont éventrées, son jean déchiré ne tient que par des lambeaux… La misère est devant nos yeux et tout le monde trouve cela normal sur cette plage de Normandie. Personne ne regarde ce pauvre homme, comme si tout le monde détournait ses yeux de cette misère qui fait peur. Les yeux sont vissés sur moi et Marius… Pourtant je suis comme lui, un vagabond, sans domicile fixe. La différence réside dans le fait que j’ai un âne, que mes habits ne sont pas déchirés et que  j’ai choisi de ne plus avoir de maison… mais pour le reste… Quand je raconte que j’ai tout quitté pour vivre cette « expérience » les gens me regardent avec admiration. Lui ne raconte pas, on ne lui pose même pas la question de savoir pourquoi il a planté sa tente ici, devant un grand panneau « Camping interdit » qui sonne comme un « Casse-toi le mendiant ». Sans doute que lui n’a pas choisi cette vie de vagabond. Contrairement à moi, personne ne va vers lui pour lui demander ce dont il a besoin, personne ne l’invite à déjeuner ou à boire un café, personne ne le prend en photo… Tout le monde l’ignore, le laisse dans ce dénuement. Il lui faudrait peut-être un âne pour qu’on le remarque, qu’on s’y intéresse… qu’on voit enfin qu’il existe… Malaise. Et si d’ailleurs je n’avais pas Marius, combien de personnes me regarderaient ? Viendraient vers moi ? M’hébergeraient spontanément ou accepteraient que je pose ma tente sur leur terrain ? Mon âne, cet animal humble, est un peu mon passeport. Une clé qui ouvre la plupart des portes et des coeurs parce qu’il rassure. Pourtant, l’homme sans âne reste le même… Ce n’est juste qu’une question de confiance…


Pour éviter la prochaine côte, je reprends la rue principale, emprunte la départementale, puis sur le plateau, retrouve le GR jusqu’à St-Pierre-En-Port, où je m’arrête au cimetière remplir ma gourde d’eau.
Le GR trace entre les cultures céréalières, après être passé dans un petit bois. Ça fait plaisir de voir enfin des bouts de forêt. Ça me manque ! Je trouve les paysages monotones. Certes, les valleuses et les falaises sont magnifiques, mais les galères gâchent le plaisir. Et quand je les évite, on mange du bitume. Ça ne fait pas rêver le marcheur, le goudron de Caux!

D’ailleurs, c’est par une partie de route que j’arrive à  Neuville-sur-Fécamp, mon étape du jour pour bivouaquer ! A l’entrée du bourg, je rencontre deux touristes qui descendent de leur  4X4 pour discuter avec moi. On parle voyage et ils m’expliquent qu’ils écoutent l’émission Allo la planète dans laquelle d’ailleurs je suis passé plusieurs fois ! Baroudeurs tous les deux, ils me confient regretter de ne pas être partis plus tôt en voyage… Je comprends. Moi même j’aurais aimé avoir ce déclic à 20 ans.

Mais l’heure tourne, je dois trouver un endroit où me poser pour cette nuit. Je salue le couple qui m’indique avant de partir qu’il y a une ferme dans le village, et que peut-être je pourrai y trouver une pâture ! Pourquoi pas ! Je passe devant le stade du village, il y a du monde. Je ne m’arrête pas, pourtant à côté d’une salle communale, se trouve une vaste étendue herbeuse, dont l’accès est fermé par des barrières. Après une demi-heure de marche dans Neuville, je rencontre deux villageois qui me conseillent aussi d’aller voir cet agriculteur « de la part de son cousin », me dit l’un d’eux, après m’avoir conduit devant le chemin de l’exploitation. Si en plus la famille me donne un coup de pouce, alors ! Le chemin mène à une belle maison construite au milieu de hangars agricoles.  Je frappe à la porte. Personne ne répond. Vu l’heure, les éleveurs sont probablement à la traite. Je fais le tour de la ferme, et je me dirige vers un bâtiment d’où provient le bruit d’une machine et le beuglement de vaches. Au fond d’une allée, une porte est ouverte, d’où j’aperçois un couple traire leurs vaches. Je les interpelle.

L’homme m’entend et vient me voir. J’explique que je viens de la part de son cousin, et que je cherche une pâture pour passer la nuit avec mon âne. Le paysan est navré mais m’explique que ce n’est pas possible en ce moment, car elles sont toutes occupées par ses troupeaux. « Vous ne craignez pas le vent ? » me demande-t-il . Euh non, j’ai un peu l’habitude ! « Alors quand vous sortez de la ferme, prenez à gauche puis la deuxième à gauche et au fond de chemin, au bord de la falaise, il y a un terrain que je viens de faucher. Vous pouvez vous installer là… ». Euh … Bah… Comment dire … je remercie l’agriculteur sans oser lui parler du terrain devant sa maison… Je n’insiste pas. Je vais jeter quand même un coup d’œil… de loin… mais je ne vois pas où attacher mon compagnon. Demi-tour… Je vais tourner dans le village près de deux heures au total, avant de rencontrer un cycliste.

Curieux, il vient à ma rencontre et m’interroge sur mon voyage. Je lui réponds brièvement et lui lance que je suis à la recherche d’un terrain herbeux où passer la nuit. Il me répond que chez lui c’est sans doute possible, mais qu’il doit en parler à sa femme qui se trouve derrière. Il va la rejoindre et m’invite à avancer : « Je reviens vers vous dans 5 minutes ». Quelques dizaines de mètres plus tard, ce sont des enfants qui me rejoignent d’abord : « Les adultes sont d’accord. Notre village se trouve à 5 km d’ici ! »… Arrrg !! Le sort s’acharne ! 5 kilomètres c’est presque encore 2 heures de marche et avec nos 22 kils dans les guiboles, ça ne va pas être possible. Ce que j’explique au cycliste lorsqu’il revient vers moi. Déçus, ils s’en vont. Je me résous à aller dormir sur le terrain herbeux près du stade. Je trouverai bien une solution pour y rentrer. Quelques minutes plus tard, le cycliste revient vers moi et me propose de revenir en famille pour pique-niquer tous ensemble ! Bien sûr avec plaisir !! Le temps pour eux de rentrer, de préparer un repas à la bonne franquette et de revenir. Le temps aussi pour moi de monter ma tente et d’installer Marius. Je tends une longe le long de la haie d’arbres où j’ai planté mon bivouac, pour éviter qu’il ne s’emmêle les pinceaux durant la nuit. A côté, un champ de trois normandes qui viennent de temps en temps voir ce qu’il se passe.

En début de soirée, la petite famille croisée deux heures plus tôt arrive au parc avec un copieux pique-nique ! On discute un long moment sur mon voyage, nos vies, nos espoirs, notre vision du monde… Bref on refait le monde ! Claire m’explique qu’elle a une amie à Vattetot, un village situé à 15 km de là, qui pourrait être la prochaine étape. Ils ont un grand terrain et pourraient m’accueillir. Bonne idée! Claire me propose de la contacter et de me prévenir le lendemain ! Coool ! Très belle idée. Notre soirée se termine tranquillement dans la joie et la bonne humeur. Un chouette moment improvisé, comme je les aime !

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Marius Tour de France

Jour 462 / Pour Marius, il est temps de partir !

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Jeudi 22 Juin]

C’est le grand jour. Il est temps pour moi de quitter Offranville.
Ce matin, le réveil sonne à 6h30. La température est tombée pendant la nuit, heureusement.

Depuis la fenêtre du premier étage du centre équestre où je dors depuis près d’une semaine, le soleil semble déjà haut.
Je retrouve les rituels du matin : le rangement de duvet et du matelas. Pendant la nuit, malgré la chaleur, le linge que j’ai lavé la veille au soir n’est pas encore sec. J’espère qu’il aura le temps de sécher avant de partir, sinon le bât et les sacoches serviront de sèche-linge !

Je range encore quelques affaires avant de sortir pour aller boire un café dans le centre-ville. Depuis que j’ai installé provisoirement mes quartiers à Offranville, j’ai pris quelques habitudes, notamment celle d’aller boire mon café le matin dans un bistrot du bourg. J’essaie de ne pas rester dans ma caverne et de me sociabiliser un peu !!
En retournant vers le centre équestre, la température a sensiblement baissé, il fait frais, de la brume frôle le toit des maisons. Qui pourrait croire qu’on vient de passer trois jours en alerte canicule ?! Me vient alors l’idée de faire une photo de Marius dans la brume : personne ne me croira si je dis que nous avons ici un temps de novembre, alors que dans le sud, ils crèvent de chaud !

Je contourne donc  la salle des fêtes à côté de laquelle se trouve mon compagnon de voyage, pour le photographier… Et là… horreur : le portail est grand ouvert et Marius a disparu ! Mon cœur palpite, mes jambes flageolent … « Depuis quand a-t-il disparu ? »,  « Où est-il ? » »… Un flot de questions se bousculent dans ma tête, alors que je cours en direction des paddocks, j’essaie de me rassurer en me disant qu’il ne doit pas être loin, que la gendarmerie, si elle avait été alertée de la divagation d’un âne sur la commune, aurait prévenu le centre équestre… Haletant,  j’arrive devant l’entrée du paddock pour constater qu’effectivement, Marius n’est plus là. Il a dû réussir à ouvrir la porte. C’est devenu une habitude chez lui d’ouvrir les portes ! C’est ça d’avoir donné à mon âne, le goût de la liberté ! Pourtant, j’avais aussi pris pour habitude de sécuriser le loquet avec une corde, pour être certain qu’il ne parvienne pas ouvrir la porte ! J’ai probablement oublié de le faire hier soir… Un excès de confiance sans doute… A moins que Marius sache défaire les nœuds… Je ne serais pas étonné ! Pas le temps de réfléchir au pourquoi du comment, je cours à la recherche de Marius. Soudain, quelqu’un m’appelle au loin. Je me retourne, c’est le propriétaire du château sur le terrain duquel se trouvent les paddocks. « Il est là ! »… Ouf !!! L’homme, qui est  aussi le mari de la mairesse du village, m’explique qu’il a retrouvé mon âne vers 23h devant sa bâtisse. Une chance qu’il soit sorti à ce moment là ! J’en suis quitte pour une bonne frayeur. Mon âne en a peut-être marre du paddock, une façon peut-être de me dire : « Bon, on s’casse là ? ». Hé ben c’est l’jour cher ami ! On y va ! En tout cas, il est passablement énervé, le bougre !

Il me faut une paire d’heures encore pour finir de ranger mes affaires et équilibrer les sacoches. La gonfle de Marius a encore diminué de volume. Tout va mieux !! Je salue Pascal qui ne travaille pas aujourd’hui, mais il est venu voir si tout allait bien au centre. Je ne verrai pas Virginie avant de partir. Mais je suis très touché par ce qu’ils ont fait pour Céline et moi durant cette petite quinzaine de jours. Je leur en suis très reconnaissant. Je sors du site, traverse une des avenues principales jusqu’à la sortie de la ville. J’ai l’impression d’avoir une enclume ce matin au bout de la longe ! Mon fidèle destrier ne semble pas enclin à partir. Deux ou trois diarrhées plus loin, je comprends qu’il est en stress comme souvent au moment du départ. Après un passage à la boulangerie, je rejoins la piste cyclable. Une voie verte que je vais emprunter ce matin sur près de 8 kilomètres. Petit à petit, Marius marche mieux. Je me demande ce qu’il se dit, maintenant que nous marchons sans Céline et Symphonie. Il ne montre décidément rien. Il ne regarde pas derrière lui comme il l’a fait parfois lorsque nous nous retrouvions en tête-à-tête après quelques jours passés avec d’autres ânes.

Premiers kilomètres et premières rencontres : deux cyclistes qui m’interrogent sur mon voyage. Étrange sentiment lorsque je réponds… la première personne du pluriel est remplacé par le singulier. À ce moment-là, je me rends compte que je suis vraiment seul, que le voyage sera bien différent. Sur la voie verte, je marche sur un rouleau de goudron qui s’étale sur plusieurs kilomètres. Autour, beaucoup de cultures de lin. C’est ici l’une des principales plantations reconnaissable à la petite fleur bleue-violette posée sur une longue tige verte. Le lin est cultivé pour ses fibres textiles et ses graines oléagineuses.

A Ouville-La-Rivière, je quitte la voie verte. Je m’arrête pour manger un bout après 2h30 de marche au bord du stade de la commune. Un clin d’oeil. C’est notre lieu de prédilection, le stade ! Alors qu’un tracteur-tondeuse entame une coupe rase du terrain de sport, je finis de rebâter Marius qui s’est bien rempli la panse ! Nous empruntons deux rues tranquilles puis une artère plus fréquentée. Un large trottoir nous permet de marcher en sécurité. En pleine agglomération, les voitures ne roulent pas très vite. Alors qu’on traverse le village, j’entends derrière nous des chevaux. Je me retourne et j’aperçois une calèche tractée par de gros chevaux qui emmène en balade un groupe d’enfants. Le convoi nous rattrape, nous double, puis fait demi-tour un peu plus loin à un rond-point avant de repasser devant nous. Le conducteur de la calèche m’ interpelle et me propose de venir chez lui dans sa ferme. J’aurais bien accepté l’invitation mais il nous faut encore marcher. Je décline et nous poursuivons notre route. Toutefois, le temps semble tourner à la pluie et j’hésite à me raviser. Mais non ! On doit avancer !

Nous traversons la Sâane puis entrons dans Longueuil. Les gens ici sont très curieux et très souriants. Ils s’arrêtent, me font des signes, m’interpellent. Mais aujourd’hui est un jour un peu particulier et je ne suis pas enclin à répondre. Je réponds sans trop de détails, et puis Marius n’avance décidément pas. Je ne sais pas si c’est l’absence de Symphonie mais il marche au ralenti. Il fait de petits crottins réguliers et je m’amuse à penser qu’il laisse sa trace pour que sa mule préférée le retrouve.

Il n’est pas trop tard lorsque nous arrivons à Quiberville. Je décide alors, comme je l’avais envisagé ce matin, de poursuivre encore quelques kilomètres et de me poser à  Saint-Aubin-sur-Mer. De toute façon, nous n’avons pas trouvé de ferme où nous arrêter.  A la sortie du bourg, au bord du chemin, je devine un fauteuil au loin. Lorsque je me rapproche, je découvre une petite cabane habitée par un homme. Sur son terrain, le fameux canapé en cuir posé dans l’herbe face à la vallée ! Un bel endroit pour se poser pour la nuit, mais il n’y a presque rien à manger pour Marius.

À Saint-Aubin, difficile là aussi de trouver un endroit pour passer la nuit. Je me résous à dormir sur l’aire naturelle de camping indiquée sur ma carte.  Comme souvent, le propriétaire est un agriculteur à la retraite. Après avoir vendu son exploitation ou cédé à ses enfants, il aménage un camping sur des terres qu’il a  conservées. Cela lui permet d’assurer un revenu, car sa retraite est souvent faible.  En général, il y a toujours de la place pour mes longues z’oreilles et les prix sont petits. Alors que  je signe une feuille et m’acquitte de 10 euros (quand même … mais douche comprise !), il me raconte qu’autrefois il travaillait ses champs avec un âne. L’exploitant me conduit ensuite jusqu’à mon emplacement. Nous avons de la chance : nous avons un champ à nous tout seuls. Bon, le foin vient d’être coupé et mon pauvre compagnon de voyage devra se contenter des restes ! Cependant, les bordures sont enherbés de ronce et d’arbustes. Seul hic, le vent souffle fort ! Il faut dire que nous ne sommes qu’à une poignée de kilomètres de la mer.
J’espère qu’il va tomber cette nuit.
Seul avec Marius, l’organisation du bivouac est bien différente. Il ne supporte pas de se retrouver tout seul lorsque je m’en vais par exemple pour une douche ou aller aux toilettes. Du coup il appelle, tire sur la longe, s’énerve. Je retrouve Marius dans toute sa splendeur!

[Vendredi 23 Juin]

La nuit a été calme. Je me suis réveillé plusieurs fois pour vérifier que Marius allait bien. R..S !! Il a été plutôt tranquille, contrairement à la soirée où il était tendu. Il semblait avoir peur de ce qui pouvait y avoir derrière la grande haie où je l’avais attaché pour la nuit. Il sentait probablement des vaches un peu plus loin… Aurait-il chopé une  « Symphonite aigüe » ?

Bon allez ! Réveil à 7h ce matin ! Ça fait bizarre de se retrouver seul dans une grande tente… Grande, grande … faut relativiser quand même : C’est une tente de bivouac 3 places !!  Le vent, qui avait baissé d’intensité pendant la nuit, souffle de nouveau fort ce matin. Le ciel est nuageux, et d’ici on se demande où est la canicule tant il faisait frais depuis hier.

Alors que je range mes affaires, un agriculteur vient chercher les roundballers de foin sur le terrain où j’ai campé. Le terrain est vraiment sec, c’est rare en Normandie. Preuve du manque d’eau et de la sécheresse qui frappe ici depuis des mois.
Il est un peu moins de 10h lorsque je décolle. Alors que je m’apprête à quitter le camping, une dame vient à ma rencontre. « Vous êtes français ? » me demande-t-elle.  La dame, après ma réponse affirmative m’interroge sur ce que je fais. Je déballe mon exposé mais j’ai bien du mal encore à expliquer que je suis seul, que je ne l’étais pas au départ et que tout a changé il y a quelques jours. Pas simple encore de parler de notre carav’âne réduite en un bipède et un quadrupède…

Le GR descend sur le front de mer. Je dois tourner à gauche dans une petite ruelle avant un camping situé au bord de la plage. Je ne suis pas bien réveillé. Je manque le sentier et arrive donc à la mer… Demi-tour ! La journée commence bien ! Sur le trajet, nombre d’automobilistes font de grands signes, les pouces levés. Quel accueil ! Demi-tour donc pour reprendre mon chemin, mais un tractopelle s’est garé au milieu du chemin. Fort heureusement, le propriétaire de l’engin me propose de le déplacer. Ça tombe bien, Marius était trop large avec ses sacoches pour passer. Mais juste après, 3 petits plots et un panneau indiquant que le chemin est interdit aux véhicules à moteur ne me facilitent pas la tâche. Marius qui avait déjà peur du gros véhicule pourtant à l’arrêt, se met à détaler. Les sacoches touchent le panneau et frottent la clôture du camping. Il force, me pousse dans le grillage  et m’emporte ! Le bât est déséquilibré et glisse alors sur le côté. J’ai du mal à le remettre droit d’autant que mon drapeau est coincé dans les grilles. Je ne comprends pas les raisons de sa peur. Il a en ce moment des attitudes bizarres. Le chargement remis, après avoir dû toutefois débâter, on entame une grimpette. Là-haut, le chemin devient petite route d’où j’aperçois les falaises et la mer.

Le pays de Caux (nom qui provient d’une tribu celte, les Calètes, qui ont peuplé le territoire dès l’âge du fer) est magnifique. C’est une région économiquement dynamique du fait d’une industrie pétrochimique très implantée et diversifiée, d’une agriculture intensive importante et de l’important ensemble portuaire havrais. Sa proximité de Paris, une forte identité, la présence de nombreux châteaux et manoirs, d’une architecture rurale particulière, font de la région une destination touristiquement attractive.

Le GR gagne la départementale avant de traverser à nouveau des champs. Je décide toutefois de poursuivre sur cette petite route peu fréquentée pour arriver à Sotteville-sur-Mer. Je traverse la rue principale, où là encore Marius se met à ruer pour je ne sais quelle raison. Une pancarte indique des commerces un peu plus loin. Je me réjouis de boire un bon café mais pas de bar à l’horizon : une boucherie et une boulangerie ! Tant pis pour mon p’tit noir !  J’attache Marius à un lampadaire pour acheter du pain. Dans le commerce, je l’aperçois parvenir  à boulotter une sorte de jonc. Arff… Marius noooon !!

Alors que je le regarde, un homme entre. Il n’a pas l’air de vouloir acheter du pain mais parait agacé, semble hésité à dire un truc… Je comprends que c’est pour moi. Bingo : il me fait remarquer que mon âne mange les plantes communales et me lance : « On va en faire un méchoui ». Je lui réponds que je fais vite mais l’homme n’a pas l’air ravi. Du coup, je sors pour attacher Marius un peu plus loin. L’élu de la commune (je me dis que c’en est un, peut-être même le maire, pour me parler « de plantations municipales ») me demande alors d’où je viens. Pas le temps de lui répondre dans les détails. Je file m’occuper de mon équidé avant qu’il ne finisse à la broche. Je retourne ensuite à la boulangerie, l’homme avait disparu. Quelques minutes plus tard, alors que je mets le pain dans les sacoches, il revient et s’excuse de ne pas s’être présenté : « Je suis le maire du village ». Tiens donc…  Je m’excuse à mon tour et lui explique que je n’avais pas trouvé d’autre endroit pour attacher Marius. Bon, j’évite de lui faire remarquer qu’il n’a pas mangé grand-chose de ce jonc ! Le premier magistrat de la commune montre un certain intérêt pour mon voyage puis s’en va. Et alors que je quitte la place, Marius dépose sur la pelouse un énorme crottin. Pas sûr que ça plaise au maire mais ce sera du bon engrais pour faire repousser la plante qui a servi de casse-dalle à mon âne ! Du producteur au consommateur ! Vive les circuits courts ! Du coup, je sors un sac en plastique pour ramasser la digestion de mon âne et la mettre au pied des arbustes municipaux !! Notre duo interpelle toujours et plusieurs personnes viennent à notre rencontre comme un couple de camping-caristes bretons ou encore une habitante du village qui m’invite à m’arrêter chez elle. Malheureusement, comme hier à Ouville, je commence à peine ma journée pour déjà m’arrêter. Je décline donc avec regret. Je veux m’arrêter à Veules-les-Roses. « C’est surfait ! La mentalité a changé là-bas depuis que le village est passé à la télé » commente cette dame avant qu’elle ne me donne son adresse « au cas où je change d’avis ».

Je poursuis mon chemin à travers les rues de ce village typique normand. Le vent souffle beaucoup aujourd’hui encore. Ce n’est pas très agréable d’avoir des rafales dans la figure. Mon chapeau s’envole. Je l’attache sur le bât.
Le GR sillonne à travers les cultures locales : du lin, du blé, des betteraves ou encore des pommes de terre. Des champs à perte de vue.
Ce qui est sûr, c’est qu’ici aussi les locaux sont fans des poteaux en bois pour empêcher les quads sur les sentiers. Ça devient vraiment pénible de se retrouver bloqués par des barrières. Alors que je descends vers le centre de Veules par un petit sentier, on contourne la première sans difficulté, mais après une belle descente c’est un grand poteau en bois qui  barre notre avancée. Impossible de passer sans décharger. J’essaie de mettre des coups d’épaule pour desceller le pilier. En vain. Et alors que je regarde si Marius peut passer en poussant la haie d’arbustes, tel un bulldozer, il force et arrache le poteau ! La sacoche a tenu le coup… pas le dispositif anti-quad !! Ça m’énerve !!!

Le GR bifurque par le « chemin des Champs-Élysées »… Rien que ! Je souris en me remémorant la réflexion de l’habitante du village voisin sur Veule… « Surfait » !! Cela dit, c’est joli. Cette station balnéaire aurait inspiré des artistes, et doit notamment sa richesse au plus petit fleuve de France qu’elle voit couler : la Veules, long d’à peine 1 194 mètres ! C’est le fleuve qu’on longe sur les « Champs ». J’y découvre de vieux moulins du XIIe au XIX siècle et des roues à aube. Ce pittoresque village Normand a attiré Paul Meurice, Victor Hugo et bien d’autres !

Le chemin me conduit dans le vieux village typique. J’arrive à une église détruite, puis descends près de la plage avant de remonter de l’autre côté des falaise. Surfait ou pas, il n’en demeure pas moins que ce village est magnifique mais je n’étais pas en grande forme pour le filmer et pour discuter avec les gens. Pourtant ici aussi je suis accueilli avec de grands sourires.
En sortant du village, sur les hauteurs, un grand parking herbeux me tend les bras. Il est en partie occupé par plusieurs camping-cars et un cirque. C’est rare une place non goudronnée ! J’hésite à m’arrêter pour passer la nuit d’autant que le mal de tête n’a pas disparu. De toute façon je ne pourrais approcher  le belvédère. Impossible de laisser mon âne et mes affaires. Je décide donc de poursuivre mon chemin, j’abandonne encore le GR et je préfère la route pour éviter de nouvelles barres qui me bloqueraient.


Du bitume, encore du bitume ! Décidément, je me demande quel intérêt de longer la côte pour manger autant de goudron ! Des gendarmes me doublent et l’un d’eux me conseille un centre équestre à la sortie du prochain village. Je prends note. « Vous allez passer à Saint-Valéry ? «  me demande-t-il. Et de lui répondre que je suis pas certain d’y arriver ce soir, vu la vitesse à laquelle marche mon âne !
Après le chemin de Manneville les Pins, je traverse une grosse départementale avant d’arriver dans le village. C’est ici qu’un centre équestre pourrait m’accueillir pour la nuit. Cependant, je me mets d’abord en quête d’un terrain chez un particulier. Finalement, après avoir fait le tour du patelin au demeurant très joli, je me résous à regagner le  poney-club.

Là, j’aperçois une dame qui fume devant des boxes. Je lui demande et si c’est elle la propriétaire de la structure. Elle me répond « Non c’est elle » en me montrant la voiture qui se gare sur le parking. J’explique à Laure, la dame qui en sort, que je cherche un lieu pour bivouaquer. Après une courte réflexion elle accepte que je me pose ici pour la soirée. Il n’y a pas beaucoup d’herbe dans le paddock où on installe Marius mais il a droit à du foin. Ce sera meilleur que l’herbe normande trop riche. Tandis que Laure emmène ses chevaux inquiets en voyant les longues oreilles de mon âne, dans un autre paddock, je range mes affaires dans un box et je m’allonge un petit moment pour calmer mon mal de tête. Laure et sa maman me servent un café pour me soigner et avant de partir, m’indiquent où je peux trouver de l’eau, de l’électricité et de quoi faire chauffer mon repas. A vrai dire, je n’ai pas très faim. Je préfère aller m’allonger. Je ne monte pas la tente ce soir mais m’installe sous l’appentis des boxes, juste à côté de Marius, pour ne pas qu’il s’inquiète.

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Marius Tour de France

Jour 455 / Plus que jamais, être attentifs aux signes

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Du dimanche 11 juin au samedi 17 juin 2017]

Cette semaine a peut-être été l’une des plus intenses au niveau des prises de décision et des choix qu’il a fallu effectuer rapidement, dans ce que nous présentions comme une étape déterminante ou un tournant dans le déroulement de notre itinérance. Nous sommes donc à nouveau en pause forcée, dans le lieu plutôt sympa qu’est le Parc du Colombier de Offranville, où se trouvent le camping et le centre équestre municipaux. Ce n’est certes pas la première fois que ça nous arrive, de devoir nous arrêter. Mais cette fois, c’est différent, parce que même lors des précédents coup durs, tels que la mort de Kali en novembre 2016 dans les Vosges, l’arrêt du voyage pour Bayah à Verdun en février 2017, les aléas de la météo ou les difficultés concrètes du chemin, je n’avais jamais remis en question mes capacités à continuer. Même quand j’avais déjà valsé à cause d’un troupeau de vaches placides vers le ballon d’Alsace, sur ce GR5 qui nous avait fait suer. Nous trouvions toujours dans les événements autour ou les rencontres, une source inépuisable d’énergie, des occasions d’apprentissage et des cadeaux qui nous rendaient plutôt avides de voir se dérouler la suite, le cœur battant.

Mais là, je sens que les complications de ces dernières semaines ne sont pas anodines, les choses arrivant parce qu’elles doivent arriver, en fonction de ce que nous avons à vivre ou à comprendre. Il faut dire que depuis notre remontée en direction de la Baie de Somme, nous avions eu la sensation d’avoir été avertis. Pour rappel, Stéphane avait dû recommencer au moins six fois le tracé, qui s’effaçait, ce qui nous avait mis la puce à l’oreille. Je ne sais pas en combien de temps se remet un claquage au mollet, mais les personnes à qui j’en parle me disent 2 à 3 semaines…même si nous n’avons pas vraiment d’obligations, il est bon en voyage de garder un certain rythme, et là nous avons du mal à le garder ! De plus, bêtement pour des questions de budget, rester arrêtés puise davantage dans nos réserves que nous déplacer. Le dimanche, nous remettons à plus tard nos réflexions, car Emma, Cyrille et Bubulle vont venir nous chercher, Stéphane, Ben, Hulika et moi, pour nous emmener à Varangeville, un petit coin de paradis qu’ils adorent.

Nous nous réjouissons de les voir, et de passer un moment agréable entre amis. La scintillante douceur d’Emma et les tendres blagues de Cyrille nous remettent d’aplomb. Et nous voilà partis, face à la mer, nous balader dans les recoins où s’élèvent de belles et vieilles maisons, dont la plupart seront condamnées bientôt, sur les falaises. Nous déjeunons dans un restaurant de pêcheurs, puis allons prendre un café avec une tarte normande dans une boulangerie excellente, où l’accueil exécrable légendaire est devenu une marque de fabrique. Sauf que là, c’est une jeune vendeuse polie, nous sommes presque déçus ! Avec mes béquilles, j’arrive à clopiner suffisamment pour qu’on puisse se balader un peu et profiter de cette belle journée de retrouvailles. Au retour, nous allons voir Marius et Symphonie dans leur petit pré, pour leur remettre de l’eau, un peu de foin, et s’assurer que tout se passe bien. Et là, nous constatons que Symphonie boite légèrement.. En y regardant de plus près, on voit que son antérieur gauche a doublé de volume !

Aoutch… une friction de poil sur son boulet laisse à penser qu’elle a dû se taper sur quelque chose, mais je n’en ai pas le souvenir. Au départ de nos amis, nous ramenons les mul’ânes au club pour lui mettre un cataplasme d’argile. Je lui donne de l’arnica. Idéalement je devrais lui doucher les pattes, mais ma mulette ayant toujours vécu à la sauvageonne, elle craint le jet d’eau. Et en voyage, pas trop l’occasion d’exercer ça… pas grave, je ferai à la main avec un seau. Elle qui par contre se laisse habituellement bien soigner, se montre rétive face à Virginie qui lui met le cataplasme, pendant qu’Antoine, un autre moniteur, essaie de la tenir immobile. Moi je ne suis pas très efficace avec mon mollet coincé, et je les regarde se débattre. Ces prochains jours, je ferai les soins tranquillement au parc, avec son entière collaboration. Massage, eau, argile, gaulthérie, arnica. Mais cela ne fait que faire pencher la balance du côté du besoin de repos. Pour un temps inconnu.

 

Les quatre jours suivants se partagent entre les soins aux mul’ânes, les courses, les cafés à la terrasse de la Maison du parc, le resto du camping où Stéphane s’installe à une table de longues heures pour avancer sur les vidéos, et où Medhi nous accueille d’un sourire chaque jour. Il y a les discussions et longs échanges avec Virginie, adorable, et Pascal, non moins adorable, qui nous accueillent et nous soutiennent, et ne comptent pas leurs heures de travail au club équestre. Ils ont une énergie incroyable, d’autant plus que la sécheresse rend la carrière très poussiéreuse et qu’ils ont l’interdiction d’arroser. Chevaux comme moniteurs bouffent de la poussière à longueur de journée, sans rechigner. Ils essaient de faire le plus possible de sorties en extérieur, pour respirer. Il y a les enfants, les jeunes en situation de handicap, les ados s’exerçant pour les concours… Ben reste avec nous jusqu’au mardi. Il participe à la plupart de nos discussions au sujet de la suite et fait preuve d’une écoute réconfortante.

Après trois jours de repos, je peux poser mes béquilles, je boîte encore mais je me débrouille. La tentation de reprendre la route est grande, même si je sais que la blessure est trop fraîche, que Symphonie n’est pas prête non plus et qu’il y a des choses à envisager autrement de mon point de vue. Par exemple, je préfère prévoir « moins » et faire « plus », si la journée est fluide et qu’on est en forme, alors que Steph préfère prévoir « plus » et s’arrêter avant l’objectif si on est fatigués. Sauf que pour moi, quand on est fatigués, c’est trop tard. Car il faut encore trouver le terrain, rencontrer les gens, monter le camp, installer les mul’ânes, faire à manger, écrire pour le blog, faire les vidéos, toute activité qui demande encore de l’énergie. Ainsi, ce qui est justifié sur un voyage de quelques semaines ou deux mois, ne l’est plus forcément sur le long terme. Je sais aussi qu’à partir de 17h j’ai envie de poser. Il suffit que nous arrivions un peu tard plusieurs jours d’affilée pour que j’accumule de la fatigue. En partant à 11h le matin, on multiplie les chances d’arriver tard… Alors nous discutons beaucoup, longtemps, sans censure. Nous refaisons le match, envisageons toutes les possibilités, analysons nos ressentis, faisons un état des lieux détaillé des troupes, évaluons les forces en présence. Devant mon énième changement d’avis et mes « OK, je veux bien essayer encore, tenir bon », Steph me rappelle que c’est la troisième fois en deux semaines que je lui dis « J’arrête ! », et que Symphonie ne va pas miraculeusement ne plus avoir peur des vaches ou stresser en ville, que nous allons croiser encore des situations similaires et que mon état de fatigue est à tenir en compte. Je sais qu’il joue à l’avocat du diable et qu’il préférerait que je continue dans notre projet, nous et nos mul’ânes sur les chemins de France, en route pour Compostelle et le Portugal. Mais j’ai demandé des signes et j’en ai eu, pourquoi devrais-je forcer encore ? À chaque incident, les choses s’aggravent, comment sera le prochain ? Je suis blessée, Symphonie aussi, nous sommes continuellement arrêtées, et nous n’allons pas pouvoir passer encore 3 semaines dans ce camping.

Alors je prends ma décision : je fais une pause, une vraie. La vie nous l’a dit, TOUT VA BIEN, accueillons ces nouvelles données avec le plus de sérénité possible, c’est peut-être reculer pour mieux sauter, préparer la suite, poser les fondations de l' »après voyage », même si nous n’imaginions pas ça comme ça. Steph hésite aussi à me suivre dans cette pause. Il s’octroie encore quelques jours de réflexion. Cela dit, faire une pause, c’est bien, mais où et comment ? Il y aurait plusieurs possibilités d’accueil pour Symphonie et moi. Nous pensons à Emma et Cyrille avant tout, car j’ai vraiment flashé sur la région, et nous nous étions sentis si bien avec eux. J’appelle Emma, lui fait part de mes réflexions, de mon besoin de m’arrêter, et nous tombons d’accord sur le fait que je pourrai aller chez eux. Ils ont de la place, et des chevaux. Il habitent à une heure de route environ, et si je ne trouve pas de camion de transport équin, elle pourrait venir me, ou nous chercher avec son van le samedi suivant. Merci Emma et Cyrille, tellement, pour vos bras ouverts. Si Steph décide de continuer, il va falloir séparer les mul’ânes, et ça, ça me brise le cœur, d’autant plus que Symphonie colle Marius comme un poisson pilote son requin. Peut-être que justement, il est temps qu’elle commence à se référer plus à moi, pour qu’on puisse évoluer plus sereinement, car son attachement est anxiogène. J’ai quelques jours pour faire des exercices de séparation, consolider le traitement au fleurs de Bach, et me positionner plus que jamais en leader en qui avoir confiance, c’est à dire travailler sur mes propres angoisses et inquiétudes, et agir en confiance et en éclaircissant mes objectifs.

Du jeudi au samedi, nous nous habituons à cette idée de pause, puis par conséquent de séparation, même momentanée. Nous mûrissons avec elle et en écoutons la résonance. Ce n’est pas facile à avaler, mais il semble que ce soit la bonne direction. Steph, lui, fait le choix de continuer avec Marius, sûr que les premiers jours de chemin en solo lui indiqueront rapidement la marche à suivre. Pendant cette semaine de réflexion et de remise en place, nous faisons aussi de belles rencontres : Christian, d’abord, qui vient planter sa tente en face de nous pour une nuit. La même marque, mais le modèle 1 place. Christian est un randonneur de 71 ans. Pour passer la transition de sa retraite, déjà tardive, ce militant de cœur a eu envie de marcher trois mois chaque année en France, sur une période de 3 ans. En cette deuxième année, il en est déjà à 1,5 mois. Au cour de ses périples, il va à la rencontre de personnes qui sont aussi en transition : vers un monde alternatif, meilleur, plus humain, plus sain pour la planète et ses habitants. Comme nous, il cherche à rencontrer des groupes de personnes inscrites dans une démarche positive et audacieuse, et à créer un réseau. Et bien sûr, entre les rencontres voulues et organisées qui jalonnent son chemin, il y a les rencontres fortuites, fulgurantes, poétiques, humaines tout simplement, au détour des sentiers, ou sur une place de camping. Nous discutons de longs moments avec lui et décidons de lui consacrer une interview, impressionnés par son engagement, son dynamisme et son envie sans cesse renouvelée d’apprendre et de s’émerveiller.

 

Et puis, un jour que nous étions attablés à la Maison du parc, une petite femme pimpante et souriante s’approche de nous et nous dit qu’elle a eu vent de notre voyage et de Symphonie blessée. Elle se penche à mon oreille et me demande: « souhaitez-vous que je la regarde ? Je suis magnétiseuse. » Ah bah oui madame, avec plaisir. Car ma mulette, bien qu’elle ne boîte plus du tout, n’a pas beaucoup désenflé malgré les soins pendant 5 jours. Cette dame souhaite garder l’anonymat et je l’appellerai Claire. Nous allons toutes les deux jusqu’au parc, elle m’avoue n’avoir jamais fait de soin à un animal, et jamais approché d’équidé d’aussi près ! C’est la première fois qu’elle fait ça, mais elle a senti qu’elle devait venir. Symphonie apprécie le soin et lui abandonne sa jambe. Des larmes coulent, l’énergie est forte. À notre retour, j’ai droit à un soin aussi, pour mon mollet, et nous en profitons pour parler aussi. La douleur, ou sensibilité, est tout de suite soulagée, et 4 jours après l’intervention de Claire, comme celle-ci me l’avait annoncé, on sent une nette amélioration. Symphonie est en état de voyager. Je cherche des transporteurs, en vain. Tous les propriétaires de chevaux possédant un camion ou un van ne sont pas disponibles, la saison des concours ayant commencé. Virginie fait plusieurs téléphones, sans succès. Elle trouve finalement un de ses amis, qui n’habite pas loin et qui serait d’accord de nous emmener, mais pas avant la fin de la semaine d’après. Il est aussi prêt à nous accueillir chez lui, avec ses chevaux. Ça fait un peu loin dans le temps, Steph souhaite repartir dès que possible. Alors je rappelle Emma, elle viendra me chercher le samedi 17 au matin. En attendant, nous allons balader Marius et Symphonie tous les jours, pour aller à la boulangerie, ou juste pour un peu de broute sous les arbres. Marcher leur fait du bien et aide à la circulation dans la jambe de Symphonie. Il nous faut aussi refaire le paquetage de Marius, en essayant d’alléger le plus possible, car il va devoir prendre sur lui quelques chargements de Symphonie. Steph se sépare de tout superflu, sachant qu’en cas de besoin, je peux lui envoyer par poste.

Le vendredi soir, Ben revient nous voir et passer la soirée avec nous. Il a emmené Hulika bien sûr, et une amie à lui, Laurence, qui a beaucoup voyagé. Ils arrivent avec une délicieuse tarte normande, de la bière et du pommeau maison, spécialité locale alcoolisée et sucrée tout à fait succulente. Il nous laisse la bouteille d’ailleurs, à nous d’en faire bon usage. Ce n’est donc pas Steph qui la prendra ! Nous passons une très chouette soirée, ça nous fait vraiment plaisir de les voir, et de partager ces derniers moments avec eux. Il sont présents lorsqu’à 20h, nous publions une vidéo en direct pour faire un point de la situation avec les personnes qui nous suivent. J’en profite d’ailleurs pour toutes et tous vous remercier du fond du cœur pour vos gentils commentaires et encouragements ! Notre dernière nuit se passe bien. Nous avons assez réfléchi, assez pleuré, assez cherché… Nous avons décidé de suivre les signes, simplement, et de s’en remettre, encore et toujours, à la vie. Ce voyage physique est aussi un chemin psychologique, spirituel, évolutif. Nous prenons le pack. Le samedi matin, je me coatche pour ne pas stresser du chargement et de la séparation. Nous prenons le temps d’aller saluer et remercier toutes les personnes que nous avons côtoyées ici, et qui nous ont soutenus. Je discute avec un couple de vieux hippies anglais en vadrouille dans leur bus. Ils ont fait Compostelle, et nous souhaite « buen’ camino ».

Lorsqu’Emma arrive, nous chargeons mes affaires dans la voiture. Steph et moi nous disons au revoir avant de ramener les animaux, car on va enchaîner. En effet, Symphonie n’entend pas du tout monter dans le van ! Il nous faudra lui mettre une petite bride et nous y mettre à cinq pour qu’elle cède finalement, après 45 minutes de négociation, et charge sous le regard placide de Marius qui ne sait pas encore que lui, il reste là. Une fois chargée par contre, tout se passe à merveille. Elle n’a pas l’air stressée et voyage tranquillement. Nous avons enlevé toutes les barres et bas-flancs pour qu’elle ne se sente pas trop coincée, et elle reste très calme. Nickel, je suis heureuse et soulagée. Je fais des grands signes de loin à Virginie et lui envoie des bises dans le vent, qu’elle me retourne. Steph a prévu de bâter et de se mettre en chemin aussitôt après notre départ, pour son moral et celui de Marius. Seulement voilà, cela fait à peine 15 minutes que nous sommes parties que je reçois un coup de téléphone. C’est Steph. Marius a une grosse boule sous le ventre, au niveau du passage de sangle… TOUT VA BIEN.

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Jour 444 / « J’arrête ! »

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Samedi 10 juin 2017 – 21,5 km]
Quand le réveil sonne je n’y crois pas. « Quoi déjà ? » Comme je le craignais, je suis crevée. Je n’ai pas assez dormi car je me suis couchée trop tard, après avoir passé la soirée chez nos hôtes et leurs amis… et moi qui insiste pour que nous partions plus tôt le matin, j’appréhende aujourd’hui la journée de marche comme ça m’arrivait pour certaines journées de boulot…
C’est Symphonie qui me motive à sortir de la tente : elle frotte doucement son museau sur la toile et passe son minois à la fermeture éclair que nous ouvrons, tandis que Marius observe de plus loin. La tête dans le gaz, j’allume le réchaud du même nom et prépare le café. Patrick arrive vers 9h avec son tracteur et sa machine pour couper le bois. Il apporte aussi le petit déj, croissants et pains au choc, waouh merci beaucoup ! « David vous avait promis les croissants, mais je doute qu’il soit levé ! », lance-t-il en riant. Pendant qu’il commence à travailler, Ben, Steph et moi démontons le camp, rassemblons nos affaires et enlevons les cordes que nous avions passées autour des machines pour éviter toute blessure.

Une grosse journée nous attend encore en kilomètres mais aussi en difficulté probable, puisque nous allons traverser Dieppe. Depuis Le Tréport, je me méfie un peu… nous devons rejoindre ce soir le centre équestre et camping de Offranville, où nous avons prévu de faire un jour de pause pour que Emmanuelle et Cyrille viennent nous y retrouver et nous faire visiter des petits coins qu’ils adorent dans la région. C’est Ben qui a organisé notre pause, car il connaît Virginie, une amie à lui qui travaille au centre équestre. Celle-ci n’a pas hésité à organiser notre accueil, pour nous et nos animaux, c’est vraiment super sympa! Nous bâtons, chargeons et nous mettons en route. Nous traçons tout droit en direction de Belleville-sur-Mer, où nous rejoindrons le GR 21.

À Bracquemont, nous n’avons plus d’eau et nous nous arrêtons pour en demander à un groupe de personnes en train de monter une barrière en travers du chemin. Heureusement qu’elle n’est pas finie, ainsi nous pouvons passer. Les gens sont très gentils, nous discutons un moment tout en remplissant nos gourdes et en présentant des gamelles d’eau à nos compagnons à quatre pattes. Après Bracquemont, le GR devient très joli et nous emmène sur un petit sentier de cailloux, que les mul’ânes gèrent bien. C’est agréable car nous sommes à l’abri du soleil sous les bordures boisées. Nous passons à proximité du « Camp de César »… qui d’ailleurs, n’est jamais venu ici ! On devrait plutôt appeler cet endroit la  » Cité de Limes  » (ou Cité d’Olyme).

En effet, il s’agit d’un « oppidum gaulois » (enceinte fortifiée, très souvent ouverte sur la mer) ou plus certainement gallo-belge qui date de bien avant Jules César ! Cette « Cité de Limes » possédait en effet un port. On trouve encore, au milieu du site, la descente vers la mer. Cette valleuse descendait jusqu’au port. Avec le recul des falaises, elle s’arrête aujourd’hui sur un mur de craie de 30 mètres environ. C’est le Roi Louis XIII, venu ici-même avec ses gentilshommes, le 29 novembre 1617, qui choisit ce nom. Après une partie de pêche et des promenades, entouré des Ducs d’Orléans et de Nemours, Louis XIII transforme ce vieil oppidum celtique en « Camp de César » ! Ben voyons ! Par respect pour sa majesté et son noble entourage, ce nom restera dans le langage populaire.

Le sentier débouche à Puys, où nous rejoindrons la route qui descend vers la mer avant Neuville-les-Dieppe. Pour sortir du chemin, nous devons contourner une barrière anti-quads en passant par le talus, heureux d’avoir des animaux 4 x 4 !! Du coup, nous décidons de faire la pause casse-croûte ici, sur une petite place, à l’ombre d’un panneau indicateur nous parlant du Camp de César. Moi, j’ai plus sommeil que faim et je m’octroie une sieste obligatoire si je veux espérer pouvoir finir la journée sans trop de difficulté. À mon réveil, une dame qui habite une maison tout proche vient nous voir et nous demande gentiment si nous voulons de l’eau pour les mul’ânes, qui se sont régalés des hautes herbes et plantes diverses qui entourent la petite place. Ils me suivent tous les deux illico lorsque je prends la gamelle pliable pour me diriger vers la maison. Ils connaissent très bien le matériel et savent exactement à quoi sert chaque chose! Cela fait, nous nous motivons pour repartir, je me sens un petit peu mieux, Steph et Ben sont bien reposés et repus également et Hulika a bien profité de récupérer à l’ombre aussi.

La descente vers la mer se fait sans encombre, nous retrouvons sa belle couleur et les falaises de craie blanche. Nous retrouvons aussi les passages trop étroits ou compliqués à prendre avec nos mul’ânes, et à plusieurs reprises, Ben et Hulika suivent le GR pendant que nous continuons par des bouts de route pour essayer de le rejoindre plus loin, notamment juste après le pont qui passe au-dessus de la grosse D 485. Au moins, qu’il profite de la vue, si nous ne le pouvons pas, et même si Hulika regarde derrière en se demandant, en bon chien de berger, pourquoi nous nous séparons.

Tout se passe bien et nous arrivons petit à petit sur les hauts de Dieppe. Nous avons alors une vue phénoménale sur le port et la vieille ville. Nous prenons donc le temps de nous arrêter, en laissant brouter Marius et Symphonie sur une petite place, pour filmer un peu, faire des photos et discuter avec des personnes intéressées. J’essaie de ne pas anticiper la traversée de la ville car il y aura un pont, c’est sûr, mais comment sera-t-il ? La descente se passe bien, nous suivons le GR par quelques petites ruelles étroites qui demandent un peu de négociation de trajectoire, mais nous passons, et quelques escaliers à larges paliers où les mul’ânes assurent. Arrivés en bas, nous retrouvons Ben sirotant une boisson fraîche à une terrasse en nous attendant.

Nous nous trouvons aussi nez à nez avec le pont, et quel pont ! Sa structure est entièrement métallique, il est ouvert au trafic et très bruyant, le sol n’est pas de goudron mais de caillebotis. Il y a bien des passerelles piétonnes en bois sur les côtés, mais elles sont très étroites. Il nous faudrait soit arrêter le trafic momentanément, pour autant que Symphonie veuille bien marcher sur le métal, ou alors décharger pour passer sur les passerelles en essayant de ne pas croiser de piétons, et transporter nous même le matos. C’est mal barré car le pont est hyper fréquenté, et c’est doublement mal barré car, alors que nous nous approchons, Symphonie me regarde d’un air de dire : « Non mais t’es sérieuse ? » et se met à reculer… À nouveau ma fatigue prend le dessus, je me sens complètement impuissante, nous sommes en pleine ville, il fait chaud et je ne sais pas du tout comment nous allons bien pouvoir passer, bien que nous n’ayons pas le choix ! Je fonds en larmes sous le regard compatissant des garçons.

C’est alors qu’un ange débarque de nulle part, un monsieur s’approche de nous et comprenant notre difficulté, nous signale une passerelle un peu plus loin. Pour éviter de nous expliquer comment y parvenir, il nous propose de nous y accompagner. Merci l’Univers, nous voilà en train de suivre ce monsieur à travers un dédale de ruelles jusqu’à une petite passerelle parfaite où les mul’ânes traversent sans problème. Nous parlons d’un ange, car ce monsieur nous dit au-revoir et disparaît comme il est arrivé. Merci ! Nous nous sommes éloignés de notre tracé initial et les garçons cherchent sur les cartes une voie possible pour sortir de la ville. Moi, j’en suis incapable à ce moment là.

Nous remontons néanmoins un bout sur le quai qui va vers la mer, mais nous allons essayer d’éviter de faire tout le tour du port, où nous serions certes plus tranquilles, mais ce qui nous rallongerait beaucoup. Pendant toutes la remontée sur le quai, nous voyons briller au fond une immense enseigne rouge sur laquelle est écrit : « TOUT VA BIEN ». Nous la remarquons tous et prenons ça comme un signe supplémentaire. J’essaie de respirer et de me détendre, mais je vois bien que suis trop souvent fatiguée et que le moindre pépin se transforme en drame dans ma tête, mon cœur et mon corps, qui encaisse plutôt que de se régénérer. Quelque chose ne va plus. Je demande d’autres signes car j’ai besoin de savoir si je dois m’accrocher ou si je dois faire une pause..

Au bout du quai, nous arrivons sur une place bondée de monde. Symphonie se tient plutôt bien, mais n’est pas complètement tranquille et cela nous demande beaucoup de concentration. Marius on profite pour lâcher une grosse diarrhée devant un stand de glaces Nestlé : le message est clair ! Alors que ma mule monte un peu en pression dans le bruit et la foule, nous parvenons à nous faufiler de l’autre côté de la place et à rejoindre une petite ruelle un peu plus tranquille. Il y a aussi beaucoup de motards dans cette ville, et la tradition doit être de faire gueuler les moteurs car beaucoup s’y adonnent, ce qui n’aide pas à calmer les choses. Après un court moment de répit, la situation se complique un peu car pour sortir de la ville, et alors même que nous avons rejoint le tracé du GR, nous sommes censés marcher le long d’une route embouteillée et trop étroite pour les voitures et nous. Nous allons et venons en essayant de trouver une sortie à cet enfer, et décidons finalement d’emprunter une autre petite ruelle. Nous passons à côté d’une place où s’élève une église, et au moment où nous empruntons la ruelle étroite, plusieurs choses se produisent en même temps : des enfants nous voyant arriver courent vers nous en criant, nous passons devant un kebab où les clients et de tenanciers sortent en applaudissant et en parlant fort sur notre passage, des voitures arrivent en face et c’est très étroit, et surtout des motos… Ben marche devant et tente de faire signe au groupe de motard de calmer le jeu, car Marius et Symphonie sont effrayés, mais ceux-ci font vrombir leurs engins juste à l’angle de la petite ruelle !

C’en est trop pour ma mule qui panique et décide de faire demi-tour. Elle ne m’embarque pas mais le message est clair, alors je décide de la raccompagner le mieux possible dans ce raffut et de retourner sur la petite place, le temps que les motards passent et le temps de trouver une autre solution. Alors que je débarque sur la place, une dizaine d’enfants arrivent vers moi en courant, je leur demande de dégager car Symphonie tourne en rond et son bât et en train de tourner ! Ils ne comprennent pas le danger qu’ils courent, et que leur excitation nous met vraiment en difficulté. Steph et Ben n’ont pas compris tout de suite que j’étais retournée en arrière, et ils tardent à revenir. Et surtout, en retenant Symphonie, une douleur fulgurante me traverse le mollet et je ne peux plus marcher… c’est le claquage.


Quand Ben, Hulika, Steph et Marius me rejoignent, je suis toujours en train d’essayer de calmer Symphonie et d’essayer de faire s’éloigner les enfants, mais sur un pied. Stéphane vient à ma rescousse. Nous attachons Marius et les déchargeons tous les deux, le temps de reprendre nos esprits. Je prends du Rescue, en donne à Symphonie qui finit par se calmer. Nous réfléchissons à toute vitesse à comment nous pouvons faire. Mais n’y a pas 36 solutions, il nous faut trouver quelqu’un avec une voiture qui puisse m’emmener avec les affaires de Symphonie, Hulika et les sacs à dos jusqu’au camping de Offranville, et c’est Ben qui marchera avec ma mule pour la fin de l’étape. Il a géré un âne entier dans de pires situations, je lui fais totalement confiance. Nous cherchons en vain quelqu’un qui pourrait nous emmener et finalement nous appelons un taxi, en précisant qu’il faut un gros coffre et qu’il accepte les chiens. Lorsqu’il arrive, tout s’enchaîne, nous chargeons rapidement la voiture, un bisou et me voilà partie avec une chienne qui se demande ce qu’elle fait entre mes pieds, mais qui joue le jeu très sagement, et un chauffeur de taxi plutôt taciturne au début, mais qui finit par se dérider un peu et à s’intéresser à notre périple.

Arrivé au camping, il décharge lourdement toutes mes affaires sur le parking, et moi je prie pour que Ben, Stéphane et les mul’ânes s’en sortent… Virginie, qui a été avertie, arrive : « Salut la randonneuse ! » C’est une petite blonde jolie et super dynamique qui vient à ma rencontre tout sourire. Ouf ! Nous chargeons les affaires sur une brouette avec l’aide d’un de ses amis et ils m’emmènent jusqu’à la place de camping no 81, qu’elle nous a réservée. Quand elle me voit boiter bas, Virginie me dit qu’il y a une kiné au club équestre et que je devrais profiter de la voir. J’attache Hulika au sac à dos de Ben, à l’ombre avec un bol d’eau, et boitille jusqu’au club. Comme je m’y attendais, il n’y a rien de spécial à faire à part appliquer du froid et se donner du repos.

Lorsque je reviens, Hulika est en mode « garde du sac » et ne me laisse plus approcher. Heureusement, j’avais mis le mien un peu plus loin ! Je termine l’après-midi en attendant mes collègues couchée par terre avec la chienne, à récupérer. Nous échangeons quelques messages avec Steph, ouf, tout s’est bien passé à part que le bât sans sa charge n’arrête pas de tourner (moindre mal). Ils sont sur la voie verte et arrivent bientôt. Heureusement que Ben était là pour le coup, je ne sais pas ce qu’on aurait fait sans lui ! Mon moral passe du fond des chaussettes à des espoirs nouveaux, c’est le yoyo. Lorsqu’ils arrivent, bien fatigués, nous déchargeons Marius sur la place de camping, enlevons les bâts et allons à pied jusqu’au joli paddock que Virginie nous a aussi réservé pour 2 nuits.

Nous pressentons que notre séjour ici risque de se prolonger un peu.. Je me sens triste et en échec, sentiments qui évolueront ces prochains jours. J’avais demandé des signes et voilà, je dois m’arrêter… On en discute un moment avec Steph qui n’en mène pas large non plus, avec Ben qui fait son possible pour nous soutenir, lui qui était venu marcher pour une semaine de liberté… puis nous décidons de nous en remettre à demain, la nuit porte conseil. Pour l’instant, nous allons essayer de passer une bonne soirée et nous allons donc chez Virginie justement, qui a organisé un barbecue avec ses ados et des amis, l’occasion d’échanger et de faire mieux connaissance. Nous passons une très chouette soirée, nous sommes merveilleusement accueillis et nous sentons que nous allons être soutenus ici. Steph et moi ne rentrons pas trop tard, Virginie me prête une paire de béquilles qui me sera bien utile ces prochains jours. Ben reste encore un moment. Nous nous endormons un peu barbouillés, un peu secoués, avec mon mollet chaud et enflé, en faisant néanmoins le choix de faire confiance à l’avenir, et à la vie, puisque TOUT VA BIEN.

 

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Jour 442 / Les premières falaises

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Jeudi 8 juin 2017 – 19 km]
Tout le monde a bien dormi dans le pré fraîchement fauché. Les mul’ânes se sont abrités dernière leurs bosquets respectifs pour se protéger du vent. Au matin, celui-ci est tombé un peu, il fait bon. Ben nous avait averti qu’Hulika risquerait d’aboyer plusieurs fois dans la nuit, tenant à la perfection son rôle d’alarme, mais non, nous n’avons rien entendu.
Alors que nous démontons les tentes tranquillement, nous voyons arriver une voiture, et une dame en sortir avec un panier. Mais, c’est Delphine !!! Elle a repéré sur la carte où nous étions posés et elle arrive avec le café et le petit déj ! Wahou merci beaucoup, c’est super sympa ! Comme elle et François souhaiteraient nous rejoindre pour une étape, nous profitons aussi de ce moment pour discuter de comment nous ferons le lendemain pour nous retrouver.

Après avoir été remplir nos gourdes chez le monsieur qui nous avait donné de l’eau la veille, nous préparons les mul’ânes et partons, le cœur vaillant, à 10h30.
Ben assez bien supporté le poids de son sac mais il a quelques ampoules aux pieds, dues à ses chaussures neuves. Nous trouverons une pharmacie en route pour qu’il puisse y acheter de quoi se soigner.

Départ donc sur une piste caillouteuse bordée de champs de céréales. Le lin est en train de fleurir et il y a des coquelicots partout. Un savant mélange de verts, de bleus et de rouges, et d’odeurs qui nous accompagnent et nous enchantent. À un certain moment, le chemin devient vraiment très caillouteux et difficile pour nos mul’ânes​, car ceux-ci roulent sous leurs pieds, mais ils s’en sortent bien en utilisant aussi les bordures, profitant des herbes hautes pour grapiller l’air de rien. Bientôt nous pouvons apercevoir de plus près la mer, alors que nous nous nous rapprochons de Ault. Nous y croisons deux randonneuses retraitées enthousiasmées par notre périple ! C’est ici que nous rejoignons notre tracé de base qui longeait toute la côte depuis St-Valéry-sur-Somme. Nous avons gagné une quinzaine de km en passant droit à travers les terres.

La vue est splendide ici puisque nous voyons les falaises de craie tomber à pic sur la mer et recouverte d’herbe jusqu’au dernier cm. Ces mêmes falaises qui sont grignotées chaque année par les assauts de la mer, la rendant comme « laiteuse ». Mais nous nous rendons aussi compte que longer la côte ne sera pas si facile, car il faut traverser les petites villes et que les dénivelés, autant en descente que pour monter de l’autre côté, sont très abrupts. Nous prenons le temps de filmer et de faire de belles photos à un point de vue splendide, où plusieurs personnes avec un sourire lumineux viennent nous demander s’ils peuvent nous prendre en photo. Puis, après une belle descente, un petit passage remarqué sur la place en bas, et une solide montée, nous tombons sur une petite place de pique-nique herbeuse qui nous invite à faire une pause.

Nous y croisons beaucoup de randonneurs qui ont emprunté en sens inverse le GR où nous allons marcher ensuite. Les mul’ânes ont l’air d’apprécier l’air marin et l’herbe qu’ils ont à disposition pendant la pause. Steph en profite pour faire une micro sieste, et Hulika pour récupérer à l’ombre sous la table. À partir d’ici, le chemin en bord de falaise est fermé, il y a des panneaux partout indiquant le danger d’effondrement potentiel. Heureusement, le GR continue un peu plus dans les terres. Celui-ci nous emmène jusqu’au bois de Cise, mais avant, il y a quelque parcs à vaches à passer.

J’utilise ma technique de la longe autour du museau qui fait un peu nœud coulant et c’est parfait, j’arrive à maîtriser ma mule qui se tient à carreau. Elle marche même un peu devant sur quelques centaines de mètres, puis demande à remarcher derrière. Elle s’est vraiment accommodée de la place de suiveuse, j’en suis parfois un peu frustrée mais en même temps, je me dis que je ferais mieux d’utiliser cette particularité comme un atout.

Le Bois de Cise est magnifique. Il y a beaucoup de pins et des maisons à l’architecture complètement hallucinante, située quelque part entre ferme traditionnelle du coin et bâtiment « rococo », avec des formes absolument uniques et des détails farfelus. On se demande si un architecte fou a vécu ici, mais cela donne beaucoup de cachet à l’endroit. Ben prend certains raccourcis avec Hulika, et les dénivelés étant trop importants, nous préférons suivre la petite route avec Marius et Symphonie. De toute façon, au bout desdits raccourcis, il y a souvent des barrières « anti-quads » qui nous obligeraient à débâter. Nous longeons ensuite le Bois de Cise avant de reprendre une piste où nous sommes sûrs de pouvoir passer. Nous profitons ainsi de l’ombre qui est plutôt bienvenue.

Puis nous voilà repartis à travers champs, nous passons à côté d’un camping et du bois du Rompval.
Peu avant Mers-les-Bains, nous refaisons une petite pause en bord de route pour grignoter quelque chose et respirer un peu à l’ombre. Nous allons essayer d’arriver à Mers en passant le long des falaises, car il y a un point de vue magnifique. Nous ne savons pas si nous pouvons passer avec les mul’ânes, mais décidons de tenter le coup. Alors que nous bifurquons à droite en direction des falaises, un policier municipal s’est garé sur la piste et nous attend, posté au milieu. Il nous salue gentiment, nous pose quelques questions et finalement tout sourire, nous donne de l’eau, du pain de mie et des petites meringues.

En fait, il venait juste s’assurer que nous n’avions pas l’intention de camper au point de vue, Notre-Dame de la Falaise, car selon lui « il y a plein de problèmes et il s’en passe des vertes et des pas mûres par là-haut, la nuit ». C’est pour cette raison qu’il patrouille dans le coin. Nous le rassurons en lui disant que nous allons aller dormir à une air naturelle de camping, après le Tréport. Nous ne faisons que passer. Arrivés au point de vue, qui est une immense prairie où, en effet, il aurait fait bon bivouaquer, c’est avec soulagement que nous constatons que le chemin, même s’il est accidenté et pentu, est tout à fait accessible pour Marius et Symphonie, suffisamment large et loin de la falaise pour descendre en toute sécurité, tout en profitant des jeux des goélands dans le vent.

Une fois parvenus dans la zone urbanisée, on termine la descente en beauté avec un passage d’escaliers que nos compagnons gèrent avec agilité sous le regard ébahi des passants. Ben a pris un autre chemin avec sa chienne, pour prendre un peu d’avance dans l’optique de trouver une pharmacie et de la nourriture. Nous avons convenu de nous retrouver plus tard. Nous rejoignons le bord de mer et un grand quai très joli, bordé de maisons aux peintures colorées, que nous allons longer. En cette période de début de saison estivale, l’Esplanade du Général Leclerc est bondée de monde, de familles​ et de retraités qui se promènent, autant dire que nous progressons extrêmement lentement. Nous nous arrêtons en effet tous les 20 mètres pour répondre aux questions des passants, et aussi pour ramasser les crottins que nos mul’ânes, joueurs, ne manquent pas de déposer sur les pavés clairs et rutilants.

Arrivés au bout de l’esplanade, nous repérons une petite cabane de boissons et de nourriture rapide, derrière laquelle une barrière donne la possibilité d’attacher nos compagnons pour les décharger un moment. En effet, même si nous n’avons pas avancé beaucoup en raison des dénivelés et des rencontres, cela fait tout de même 3h que Marius et Symphonie portent leurs chargements. Cette pause est bienvenue car nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il nous reste encore à traverser le port et nous ne savons pas du tout ce que nous allons trouver comme passerelles. Une dame émerveillée sur la promenade a insisté pour nous donner quelques sous pour nous offrir à boire, et alors que Ben nous rejoint, nous en profitons pour déguster une tournée de glaces. Les mul’ânes​ en profitent pour faire un brin de sieste. L’après-midi et déjà bien avancée mais loin d’être terminée.

Ben est allé en éclaireur constater que les passerelles sont suffisamment larges pour nos compagnons et leurs sacoches, mais rien n’est moins sûr qu’ils voudront les traverser, puisqu’elles sont métalliques sur les côtés et en caillebotis au milieu, ce qui leur laisse la possibilité de voir l’eau s’écouler sous leurs pieds. Nous nous présentons devant la première passerelle par un passage étroit au dessus d’une écluse en chantier que nous devons négocier. Marius s’engage avec un peu d’hésitation et traverse sur la pointe des pieds. Quant à Symphonie, pas moyen. Elle accepte à trois reprises de s’y engager, mais lorsqu’elle pose son sabot sur le métal, le bruit de résonance la dissuade et elle recule. Même le fait que Marius soit de l’autre côté ne l’encourage pas à passer. Nous insistons un peu, moi devant, Stéphane derrière, mais nous sommes interrompus régulièrement par des passants qui traversent aussi la passerelle. Symphonie monte en pression, ça sent le compromis.

Je décide alors de faire le tour par la route, ce qui me prendra 10 minutes, pendant que Marius traversera la deuxième passerelle, et nous nous retrouverons sur le quai de l’autre côté. Je décide de ne pas m’énerver et de ne pas perdre mon sang-froid, mais je me sens quand même un peu désarçonné​e et fatiguée. Heureusement, Symphonie accepte de se séparer de son « âne sœur » et de faire le tour le long de la route, qui présente un bas-côté bien large et facile pour progresser. Je la motive toniquement et malgré quelques hésitations et appels désespérés, elle me suit d’un pas franc. Le pont que je vais traverser est emprunté par les voitures et goudronné, et il ne présente aucune difficulté. Stéphane m’attend de l’autre côté un peu inquiet, pendant que Ben est resté avec Marius et Hulika.

Nous remontons tout le quai en sens inverse, il y a des voitures garées, un peu de trafic, mais quand même de la place, donc ça va. Les mul’ânes sont contents de se retrouver. Nous repartons et là, nouvelle bataille. Pour une raison que j’ignore, Symphonie ne veut pas marcher sur le quai en bois alors qu’habituellement cela ne lui pose aucun problème. Je dois faire attention, car en essayant de trouver un autre passage elle pourrait heurter des voitures garées avec son chargement. Après quelques tentatives qui ne font que la désécuriser, je décide de marcher sur la route, mais ça y est, je suis énervée. Nous remontons de l’autre côté sur une petite route, la route Des Ânes en l’occurrence, nous sommes bientôt arrivés à l’air naturelle de camping.

En marchant, j’ai des larmes plein les yeux, je me sens complètement impuissante. Nous nous en sommes sortis certes, mais cela me fatigue beaucoup, surtout après une journée de marche.. L’air naturelle​, à laquelle nous arrivons à passé 19h, est très sympa et calme. Nous pouvons compléter, avec nos cordes, un espace clos pour les mul’ânes derrière un bâtiment, ce qui nous évitera de les attacher, et nous plantons notre tente devant eux, dans un pré vide de tout autre occupant.

Ben a pris un autre chemin pour nous rejoindre et il a ramené de la bière et des fruits. Merci infiniment Ben pour ton soutien et ton écoute dans ces moments un peu difficiles. La soirée se passe bien, je me détends et me dis que tout ça n’est pas si grave, qu’il faut que j’arrive à prendre ce genre de situations avec plus d’humour et ne pas m’accabler ni accabler Symphonie pour des choses que nous ne maîtrisons pas, ou plus, ou pas encore. Surtout quand des badauds (mot qui a fait beaucoup rigoler Ben) en rajoutent, alors que j’essaie de gérer ma mule, en commentant copieusement « ou là lààà, qu’il est têtu !! » Malgré tout, je me rends compte que je tiens moins bien le choc en cas de problèmes ou d’imprévus, surtout si ceux-ci se présentent en fin de journée ou si ils s’accumulent. Je craque trop facilement, comme si je n’avais plus de batteries… Nous avons déjà traversé plusieurs grandes villes, mais toutes les villes ne présentent pas les mêmes difficultés. Celles de la côte normande sont un peu plus compliquées dans la mesure où il faut toujours traverser un cours d’eau, gérer le dénivelé et une urbanisation bruyante, et ceci au milieu du monde présent en cette belle saison.

Nous pouvons profiter de prendre une douche, ce qui nous remet un peu d’aplomb, et les quelques gorgées de bière m’aident à relativiser. Steph fait ses étirements de fin de journée, qui l’aident beaucoup à venir à bout de ses douleurs, Ben soigne ses ampoules, Hulika nous ramène sa balle pour jouer, les mul’ânes inspectent curieusement leur parc et se calent contre un mur, et nous allons nous coucher d’assez bonne humeur, pour dire, après un petit moment de guitare.

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Marius Tour de France

Jour 441 / On reprend la route avec Ben

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Mercredi 7 juin 2017 -18km]

Il y a toujours pas mal de vent aujourd’hui, du 65km/h, mais c’est mieux qu’hier car il fait sec. Cela fait deux semaines que nous sommes à nouveau arrêtés, notre rythme de croisière a fortement ralenti ces derniers temps, et du coup il nous est plus difficile de garder le rythme. C’était certes pour de bonnes raisons, il fallait réparer le matériel et reprendre confiance. Nous avons quand même hâte de repartir sur les chemins. Avec mes prises de conscience de ces derniers jours, les différents téléphones effectués, les fleurs de Bach régulièrement pour Symphonie et moi, le repos et quelques bonnes résolutions, je me sens plutôt d’attaque pour repartir. C’est plutôt chouette car je n’en menais pas large il y a quelques jours encore. Nous n’avons aucune idée de comment cela va se passer avec Symphonie, même si nous avons bon espoir et restons positifs. Nous avons aussi appris de nos erreurs, c’est cela qui est important.

Benjamin, qui est venu nous rejoindre pour marcher quelques jours avec nous dans le but de rentrer chez lui à pied, a passé une bonne nuit chez Delphine et François avec sa chienne Hulika. Nous aurons plusieurs jours pour faire leur connaissance et nous sommes contents d’avoir cette nouvelle énergie dans la caravane. On prend un petit déj’ et un bon café pour se mettre en route. Nos hôtes vont faire un gros câlin aux mul’ânes​ pour leur dire au revoir, ils étaient super bien ici, avec leurs nouveau copains. Bella avait même commencé à draguer Marius, et celui-ci n’était pas indifférent mais Abricot a coupé court à toute tentative de rapprochement. Le temps de rassembler nos affaires, d’équilibrer les sacoches et de reprendre nos marques, il est 11h lorsque nous partons !

La petite plaque de bois très fin découpée par François pour remplacer celle en polystyrène qui avait explosé lors de l’embardée de Symphonie à l’air de remplir son office à merveille. J’ai aussi remplacé les boucles de fermeture qui avaient cassé. Le cordonnier a super bien travaillé et a respecté mes demandes à la lettre, j’en suis très heureuse. Restent quelques réglages à peaufiner, mais dans l’ensemble c’est parfait. Le sac de Ben est extrêmement lourd, il faut dire qu’il emporte les croquettes d’Hulika, sa tente qui fait plus de 3 kg et sa guitare ! Chouette, nous aurons de la musique en chemin, enfin plutôt en bivouac… il s’est dit que pour quelques jours, il supporterait ces 20kg.

Pour cette première journée et parce que nous ne voulons pas trop charger les mul’ânes non plus​, nous en restons à cette disposition, mais il est très probable que les jours prochains nous soulagerons Ben d’un peu de poids. Delphine et François nous accompagnent sur le premier kilomètre, en prenant quelques photos. C’est chouette. Eux aussi nous rejoindront sûrement pour une étape ces prochains jours. Nous nous disons donc au revoir à un carrefour, dans les bois dont beaucoup de branches jonchent le sol après la tempête d’hier. Nous savons que nous allons nous revoir bientôt. Nous n’avons pas eu vraiment l’occasion de regarder sur la carte où nous pouvions nous arrêter ce soir, nous partons donc à l’aveugle. Pour gagner un peu de temps et éviter d’avoir trop de vent, nous renonçons à passer le long de la côte par Saint-Valéry pour couper directement en direction de Ault. Nous avons donc bien fait de profiter de quelques sorties touristiques entre Saint-Valéry, le phare du Hourdel et le Crotoy, avec nos hôtes contents de nous faire visiter cette région qu’ils affectionnent particulièrement.

Nous marchons beaucoup dans les champs aujourd’hui, des chemins caillouteux qui traversent  les cultures, et d’assez longues lignes droites. Nous suivons un bout de GR au départ, puis ensuite le tracé que nous avons fait en fonction de ce que nous pensions être praticable. Nous nous méfions des petits chemins, car dans la région, nous avons rencontré beaucoup de « barrières anti-quad » devant lesquelles, il nous faut débâter systématiquement pour passer. Nous préférons donc essayer de suivre les pistes et les petites routes goudronnées, d’autant plus que nous avons un jour de retard et entre 18 et 20 km à effectuer par jour si nous voulons être le week-end prochain aux alentours de Offranville. En effet, nous avons prévu d’y retrouver, pour une journée, Emmanuelle et Cyrille, qui adorent ce petit coin de côte.

Nous passons Estrébœuf puis Tilloy. Notre avancée est rendue un peu pénible par le vent, heureusement qu’il y a quelques petites traversées de bois, lors desquelles les mul’ânes se régalent des feuilles de frêne fanées, sous leurs pieds. Nous longeons bien sûr quelques parcs à vaches, que je passe sans trop de difficultés. Pour les vaches, j’ai trouvé un système : je passe la longe autour du museau de Symphonie de manière à ce qu’elle soit tenue plus fermement dans les passages où elle pourrait être tentée de fuir. Il est important que j’arrive à la tenir et qu’elle comprenne qu’elle ne peut échapper, que nous la protégeons. J’espérais que cela suffirait, et en effet, ça a marché à plusieurs reprises. Alors qu’elle tentait d’accélérer et de prendre la main comme elle le fait en cas d’insécurité, ce petit moyen de contention momentané est efficace. À un moment, Stéphane doit tout même aller derrière la mulette pour la pousser, ayant pris soin de laisser brouter Marius à quelques mètres, car elle refuse de passer devant les vaches, et en plus elle en voit d’autres derrière. Finalement, n’avons pas besoin d’insister beaucoup et elle passe devant le parc assez calmement. Les prochains jours me confirmeront si ce système est pérenne.

La journée est assez monotone à marcher dans les champs et dans le vent. Malgré tout c’est très joli car les blés ondoient. Nous faisons la pause de mi-journée de marche (vu l’heure qu’il est, il ne sert à rien d’appeler ça une pause de midi) dans un chemin herbeux et arboré à la sortie d’un village, pendant laquelle Steph a un long téléphone avec son fils Malone. Ils s’appellent  plusieurs fois par semaine. C’est le frais qui nous pousse à nous remettre en route, après avoir cassé la croûte. Ben et Hulika marchent devant. Ben tient le rythme avec son lourd sac, heureusement que c’est un solide gaillard ! Après encore une paire d’heures de marche, à la sortie de Woignarue, on décide de se poser dans un champ fraîchement fauché, avec l’accord d’un voisin. On lui demande s’il connaît l’agriculteur, il nous dit qu’on peut bivouaquer tranquille.

Je vais chercher de l’eau chez lui, les 18 litres réglementaires. On laisse brouter un moment les mul’ânes en liberté, heureux d’avoir un grand pré, avant de les attacher chacun à un bosquet où ils peuvent aller s’abriter du vent. On passe la soirée doucement, il fait un peu frais, à grignoter un morceau et à discuter. Ben a aussi un âne, Ségur, qui est vieux aujourd’hui, et entier ! Il a pas mal bourlingué avec lui, bâté ou attelé. Nous échangeons sur la vie, la famille, les différences, la tolérance. Hulika est une chienne adorable, qui adore jouer, sociable et un peu timide à la fois. Elle nous fait beaucoup penser à Kali… Et elle garde la tente de Ben contre vent et marée, surtout dès que la nuit tombe. Nous échangeons aussi quelques messages avec Delphine, pour lui dire que nous sommes bien arrivés et où nous sommes.

On va essayer de se lever à 7h demain pour partir plus tôt. Nous sommes super contents de retrouver la tente et notamment la toile intérieure qui est toute neuve, puisque l’ancienne, déchirée, a été remplacée.  Alors que nous regardons les cartes pour les prochains jours Ben sort sa guitare et joue quelques morceaux, chantés également, pour notre plus grand plaisir. Nous avons peu d’occasions musicales en chemin, et nous en profitons ! À 23h30, dernière vérification que tout va bien pour les animaux, et extinction des feux.

 

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Marius Tour de France

Jour 430 / Retrouvailles avec nos amis … et la phobie des vaches !

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Mercredi 24 mai 2017 – 18 km]

Nous nous réveillons doucement sur ce joli terrain communal bordé de peupliers, en face de la grotte de la Vierge. Je prépare un petit déjeuner, après avoir déplacé Marius et Symphonie de quelques mètres, pour qu’ils puissent prendre le leur. Prise d’une envie de me soulager qui ne se discute pas, je pars en quête de toilettes publiques. Je demande à deux dames occupées à arroser des plantes dans le cimetière, à côté de l’église. Elles me répondent que les seules toilettes publiques se situent dans l’école. Ah ? Il y a une sonnette, je m’exécute mais personne ne me répond. J’ai l’impression qu’ils sont en pleine dictée, certes mais ça n’arrange pas mes bidons ! Une des deux dames, d’un âge certain, me propose de venir chez elle, elle n’habite pas loin. Comme je sais que Stéphane aura probablement besoin d’y aller aussi, je lui demande si elle est d’accord pour qu’il vienne après moi.

Partagée entre son bon cœur, son envie de rendre service et sa crainte d’inconnus débarquant chez elle, je la vois hésiter. Elle ne peut pas dire non mais elle est inquiète. Arrive à ce moment-là René, le conseiller communal qui nous a accueillis la veille, l’homme qui tombe à pic. La dame l’invite à boire le café, ainsi rassurée. Merci Madame, d’avoir osé ouvrir votre porte. Steph y a finalement même pris un café, la classe.
Alors que nous équilibrons nos sacoches, nous entendons le klaxon de la boulangère ambulante. J’achète deux baguettes pour 2,60 euros… Bon, quand on a besoin de pain. Nous recevons encore la visite du Maire juste avant notre départ. Il nous souhaite bonne route.
Finalement, il est 10h50 lorsque nous partons. Nous passons Biencourt, Morival, en suivant de petites routes goudronnées à travers les cultures, progression monotone propice à la méditation, celle de goûter à la sensation du vent et d’écouter les petites alouettes qui piaillent au dessus des champs cultivés.

Les pieds de Symphonie semblent aller mieux, le Hoof stuff et le temps redevenu sec ont fait leur effet dans ses fourchettes sensibles. Nous sommes de bonne humeur aujourd’hui, et il faut dire que nous nous réjouissons de la soirée, puisque nous allons revoir Brigitte et Sader, qui profitent d’une escapade de quelques jours en Baie-de-Somme, à l’occasion du long week-end de l’Ascension, pour nous ramener Bayah là où nous serons posés !

Nous passons sous un tunnel qui résonne juste avant Vismes, ce qui n’émeut personne. Il fait chaud.
Nous nous arrêtons pour une pause casse-croûte de 13h à 14h dans une pâture à vaches ouverte. Alors que nous grignotons assis sur une petite zone d’ombre et que les mul’ânes broutent pas loin, l’agriculteur vient nous voir. Son troupeau de vaches est derrière lui, dans le parc d’en face, il pensait les mettre là. Les vaches s’impatientent et appellent pour qu’il leur ouvre. Très gentil et intéressé par notre voyage, l’agriculteur nous dit de prendre notre temps, il va amener ses vaches ailleurs. Il revient même nous apporter des boîtes de thon, de maquereau, du pâté et une bouteille de Tropicana super fraîche, sur l’initiative de sa femme qui nous fait des signes au loin. Nous sommes très reconnaissants !

On change notre itinéraire pour gagner un ou deux kilomètres, sur les conseils de l’agriculteur.
En marchant sur cette longue ligne droite en direction de Toirs en Vimeu, il nous semble percevoir dans le vent du nord / nord-est les premiers effluves salés de la mer… Difficile à décrire comme impression géniale, mais c’est vrai qu’on s’en rapproche, de cette mer que nous attendons. Au bout de la piste, nous nous rendons compte que les chemins présents sur la carte n’existent plus en réalité, et nous sommes obligés d’emprunter un bon bout de grosse départementale « chaud patate » avec un rétrécissement juste avant le village. Il y a des vaches des deux côtés, des camions et une tondeuse dans un jardin… on finit par se mettre au milieu de la route et à faire signe de ralentir pour les 20 derniers mètres, pour notre sécurité.

Nos mul’ânes commencent à être vraiment de vieux roublards, et même s’il y a une petite montée en pression, tout se passe bien. On est quand même contents de bifurquer dans le village. Tout ça parce que les petits sentiers que nous avions repérés ont disparu ! En effet, les cartes ne sont pas remises à jour assez régulièrement et dans certaines régions, la réalité ne correspond pas du tout avec ce que nous avons sous les yeux. Nous pouvons d’ailleurs nous y attendre assez rapidement, si on regarde la vieille typographie utilisée sur certaines cartes et qui nous laisse présager que nous aurons des surprises sur le terrain.

Nous arrivons à Toeufles à 17h, mais ne trouvons pas tout de suite où nous poser. Nous tournons dans le village, discutons par la fenêtre d’une usine avec des employés ravis de nous voir passer et qui nous redirigent un peu plus loin. Nous saluons des retraités qui, eux, saluent notre courage, et continuons à chercher. D’abord sans succès, nous finissons par voir un petit bout de pâture derrière des murs en briques. Il y a une grande propriété avec un tracteur qui fait les foins dans les champs et Stéphane va demander à l’agriculteur ce qu’il en est, pendant que je garde les mul’ânes broutant. Le petit pré appartient au patron de l’usine que nous avons vue à l’entrée du village, et Stéphane repart pour aller demander l’autorisation.

Il revient avec le frère du patron, qui est très gentil et nous autorise à nous poser là et à utiliser le petit abri pour dormir. Il vérifie également qu’il reste un peu d’eau dans la citerne pour les mul’ânes et nous indique où trouver un robinet pour l’eau potable pour nous. Nous serons super bien ici, c’est herbeux mais pas trop, ombragé, arboré, au calme et nous n’avons pas besoin de monter la tente. Nous envoyons rapidement un message à Brigitte et Sader pour qu’ils puissent nous rejoindre. Alors que nous sommes en train d’installer notre camp, nous voyons arriver l’employé de l’usine avec qui on avait discuté par la fenêtre. Tout sourire, il nous tend un « gâteau battu », la spécialité du coin ! « Voilà pour votre petit-déjeuner ! » Wouahou merci! Après avoir parlé un moment, il nous dit que son neveu n’habite pas loin, que c’est un voyageur et que cela lui plairait sûrement de venir nous voir. Il s’en va donc le chercher et nous dit nous tenir au courant. Nous ne l’avons pas revu, ni son neveu d’ailleurs… il ne l’a peut-être pas trouvé.

Lorsque Brigitte et Sader arrivent, nous entendons aboyer Bayah dans la voiture et cela nous fait tout drôle !! Elle est la première arrivée, avec un air tout bizarre, entre joie et perplexité. Cela fait plus de deux mois que nous ne nous sommes pas vus. Pour nous les humains, ce sont des embrassades de retrouvailles émouvantes, pendant que Marius et Symphonie viennent renifler Bayah et lui faire des papouilles sur le dos, signes qu’ils l’ont reconnue. Nos amis sortent un sac de victuailles de la voiture et nous installons une bâche pour prendre un bon apéro. Nous trinquons au plaisir d’être ensemble et à la joie de nous voir. Nous rigolons beaucoup, le petit vin blanc aidant probablement. Quel beau moment !

Symphonie reste à côté de nous une bonne partie de la soirée, en mode sieste. Marius va et vient. Lorsque nos amis décident de s’en aller pour rejoindre leur chambre d’hôtes, Bayah ne fait pas mine de vouloir sauter dans la voiture, ce qui nous rassure un peu. Elle est donc prête à reprendre la route avec nous, toute belle, brillante et en forme. Nous installons notre couchage sous le petit abri en mettant un peu de paille par terre pour aplanir le sol alors que la nuit tombe doucement. Nous nous sentons vraiment en contact avec la nature. Ce soir, toutes nos batteries sont vides. Ça veut dire que nous avons trois jours d’autonomie.

Le téléphone de Stéphane devient vraiment énergivore. Nous avions finalement renoncé à le changer à Chantilly car nous préférions attendre encore un peu, mais là il va falloir agir, car trois recharges par jour, ça devient compliqué. Nous verrons bien demain matin si nous pouvons recharger nos appareils chez quelqu’un. Pour l’instant, je me sens spécialement bien ce soir-là et reconnaissante de pouvoir vivre tout ça, dormir avec nos animaux, Bayah installée près de nous. Les mul’ânes, qui ont eu leurs gratouilles du soir, sont calmes et paisibles. Je me dis que le voyage nous permet de vivre des moments d’une simplicité émerveillante, c’est dans ce genre d’instant que je vibre de liberté.

[Jeudi 25 mai 2017 – 17 km]

Doux réveil dans notre petit abri avec le chant des oiseaux. Bayah a passé une bonne nuit et semble joyeuse ce matin. Le téléphone de Stéphane est vide, le mien à moitié, et nous n’avons plus de batteries. Comme toutes nos cartes sont sur nos téléphones portables, nous avons besoin de trouver de l’électricité. Pendant que je prépare le petit déj à base du gâteau battu délicieux qu’on nous a apporté hier, Stéphane part avec les téléphones et une petite batterie externe, en quête de jus. Dans le village, il retourne chez les retraités enthousiastes que nous avons croisés hier pour leur demander s’il peut brancher un moment nos appareils chez eux. C’est avec joie et générosité qu’ils l’accueillent, en lui proposant un café et quelques tartines.

Ces gens adorables lui posent plein de questions sur notre voyage, ils trouvent la démarche très intéressante et courageuse. Surtout au niveau de la confiance que cela demande, de s’en remettre à la vie. Ils sont témoins de Jéhovah. Lorsque Stéphane revient au camp, il me dit que le couple de retraités souhaite me voir aussi. À mon tour donc d’aller prendre le café et discuter un moment avec eux, c’est très agréable. Merci beaucoup à vous deux pour votre accueil et votre générosité, et pour le pot de confiture d’abricots ! Il est convenu que nous passerons chercher nos appareils au moment de notre départ. Il fait déjà chaud, heureusement que la petite pâture est à l’ombre. Nous traînons un peu pour nous préparer. De plus, nous recevons la visite d’un jeune homme à vélo : c’est le fils du frère du patron de l’usine, qui s’intéresse aussi à nous et nous discutons un bon moment avec lui.

De fil en aiguille, le temps passe.. Nous préparons les mul’ânes, je me sens un peu fatiguée et Symphonie me semble un peu speed, sans raison apparente. Nous nous arrêtons encore un quart d’heure pour récupérer les téléphones chargés et la batterie, et pour saluer nos retraités qui nous ont bien sortis d’affaire. Au moment de nous mettre en marche, je me sens lasse, avec une tension basse, et il est déjà 12h30. Un peu dur vu les 17 km que nous avons à faire. Ma foi, les rencontres avec les gens font partie du voyage et nous font plaisir. C’est aussi pour le partage que nous sommes sur les routes. Nous prenons d’abord un chemin herbeux qui nous amène sur une piste, laquelle traverse les champs. Nous sommes rapidement au soleil et la chaleur tape. Nous devons retrouver nos habitudes avec Bayah, la tenir au pied sur les routes et veiller sur elle. Assez rapidement, nous avons l’impression qu’elle fatigue.

C’est sûr qu’il va lui falloir une remise en route progressive car elle sort de deux mois d’arrêt. Ça a quand même l’air difficile pour elle. À partir de Zoteux, nous suivons le GR 125, le long d’un chemin très agréable et ombragé, jusqu’à ce que l’on se retrouve entre deux parcs à génisses.!.. La situation se présente un peu compliquée pour moi et Symphonie. Il est 14h. Le chemin est carrossable, donc assez large, mais les parcs sont longs, près de 800 mètres, et les génisses de chaque côté sont curieuses et bougent beaucoup. De plus, ce sont des bêtes noires et blanches, celles dont Symphonie se méfie le plus. Il y a quelque chose que je sens mal là-dedans mais je ne m’écoute pas trop. Au vu des progrès que nous avons fait ces derniers temps avec les vaches, je me dis que ça va le faire… Nous essayons de faire passer la mule devant pour éviter qu’elle tente de dépasser Marius et de le bourrer avec les sacoches.

Ainsi, elle pourra accélérer le pas sans le gêner et je la suivrai. Sauf qu’elle ne veut vraiment pas y aller ! Nous assistons un peu mais elle monte en pression. Je n’ai pas beaucoup d’énergie aujourd’hui et n’ai pas envie de me confronter à ça. Je propose donc à Stéphane de passer devant et de prendre un petit peu d’avance. Malgré ça, Symphonie refuse de s’engager dans le chemin et je vois dans ses yeux qu’elle se trouve vraiment en difficulté. Elle préfère même faire demi-tour et se séparer de Marius plutôt que d’y aller. Je ne la force pas durement à avancer mais la représente face au chemin régulièrement et doucement, en la laissant réfléchir. Tout cela nous prend du temps et Stéphane et Marius se sont éloignés de plusieurs centaines de mètres. Par téléphone, Stéphane me propose de la lâcher en me disant qu’elle me suivra tôt ou tard, mais je ne le sens pas. En effet, nous sommes un peu plus lourds car nous avons récupéré les croquettes de Bahia et sa tente. Malgré toute l’attention portée à l’équilibre du bât, il pourrait tourner facilement. Finalement, elle se décider à y aller. Je m’attendais à ce qu’elle marche un peu vite, mais pas à ce qu’elle parte au galop en m’arrachant la longe!! Ce que je craignais arrive, à mi-distance le bât tourne et le chargement se retrouve sous son ventre. Comme à son habitude, elle s’arrête pour m’attendre afin que je règle la situation, mais je suis trop loin et le temps que je la rejoigne en courant, les vaches la rejoignent aussi.

Elle redémarre de plus belle et cette fois-ci commence à ruer, envoyant valdinguer sacoches et matériel partout sur le chemin. À ce moment là, j’ai vraiment très peur qu’elle se fasse mal. Heureusement, Stéphane la récupère en bout de course et essaie de la calmer comme il peut le temps que j’arrive. Je suis en pleurs et choquée, ces embardées sont dangereuses et manifestement je ne suis plus apte à la tenir ou à la rassurer dans ce genre de situation. Grosse remise en question, je n’ai plus confiance… Après avoir enlevé ce qui restait du bât et constaté les dégâts (des parties du harnachement ont cassé et quelques éraflures sont présentes sur les membres de Symphonie), nous les laissons brouter pendant que je reprends mes esprits, puis Stéphane repart en arrière, pour aller ramasser les affaires éparpillées à 200 m de là.

Les vaches continuent de venir vers nous et je dois repartir avec Symphonie tout au bout du parc, car elle est vraiment en stress. Je ne sais pas quoi faire d’elle le temps d’aller chercher des affaires qui sont vraiment loin. Finalement, je vois un petit parc clos qui sert probablement de tri au bétail avec de l’herbe. Je n’ose pas l’y laisser seule, alors j’appelle Stéphane pour qu’il vienne avec Marius. Nous les laisserons ici le temps qu’il faudra pour tout rassembler et pour décider de ce que nous allons faire. Je suis vraiment secouée, et de toute façon, le bât n’est plus en mesure d’être utilisé et mes tendeurs ont explosé. J’en tremble encore. La situation n’est pas si grave a priori vu de l’extérieur, c’est juste que soudainement, je me dis que ça aurait pu arriver sur une route avec du trafic ou en présence d’autres personnes qui aurait dès lors été mises en danger. Stéphane fait son possible pour me réconforter. Heureusement que nous devons arriver à Brétel ce soir chez Escap’âne. Pendant ce temps, Bayah se pose à l’ombre et récupère. Pour elle c’est bien. Brigitte et Sader sont encore dans le coin puisqu’ils visitent la Baie de Somme. Nous appelons donc Brigitte à la rescousse, « SOS ânes en détresse ». Nous avons une chance inouïe d’avoir des personnes sur notre route prêtes à nous soutenir dans ce genre de moment. Je me fais aussi la réflexion que si nous n’avions pas de téléphones, il nous faudrait bien nous débrouiller autrement… Brigitte et Sader lâchent tout et viennent nous retrouver. Ils emmènent le chargement de Symphonie dans leur voiture et irons le déposer à Bretel, le hameau où habitent Delphine et François, nos hôtes pour les prochains jours. Moi je marcherai avec Symphonie à vide, l’occasion aussi de voir comment elle se porte.

Le temps d’organiser tout ça, il est 16h30 lorsque nous reprenons la route. Le reste du trajet se passe plutôt bien, les autres passages de vaches sont moins flippants et comme la mule est libre de ses mouvements, elle gère mieux. Honnêtement, je ne me rappelle de pas grand-chose. Des visions de champs, de bois, de montées et de descentes, d’ombre et de soleil et de Bayah qui galère. Nous avons bien sûr averti Delphine, en sortie avec des clients, pour lui dire que nous arriverons plus tard. Nous demandons de l’eau à une dame dans un village, pour la chienne qui boit longuement.
A Boubert, puis Mons-Boubert, nous décidons de suivre la route principale goudronnée, plus facile, car elle est très peu fréquentée et très tranquille. Delphine nous avertit qu’elle vient à notre rencontre à vélo avec de l’eau fraîche ; ouf merci ! Il ne nous reste qu’un ou deux petits kilomètres, que nous faisons en discutant.

Nous arrivons à Escap’Ânes à 20h passées, j’ai du mal à arrêter mes larmes, Symphonie me semble lourde à la longe, quelques jours de repos vont être nécessaires, le temps de réparer le matériel et la confiance. Nous mettons les mul’ânes dans leur parc, à côté des six ânes de nos hôtes. Abricot, le plus leader du petit troupeau, braiera tard cette nuit-là : il tient à signifier à Marius qu’il a meilleur temps de se tenir à distance de Bella, sa femelle. Nous apprendrons à connaître ce joli petit monde demain. Nous, nous faisons connaissance avec François, le compagnon de Delphine, autour d’un apéro et d’un repas bienvenu. Nous arrivons chez eux en plein week-end de l’ascension, ils ont beaucoup de travail et c’est vraiment gentil à eux de nous accueillir malgré tout. Ils connaissent un bon cordonnier qui pourra réparer mon harnachement nettement mieux que je ne pourrais le faire, un ostéo pour Stéphane qui a encore des douleurs, et une ostéo apparemment vraiment bien pour Symphonie en cas de besoin. Merci infiniment pour votre aide précieuse. Nous voilà posés, les prochains jours nous diront ce qu’il en est…

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Marius Tour de France

Jour 428 / Des lieux de bivouacs tellement différents !

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« Vous avez bien raison, quand on vit la vie trop vite, on la brûle, et quand elle est brûlée… elle est brûlée. » nous dit Hubert, des larmes plein les yeux.

[Lundi 22 mai 2017 – 17 km]

Cette journée de pause nous a fait à tous le plus grand bien et nous nous réveillons en forme. Au saut du lit, nous croisons Christophe, qui est venu travailler et qui passe nous dire au revoir car il ne nous reverra probablement pas. Il est allé voir notre site internet dans la soirée et en sait un peu plus sur notre périple. Ingrid nous appelle pour venir boire le café et prendre un petit déjeuner. Elle se désole de n’avoir plus grand-chose à nous proposer puisque la famille est venu passer le week-end à la ferme, mais pour nous, c’est Royal : café, jus de fruits et tartines. Et des bananes pour la route ! Nous discutons encore un bon moment avec notre hôtesse. Ingrid et Christophe sont dans une situation familiale compliquée et nous sentons beaucoup d’émotion. Lorsque nous allons préparer les affaires, elle nous accompagne ainsi que son fils Clément. Nous prenons une photo souvenir puis Ingrid nous escorte jusqu’au début de notre chemin et c’est les larmes aux yeux que nous nous quittons.

Départ donc à 11h, nous entrons désormais dans la Somme !
Nous traversons Digeon. Puis nous apercevons le viaduc de l’autoroute et au loin retour dans les cultures, avec les tracteurs qui traitent et les éoliennes en image de fond. Après Gauville et la traversée sur l’autoroute avant le Bois du Vicomte, le GR est joli et varié, surtout plat mais avec quelques petits dénivelés, tantôt sur petite route goudronnée, tantôt sur piste semi herbeuse. Un savant mélange bien dosé de prairies, de forêts. La forêt domaniale de Beaucamp-Lejeune est très agréable, nous y croisons un garde forestier barbu avec sa voiture, qui nous rappelle Hervé, dans les Vosges, lorsque Kali nous a quittés. Du coup j’y repense, à ma petite louve, qui n’est plus à nos côtés mais dans mon cœur.

Il fait bien chaud et nous revoilà en t-shirts. Ça ne nous déplaît pas ! Steph est en grande forme, plus de trace de migraine ni de tendinite. Tant mieux, c’est chouette. La verdure explose et la végétation est immense, avec des feuilles géantes. On trouve plein d’orties à fleurs blanches, super car elles ne piquent pas et les feuilles peuvent être consommées telles quelles. C’est Emma qui m’a confirmé ça, il y en avait plein dans son jardin.

Toute la journée, je surveille la démarche de ma mule et de ses pieds. Elle cherche les bordures, ça tombe bien, il y en a ! Sur la route ça va, seuls les chemins caillouteux semblent un peu difficiles. Bon, on va doucement. Et comme on a bien entamé nos réserves de nourriture, on est plus légers. Faire attention à où elle pose ses sabots la détourne de son habitude de s’arrêter pour regarder le paysage. Du coup, les mul’ânes avancent super bien, et groupés, ce qui nous permet, à Stéphane et moi, d’avoir une conversation ! À 13h30 nous avons déjà fait la moitié de nos 17 km, on s’arrête pour décharger et manger en haut d’un chemin, où il y a aussi un bon réseau pour mettre en ligne la vidéo sur le contenu des sacoches. Pas facile le bureau itinérant. On repart peu avant 15h, les mul’ânes ont bien mangé et sont prêts à marcher encore.


Nous assistons à un ballet de tracteurs transporteurs de cailloux à un croisement, heureusement on quitte la route. On entend un cri bizarre, entre l’oiseau de mer et le cochon qu’on égorge… On ne saura jamais ce que c’était.
Peu avant St-Germain sur Bresle, on décide de changer un peu notre itinéraire et de continuer sur le GR jusque vers la ferme de la Rosière, juste avant Bouafle. C’est joli, Marius et Symphonie avancent bien, et on trouvera sûrement de quoi s’arrêter à la ferme.


Vers 17h30, après une bonne descente heureusement sur terrain doux et facile, nous arrivons à ladite ferme, posée à côté d’étangs. C’est splendide, mais nous n’y trouvons personne. Zut zut c’est trop beau par ici. Et si on veut continuer sur Bouafle, on doit traverser la rivière… Arrive alors une voiture et un monsieur qui ouvre un portail un peu plus haut sur la route. On lui demande et, trop chouette, il nous ouvre sa propriété pour la nuit : un lieu préservé et magnifique, ponctué d’étangs entourés de forêt et de clairières tendres, peuplé de milles oiseaux, y compris d’eau.

Il y a une petite cabane, prolongée d’une terrasse sur l’étang, que nous pouvons utiliser. À peine installés, Stéphane retourne à la ferme chercher de l’eau, car nous avons vu la voiture du paysan arriver entre temps, et discuter le coup avec lui. À son retour, il part en quête de belles images, pas difficile par ici ! Pendant ce temps, je donne du sel et de l’eau aux mul’ânes, prépare le dîner. Nous retournons faire quelques pas autour des étangs, et Marius et Symphonie nous accompagnent librement jusqu’à une belle clairière, où ils décident de rester un peu pour manger.

Ils reviendront tout seuls plus tard vers la cabane. Nous voulions au départ les cantonner vers nous pour la nuit, mais finalement on va les laisser complètement libres. L’immense propriété est close, autant qu’ils en profitent, comme nous profitons d’une magnifique soirée et du coucher du soleil, des divers cris d’oiseaux et des bonds d’impressionnantes carpes géantes à la surface de l’eau. À la nuit, hop dans la cabane, nous verrons bien s’ils seront vers nous au matin. Oui oui, on est joueurs ! Il y a aussi un nid de frelons dans le toit de la cabane… Joueurs, on vous dit !

[Mardi 23 mai 2017 – 16,5 km]
Réveil dans la petite cabane au bord de l’étang… c’est toujours aussi beau ! Le temps est un peu couvert… Les mul’ânes sont allés manger dans une clairière un petit peu plus loin. Ils reviennent tout seuls faire la sieste devant la cabane, en suivant de loin Steph qui était allé checker où ils étaient, pendant que je prépare le petit-déjeuner : tartine de miel et mirobolique confiture de rhubarbe d’Emma sur la terrasse au bord de l’eau. Y a des moments pires…

Nous rangeons nos affaires, et au moment de préparer Marius et Symphonie, nous remarquons qu’ils ne sont plus là ! Nous prenons les licols, partons à gauche, là où ils sont allés cette nuit, on ne les trouve pas. On se sépare pour contourner un autre grand étang chacun de notre côté, en scrutant chaque coin d’herbe pour y repérer une tache sombre et une tache claire, sans succès.

Je reviens vers la cabane pendant que Steph continue de chercher, mais ils n’y sont pas… Bon. Je repars, à droite cette fois, et les trouve à 30 m de là, tranquillou. Évidemment, c’était si simple. Une demi-heure de recherche alors qu’ils étaient juste à côté, mais de l’AUTRE côté.
Nous quittons cette belle propriété en refermant bien le portail, comme demandé, et en laissant une petite carte avec nos remerciements.


Nous devons donc traverser la rivière. Il y a un petit pont de pierre, et après quelques hésitations, Symphonie s’y engage. Marius refuse catégoriquement. Il y a juste avant le pont un petit affaissement un peu caché sous les hautes herbes, et cela ne l’inspire guère. Alors Stéphane le fait passer dans l’eau. Qui aurait cru qu’un jour, Marius choisirait la rivière plutôt que le pont ! Stéphane doit insister un peu mais finalement, il passe.

A partir de là, nous sommes en Seine-Maritime ! Nous continuons dans le sous-bois, il y a beaucoup d’eau, ben oui, zone d’étangs. 200 m plus loin, nous retombons sur une rivière, super profonde pour le coup, et la passerelle à barrière est trop étroite pour les sacoches. Débâtage, passage des mul’ânes, transportage du matériel nous-même, et rebâtage de l’autre côté, pendant que nos compagnons broutent tranquille. On croit presque percevoir quelque amusement dans leur regard ! On a fait moins d’un km en une heure.

Alors que nous traversons Hodeng-au-Bosc, trois ânes nous regardent passer, puis une odeur de barbecue empli nos narines, ce qui me fait monter plein de souvenirs d’enfance !
Après Hodeng-au-Bosc, nous reprenons le GRP des forêts de Haute-Normandie, à travers champs, au soleil, ou en longeant des bois jolis. Après Courval et son usine, nous entamons une bonne grimpette à la fin de laquelle nous faisons une pause miam de 45 min, sur une large tranchée herbeuse coupée dans la forêt. Nous y trouvons un vieux meuble en métal, qui nous fait de suite penser à Cyril ! Il en ferait sûrement une splendide commode design dernier cri ! Départ à 15h, tout le monde est en forme.

Heureusement car la journée est loin d’être finie. Au bout du chemin, nous rejoignons une piste et un panneau indicateur du style de ceux de Chantilly, mais en moins classe, trône au milieu du carrefour. La piste, parfois recouvertes de grosses flaques ocres, nous emmène à travers une clairière en train de repousser, il y a beaucoup de genêts. Puis elle se transforme en sentier qui descend sur le village de Nesle-L’Hopital, et nous marchons sur des feuilles mortes parfois un peu glissantes.

Nous devons retraverser une zone d’étangs, c’est très beau mais nous nous attendons à des passerelles, et on prie pour qu’elles soient suffisamment larges. Oui ! Ça passe ouf. Par contre, après un très joli chemin dans les bois humides bordés d’eaux fraiches et sillonnantes, le GR nous emmène droit sur un « tourniquet », une barrière que nos compagnons ne peuvent passer, même déchargés… Pas le choix que de passer quelques centaines de mètres plus loin sur une route départementale à grand trafic, pour rejoindre notre tracé. Heureusement, il y a un bas côté herbeux bien large, et nos mul’ânes ont assez de place. On rejoint le village et on remonte de l’autre côté de la voie de chemin de fer en suivant une route goudronnée.

Nous commençons à fatiguer un peu, mais nous ne sommes pas encore arrivés à notre étape du soir et il va être temps de refaire une pause déchargement pour les mul’ânes. Il y a des vaches qui viennent nous voir, Symphonie accélère et s’excite, nous sommes en train de discuter de je ne sais plus quoi et, comme parfois quand nous ne sommes pas d’accord et fatigués, ça clashe un peu. On décharge dans un chemin perpendiculaire à la route, le long du parc à vache, bon exercice, et prenons notre pause chacun de notre côté, pour retrouver notre calme. Je me sens fatiguée. Contrairement à Stéphane qui a des douleurs qui vont et viennent ou des migraines qui le ralentissent, je n’ai rien de tout ça, mais peut-être plus une fatigue générale, et psychologique. Et souvent je veux en faire trop, parce qu’on est en chemin, qu’il faut s’accrocher. Après réconciliation et quelques larmes, nous repartons. L’orage ne dure jamais très longtemps.

Il est 17h50. Pour deux heures de route goudronnée au milieu d’une plaine ponctuée d’éoliennes jusqu’à Ramburelles, en passant par Rambure, où nous n’avons pas le courage de faire un détour pour voir le château. On arrive vers 19h30. Sur la carte, on voit qu’il y a un stade un peu à l’extérieur du village, ce sera notre plan « B ». De toute façon, il nous faut de l’eau, donc on rentre dans Ramburelle. Nous ne croisons pas grand monde, les gens par ici ne semblent pas très curieux. Arrivés au centre, finalement un monsieur vient vers nous en souriant. Nous en profitons pour lui demander s’il connait un terrain où nous pourrions passer la nuit.

Il se trouve que René est Conseiller municipal, il nous emmène donc chez le maire qui nous propose un joli terrain à côté de l’église, où nous pourrons aussi trouver de l’eau. Il y a des allée des peupliers de chaque côté, nous trouvons facilement de quoi installer Marius et Symphonie. L’herbe est une pelouse communale, mais ça ira pour cette nuit. Pendant que nous montons le camp sous le regard méfiant des gens d’en face, nous recevons la visite de Hubert, un agriculteur retraité un peu éméché, qui s’intéresse à nous. « Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas du village! » me dit-il en introduction. Après que nous lui ayons expliqué notre périple, il nous dit, des larmes plein les yeux : « Vous avez bien raison, quand on vit la vie trop vite, on la brûle, et quand elle est brûlée… elle est brûlée. » Cela nous touche beaucoup. Il nous raconte son histoire : sa femme qu’il a perdue, ses enfants qu’il a peu vus, et son boulot qui lui a pris toute sa vie… Les yeux humides, Hubert semble tout chamboulé. Il n’en revient pas de notre voyage et autant dire que ça réveille des choses en lui. Il finit par nous proposer des œufs. On discute encore peu puis il s’en retourne à sa vie.

Notre campement se situe juste en face de la grotte de la vierge, que nous avions vue sur la carte auparavant. Nous allons y faire un tour et y déposons une prière dans le livre commun. Je demande humblement à ce que nos pas soient guidés sur notre chemin d’évolution, et qu’il en soit ainsi pour tout le monde.
Personne d’autre ne vient nous voir ce soir, à part quelques chats de cimetière qui traversent par là, et les vaches dans le champ attenant. Je n’ai pas le courage d’attacher Symphonie en longue longe près des vaches, je la préserve de ce stress. Ce n’est peut-être pas bien de trop la couver… Nous tendons notre cordelette blanche entre les peupliers pour éviter que les mul’ânes s’emmêlent durant la nuit.
Après avoir mangé des œufs et de la purée, il est déjà presque 22h. Moi je vais me coucher, bien naze, pendant que Steph travaille encore un peu.

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Marius Tour de FranceMTF #Seine Maritime

Jour 426 / Averses éparses oui, mais de Normandie !!

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[Samedi 20 mai 2017]
Réveil 6h30 avec le lever du soleil. Ouf, on aurait pas eu envie de plier sous la flotte. On prend quand même le temps d’un petit café-réchaud et de quelques biscuits, faut pas déconner. On plie avec efficacité et à 8h30, comme prévu, on quitte le champ avant le retour des vaches. Notre record absolu ! On traverse Conteville en espérant qu’on trouvera peut-être un café, mais non… par contre, on trouve une fontaine, ce qui nous permet de nous ravitailler. On décide de ne pas prendre le GR, qui risque d’être boueux, et de prendre une petite route parallèle. Nous avancerons mieux et surtout, nous resterons un peu secs ! Dans le calme du matin et bercée par le doux soleil, j’ai sommeil en marchant.

On longe cette petite route jusqu’à Beaufresne, puis on reprend le GR de Pays. On ne peut pas continuer par la route, qui est trop circulante. Symphonie semble avoir un peu mal aux pieds, elle soulage ses antérieurs. Sans doute l’herbe très riche de la nuit passée, couplée à l’humidité présente depuis notre départ de chez Emma et Cyril. Nous n’avons pas eu le cœur d’attacher les doudous pour les limiter alors qu’ils avaient un grand et beau parc, mais ce soir, suivant les conditions, nous le ferons. Nous traversons les champs, le chemin est bien sûr humide, puis le petit bois avant Haudricourt, où nous nous arrêtons vers 11h pour décharger, manger, et envoyer les photos sur le blog, car on a enfin du réseau !

On s’arrête volontairement dans un endroit où il n’y a pas beaucoup d’herbe, pour que les mul’ânes grignotent sans s’empiffrer. Les feuilles ne leur disent pas grand chose, Marius se pose vers nous et j’attache Symphonie pour contenir ses envies de roulades dans les feuilles. Je suis fatiguée, je sens le manque de sommeil.
On repart à 12h30 en grelottant un peu, il fait super frais dans les sous-bois ombragés. La traversée du village se fait tranquillement bien qu’il y ait des vaches partout. On monte ensuite dans le bois, ça grimpe un peu mais les mul’ânes sont motivés. On leur accorde une pause broute en haut de la montée, et en repartant, Symphonie marche devant.

À la sortie de Saint-Valery, le GR de pays nous fait tomber nez à nez avec une espèce de lac de 30m de large ! Ah… C’est que la piste est traversée par un gros ruisseau qui s’est étalé. Il y a bien un passage sur le bord avec un petit pont de bois, mais c’est trop étroit pour Marius et Symphonie avec leur chargement. Au départ, les mul’ânes ne sont pas chauds pour rentrer dans l’eau. Nous devons insister un peu, puis après avoir trouvé le bon chemin d’accès, je finis par m’engager dans le lac avec Symphonie. J’ai de l’eau jusqu’à mi-cuisse, mais ma foi, il faut savoir donner de soi et de toute façon, j’ai déjà les pieds trempés car mes chaussures arrivent en bout de course. Marius nous emboîte le pas, et nous traversons tout bien. Ça fait du bien finalement. Nous entamons ensuite la grimpette pour traverser le Bois de Varambeaumont, sur chemins souvent boueux. Symphonie cherche les bordures, ses pieds sont sensibles.

 


Nous aurons vu trois biches aujourd’hui, une avant Hardonseille qui squattait un parc à génisses, et qui s’est empressée de retourner dans la forêt à notre arrivée, et les autres dans la forêt entre Saint-Valery et Fleuzy. Des petites biches noisettes et agiles qui nous regardent arriver immobiles et détalent avant que nous ayons pu dégainer nos caméras. Lorsque nous arrivons sur Fleuzy, je prie pour que l’on trouve rapidement un endroit, car je fatigue. Stéphane lui n’a pas trop mal aujourd’hui, on dirait que les anti-inflammatoires naturels spécial articulations et l’huile essentielle de gaulthérie font effet.

Notre premier essai au Tropico, lieu de pêche et de détente, est un échec. Les gens, qui nous voient arriver, ferment le portail et s’en vont dans leur fourgonnette sans même nous calculer. Chouette accueil ! Demi-tour. En revenant sur nos pas, on tente un terrain à vendre en friche entre deux maisons neuves, mais on laisse tomber car l’herbe nous chatouille sous les bras et nous ne trouvons personne dans la maison du conseiller communal, juste à côté. Les voisins ne savent pas trop comment se positionner. On décide de continuer sur notre tracé, sur le GRP de la Haute Forêt de Gimmerville, par la gare.

Une voiture s’arrête à notre hauteur. La femme nous indique un terrain destiné au gens du voyage, dont elle fait partie, à environ 1km, après le cimetière. En y allant, nous tombons sur Caroline qui accompagne un groupe d’enfants. L’occasion d’échanger deux mots et de faire une photo. Le terrain qu’on nous a indiqué est en bon état mais en bordure de nationale, et il doit y avoir un animal mort pas loin car il y règne une odeur fétide qui rebute même les mul’ânes… Après déception et hésitation, car on en a ras les baskets, on continue notre chemin, après avoir récupéré de l’eau au cimetière. On essuie quelques averses, éparses certes, mais normandes (éparses, éparses, oui mais de Normandie !!).

Un peu plus haut en bordure de champs, on fait une pause déchargement et grignotage pour nous, on fatigue vraiment. Dix minutes pour récupérer. Il n’est que 17h mais on est partis tôt ce matin … On espérait se poser de bonne heure… Mais non ! On reprend nos sacs, les mul’ânes font la tête, et on grimpe le sentier du GR de pays, en espérant qu’on trouvera plus haut. Après 45 min, nous arrivons sur les genoux à la Ferme de Robin, la ferme de la dernière chance, chez Ingrid. Il y a des ballons accrochés tout le long de l’allée, c’est l’anniversaire de sa fille Marie de 24 ans, qui va arriver.

Accueil, sourire, bonheur. Marius et Symphonie peuvent se mettre dans une grande pâture à l’herbe haute. Après un moment de liberté, le temps pour nous d’aller prendre une douche ressuscitante, on les attache pour la nuit. Il y a décidément trop à manger, et le signal a été donné par la mule qui a eu mal aux pieds aujourd’hui. Nous, nous posons la tente dans le jardin de la ferme. Ingrid, qui prépare la fête de ce soir et est bien occupée, nous donne un thermos de café et deux bières. Je suis out, mais trouve la force de préparer quelque-chose et on mange du riz à la tomate.
Je pensais dormir à 21h mais il est 23h30 quand je m’endors, Steph est dans les bras de Morphée depuis un moment… Extinction des feux, quelle dure journée ! Beaucoup de reconnaissance pour cet accueil.

[Dimanche 21 mai 2017]
Ce matin nous sommes bloqués à la Ferme du Bois Robin.
En effet, Steph se réveille avec une grosse migraine, prend deux cachets et retourne se coucher, en me disant qu’on verra plus tard. À 11h30, il n’est toujours pas bien, on va donc sûrement rester là aujourd’hui. Je ne le vois pas se taper nos 16km dans cet état… Comme il fait jour tard, on se dit qu’on pourra peut-être faire quelques kil en fin de journée pour avancer un peu. C’est qu’on est attendus mercredi soir à Boismont, dans la Somme, chez Delphine et François. Mais pour l’instant, Steph est cloué dans son duvet avec une chaussette mouillée sur le front. Propre, la chaussette, je précise !

Je vais chercher de l’eau à la maison, ramener le thermos et récupérer les batteries qu’on a mises à charger pendant la nuit. Ingrid me propose un petit dej, je mange un peu de brioche avec de la confiture mais j’avais déjà pris un muesli au réveil, avec le café. On discute un moment au soleil, avec Clément aussi, son fils cadet. Je reviens à la tente et Steph est toujours HS. Je réfléchis à comment parquer les mul’ânes pour les limiter sans les attacher… Le problème du parcage se règle par lui-même car, lorsque je vais avertir Ingrid de l’état de Stéphane, sa fille me demande s’il est possible de mettre les doudous dans le jardin avec nous, car la pâture dans laquelle ils sont actuellement va être récoltée, et il ne faudrait pas qu’elle soit trop tassée par leur présence. Aussitôt dit, aussitôt fait, je les ramène vers nous avec leurs longues longes.

Le temps de remarquer que Symphonie a vraiment mal sur les cailloux… Mince, j’espère que ça va aller… L’herbe est gorgée d’eau par ici, cela fait le quatrième jour qu’ils ne boivent pas et font pourtant régulièrement pipi. Ils passent le plus clair de la journée à se reposer, je pense que la trotte d’hier a dû les fatiguer aussi. Ils restent de longs moments couchés, Symphonie de tout son long, les yeux fermés. Moi j’écris, et je vais couper un peu d’herbe haute et des orties à faire sécher pour les mul’ânes. Il n’y a pas que les orties à faire sécher d’ailleurs, j’étale donc nos affaires et nos chaussures au soleil.

Steph émerge vers 17h, après avoir dormi un peu dehors à l’ombre, un peu dans la tente. Froid, chaud… Ça va mieux, mais il a toujours mal, malgré les cachets et le nux vomica. Il a dormi de travers la nuit passée, mais on pense que la digestion y est aussi pour quelque chose.
On essaie de voir si on peut raccourcir notre tracé jusqu’à Boismont, c’est sûr, on ne partira pas aujourd’hui… Steph m’apprend que le peuple suisse a accepté à 55% une sortie progressive du nucléaire d’ici 2034. Cool, espérons qu’elles ne pètent pas avant, les centrales.
Nous mangeons un petit couscous, téléphonons à nos familles, la soirée arrive tranquillement. Le fermier, Christophe, vient nous voir, faire une caresse aux mul’ânes et discuter le coup. Nous avons de la chance d’avoir pu rester là.

Vers 20h, Marius et Symphonie se remettent à manger, nous sommes désolés de devoir garder leur longes un peu courtes, mais il en va de leur santé. Marius a toujours un peu de diarrhée, les pieds de Symphonie sont moins chauds et elle a l’air plus réveillée. Alors qu’elle tire sur sa longe et se cabre comme pour dire, je l’embarque dans son jeu et vais faire un petit trotting jusqu’au bout de l’allée, histoire de la défouler. L’aller-retour lui suffit pour se calmer et elle accepte ensuite volontiers la longe. Allez, demain est un autre jour, et il sera beau.

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