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MTF #Orne

Marius Tour de France

Jour 513 / L’engagement au détour du chemin

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[13 août 2017]
Beaucoup de nos rencontres marqueront mon voyage. Mais certaines plus profondément encore. C’est le cas d’Eva et Pierre, chez qui je suis resté une journée. Il est arrivé plusieurs fois que les gens pleurent lors de notre départ. Les au-revoir sont souvent emplis d’émotions. Cette fois, c’est moi qui ai quitté mes hôtes les larmes aux yeux. Mais ce couple d’artistes m’a redonné la patate !

Eva est originaire d’Espagne, où elle a grandi sous le régime de Franco. Grande comédienne et metteur en scène, elle a connu les heures noires de son pays et vu son père militer en cachette contre la dictature franquiste.

Pierre, lui, était dans le Larzac. Dans les années 70 y est né un mouvement de désobéissance civile non-violente contre l’extension d’un camp militaire sur le causse. Gamin, il participait à cette lutte en distribuant des tracts aux côtés de José Bové et de bien d’autres.
Autant dire que leur jeunesse a été marquée par ces combats et ces luttes, véritable terreau de leur philosophie de vie actuelle et de leur engagement.

Tous les deux sont encore militants aujourd’hui. Plus que jamais devrais-je dire ! Et ça me fait du bien de rencontrer des personnes qui se battent pour que notre monde ne soit pas vendu à l’empire du capitalisme et de la finance : ils sont notamment allés à Notre Dame des Landes planter leur bâton et défendre la terre contre le béton, ils préservent la biodiversité alimentaire et militent pour la libération des semences en adhérent à la cause de Kokopelli et en échangeant des graines localement. Pierre a d’ailleurs un potager étonnant avec, par exemple, du riz russe !! C’est un peu sa fierté !

Leur façon de penser stimule en moi le côté « révolutionnaire » qui gagne du terrain à chaque pas que je fais sur ce chemin. Lorsqu’on me demande ce que je ferai après ce voyage, « m’engager » est une réponse qui me brûle les lèvres.

Lors de ma journée de pause, j’ai profité pour faire plus ample connaissance avec mes hôtes. Leurs amis présents le soir de mon arrivée sont partis en fin de matinée, avant qu’Eva ne me conduise au marché de Mortain et à la supérette où j’ai pu me ravitailler. C’était vraiment un plaisir de rester avec eux cette journée. J’ai coupé un peu de bois tandis que Pierre poursuivait les travaux de rénovation de la maison. Eva elle, s’est retiré dans la caravane pour travailler. Pour l’instant, il n’y a pas de douche ni de toilettes. Le confort est spartiate : toilette sèche et douche à la casserole pour tout le monde ! Le poèle est le seul moyen de se chauffer et de faire cuire les repas et le pain.

Nous avons certes refait le monde et parlé de beaucoup de sujets de société, comme la crise au Venezuela et la façon dont les médias en parle, mais on a aussi beaucoup ri. Et ça fait du bien !

Il est donc midi passé lorsque je pars. Eva et Pierre m’accompagnent jusqu’à l’orée de la forêt où je vais poursuivre mon chemin et c’est avec beaucoup d’émotion que l’on se dit au revoir. Oui, un au-revoir, car c’est sûr pour moi, on se reverra!

J’ai marché sur le GR 22 sur trois ou quatre kilomètres dans une très belle forêt du Parc Régional de Normandie-Maine. Une forêt verdoyante grâce aux pluies tombées ces derniers jours et où serpente une rivière, la Saint-Jean.

J’ai ensuite rejoint la fameuse piste cyclable qui conduit jusqu’au Mont-Saint-Michel. En fait je suis toujours sur La Véloscénie, une voie qui démarre à Paris et que j’ai déjà emprunté il y a quelques jours. Cette partie reprend le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer.

Il fait chaud malgré les quelques nuages. Je croise beaucoup de cyclistes et de promeneurs sur ce chemin, avec qui je discute de mon voyage. Cette piste est très utilisée et attire de nombreux touristes qui peuvent relier Notre-Dame de Paris au Mont Saint-Michel. En milieu d’après-midi, je suis arrêté par un cycliste qui me demande s’il peut faire un cliché de Marius et moi. Il est photographe et prépare un livre de portraits de gens qui empruntent cette voie cyclable. Pourquoi pas !

Il est 18h lorsque je commence à chercher un lieu pour la nuit. Mais sur les pistes cyclables, c’est souvent difficile de trouver un endroit convenable. Je tente d’abord au hameau de Néron mais je fais chou blanc. Il y a bien des pâtures à proximité de maisons mais je n’ose pas y entrer et je ne trouve personne à qui demander l’autorisation de m’y installer. Je repère des gens dans une maison un peu plus haut, et je reconnais certains visages croisés cet après-midi. Mais lorsque je leur dis que je cherche un terrain, ces personnes ne comprennent pas ma requête…Parfois les gens sont un peu long à comprendre les choses.

Finalement, c’est un peu plus loin que je me pose sur le terrain d’une maison garde-barrière fermée, sur les conseils d’un voisin à qui j’ai demandé de l’eau. L’habitation est vide et en vente.

Il est tard parce qu’avant de monter ma tente, je profite des derniers rayons de soleil pour tenter de faire sécher la lessive faite la veille. Je suis fatigué et mon envie de dormir l’emporte sur tout le reste, bonne nuit.

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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 511 / Marre des barrières normandes !!

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Je n’ai pas bougé hier. J’ai attendu que la pluie cesse… Le temps ne s’est pas vraiment arrangé. Finalement Maria m’a proposé de déjeuner avec eux.  C’est donc avec plaisir que j’ai été partagé leur repas. D’origine Allemande, elle télé-travaille une partie de la semaine pour une société d’outre-Rhin qui aide les exploitations agricoles à une meilleure gestion du troupeau. Martin son mari, est éleveur et possède une centaine de vaches. Nous discutons beaucoup des fermes et notamment de leur taille. Il souhaiterait développer son exploitation en l’intensifiant pour arriver à une autonomie aussi bien énergétique (méthanisation) qu’alimentaire (protéine) et intrant (engrais). Ce serait une fierté pour lui que de transformer en énergie le lisier produit par ses laitières. On évoque la fameuse ferme des 1000 vaches et les conditions de vie de troupeau. Selon lui, les bovins de fermes à taille humaine en Haute-Savoie par exemple, sont aussi heureux que les vaches sur les grandes fermes, par ce qu’elles sont souvent enfermées six mois par ans à cause des conditions météorologiques. Vu sous cet angle…
Maria me raconte qu’en Allemagne de l’Est il n’existe plus de petites exploitations comme nous connaissons dans l’hexagone (la majorité du lait est encore produite par les petites fermes dans le sud-ouest). Elles seraient plus rentables et permettraient de produire plus de lait. Elle estime qu’en France, à terme, on trouvera aussi des grosses exploitations. C’est son job de travailler pour rendre meilleur les rendements.

Sur les conseils de Martin, j’ai pris un sentier qui longe ses pâtures pour reprendre mon itinéraire. Je continue à suivre le GR22 qui fusionne avec le PR des Crêtes du Mortainais. Un très beau sentier qui grimpe jusqu’au Calvaire du Roc avant de redescendre à travers un bois jusqu’à la Fosse Arthour. Située à la limite des départements de la Manche et de l’Orne, ce site se présente comme une gorge profonde de 70 m creusée dans une barre rocheuse où au fond coule la Sonce. Il a suscité un certain nombre de légendes dont la plus connue se rapporte au Roi Arthur qui, avec son épouse, s’étaient établis chacun dans une grotte située de part et d’autre de la rivière. Le roi n’était autorisé à rejoindre son épouse qu’après le coucher du soleil. Un jour, il a enfreint cet ordre avant le soir. Un gouffre se creusa dans le torrent où le Roi disparu et où la Reine, désespérée , se précipita. De part et d’autre du torrent on peut encore voir la chambre du roi et la chambre de la reine.

Je traverse la Sonce et longe un étang où je m’arrête pour déjeuner. Marius a de quoi manger ! En général je fais une pause d’une heure avant de reprendre ma route. Le très beau sentier trace dans un sous bois magnifique puis se dégrade et devient piste boueuse et défoncée par les engins forestiers. La terre très humide. Je finis par retrouver la route que je traverse pour reprendre le GR mais il est barré…  Je ne peux pas passer. Ça me met en pétard. Ça me saoule vraiment. Depuis que je suis en Normandie, les chemins sont sans arrêts fermés. C’est pénible. Je dois contourner par une route relativement fréquentée. Je suis tellement énervé que j’en fait tomber mon téléphone qui se casse. Hé merde ! Il fonctionne toujours, et heureusement car j’utilise une application pour lire mes cartes IGN mais il a pris un sacré pète en tombant sur un caillou.

Je continue et finis par retrouver le chemin de grande randonnée. Il traverse la forêt de la Lande Pourrie où là encore je rencontre quelques mauvaises surprises. D’abord je me trompe de chemin ce qui m’amène à traverser une propriété privée. J’ai pensé un moment que j’allais devoir faire demi-tour car elle est en partie clôturée. Heureusement un passage étroit à droite du portail nous permet de nous échapper ! Mais la cerise sur le gâteau de cette journée de me*** ce sont les passages canadiens installés. Enfin, pas tout à fait. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit « d’un système de confinement des grands animaux (sauvages ou domestiques) qui permet de se passer de barrière mobile, en laissant, dans un système de clôture, une ouverture permettant la libre circulation des piétons et des véhicules ».

La définition de Wikipédia vous va ? Ce passage est donc constitué de solides barres arrondies ou de section rectangulaire alignées au-dessus d’une fosse. La plupart des animaux sont effrayés par cette structure qu’ils ne connaissent pas et le vide qui est dessous. Généralement, ils ne la franchissent. Ici, ce sont, je pense, les animaux sauvages que l’on ne voulait pas voir sortir car dans cette forêt je n’ai trouvé ni vache ni mouton. Alors pour permettre aux chevaux et aux ânes de passer, une planche relevée a été placée. Système ingénieux qui remplace les portillons. Pour traverser il suffit donc de rabattre la planche sur les rouleaux et les équidés n’ont plus peur ! Sauf qu’après deux passages, la planche avait été enlevé du troisième. Impossible donc de poursuivre. Demi-tour obligatoire. Difficile dans ces moments-là de garder son calme ! Si je peux donner un conseil aux responsables touristiques de Normandie c’est d’arrêter la promotion du tourisme équestre. Je ne compte plus les barrières rencontrées en chemin, les demi-tours, les déchargements en catastrophe…  Ce n’est en tout cas pas cette région que je mettrai en avant pour randonner avec un équidé.

Il est temps de me poser. Je suis fatigué. La journée a été rude.  Je traverse plusieurs petits hameaux sans trouver l’endroit idéal. Ici les fermes semblent très pauvres. Les tracteurs sont vieux. Je ressens vraiment de la pauvreté.
A Rancoudray il faut absolument que je trouve un lieu pour bivouaquer car après, c’est la forêt, et il me sera donc impossible de trouver une pâture. Alors que je perdais espoir, je croise deux couples qui, au vu de leur panier remplit de champignons, reviennent d’une fructueuse cueillette. A leurs sourires, je me comprends que j’ai sans doute trouvé où j’allais passer la nuit ! On échange quelques mots et ils me proposent de venir chez eux. Cool ! Demi-tour. On remonte la route sur 1 km environ.

La maison d’Eva et Pierre est en travaux. C’est une ancienne ferme. Derrière il y a un grand terrain. Après avoir cherché pendant un moment où attacher Marius, je finis par opter pour un poteau qui donne sur la cuisine ! Il me verra et sera rassuré ! En attendant je le laisse un peu libre. Mes hôtes me proposent de m’installer dans une ancienne grange où de grands lits sont posés ! J’ai même le choix. Au grenier, niche une jeune chouette effraie. J’aurais de la compagnie cette nuit !

La suite ? Je vous raconte demain ?

 

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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 509 / Que d’eau mes aïeux, que d’eau !!!

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[Lundi 9 Août]

En route pour Domfront où je vais pouvoir faire quelques courses. « Cité Médiévale, Plus Beau Détour de France, Petite Cité de Caractère, Site Remarquable du Goût »… peut-on lire sur le site de l’office de tourisme de la commune. Rien que ça ! Si ça ne donne pas envie d’y aller…. !!
Je dis au revoir à mes hôtes avant d’attaquer le GR 22 sur la même longue ligne droite par laquelle je suis arrivé dans le hameau où j’ai bivouaqué. À l’approche de la ville, la piste est nappée d’une couche de goudron.

Je finis par quitter mon itinéraire pour prendre une des artères principales du bourg, puis une rue me conduit dans le centre ancien marqué par le passé médiéval. Je passe d’abord un premier pont qui enjambe une rue. Peut-être y avait-il avant un pont-levis ici autrefois. J’aperçois d’ailleurs les premiers remparts datant du XVIIIe. Ils ceinturaient l’ancienne cité et comptent 22 tours. La ville a conservé de très belles maisons à pan de bois, des rues étroites et pavées, des cours et des hôtels particuliers, les origines de Domfront sont en effet liées à l’édification du château.

Elle a su préserver son caractère médiéval au cours des siècles. Sans savoir vraiment où je vais, j’avance vers le château construit sur un éperon rocheux, culminant à plus de 70 mètres la rivière Varenne. Il est séparé de la cité médiévale par un ancien fossé aujourd’hui route d’accès. En fait, le premier château de Domfront est un édifice en bois construit par Guillaume de Bellême vers 1010. Les ruines que l’on voit aujourd’hui sont les vestiges du donjon de pierre (25 m de haut et des murs de 3 m d’épaisseur) qui fut érigé par Henri Ier Beauclerc, futur Roi d’Angleterre. Du beau monde a séjourné ici : Aliénor d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt ou encore Richard Coeur de Lion, …

En tout cas, ils avaient une jolie vue depuis ce caillou : de là-haut, ils pouvaient contrôler les routes de Caen vers le Maine et l’Anjou, et celle d’Alençon vers le Mont Saint-Michel. Ses remparts renforcés à la fin du XIIIe siècle par Robert II d’Artois ne l’ont toutefois  pas empêché d’être pris et occupé par les anglais durant la Guerre de Cent Ans, de 1356 à 1366, ainsi qu’en 1418 par le Duc de Clarence ! Le château sera délivré du joug anglais en 1450. J’apprends aussi que le chef protestant Gabriel de Montgommery y fût capturé en l’an 1574, après que le château fût assiégé par les troupes royales. Le comte de Montgommery est décapité à Paris le 26 Juin 1574 et le château a été démantelé par Sully sur ordre du roi Henri IV en 1608. Cela me renvoie un peu à la première partie de notre voyage lorsque nous marchions sur les traces des Huguenots.

J’entreprends de faire le tour du parc du château avec Marius, avant de prendre une grosse « averse éparse » sur la tête ! Je sillonne ensuite la partie médiévale de Domfront qui fut possession personnelle de Jean sans Terre. Autant dire que Domfront est riche en histoire ! J’adore !

Je découvre la place de la mairie, ancienne place de la « cohue » (marché), la rue Saint Julien avec sa place où se tenait autrefois le marché aux fleurs, l’Église Saint Julien de style néo-byzantin, érigée en 1924 en béton armé avec, à sa droite, la demeure remarquable dite « la Vicomté  » et face à elle… une petite épicerie où je ne trouverais malheureusement maigre pitance… Je descends donc vers la ville nouvelle où un supermarché datant du XXIe siècle a été construit pour les sujets du royaume !

Après avoir acheté quelques victuailles pour quelques jours de marche, je repasse le long des remparts et me dirige vers la Varenne, la rivière qui coule en contrebas de la fortification. Il est tard. J’ai peu marché mais j’ai apprécié visiter cette ville. Après quelques kilomètres, je tape à la porte d’une maison isolée. La dame âgée qui en sort ne semble pas rassurée. Je lui demande de l’eau et l’interroge sur un possible lieu où je pourrais bivouaquer. Elle me renvoie vers le village. Je n’insiste pas. Je poursuis mon chemin et tombe sur un ancien corps de ferme en partie entouré par un champ. Je tente ma chance. Je frappe à la porte. Un jeune homme ouvre et me répond que je peux m’y installer. Cool ! Lui doit partir. Tant pis. On tapera la discut’ une autre fois. Ou pas.

Il fait beau. Enfin.. Il ne pleut pas ! Je plante la tente. Marius se régale mais ce soir il sera attaché au piquet car le terrain n’est pas clos.

[Mardi 10 Août]

Il fait frais ce matin. Il y a de la brume. Le soleil a du mal à percer. Drôle de temps pour un mois d’octobre … euh !! d’août ! Il est très changeant : il y a 2 jours, je crevais de chaud en fin de matinée !

Alors que je prépare mes affaires, une voiture s’arrête. Il faut dire que Marius est en train de brouter sur la petite route d’accès à leur maison. Le couple de retraités Britanniques descend de la voiture tout sourire. Dans un français approximatif et moi avec un anglais improbable, on échange quelques mots. Ils m’expliquent qu’ils possèdent 3 ânes autour de leurs maison. Les Anglais sont nombreux à vivre dans le bocage Normand. J’en rencontre souvent. Ils aiment beaucoup la région et ne sont pas très loin de leur île.

Je salue le propriétaire du terrain puis descends vers la Varenne. D’ailleurs après quelques centaines de mètres il faut tremper les pieds dans l’eau. Une petite passerelle permettrait de traverser mais elle nous oblige à débâter. Et encore, je ne suis pas certain que Marius ait envie de passer par là. Les pierres qui servent de marche pour y accéder paraissent glissantes. Je reviens sur mes pas car j’ai vu tout à l’heure un quad traverser le champ que je viens de longer. J’ai donc suivi sa trace pour trouver le passage à gué indiqué sur ma carte et que l’agricultrice au guidon de son engin a dû prendre. Mais la rivière est large et j’ai de l’eau jusqu’aux chevilles.

Derrière moi, plusieurs chevaux qui se dirigeaient vers la passerelle rebroussent aussi chemin et me rejoignent. Le groupe se rend au Mont Saint-Michel. Je les laisse passer. Les équidés ne sont pas très rassurés : comme la plupart de leurs congénères, ils ont peur des ânes. Marius intrigué et surtout content de croiser des cousins, se met à presser le pas pour les suivre. Malgré sa fougue, on les perdra de vue rapidement. Ils avancent plus vite. Peu après, nous passons devant une ferme où je découvre plusieurs dizaines de cages où sont emprisonnés des veaux fraîchement venus au monde, victimes de la loi de la productivité et du rendement… Dure vie dans certaines exploitations même, si pour en avoir rencontrés, je sais que les agriculteurs aiment leurs bêtes.

Les pieds trempés, je continue sur une route goudronnée avant de retrouver un chemin bien herbeux. Marius avance bien malgré ses arrêts intempestifs sur chaque crottin déposé par les chevaux qui nous ont doublé. Le GR22 traverse une départementale assez fréquentée puis emboîte sur une autre départementale, moins roulante mais les automobilistes roulent comme des dingues. J’ai l’impression qu’ils ne se rendent pas compte que si Marius fait un écart, c’est dans leur pare-brise qu’il se retrouvera…

En parlant de se rendre compte… après 200 ou 300 m je constate que je me suis trompé de route ! Allez zou : demi-tour ! Arf !! Je retourne sur l’ancienne Nationale sur la départementale pour retrouver le bon chemin. Sur cet axe important, ce n’est même pas la peine de faire signe aux camions et aux voitures de ralentir ! La plupart n’en non rien à cirer ! Pire, certains accélèrent… Quand à la distance de sécurité, certains ne connaissent même pas ! Je suis obligé de me mettre au milieu de la route pour tenter de faire ralentir les chauffards.

Marius a une petite diarrhée depuis deux jours. Désolé de vous parler des problèmes intestinaux de mon compagnon mais vous voulez des nouvelles, je vous en donne ! Nourriture trop riche ou stress … Peut-être les deux ! A l’heure de la pause, j’évite l’herbe trop grasse pour lui et c’est sous un frêne que nous nous posons. L’arbre nous abrite de la pluie qui tombe depuis moins d’une heure.
Jusqu’à Lonlay-L’Abbaye, situé au Nord-Ouest de Domfront, le sentier est très vallonné mais aussi très boisé. C’est magnifique. Je suis toujours dans le parc Normandie-Mayenne. Les arbres nous protègent des nouvelles averses qui tombent sur nos têtes. Le chemin se transforme en un petit cours d’eau par endroit. Nous pouvons marcher au bord pendant un moment mais on finit par marcher dans l’eau. C’est dans ces moments-là que je me rends compte combien Marius a fait des progrès pour ne pas rechigner à marcher dans les flaques.
Sur les hauteurs de Lonlay (étymologiquement « la longue vallée »), je découvre ce très beau village aux maisons en pierres granitiques et aux toits d’ardoise, situé aux confins du Domfrontais et notamment son abbaye fondée au XIe siècle par Guillaume Ier de Bellême. Celui-ci avait voulu racheter ses péchés par notamment, la construction de cette abbaye bénédictine dans ce qui était à l’époque la forêt appelée « lande pourrie »

Ça descend sec pour rejoindre le centre du bourg. Ce village est splendide. C’est l’heure de la pause ! Avant de me poser devant l’abbaye, je dois patienter car un enterrement s’y déroule. « C’est l’ancienne institutrice du village que l’on enterre », m’explique un habitant avec qui j’échange quelques mots. Le villageois ne sera pas le seul à venir nous voir. D’autres paroissiens attirés par mes longues oreilles, s’approchent et engagent la conversation. Le corbillard parti, j’attache Marius contre la façade de l’édifice qui fut détruit et reconstruit à plusieurs reprises au cours de son histoire. Après avoir répondu à de nombreuses questions notamment sur le poids du chargement et les sabots, je finis par visiter l’Abbatiale. Je suis émerveillé par sa beauté et happé par une atmosphère paisible et chaleureuse. Je ne peux malheureusement pas m’attarder trop longtemps. Marius attend dehors et je l’entends braire. Il m’appelle.

Lorsque je sors, je rencontre encore quelques badauds et notamment un homme qui est en train de faire un tuto en vidéo. Selon Jérémy, je peux bivouaquer à plusieurs endroits autour de l’abbaye : la commune a l’habitude de recevoir des pèlerins. Chouette ! L’idée de dormir autour de ce site magnifique m’enchante beaucoup ! L’herbe n’est pas très haute mais ça devrait aller ! Il m’assure également que je peux dormir dans le pré situé derrière le parc. Je vais jeter un coup d’œil rapide pour constater que la pâture est effectivement idéale dans un lieu idyllique !  Je recharge mon âne en vitesse pour faire les 50 m derniers mètres de la journée. Cependant, j’aurais dû me méfier : en ouvrant la clôture j’ai pris une décharge électrique. La clôture est électrifiée ?? Bizarre ! Je rentre Marius alors que la pluie commence à tomber. Elle redouble d’intensité. On se protège sous une haie d’arbres au milieu du champ. Je débâte. Marius est énervé. De l’autre côté d’une petite rivière qui traverse le pré, j’aperçois des vaches. Il ne faudrait pas qu’elles aient accès à cette pâture… Je fais un rapide tour le long de la rivière et un doute me prend. Et si les bovins pouvait traverser … Merdum…-

« Marius, on remballe ! On ne peut pas rester ici ».

« T’es sérieux là ? »

« Oui oui ! Ça ne se voit pas ? »

« Non mais tu déconnes ! T’as vu l’heure ? T’as pris ton temps pour aller visiter ce tas de cailloux et maintenant on doit reprendre la route ! J’hallucine ! »

« Oui  ben, t’hallucinera un peu plus tard hein ! Faut qu’on y aille »

Bon, autant vous dire que Marius tirait la tronche ! On a finalement marché encore quelques kilomètres avant de trouver un endroit pour se poser. En je n’avais presque plus d’eau. Un comble avec tout ce que l’on a pris sur la tête aujourd’hui. Je tente d’abord dans un hameau où je rencontre un homme qui sort d’une ancienne ferme. Je lui demande si il sait où  je peux trouver un terrain. L’air complètement gêné, il me répond négativement. Il faut dire que tout autour de lui, il n’y avait que des terrains ! Il me conseille d’avancer un peu, « il y a un gîte un peu plus loin ». Je réponds que je ne dors pas dans les gîtes. « Je vais me débrouiller, merci ». Çà m’éneeeeeerve cette mauvaise foi. « Les gens ne sont pas obligés de nous accueillir » m’aurait lancé Céline. Certes, néanmoins, vu l’heure et le temps pourri, il aurait pu être un peu plus aimable et bienveillant. Bref ! On continue. Pas le choix. Pas terrain. Plus une goutte de flotte….

Un peu plus loin, à droite du sentier, j’entrevois le toit d’un bâtiment sur une bute. On grimpe et on tombe sur une ferme. En face d’un hangar, une maison semble habitée. On y va. Je rentre dans la cour où est garée une voiture immatriculée en Allemagne. Nous sommes accueillis par un berger allemand sur la défensive. Il aboie sans arrêt mais reste à bonne distance de Marius. Je sonne à la porte en espérant que la maison n’est pas louée par des touristes. Une jeune femme au fort accent allemand ouvre. Elle réfléchit à ma requête. Cherche un lieu. Ne sait pas trop… Finalement, elle me propose le verger derrière sa maison. Çà ira très bien. Je ferai attention aux pommes. Je vais l’attacher cette nuit.

Je plante ma tente. On sera bien cette nuit ici. Mon hôte me donne de l’eau. Je comprends qu’elle a des chevaux et que son mari est agriculteur. Il élève des vaches. Il passe d’ailleurs me voir avant de rentrer chez lui et s’assure que je n’ai besoin de rien. Cette fin de journée fut pénible mais elle se termine bien.

Je profite d’un magnifique couché de soleil avec vu sur le troupeau de vaches !  Allez, un sourire et au lit !

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Marius Tour de FranceMTF #Orne

Jour 507/ « La Vie donne des cours qui ne s’inscrivent pas dans notre calendrier humain »

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[Mardi 8 aout]

Notre discussion avec le pasteur se poursuit au petit-déjeuner. On savoure cette belle rencontre et ce très beau moment de partage. Alain n’est pas un prêtre comme les autres. Il a un regard critique sur les religions, sur leurs façons d’interpréter les textes. Il a un rapport intime et très particulier avec Dieu dans sa façon de lui parler, de communiquer avec lui. Sans chichi. Le pasteur désacralise la relation avec lui ce qui lui permet de tirer des enseignements de tout ce qu’il vit et philosophe sur son parcours de vie qui ne l’a pas conduit sur le chemin où il pensait marcher.  Originaire de Franche-Comté, il s’était toujours dit qu’il n’habiterait jamais en Normandie. Force est de constater que « la vie », « dieu », « l’univers » en a décidé autrement. Marié puis divorcé, il a fait justement de ses échecs une réussite et a su rebondir. C’est ainsi qu’il a pu, grâce à une étonnante rencontre dans un restaurant, écrire un essai, une réflexion un rien piquante, sur les paradoxes qui habitent la complexité humaine, et sur son principal fléau : La religion. Un comble pour un pasteur ! « La Vie donne des cours qui ne s’inscrivent pas dans « notre » calendrier humain, mais dans le sien, éternel ! C’est une école extraordinaire, car elle nous donne de vouloir comprendre que nos échecs d’une période ne sont rien de plus que des ‘parties remises’, et non des actes manqués irréversibles. Dire « merci  » plutôt que « c’est pas juste » fait de nous de bons élèves, patients, tenaces, prêts à recommencer une, deux, trois ou autant de fois qu’il faudra pour faire d’un objectif, même manqué à une date arrêtée par nous, une pleine réussite plus tard, dans un calendrier qui est devenu celui du Créant » écrit le pasteur pour qui « Savoir dire « merci  » même quand tout va mal, et cela, bien trop peu d’humains sont disposés à le faire. Vivre nos échecs, nos « non-faits », nos ratés et nos tracas comme des cadeaux nous permet de les vivre sans en souffrir plus que de raison, et donc sans faire souffrir d’autres personnes de cette déraison ». Des propos positifs qui font écho en moi. Ce livre et cette rencontre, qu’il ne doit pas au hasard, l’ont mené jusque dans l‘Orne où il pige comme correspondant de presse pour un journal local. Un job qui lui a permis de connaître du monde et d’avoir une implication plus importante dans la commune. 
« Le choix nous appartient de vivre comme nous le souhaitons, mais chaque décision, chaque attitude et chaque moment dit ce que nous sommes vraiment. Cela est vrai dans le déroulement de notre intimité individuelle, cela est tout aussi vrai dans notre relation envers l’autre. L’arbre est notre enveloppe charnelle, ses racines le maintiennent dans le terreau de notre existence terrestre, et tout ce qui grandit le fait en allant vers le haut, vers la lumière. C’est dans cette lumière que doit vivre tout ce qui entoure l’arbre que nous sommes, et envers qui notre raison d’être est d’être prolifique et généreux, sans quoi nous ne servons qu’à peu de chose. Quoi que nous décidions d’être, tout ce qui sera produit sera le fruit que nous portons, avec, pour chacun, vivant parmi les vivants, la capacité de décider de se servir en premier ou de penser d’abord aux autres » poursuit Alain qui s’interroge :  « Saurons-nous comprendre, nous, ‘gens civilisés’, que nous ne sommes en fait que des pions, manipulés par un système qui nous rend dépendant du « progrès social » qui n’est en fait qu’une régression des vraies valeurs ? Saurons-nous tous enfin choisir, (après avoir compris, à l’observation des lois de la nature, que tout arbre ne peut donner que son fruit) de devenir de « bons » arbres, portant des fruits succulents et plaisants au goût ? Saurons-nous donner à notre vie son véritable sens en l’orientant vers l’intérêt de notre prochain d’abord ? La question est posée à chaque humain, en lui laissant le choix ».

Après cette longue discussion avec Alain, Natacha  nous quitte vers midi tandis que je finis de préparer encore mes affaires. Je ne vous ai pas parlé d’elle. Natacha suit nos aventures​ depuis un moment. Elle est en Bretagne pour quelques semaines, chez une amie propriétaire d’Herbarius, un jardin médiéval situé à Planguenoual dans les Côtes d’Amor. Ardéchoise d’adoption, Natacha est une fée qui vit avec la nature. Son univers ne ressemble en rien à celui du commun des mortels. Dans son monde, elle côtoie les habitants des forêts, elle parle aux arbres, aux fleurs mais aussi aux animaux et aux Anges. Poète mystique pour qui Aura et chakras n’ont plus de secrets, tout à une signification car « il y a ce que la logique humaine veut et pense savoir ce qui est bon et puis, il y a le reste ».  Bien évidemment, notre rencontre avec Alain avait aussi du sens pour elle. Le hasard n’existe pas et tout est question de synchronicité. Elle et moi échangeons depuis plusieurs semaines. Nous devions éventuellement nous voir à la fin du mois dans les Côtes d’Armor. Finalement, une ​curieuse envie de découvrir la caravane l’a pressée, et elle a fait 1h30 de route pour  partager ce moment impromptu.

Natacha s’est installée dans le sud Ardèche pour y créer une ferme pédagogique ou plutôt un « moulin à bonheur » qui sera ouvert à tous, touristes, écoliers, personnes handicapées…Elle y proposera des découvertes de la vie à la ferme, des balades aromatique​s​ dans le potager, un espace culturel avec expos d’artistes locaux, des veillées et contes d’autrefois les soirs d’hiver, mais aussi une sensibilisation aux priorités environnementales, ou tout simplement un havre de paix où il fait bon se reposer et séjourner seul ou en famille… Dix mois déjà que Natacha structure, trace, bichonne, observe chaque parcelle, apprend quel endroit a besoin de ceci ou cela, laisse faire aussi, pour voir ce qui vient, ce qui ne tient pas, découvre la faune et la flore… Tout cela au rythme de Dame Nature puisqu’elle veut travailler en biodynamie et permaculture.

Il fait beau et chaud, j’hésite à rester. Il est 15h quand mes affaires sont enfin prêtes. Je demande à Alain si ça gêne si je reste une nuit de plus. Il ne me répond pas « non » mais m’explique qu’il ne voudrait pas abuser de la gentillesse du propriétaire du terrain. Je comprends. Je pars. Je repasse devant le château, rejoins le GR 22 puis retrouve le chemin qui s’engouffre dans la forêt des Andaines qu’il coupe en une interminable ligne droite sur presque 17 kilomètres jusqu’à Domfront. J’y croise quelques marcheurs et des cyclistes.

Dans cette forêt magique qui regorge de légendes, je m’arrête un moment devant un dolmen appelé « Le Lit de la Gione ». Il y a de la magie ici ! un panneau indique justement qu’un mauvaise fée « La Gione » habitait ces lieux. « Elle aurait établi sa demeure sous d’énormes blocs de pierre qu’elle aurait transportés elle-même dans son tablier. Elle rendait visite aux paysans, lesquels étaient bien obligés de la recevoir ! Or, un soir de Mardi Gras, l’odeur des crêpes chaudes l’attira dans une ferme : les enfants faisaient bouillir de l’eau dans des coquilles d’œufs, qu’ils posaient sur les cendres du foyer. Elle prit l’habitude de venir admirer ces petits pots bouillir. Les occupants voulurent se débarrasser d’elles, et disposèrent sur le petit tabouret, où elle avait pris l’habitude de s’asseoir, la galetière rougie au feu. Lorsqu’elle arriva, elle s’assit sur le tabouret et poussa un cri terrible. Saisissant son balai, elle l’enfourcha et s’enfuit par la cheminée. On ne la revit jamais. »

Une poignée de kilomètres plus loin, en bordure de la route qui mène du bourg de Juvigny-sous-Andaine, au carrefour de l’Etoile, point central de cette forêt domaniale des Andaines, c’est un édifice très particulier qui interpelle le promeneur : la chapelle Sainte Geneviève. Construite tout en granit en 1856, les jeunes filles désireuses de se marier dans l’année, se rendaient naguère là et écrivait leur nom sur les murs. A l’intérieur, des sculptures en bois ont été réalisées. Tout autour, une allée de bancs de pierre a été installée autour de la chapelle pour permettre aux fidèles de suivre un éventuel office.

Je pensais dormir ici mais je n’ai pas d’eau. Les deux habitations autour de la chapelle sont barricadées. Ca ne donne pas envie de sonner ! Il y a un bien un camping-car garé en face mais les deux passagers font mine de ne pas nous voir… Bref, on continue encore quelques kilomètres. Un peu plus loin, une carriole tractée par un poney fait demi-tour. Elle va plus vite que notre petite caravane. Je ne la rattrape pas mais le « cochet » m’attend dans le hameau suivant. Je ne l’ai pas reconnu bien sûr, c’est lui qui me dit qu’il était devant moi. Je lui demande s’il aurait un terrain pour Marius et moi. Il me propose une pâture qui jouxte sa maison. Chouette. Il fait beau, l’herbe est belle, nos voisins sont sympas ! Que demande le peuple !!! La pleine lune ? Ok, suffit de demander !

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Marius Tour de France

Jour 505 / Mon bonheur est dans la simplicité des petites choses

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[Vendredi 4 aout]

Je quitte le camping de Carrouges vers 10h. La famille de cyclistes est déjà partie et je n’ai pas vu l’ombre d’une gardienne me demander de m’acquitter des 8 € pour la nuit passée ici … . Les touristes anglaises qui campaient ont également repris la route. Restent les trois jeunes britanniques à qui je fais signe de la main en partant.
Après un quart d’heure de marche, j’arrive au village. Les artères principales qui coupent le village sont très fréquentées. Heureusement, je ne les emprunte pas. Marius est très farceur, il décide de poser un gros tas de crottin devant un salon de coiffure ! Il aurait pu le faire avant, mais non ! Heureusement, nous ne sommes sur le trottoir et je pousse l’objet du délit avec mon pied jusqu’à une grille d’évacuation des eaux de pluie. Je profite aussi d’une boulangerie sur une place tranquille pour acheter du pain. En descendant en bas du village, j’aperçois dans la plaine, le château du XIVe siècle. Carrouges fut en effet à cette époque une place forte de la guerre de Cent Ans. Le château est devenu au XVe, un logis seigneurial et fut fortifié au temps des guerres de Religion. J’aurais sans doute pu passer la nuit là-bas car il y a de grands terrain !! Les seigneurs de Carrouges ont bien reçu Louis XI en 1473 et Catherine de Médicis et sa suite en 1570. Alors après tout, ils peuvent accueillir Marius !!Ce soir c’est dans un autre château que je vais dormir ! Je suis attendu par Claire et Diane. Deux cavalières qui parcourent la France avec leurs trois chevaux depuis plus de deux mois. Elles sont parties de Bretagne et traversent l’hexagone dans le sens contraire du mien. Depuis plusieurs semaines déjà, nous communiquons en espérant pouvoir se croiser quelque part ! Finalement, c’est donc à Saint-Patrice-Désert, où elles sont posées depuis quelques jours, que nous nous retrouverons en fin d’après-midi. J’ai eu Claire au téléphone dans la journée,  il y a du terrain pour Marius et la châtelaine est d’accord pour m’accueillir. Chouette !

Je suis dans le Parc Naturel Régional de Normandie-Maine mais je marche encore sur la route pendant de très long moment. Ce qui ne m’empêche pas de traverser des bois. Derrière moi, une dame marche au bord de la route. Elle finit par me rattraper. Marius curieux s’arrête pour être certain qu’il ne s’agirait pas d’un prédateur !! On ne sait jamais ! En Normandie tout peut arriver ! Il tente même de fuir. une fois mon âne rassuré, la randonneuse nous accompagne un petit moment. Notre voyage sera le centre de la discussion… bien évidemment !
Sur ses conseils, j’emprunte un chemin pour quitter cette satanée route. Au vu de la végétation très dense, peu de monde passe par ici ! A croire que les marcheurs n’ont plus l’habitude de trouver des sentiers avec de la vraie terre sous leurs chaussures ! Bon, désolé je me moque … C’est que par endroit, je suis obligé de me baisser car les arbustes forment un tunnel de verdure. C’est magnifique mais mon drapeau a tendance à s’accrocher aux branches et aux ronces.  J’en viens à le prendre dans ma main car il finit par rester coincé.

Vers 13h, un pré me tend les bras ! Pause broute bienvenue après trois heures de marche ! Alors qu’on commence à manger, moi une salage et Marius… une salade d’un autre type, un agriculteur vient à ma rencontre. Il habite la maison qui jouxte le terrain où je suis posé. Il me raconte que nous sommes en Mayenne mais de l’autre côté de la route c’est l’Orne. Il m’explique que tout autour c’est la montagne armoricaine. Un massif qui s’étend de la vallée de l’Orne jusqu’au Sud de la Loire, mais les montagnes, érodées pendant des millions d’années par les eaux et la glace, sont aujourd’hui de simples collines. L’Armorique, ce nom évoque plein de choses pour moi. La Gaule bien évidemment, les celtes (bien que certains archéologues affirment qu’ils n’auraient jamais mis les pieds en Bretagne… ou presque) mais aussi de nombreuses légendes dont certaines ont bercé mon enfance. L’agriculteur qui connaît visiblement bien la région me parle aussi du bocage qui façonne les paysages et mêle haies larges, champs cultivés et prairies. Il n’y en pas d’où je viens. Ici, les champs cultivés et les prés sont enclos par des levées de terre ou des talus portant des haies d’arbres et arbustes sauvages ou fruitiers. Ca change des vastes étendues de cultures intensives.

Mon incartade en Mayenne est courte, une sieste et quelques kilomètres plus tard, je suis de retour dans l’Orne. Sans le savoir d’ailleurs !  Je suis encore à 6 ou 7 km de Saint-Patrice. Les agriculteurs  ont déjà mis la paille en rond-balle. Les terres semblent souffrir de la chaleur. Le granit est partout. Les maisons sont construites en pierres granitiques. Elles sont magnifiques et me font penser aux constructions en Ardèche ou en Lozère. C’est amusant de voir changer l’architecture des habitations comme les paysages.

C’est Claire qui m’accueille sous la pluie au château. Diane a dû s’absenter quelques jours pour raison familiale. Elle rentre ce soir. Les deux voyageuses sont logées dans une maison qui fut autrefois la ferme du Petit-Jard. C’est à côté des trois chevaux des cavalières que Marius passera la nuit. Claire a scindé leur parc en deux pour que mon âne puisse avoir le sien !! C’est très gentil de sa part. D’autant qu’il pleut beaucoup !

Peu après, je me couche un moment avant de prendre une douche chaude. Depuis le début d’après-midi, je suis pris d’une migraine qui monte en intensité. J’ai pris un cachet, l’huile essentielle de menthe poivrée n’ayant eu aucun effet. Lorsque je me réveille, Diane est arrivée. Je fais la connaissance de Django, son chien. Je me sens mieux même si ce n’est pas encore ça ! Notre rencontre est l’occasion pour nous de discuter de nos voyages respectifs, de cette expérience d’itinérance, de nos rencontres. On échange des conseils, des points de vue, des anecdotes … Nous passons une très belle soirée et je suis heureux de les rencontrer enfin ! C’est une très belle rencontre que j’espérais depuis un moment. J’aime leur esprit d’aventure…

[Samedi 5 aout]

Claire et Diane m’ont un peu raconté l’histoire du château du Petit Jard construit dans un écrin de verdure. C’est passionnant. Il était inclus, jusqu’au début du XIXe siècle, dans le domaine de la Motte-Fouquet, une commune proche. Les seigneurs de la Motte y avaient construit, au XVIIIe siècle, un pavillon de chasse. La chasse à cour était alors la passion dévorante de la famille, ce qui a causé sa ruine mais qui l’a aussi sauvée pendant la Révolution car elle possédait des meutes pour la chasse au loup. Le château fut détruit entre 1868 et 1883 par les nouveaux propriétaires qui construiront, outre le logis, des écuries (équipées d’un système de récupération des jus, de chambres d’invités et d’une sellerie magnifique), une remise à voitures, un chenil (petit bâtiment octogonal au toit pointu), une orangerie. Une partie du château est classé aux monuments historiques.

Ce matin il ne fait pas trop beau. Ce n’est pas l’envie qui nous manque de rester une journée de plus ici pour continuer à partager mais Dianes et Claires ne veulent pas abuser de la gentillesse de leurs hôtes. Elles sont toutefois d’accord pour enregistrer une interview (que vous pouvez retrouver ICI) entre deux averses éparses. Chose faite, nous allons chercher nos équidés respectifs et mangeons un bout (il est déjà midi) avant de les bâter. Il est donc 14h passés lorsque nous partons. Nous passons saluer les châtelains qui nous ont accueillis. Ils reçoivent des amis et un curé avec qui je discute. Mon voyage de 3 ans les rend perplexe et le prête tente de me raisonner :  » Il y a un âge pour tout mais il faut penser à construire. » me dit-il ! Construire ? Laisser son emprunte ? Laisser des biens ? Ça me fait penser à la Rolex de Séguéla : « Si t’en n’as pas à 50 ans, t’as raté ta vie ! ».  Ça me fait penser à l’ancien propriétaire du château qui avait « construit », qui « avait des biens » mais qui a dû tout vendre car la chasse à cour l’a ruiné. Alors construire pour quoi faire ? Payer un crédit toute sa vie ? Mourir avant d’en profiter ? 

Au cours de ce voyage, nous avons rencontré des jeunes qui n’avaient pas l’intention d’acheter une maison, ou de faire un crédit pour une voiture. Ils veulent être libres, profiter de la vie, voyager, pouvoir quitter leur boulot sans craindre de ne plus pouvoir payer leurs traites. Être libre. Vivre ! Voilà ce que veut cette jeunesse qui a vu ses parents trimer, galérer, …  La vie est courte et la nouvelle génération l’a appris dans les déboires de ses aînés et dans les crises financières qu’ils ont dû traverser. Maintenant, construire peut aussi vouloir dire évoluer, se développer dans ce que l’on aime et là où on est utile. Se construire dans l’être, dans l’histoire, poser sa contribution pour soutenir une humanité en transition. Dès lors, à chacun sa manière de construire… un monde meilleur !

Notre chemin se sépare après avoir traversé une piste boisée sur quelques centaines de mètres. On se quitte non sans difficultés. Cette rencontre était très belle. Trop belle pour qu’elle soit si courte. On se promet de se revoir. Peut-être à Rocamadour. Sans doute en Bretagne… l’avenir nous le dira ! Diane et Claire prennent plein est, direction la Sologne d’abord. Elles vont emprunter le chemin qui m’a mené jusqu’à elles. De mon côté, je vais marcher sur leurs traces pendant quelques jours.  Cette idée nous fait sourire !

Finalement, et vu l’heure, je ne marche pas très longtemps. Après avoir dépassé l’Etang du Petit Jard, je fais encore 5 ou 6 km avant de m’arrêter dans une ferme pour demander « une pâture pour mon âne ». Je m’installe un peu plus loin. L’herbe est haute et bien verte. Trop pour Marius. Cette nuit, je l’attache.  Il fait beau. Je plante ma tente. N’en déplaise au curé de ce matin, c’est mon seul bien ! Tous les soirs depuis 18 mois, je m’offre un paysage différent, un nouveau décor. Mon « jardin » n’est jamais le même. Les rencontres sont à chaque fois différentes aussi et toujours enrichissantes voire attachantes… Et ça, ça vaut tous les biens ! Mon bonheur est à présent dans la simplicité des petites choses et aucun palais ne saurait me rendre plus heureux.

Le bonheur est dans le pré…

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Marius Tour de France

Jour 503 / Marius, le roi de l’évasion !

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[Jeudi 3 aout]
La nuit a été courte… J’ai trouvé le sommeil vers 3 heures du matin. Enfin, c’est plutôt le sommeil qui a fini par me trouver.
Ce matin, difficile de me lever et je sens que cette première journée de marche va être looooongue après une nuit éclair et 10 jours d’arrêt. Je commence à ranger mes affaires, descends boire un café. Franck n’est pas là. Il a repris le travail. Mathéo est parti en vacances en Bretagne. Laure m’accompagnera pendant quelques heures.
Marius braie sans arrêt je ne sais pas ce qu’il a ou ce qu’il veut. Pendant mon absence, il a ouvert le portail plusieurs fois entraînant ses compères dans le jardin de la maison. L’herbe n’était pourtant pas plus verte ailleurs mais sait-on jamais ! Le roi de l’évasion n’a pas pu aller très loin car la parcelle qui entoure la maison est clôturée et un portail ferme l’entrée. Il sent peut-être que c’est le jour du départ, alors il me rappelle à l’ordre afin que je me dépêche et surtout que je ne pas parte pas sans lui ! C’est beau d’imaginer des tas de trucs dans la tête de son âne !
Il est 11h lorsque je suis fin prêt. Les sacoches sont équilibrés avec les affaires de Malone en moins mais les courses pour quelques jours en plus. Le temps que les provisions baissent, Marius aura une charge plus lourde que d’habitude. Je compatis. J’ai mis dans mon sac quelques fruits et légumes… Ah oui, je ne vous ai pas dit, j’ai changé de sac à dos à Paris. J’ai laissé le vieux devant la vitrine du vieux campeur sur les conseils du vendeur : « Il trouvera quelqu’un qui en aura besoin ». Je n’en doute pas. Ça tombe bien, je ne me voyais ni le jeter, ni le vendre, et cette idée m’a beaucoup plu !
Il faudra marcher environ 6 km avant de quitter le goudron et trouver enfin un vrai chemin. Celui-ci traverse un bois avant d’arriver à Goult,  un joli petit village médiéval. C’est devant une chapelle romane, un des derniers vestiges du prieuré de la commune,  construit par les moines de Lonlay, que nous décidons de nous arrêter. Du prieuré du XIe, il reste surtout des ruines. La chapelle Saint-Pierre devant laquelle nous pique-niquons, fut restaurée au XIIe siècle, période de l’apogée de l’abbaye. Détruite, elle est reconstruite au XVII siècle. Après avoir servi de grange pendant un temps, elle fut restaurée mais vu de l’extérieur, elle n’a rien d’extraordinaire si ce n’est le portail orné de six chapiteaux de la fin du XIe aux décors très originaux.
Et tandis que nous mangeons un morceaux, Marius profite de l’herbe tout autour de l’édifice. Tout à côté, on devine les vestiges d’un camp romain. Laure me confie son envie de lancer un projet autour de ses ânes. Elle recherche des sentiers pour randonner en famille. Franck de son côté est en train d’aménager un camion pour le transport des longues oreilles ! Je lui ai donné quelques conseils pendant mon séjour et je l’encourage à poursuivre sur cette voie. La réussite sera au bout de chemin puisqu’il semble être le bon…. En parlant de chemin, nous regardons les cartes pour réfléchir au sentier qu’elle prendra pour rentrer en faisant une boucle. Elle a peur de se perdre et ne cache pas aussi le souhait de continuer un petit bout de chemin avec nous. De mon côté, je dois retrouver ce soir l’équipe de Caval’Breizh, Diane et Claire, deux cavalières parties il y a plus de deux mois pour un tour de France avec 3 chevaux dont un cheval de bât. Il se trouve que nos itinéraires doivent se croiser à Saint Patrice du Désert. Pour être dans les temps, je modifie mon trajet, ce qui me permet d’éviter les détours et de tirer plus droit.
Alors que nous longeons les parcs d’un haras, on aperçoit un gars sur un quad qui semble aller chercher des chevaux. Effectivement, il entre dans un paddock, met un licol à un cheval, ressort et remonte sur son engin. Mais le canasson a vu Marius et commence à s’énerver. On se trouve loin d’eux et on avance doucement mais le cheval finit par arracher la longe au moment où le jeune homme tente de démarrer le quad ! Nous sommes interloqués par ce manque de considération envers l’animal !  L’équidé détale à l’écurie. Le quad finit par démarrer et disparaître dans le haras ! Le Pays d’Argentan comme le Pays d’Auge ornais sont des régions où les haras sont partout ! Il semble que le sol et le climat sont exceptionnellement favorables à l’élevage du cheval.

Le Haras national du Pin, le « Versailles du cheval » affecté à la reproduction des pur-sangs, reste l’emblème de ces usines à fric où sont fabriqués à la chaîne des chevaux de course dont le bien-être n’est pas la priorité. L’important ce sont les résultats ! Ils doivent être à la hauteur des investissements. Fers alourdis, attaches-langue, surnombre d’enrênements qui empêche l’animal de baisser la tête, rênes à piques à l’encolure si jamais il cherche à se décaler, trotteurs entravés … Les dérives sont légions mais il parait que la fin justifie les moyens. A en croire les amoureux. Et si par malheur les courses ne sont pas gagnées alors c’est la boucherie, au mieux la réforme… à condition de trouver preneur. Mais là encore, ce n’est pas toujours gagné car les chevaux sont marqués à vie et souvent démolis physiquement et psychologiquement par les entraînements intensifs alors qu’ils ne sont encore que des « bébés ». Mais comme dans beaucoup d’autres situations qui concernent la planète et tous ses habitants, dès qu’il y a beaucoup d’argent en jeu, on dirait que le monde devient aveugle.
On avance dans des bois où ça sent bon le pin et la mousse. Il y a vraiment longtemps que je n’avais pas eu le plaisir de sentir ces parfums. c’est vrai bonheur ! A Saint-Sauveur-De-Carrouges, Laure et moi nous sommes séparés. Nos chemins prenaient une direction différente dans le centre du village. Merci encore Laure pour ton accueil et ta gentillesse. Merci aussi à Franck et Mathéo. Merci aussi d’avoir gardé Marius pendant les quelques jours où je suis monté à Paris. Je te souhaite de tout cœur de réussir ton projet.
A la sortie du village, je continue sur de la petite départementale monotone. Sur ma carte, j’ai repéré un terrain de foot ainsi qu’un camping à Carrouges. Peut-être pourrais-je me poser. J’ai encore à marcher 3 km et demi sur cette « petite départementale monotone ».
Il y a longtemps que je ne m’étais pas retrouvé à marcher seul avec Marius ! Lorsque j’arrive au camping municipal, il n’y a personne. Enfin, juste la toile de tente d’une famille. Des enfants jouent tandis que je cherche l’accueil. Personne. Une pancarte invite des campeurs à s’installer et précise que le gardien vient le soir et le matin. Je ne sais pas si Marius sera accepté, j’attends un peu avant d’installer ma tente. Je discute avec le couple qui a entrepris avec ses deux enfants de suivre la voie du Mont-Saint-Michel !  Ils sont partis avec leurs vélos de Nogent-le-Rotrou dans l’Eure il y a quelques jours. Une première pour eux et sans doute une très belle aventure familiale.
Je finis donc par planter mon bivouac à l’endroit qui me semble être le mieux pour Marius il y a de l’herbe à foison mais ça lui suffira d’autant qu’il s’est bien goinfré chez Laure pendant huit jours ! Le camping s’est rempli un peu depuis mon arrivée. Beaucoup de touristes Anglais sont là. Je ne verrais pas la gardienne ce soir ! Il est 21h15 quand je rentre de ma tante, le soleil se couche de plus en plus tôt … Les jours rétrécissent déjà.
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Marius Tour de France

Jour 502 / Des ânes chez les gendarmes du Fort Charenton…

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Nous voilà donc à Boucé chez Laure, Franck et leur fils Mathéo. Ils suivent nos aventures depuis un long moment et Laure espérait vraiment qu’on passe chez elle. C’est une des raisons pour laquelle j’ai choisi de descendre dans l’Orne plutôt que de longer la côte sans doute bondée en cette période estivale. Tant pis pour les plages du débarquement et le Cotentin. Je sentais qu’il était important que je passe par là.

Ancienne cavalière, Laure ne peut plus monter. Pourtant, d’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours dit qu’elle possèderait des équidés; plutôt des chevaux… mais la vie en a fait autrement et ce sont des ânes qui occupent le pré derrière la maison ! Le couple a dû tout quitter pour des raisons professionnelles et est arrivé dans l’Orne il y a plusieurs mois déjà. Laure et son fils n’allant pas très bien depuis leur arrivée, ils cherchaient « un moyen qu’il parle ». Et comme la famille avait suffisamment de terrain pour accueillir des ânes, ils se sont dit « pourquoi pas ? », après toutefois avoir pris un maximum de renseignements ! C’est finalement dans « Le Bon Coin » qu’ils ont trouvé 2 ânes. Après de longues discussions sur l’adoption ou non de longues oreilles,  c’est un reportage sur des ânes qui amenaient des enfants à l’école, qui a fait tilt ! Le projet était né ! Et puis, Mathéo pouvait les monter tandis que Laure imaginait se faire tracter dans une carriole. La découverte de la chaîne d’Anes Victoires a permis d’affiner leur rêve !

Les deux ânes trouvés dans les petites annonces vivaient dans un paddock très boueux. Le propriétaire s’occupait soit disant de trotteurs dans une autre vie. On lui aurait donné ces deux ânes que le couple a trouvé dans un état pitoyable. « On a été accueillis par deux chiens en cages, assis dans leurs excréments et qui aboyaient sans cesse, me raconte Laure. Les ânes étaient sales et boueux. Leur abri était jonché de crottins et de tôle qui ne tenaient on ne sait comment. Leurs sabots n’étaient pas taillés. Ils avaient des babouches…. Mais leurs regards m’a conquise, surtout Charlot. Calva lui, était « en retrait ». Quelques jours plus tard, le couple est revenu avec Mathéo. « Nous lui avions dit que nous allions chercher des poules !! ». La rencontre avec Charlot a été un coup de foudre. « Nous sommes allés les voir tous les jours afin qu’ils s’habituent à nous doucement. Nous avons fait venir le maréchal-ferrant pour que les deux ânes puissent monter dans la moutonière en toute sécurité ». Depuis leur arrivée à la maison, Laure les éduque. D’abord à la ville aux bruits, … afin de pouvoir faire l’asinobus dans n’importe quelle ville où la famille s’installera. Outre le travail, ce sont pour Laure « des anti-dépresseurs naturels, parce que vivre au pays du cheval sans avoir le droit de monter c’est une torture ». Ils l’aident aussi à surmonter son handicap car elle a de gros problème de dos : « Depuis que je les ai, je me sens revivre. Je suis plus sereine, plus calme… Se sont également de véritables amis pour Mathéo qui, dès qu’il va mal, file voir Charlot et lui parle ». Autant dire que ces longues oreilles sont des membres à part entière de la famille.

Pendant notre séjour, nous avons été balader avec nos loulous respectifs ! L’occasion pour moi de tester le tapis de selle que m’a envoyé Céline par la poste. Avec l’aide de Laure, j’ai aussi enlevé une partie du galon en simili-cuir usé craquelé qui orne le tapis de feutre et qui est, je pense, une des causes du frottement. On verra après quelques jours d’utilisation si les poils repoussent…

A mon retour de Valence,  j’ai fait une halte forcée à Paris pour une histoire de correspondance. Mais je ne l’ai pas regrettée puisque Judith et Wilfrid m’ont proposé de m’arrêter chez eux à Maison-Alfort dans le Val-de-Marne. En fait je ne savais pas grand chose d’eux avant de sortir du RER si ce n’est qu’ils avaient des ânes et une association de médiation asine : Anes en Ville. C’est Wildfried qui est venu me chercher pour me conduite à … la gendarmerie !!! J’ai d’abord pensé qu’il était militaire mais en fait, c’est au coeur du Fort du Charenton où est implanté notamment le commandement de la région de gendarmerie d’Ile de France et le Centre des Hautes Etudes du Ministère de l’Intérieur, que les quatre ânes de l’association partagent les 4 ha et demi du fort avec plusieurs moutons ! Etonnant de trouver des ânes sur un site aussi important et sécurisé. En fait, suite à un partenariat signé avec le ministère, les longues oreilles, comme les brebis, ont un rôle d’éco-pâturage en participant à l’entretien des espaces verts.

Judith, est présidente de « Anes en Ville », Wilfried est en le trésorier. Cette une association créée en 2015  suite au constat que certains grands animaux tels que les ânes n’avaient plus leur place dans les grande villes : « Nous avons trouvé un espace afin d’y palier. La nature est bien faite et peut s’équilibrer. En effet, face à une vie de citadin, un retour à la nature est parfois nécessaire et bénéfique. Prendre le temps, découvrir, apprendre, être en lien avec les animaux et avec les éléments de la nature… » explique sur son site, l’association qui a pour objectif le développement des contacts de l’homme avec la gent asine notamment par l’étude de l’animal, le contact direct par la promenade, l’accompagnement et la fourniture de moyens aux praticiens dans le cadre de la zoothérapie. 

J’ai fait la connaissance de quelques membres de l’AEV qui en compte une vingtaine aux compétences variées (psychologues, zoothérapeutes, vétérinaires, selliers, infirmiers, administratifs, …). Ils m’ont fait visité les remparts de ce fort où broutent tranquillement les animaux, et leurs installations aménagées pour la plupart dans des casemates de la caserne. Original ! J’ai passé une très belle soirée en leur compagnie et fait de belles rencontres. Je reviendrai pour faire une interview pour un prochain vlog ! Merci encore Judith et Wilfrid de m’avoir permis de découvrir votre association et de m’avoir hébergé ! A très bientôt !

J’ai donc ramené mon loustic à Valence après quelques jours passés ensemble à Le Boucé. Nous avons marché ensemble près de 160 km. Il a été très courageux et n’a jamais rechigné à marcher même si parfois les conditions n’étaient pas top.  Il partage mes voyages depuis l’âge de 5 ans. C’est pour lui une nouvelle approche à chaque fois car il grandit et voit donc chaque année, ces périples avec un autre regard. Même s’il ne comprend pas vraiment pour quelles raisons je fais ça, j’espère qu’un jour les graines semées sur les chemins germeront, lorsqu’il sera adulte. Il me manquera… Il me manque déjà…

Ane en Ville sur : Facebook et sur Internet

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Marius Tour de France

Jour 494 / Dernier bivouac de Malone

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[Mardi 25 juillet]
Le temps est mitigé ce matin. On espère que la météo restera clémente aujourd’hui. Il nous reste deux jours de marche avant d’arriver à Le Boucé, chez Laure, Franck et leur fils Mathéo.  La petite famille, qui nous suit grâce à notre blog, nous a proposé de nous arrêter chez elle le temps pour moi de ramener Malone chez sa maman. Laure ayant deux ânes dans un grand parc, Marius pourrait rester avec eux le temps de mon allez-retour. C’est adorable de leur part, ils m’ôtent une sacrée épine du pied  ! Et puis ça va permettre à mon compagnon de se reposer quelques jours. A nous aussi d’ailleurs.
En attendant, nous sommes encore loin et il nous faut nous bouger un peu si on ne veut pas arriver trop tard ! J’ai acheté nos billets de train. Départ prévu dans quatre jours ! Alors hop hop !! J’ai laissé dormir Malone le temps de préparer son petit déjeuner, qu’il prendra sous le hangar planté au milieu du jardin.
La maman du propriétaire nous rend visite pour savoir si on a bien dormi et si on a besoin de rien. C’est très gentil à elle. Je la remercie chaleureusement. Grâce à son fils, nous avons pu avoir de l’eau et de l’électricité, c’est déjà beaucoup. Ce qui me fait dire aussi que Marius trimbale une batterie de 5kg qui ne me sert pas à grand chose. Enfin… quand j’en ai besoin, elle m’est très utile mais bien souvent, je trouve une prise même dans un pré !! Il y a toujours des gens sympas pour nous tirer une rallonge ! Du coup, si je fais le ratio du nombre de jours transportés par celui des jours utilisés, ça ne fait pas bésef comme dirait l’autre. Alors bon, j’hésite à chaque fois à la laisser chez un de mes hôtes.
Bref… la dame, à qui je n’ai pas demandé le prénom, me confie qu’à 80 ans, elle rencontre des problèmes pour marcher suite à une chute et que son mari avait de sérieux problèmes de cœur. Elle regrette aujourd’hui de ne pas avoir profité avant des bons moments avec ses enfants comme ceux que je vis avec Malone. « Aujourd’hui ce n’est plus possible » déplore l’octogénaire. Les regrets… C’est bien ce que je ne veux pas ! Mais finalement, ne regrette-t-on pas un jour certains de nos choix, quels qu’ils soient ?
Et pendant ce temps… Marius joue à cache-cache dans un bout de pâture, dissimulé par une haie d’arbres et situé dans un renfoncement du terrain où nous avons bivouaqué ! Un coin qui plait bien à Malone. « On aurait pu dormir là ». Oui c’est vrai !! Une prochaine fois !!!
On lève le camp vers 11h, passe voir la mère du propriétaire une dernière fois pour la saluer et la remercier encore. On repart tranquillement par un chemin qu’elle nous a conseillé. Un itinéraire plus court que celui que j’ai tracé. Après une heure de marche, je me rends compte que Malone n’a pas sa casquette sur la tête, et alors que je lui dit, je constate que moi non plus, je n’ai pas mon chapeau !! Arrrrggg !!!  Mon fils pense l’avoir perdu en chemin mais je suis sûr que lui comme moi avons oublié nos couvre-chefs là où nous avons dormi !! On est trop loin pour aller les chercher, on a déjà fait plusieurs kilomètres et puis il pleut. Je n’ai pas très envie de faire demi-tour même si je n’ai que ce chapeau pour me protéger de la pluie… Comment faire. Je tourne le problème dans tous les sens…. Il faut qu’on avance… On verra bien…
On joue, on discute et je suis moins attentif à la carte… Je me trompe souvent ce matin. Deux fois à un croisement ! On a dû rebrousser chemin car on a oublié de tourner à gauche pour me rendre compte un peu plus tard qu’en fait, on aurait dû tourner à droite !! Décidément ! Demi-tour pour prendre enfin le bon chemin et passer pour la troisième fois à côté du cadavre d’un merle écrasé au milieu du croisement.
J’ai en travers de la gorge la perte de mon chapeau. Je cherche une solution et me dis que je demanderai à quelqu’un de nous emmener à Cuy pour les récupérer. Alors qu’on longe une maison un peu plus loin avec deux ânes dans le « jardin »,  j’aperçois une dame qui nous fait signe à travers une des fenêtres qui donne sur le chemin. Me vient alors l’idée de demander aux gens s’ils peuvent nous amener à Cuy pour récupérer nos capeos et on laisserait Marius attaché dans la cour. J’hésite… encore une fois… me ravise et finalement je me lance.  Malone sonne à la petite porte du jardin et quelques instants plus tard, un homme nous ouvre. Je lui explique la situation mais notre Normand du jour n’est pas franchement ravi de nous voir et ne saute pas de joie à l’idée de nous rendre service. Il accepte toutefois mais du bout des lèvres et plutôt méfiant. Il commence à poser plein de questions sur notre voyage à Malone, tandis que j’attache Marius à un arbre. Un véritable interrogatoire ! Heureusement, mon Poulbot est devenu mon attaché de presse !  C’est lui qui bien souvent répond aux gens que nous croisons. Et lorsqu’il distribue des cartes pour Solidarité Elisa il n’oublie pas d’ajouter : « Il y a deux fautes ! » … Tout comme son père !
L’arbre, ça ne va pas finalement. « Mes ânesses ont peur des autres ânes » se justifie le propriétaire. Dans la cour, ce n’est pas possible « à cause des chiens ». Alors ce sera au bord du chemin. Je ne suis pas rassuré à l’idée de laisser Marius seul ici, tout comme nos affaires posées devant le portail de la maison. On va dire que ça va aller, nous n’en avons pas pour longtemps.
Malone et moi nous nous engouffrons dans la voiture. Notre chauffeur n’est au début pas très causant, puis au fur et à mesure se fait plus loquace. Sur la route, il me raconte avoir travaillé dans la Drôme, plus précisément dans le Diois il y a longtemps, il nous pose des questions sur le voyage et nous parlons des ânes… Bref, il se déride ! Arrivés à Cuy, il se gare devant la maison sur le jardin de laquelle nous avons dormi. On se précipite pour chercher mes chapeaux mais ils n’y sont pas. Et m****. On file à la maison de la maman, peut-être les a-t-elles récupérés. Elle n’est pas là… « Bon c’est mort !! ». Nous retournons dans la voiture, expliquons qu’on ne les a pas trouvés et qu’on reviendra à un autre moment. Notre chauffeur se gare devant la maison de la dame, attarde son regard dans le jardin et nous lance :« ils ne sont pas sur la table du jardin? ». A oui !!! Yeeees ! Je saute du véhicule, entre dans la cour et arrache les deux chapeaux ! Satisfaits, nous rentrons, pressé pour ma part de retrouver Marius qui est resté calme durant les 20 minutes qu’a duré notre trajet. Nous remercions chaleureusement notre chauffeur qui reviendra un peu plus tard avec du pain dur pour Marius et des bonbons pour Malone.
Avant de rebâter notre fidèle destrier, on mange un bout au bord du chemin. Il est déjà plus de 13 heures !
Notre route continue sous un ciel assez sombre. Plusieurs fois, nous remarquons que les bords des sentiers sont minés par de gros trous. Je ne sais pas s’il s’agit de terriers de blaireau, de renard ou de lapin, car ils sont difficilement reconnaissables, mais il y a par endroits de nombreuses ouvertures de galeries et la terre que les locataires ont évacuée forme de gros talus, réduisant même par endroit la largeur du chemin ! En rédigeant cet article je me suis d’ailleurs penché sur ces terriers pour en savoir un peu plus. J’y ai appris plein de choses, notamment que la taille de l’entrée permet de connaître la taille de l’animal et donc savoir qui y habite, que selon les locataires il peut y avoir entre 5 et 10 entrées différentes, que le blaireau fait un trou appelé « pot de chambre » pour y faire ses besoins à quelques mètres des entrées principales, ou encore que les grandes garennes de blaireaux abritent souvent plusieurs espèces en même temps comme les renards et les lapins, uniquement par intérêt car le goupil se constitue ainsi des réserves en cas de disette. Pour en savoir plus, c’est ici .
Au détour d’un chemin, nous croisons deux cavalières dont les équidés ont peur de Marius. Le contraire m’eut étonné ! Comme à chaque fois, je reste à l’écart, évite de bouger, range mon drapeau qui flotte et laisse passer les randonneuses équines que l’on rencontrera à nouveau un peu plus tard sur un chemin parallèle. Malone est fatigué et grognon, il a mal aux pieds et son petit sac à dos lui fait mal aux épaules. On cherche un terrain mais les cultures sont partout. Nous sommes sur la commune de Serans, à quelques kilomètres de Ecouché. Derrière une chapelle, j’aperçois une grosse bâtisse et surtout des parcs à chevaux. Un terrain privé ? Une pension ? « Malone, je pense qu’on a trouvé notre bivouac de ce soir ! ». On s’approche. Ça ressemble à une cave …. une cidrerie peut-être. Je vois l’une des deux cavalières croisées un peu plus tôt. « Re-bonjour, on fait un tour de France et on cherche un endroit pour bivouaquer ce soir. Vous auriez une pâture ou un paddock disponible ? ». La jeune fille va chercher sa maman qui, sans hésiter, nous propose un terrain clos. Elle est pas belle la vie !? Après avoir discuté autour de notre voyage, nous nous dirigeons vers le fameux paddock.
C’est le dernier bivouac de Malone. Sa dernière nuit dans la tente. On reparle ensemble de ces 3 semaines passées ensemble. On est heureux d’avoir vécu ce moment privilégié, même si le chemin n’a pas toujours été rose ! J’espère que j’ai su semer les graines qui germeront au fil de sa vie. Malone parle peu. Il n’exprime pas toujours ce qu’il ressent. Et puis, la petite fille de la famille qui nous accueille vient le chercher pour jouer. Je suis étonné que Malone ait toujours autant d’énergie pour courir après une journée de marche !
Je m’allonge dans l’herbe et regarde le ciel rosir. « Le 17e mois de voyage a commencé hier matin. Comme une envie de ne plus quitter le chemin… Je vous écris bientôt sur le blog. Toujours envie de vous emmener avec nous dans cette aventure magnifique. De partager le monde dans lequel je vis depuis bientôt 1 an et demi… » C’est ce que je viens d’écrire sur les réseaux sociaux. Je suis bien. Le bonheur est sur le chemin. Merci la vie. Merci là-haut. Merci à tous de nous suivre.
Il ne manque que Céline, mais j’espère qu’elle reviendra. Peut-être a-t-elle des graines à semer là où elle se trouve, des choses à apprendre et à comprendre… L’avenir nous le dira.
 
[Mercredi 26 Juillet]
On ne traine pas trop à ranger pour cette dernière journée. Nous avons 14 petits kilomètres pour arriver chez Laure et Franck au Boucé, un petit hameau situé au sud-ouest d’Argentan.
Nous remercions et saluons une dernière fois nos hôtes qui ont été très charmants. En fait, Benoît Louvet a transformé la ferme familiale, datant du 17e siècle et qui se trouvait dans l’ancienne ferme du château de Sérans, en une distillerie où on y élabore du calvados, du pommereau et du cidre
La distillerie Claque Pépin fabrique également du jus de pomme dont la famille nous ont offerts deux bouteilles hier soir. Un délice ! On s’arrête à Ecouché boire un petit café et un chocolat chaud. On passe aussi à la boulangerie acheter du pain. Les sourires illuminent les visages sur notre passage. Les regards approbateurs sont nombreux, ça fait plaisir ! Malone répond toujours avec joie aux questions des gens et distribue des cartes avec un grand sourire ! Je vais le garder, il fait un très bon attaché de presse !   
Aujourd’hui, on a beaucoup de goudron sur de la petite route. A la sortie de la ville, je quitte le GR36, trop long pour arriver à destination. Notre itinéraire nous conduit à Avoine, clin d’œil à Marius, où une habitante dont nous aurions vu la fille nous offre des fruits. Les gens sont vraiment super gentils ! Ce sera notre dessert ! Laure vient nous rejoindre avec son fils Mathéo. Ça fait toujours bizarre de « voir en vrai » les gens qui nous suivent et avec qui on a échangé par SMS ou sur les réseaux ! Ils nous accompagnent sur les cinq derniers kilomètres. Malone a trouvé un nouveau copain et moi je papote de notre voyage. L’après-midi va passer plus vite ! D’autant que le goudron est partout et la route bien monotone !
A l’entrée de Boucé, Malone saute de joie devant le panneau de la commune : « On est arrivé ! On est arrivé !! ». Joie vite retombée lorsqu’on lui explique que le hameau où habitent Laure et Mathéo est encore à 2 kils !!
On rencontre un couple d’agriculteurs bio surpris par notre petite caravane. On discute un moment au bord de la route et visiblement, nous sommes sur la même longueur d’ondes ! Leur philosophie de vie me parle. A l’heure du productivisme et du rendement, leur conception de l’agriculture est à contre-courant ! J’espère profiter de mon séjour ici pour les revoir à nouveau et pourquoi pas faire une interview…
C’est par les bords d’une départementale que l’on arrive chez nos hôtes, accueillis par Franck, le mari de Laure. La petite famille habite dans un hameau tranquille entouré de cultures et de parcs à vaches. Je débâte Marius, puis on l’emmène dans ses nouveaux quartiers, un vaste pré qui jouxte la maison. On fait la rencontre des deux ânes de la famille. Les présentations faites, je préfère les séparer le temps qu’ils fassent connaissance chacun dans leurs pâtures. On verra dans deux jours. Pour l’heure, Marius a largement de quoi se sustenter. C’est même à mon avis bien trop grand et trop gras pour lui ! Mais il va pouvoir se reposer ici plusieurs jours et ça c’est cool !
Les affaires rangées, c’est l’heure de l’apéro ! Un moment privilégié pour faire connaissance…
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Marius Tour de France

Jour 492 / C’est [presque] là que le bât blesse…

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Samedi 22 juillet] 
Hier soir, la femme de l’agriculteur propriétaire du terrain nous avait dit qu’elle viendrait ce matin avec du lait fraîchement tiré. Nous l’avons attendu un long moment avant de préparer le petit-déjeuner mais elle n’est jamais venue. Sans doute a-t-elle eu un contretemps. Finalement, Malone se contentera du lait en poudre bio que j’ai acheté pou le voyage ! Je lui aurais préféré du lait d’amande ou un autre lait de substitution mais difficile de faire changer les habitudes palet !  Le matin il mange aussi des céréales au chocolat. J’ai aussi des compotes et si on en a, je lui tartine de la confiture et/ou du miel sur des tranches de pain. Cela dit, il est temps pour nous de trouver une supérette pour aller faire quelques courses car on va commencer à manquer de provisions.
Une fois rejoint le GR que nous avions laissé 500 m plus haut, nous profitons d’un joli chemin qui se dessine dans la sous-bois c’est vraiment agréable de retrouver de vrais sentiers non goudronnés. Le plaisir de marcher dans l’herbe ne dure pas !! Nous retrouvons le bitume qui nous conduit jusqu’à Trun, où j’espère pouvoir faire car selon ma carte, il va se passer quelques jours avant de trouver une épicerie dans un des prochains villages que l’on doit traverser.
Après m’être trompé plusieurs fois dans le centre du bourg, je finis par trouver la rue qui mène à la supérette. J’attache Marius sur une partie herbeuse du parking avant de rentrer avec Madone. Bien évidemment, non seulement tous les regards se portent sur nous. d’autant que j’ai gardé mon sac à dos sur les épaules. C’est un peu comme si je portais une pancarte où serait indiquée : « Oui oui, il est bien à moi l’âne dehors qui m’attend ! ».
Une fois passés en caisse où j’ai laissé les sur-emballages aussi inutiles qu’encombrants, on retrouve Marius avant de se diriger dans un parc situé face à l’enseigne de supermarché. Nous étions passés devant avant de faire nos emplettes et avions remarqué, surtout Malone, qu’il y avait des jeux ! Il y a un peu d’herbe pour Marius qui jongle entre les déchets qui jonchent le sols. On s’installe à une table de pique-nique et nous commençons à manger mais très vite, il se met à pleuvoir ! Décidément c’est pas cette année qu’on usera les maillots de bain !
Malone a froid, on ne s’attarde pas. Il me propose qu’on aille dans un café pour se réchauffer. On se redirige donc vers le centre-ville où, avant d’aller à la supérette (ça a du bon de se tromper !), nous étions passés et avions remarqué un bar.
Difficile de trouver un point d’attache pour Marius. Le seul endroit que je trouve est entre des boîtes aux lettres mais une grille d’évacuation d’eau lui fait peur. Il n’est pas très en confiance et tire sur sa longe tout en regardant la plaque de métal.
Du coup on hésite à rester là. C’est alors que les propriétaires du café qui m’obeservait nous proposent d’attacher Marius à une gouttière à côté de leur établissement. Bonne idée !
Alors que nous prenons l’un et l’autre un chocolat chaud et un café, je remarque que le vent qui s’engouffre sous le pare-soleil de la terrasse inquiète mes longues oreilles. La bâche n’est pas plus rassurante que les pots de fleurs qui bougent au dessus de lui !  La pause est donc de courte durée car entre les voitures, les passants sur le trottoir et la pluie… on est à deux doigts d’un problème que j’aimerais éviter !
On reprend donc notre chemin sous un ciel mitigé. L’orage ne semble être pas très loin. On passe devant une église des Templiers et une tour construite sur un menhir pour rejoindre un joli chemin herbeux à travers champs ainsi que des vergers de pommes. Ils sont de plus en plus nombreux. Cela dit, on est au pays du cidre.

Malone, Marius et moi ne marchons pas toujours à la même allure. Si lorsque nous jouons ou parlons, nous restons côte à côte, il arrive assez souvent que mon poulbot s’amuse ou rêvasse loin derrière moi. Et à force d’avoir la tête ailleurs, il me perd parfois des yeux. Et c’est comme que ne me voyant plus au détour d’un croisement, il s’est mis à hurler et à pleurer de grosses larme. Un gros chagrin que j’ai eu du mal à calmer.
En chemin, la nature nous régale de ses fruits ; quelques mûres et des prunes. De quoi nous réconforter lorsque les kilomètres semblent interminables ! Malone a mal au dos. Son sac à dos est un peu lourd mais il ne veut pas se séparer des livres et magazines qu’il ne lit plus. Je lui ai proposé de les renvoyer par la poste pour qu’ils les retrouvent en rentrant mais il n’a pas confiance !
Nous voilà à Bailleul ! L’heure de se poser a sonné ! Le village semble vide. Des petites maisons anciennes sont parsemées autour de l’église. Alors qu’on s’engage sur un chemin où j’avais vu un terrain, une automobiliste passe à nos côtés pour se garer devant chez elle : le château du village. Elle sort de son véhicule et me demande ce que l’on fait. On lui explique et elle me propose d’abord un premier terrain devant chez elle puis se ravise et nous amène à un second terrain « beaucoup mieux » selon elle. Il donne sur une aile de la propriété. Nous c’est sous le hangar qui jouxte le terrain que nous dormirons. Pour faire plaisir à Malone on monte la tente, mais seulement la toile de couchage.
Marius n’est pas très rassuré, il appelle et ne décolle pas du portail. Je l’emmène au fond du pré pour qu’il voit toute l’herbe dont il dispose mais il revient lorsque j’en sors. Y a t il quelque chose qui l’inquiète?
Brigitte, la propriétaire, nous invite à prendre un verre chez elle. Elle est en pleine organisation d’une manifestation qui a lieu demain. Une randonnée équestre, cyclo et pédestre. Des amis sont là pour finaliser les préparatifs. On discute de mon aventure. Tous sont cavaliers. Brigitte aussi l’a été avec son mari. D’ailleurs, son mari et elle on eu des chevaux qui sont malheureusement morts. Peut-être que Marius les « sent » ?
Je fais la connaissance d’Aurélia, la fille de Brigitte qui après une douche nous propose de diner avec elle. Notre hôte, elle, est partie passer la soirée chez des amis. Dehors, les averses elles se succèdent… les éclaircies aussi. Un temps normand quoi ! !
Pendant que je vais prendre ma douche, Malone regarde la télévision et reprend les bonnes vieilles habitudes, tandis que la fille de Brigitte a préparé un petit repas.
Nous passons une très agréable soirée mais l’heure tourne et il faut rentrer dans nos quartiers. Marius est toujours devant le portail. Il appelle. Nous voir à ses cotés devrait le rassurer …
[Dimanche 23 juillet]
Marius a passé la nuit devant le portail, comme je le craignais … Je pense qu’il doit y avoir autre chose que simplement la peur d’être abandonné. Mais autant dire que ce matin, il n’a qu’une seule idée en tête, c’est boulotter tout ce qu’il trouve long des chemins ! Il va bien globalement. Seule chose qui me fait souci, ce sont les frottements notamment sur le dos, après le bord arrière du tapis de bât. J’utilise deux tapis : un en feutre et un autre type western par dessus, très épais et recouvert en partie de mouton synthétique. Jusqu’il y a quelques semaines, tout allait bien. Il y a eu d’abord des frottements de la bricole au niveau de la pointe de l’épaule, et à présent, c’est au niveau des reins que Marius perd ses poils. Heureusement, ce n’est pas sous le chargement! Mes différents réglages ne changent pas grand chose à l’usure. J’ai avancé les tapis, je les ai reculés, j’ai modifié les réglages du harnachement. Pire, la zone de frottement a même plutôt tendance à s’étaler. Si pour l’instant il n’y a pas de conséquences, cette usure pourrait le blesser à terme. Est-ce sa morphologie qui évolue et qui occasionne cela? Peut-être. On a souvent constaté, Céline et moi, que les musculatures de nos mul’ânes sont en perpétuel changement, que ce soit après une pause comme après plusieurs jours de marche. J’ai quand même le sentiment que ses couvertures de bât y sont pour quelque chose. Céline, qui avait déjà constaté ces frottements avant son départ, est du même avis. Elle doit m’envoyer un nouveau tapis de selle avec un amortisseur en mousse dense, qui me permettrait d’une part d’avoir une meilleure zone porteuse des arçons, et d’autre part de supprimer le tapis le plus épais et voir s’il y a du mieux…
Avant de partir, Brigitte nous conduit sur le stade de la commune, lieu de départ de la journée sportive que notre hôte organise avec des amis. Cette manifestation l’est d’ailleurs à la mémoire de son mari décédé en 2009 et qui est à l’origine de ce rendez-vous. Je sympathise avec quelques participants, notamment avec un propriétaire d’ânes. L’ambiance est joyeuse malgré le temps incertain. Une fois tout le monde parti, Brigitte nous ramène. Elle ne tarde pas car elle doit retourner à l’organisation. On se dit une dernière fois au-revoir. Pour nous, vu l’heure, la journée sera courte.
Journée marquée par la traversée de la forêt de Grande Gouffern. Il y a bien longtemps que ça ne nous était pas arrivé de traverser une forêt ! On manque d’ailleurs se perdre sur les chemins. Ceux que j’avais tracés sur ma carte ne sont plus vraiment d’actualité et à un moment donné, on doit se résigner à suivre la route jusqu’à Occagnes.
Malgré le peu de kilomètres effectués, il est déjà 16h et l’envie de se poser se fait déjà sentir. Nous ne trouvons rien pour bivouaquer dans cette commune de la plaine d’Argentan. Il y a bien un vieux lavoir avec un espace vert autour mais celui-ci est trop petit pour Marius et temporairement occupé par des boulistes et leur voiture.
On continue donc jusqu’au village d’après : Cuy ! La longue ligne droite qui nous y amène nous offre une vue sur le Château du XVIIe. On fait le tour du village une fois, sans trouver. On passe bien devant une ferme mais il n’y a pas âme qui vive ! Je me décide à sonner à une porte, sinon je crois qu’il ne se passera rien ! Une vieille dame vient nous ouvrir. Elle nous confirme que le terrain n’est pas le sien mais précise que son fils a un terrain autour de la maison qui se trouve face à la sienne.
Elle nous y amène et l’endroit est parfait pour notre nuit ! Malone et moi montons la tente juste avant de prendre une bonne averse pendant au moins une heure. J’aime beaucoup ce moment de complicité entre lui et moi.  Marius, lui, a trouvé un arbre pour se protéger !
On attend la fin de l’averse pour se faire à manger. Dans la tente, on lit, on joue, on « blog » !!
Lorsque le ciel le permet enfin, je m’installe sous un haut-vent pour faire chauffer le repas. Notre hôte vient nous voir avant de repartir chez des amis. Il m’ouvre la porte de sa maison pour que je puisse prendre de l’eau « si besoin » et même s’il n’est pas là. Il me montre une prise électrique que je peux utiliser pour recharger mes batteries. Top !
Plus tard c’est sa maman qui vient voir si tout se passe bien et surtout s’assurer que son fils est bien rentré. Il n’est pas là. Elle est inquiète. On parle un peu. Puis elle retourne chez elle sans doute une boule au ventre.
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Marius Tour de France

Jour 490 / Au pays du Camember

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[Jeudi 20 juillet] 
Ce matin le temps est à la pluie. L’ambiance aussi avec le départ de Camille pour la Bretagne. Après 10 jours passés avec elle, Malone a du mal à retenir ses larmes…
Depuis qu’on est debout, les averses se succèdent et je profite toutefois d’une accalmie pour ranger la tente. En attendant, Malone joue à l’abri sous des arbres après avoir petit-déjeuner sous la tente.
Avant de partir, le père de Camille m’a emmené à la Poste pour récupérer le colis envoyé en poste restante par Emma, l’hôte de Céline, qui s’en est chargée. Pour ceux qui n’ont pas suivi les précédents épisodes, ce colis contient des arceaux de rechange pour ma tente, qui vont me permettre de réparer ceux qui se sont cassés lors d’un montage. La Poste restante est un service postale très pratique pour se faire livrer des affaires lors d’un voyage !!! On l’a déjà utilisé pour des paires de chaussures notamment. Lors du retrait du pli au guichet, j’ai eu la bonne surprise de ne rien devoir payer. La postière m’a fait « don » de mes 4 euros ! C’est déjà ça de gagné ! Peut-être un geste pour les désagréments occasionnés par la fermeture exceptionnelle du bureau la veille.
On reprend donc la voie verte jusqu’à Vimoutiers. Changement de département. Bienvenue dans l’Orne ! Sur ma carte, la voie s’arrête à l’entrée de la ville mais sur le terrain, l’ancienne voie ferrée a été aménagée au-delà. Alors plutôt que de la quitter et de sillonner les rues de la ville, je me dis que c’est pas mal d’y rester pour éviter la circulation. Sauf qu’il n’y a que des ponts qui enjambent des rues et donc pas de possibilités pour rejoindre le GR !!
Finalement, on n’a pas eu besoin de faire demi-tour comme je l’envisageais déjà. En continuant un peu, j’aperçois en contrebas un petit passage qui pourrait nous permettre de couper. Je demande à Malone de descendre et de me dire ce qu’il voit pendant que je garde Marius. D’après sa description, il semble qu’on peut passer par le parc d’une résidence qui donne sur une rue. Toutefois, il faut débâter car des arbres sont trop serrés pour un passage avec les sacoches. Une fois déchargé, je descends mes deux longues oreilles puis remontent avec mon fiston récupérer nos affaires.
La ville est plutôt facile à traverser. Il y a peu de circulation et certaines rues sont fermées car en travaux. Et puis il n’est pas encore 14h, les magasins sont fermés. Alors qu’on remonte une rue, une dame vient à notre rencontre, puis un homme dont la fille globe-trotteuse fait le tour du monde. Notre voyage l’interpelle, forcement. Il nous propose un lieu où nous poser mais c’est à l’opposé de notre direction. Tant pis ! La sortie de la ville se fait par une petite côte. Doucement nous retrouvons enfin des chemins boisés et non goudronnés ! On apprécie les sous-bois. Autour, des cultures, notamment de blé et de maïs. Les salers et les limousines remplacent les vaches normandes, qui se font rares à quelques kilomètres pourtant du village de Camembert.
Il est 16h30 lorsque nous arrivons à Crouttes. Je me mets rapidement à la recherche d’un terrain. Une pancarte en signale un à vendre. Bon, autant être clair, je ne suis pas là pour acheter un lopin de terre. Toutefois, j’interroge un voisin qui sort avec ses enfants lorsqu’ils nous aperçoivent. Il me répond que le propriétaire est très gentil et que je peux aller le voir. Je pénètre donc dans la propriété pour aller demander si je peux m’installer sur le terrain qui a l’air très vaste. J’hésite quand même parce que le chemin est assez long jusqu’à la maison et je n’ai pas très envie de perdre mon temps. Et puis, de loin, tout semble éteint à l’intérieur de l’ancienne ferme. Mais en m’approchant, je distingue une télévision allumée. Je toc à la porte vitrée et un homme me répond. Après m’avoir posé quelques questions sur mon voyage, il m’indique plusieurs endroits autour de la maison où on pourrait s’installer pour la nuit ! Chouette ! le site est bien vert et Marius a beaucoup de place et de l’herbe délicieuse.
Malone m’aide à installer le bivouac et pendant qu’il joue, je prépare à manger. Une fois notre dîner pantagruélique avalé (nan j’déconne), Michel, le propriétaire, nous invite dans sa maison pour boire un café. Mon voyage l’intrigue. Comme souvent lorsque les gens nous accueillent, c’est un vrai échange. Il me parle aussi de son ancienne maison qu’il a acquise au début des années 2000, tout en sortant un album photos. Celles-ci témoignent qu’il n’y avait pas d’eau courante lorsqu’il a acheté et que l’installation électrique datait de la guerre !
Les murs extérieurs était recouverts d’une épaisse couche de lierres. Si épaisse qu’elle obstruait certaines fenêtres de la maison et que c’est à la tronçonneuse qu’il est arrivé à bout de cette végétation envahissante, dont il reconnaît toutefois qu’elle a protégé le bois des colombages. Sur le terrain, autrefois agricole, il a planté un millier d’arbres sur une surface d’un hectare et il a agrandi la mare. Aujourd’hui, cet endroit est un véritable havre de paix où la faune et la flore se développent dans le parc magnifique qui nous a servi de décor. Après un petit verre de calvados histoire de goûter l’alcool local, Malone et moi retournons sous la tente pour nous coucher.
[Vendredi 21 juillet] 
La nuit a été calme. Ce matin j’ai du mal à réveiller Malone qui dort profondément, sans doute encore sous l’émotion du départ de Camille. Je prépare son chocolat chaud à mon fiston qui finalement le boit froid. Pour sa venue, j’ai trouvé du lait en poudre Bio. Il déjeune aussi des céréales qu’il fait tremper dans son bol. Un ptit dej’ presque comme à la maison mais en mode pique-nique. Il ne semble pas dérangé par ces habitudes de voyage.
Alors que nous faisons la vaisselle grâce à un robinet extérieur de la maison, Michel nous propose une douche. Il s’excuse presque de ne pas l’avoir fait plus tôt ce matin et nous explique que, son amie étant handicapée, il fallait attendre l’infirmière. Il est déjà presque 11h, et j’hésite car je crains que nous ayons chaud aujourd’hui, sans compter le risque d’arriver tard… Mais bon, allez, hop ! On y va ! Ça fait deux jours qu’on a pas pris de vrai douche.
Une fois propres comme des sous neufs, nous faisons la connaissance d’Évelyne, l’amie de Michel. Elle est atteinte d’une sclérose en plaques depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui, elle vit dans un fauteuil roulant et son état s’est sévèrement aggravé ces derniers mois. Michel me questionne sur Solidarité Elisa, l’association de la région de Montélimar qui aide des familles d’enfants malades et/ou handicapées pour laquelle nous essayons de récolter des fonds en marchant. Il me pause aussi encore tout un tas de questions sur mon périple. Il est très intéressé et ne cache pas ses envies de voyages. Pendant ce temps, Malone lit son Picsou Magazine tout en sirotant un jus d’orange sans toutefois manquer une bribe de notre conversation !
C’est finalement vers midi que nous retournons vers Marius qui broute tranquillement à côté des sacoches. Sacoches toutefois mises suffisamment hors de portée pour ne pas qu’il fouille dedans !! Comme il est midi, on prend le temps de déjeuner avant de partir. Nous ne sommes plus à un quart d’heure près !
Après avoir salué notre hôte chez qui je sens beaucoup d’émotion à nous voir partir, on retrouve le chemin là où nous l’avons laissé la veille. Des logos indiquent que nous sommes sur une voie qui mène au Mont Saint-Michel. Surprise dix minutes après être partis, le chemin goudronné du GR est … fermé avec un cadenas ! On aura vraiment tout vu en Normandie ! Même du goudron sur des chemins privatisés pour accéder à des pâtures !  Il y a juste la place pour laisser passer un homme de la corpulence de Malone ! Même débâté, Marius ne passe pas ! On dois se résigner à faire demi-tour et prendre une petite départementale pour aller retrouver le GR plus loin. Doucement, on retrouve des sentiers en sous-bois et des chemins herbeux. Ils sont de plus en plus fréquents. L’Orne me semble bien plus accueillante pour randonner que son voisin le Calvados…
J’avais envisagé un temps prendre la direction de Camembert, village mythique où est né notre emblème national ! Je ne connaissais pas son histoire. Je l’ai trouvée sur le site touristique de la communauté de communes. Je vous la livre : « En pleine révolution française, les religieux qui refusaient de prêter serment à la constitution civile du clergé étaient poursuivis et devenaient des prêtres réfractaires. L’un d’eux, très certainement originaire de la région de Brie près de Paris, est venu demander asile et protection au manoir de Beaumoncel à Camembert, où Marie Harel fabriquait déjà des fromages. L’observant à sa tâche crémière, le prêtre lui donne une recette de fabrication utilisée dans sa région et qui permet de former une croûte autour de la pâte. Ainsi les fromages sont plus faciles à transporter de marché en marché, l’affinage est différent, le goût et la texture s’en trouvent modifiés. Ainsi vient de naître l’ancêtre du camembert que nous connaissons aujourd’hui ». Bref donc, j’envisageais de passer par là et de m’arrêter dans un temple Bouddhiste mais le temps manque. Dans dix jours je dois ramener mon Poulbot à sa maman. Les choses sont presque calées : on s’arrêtera au sud d’Argentan chez une famille qui possède deux ânes et qui est d’accord pour garder mon compagnon de voyage le temps de faire l’aller-retour jusqu’à Valence.
18 heures. Nous sommes aux Ecorches. Il est temps pour nous de trouver une pâture d’autant qu’une amie, Katia, vient pique-niquer avec nous ce soir ! Nous recherchons un terrain libre. Pas simple, entre ceux occupés par les vaches et les cultures ! Un tracteur s’engouffre dans la cour d’une ferme. Nous le suivons. L’engin est là, pas l’agriculteur ! Mince ! Le moteur est en marche, il ne doit pas être très loin ! On le cherche. Pas signe de l’éleveur ! Il doit être chez lui mais on ne peut pas accéder à la villa car le fameux tracteur bouche le chemin. On ressort de la ferme alors que les vaches nous regardent en ruminant !  Marius avance trèèèès doucement. J’ai l’impression qu’il marche sur des oeufs. Zut, on entend le tracteur repartir…. « Demi-tour !!! ».
Je lui fais signe lorsqu’il sort de l’exploitation. Le fermier éteint le moteur et descend de la cabine. Il me répond qu’il a un verger un peu plus loin et nous demande de le suivre. Bon, un âne qui suit un tracteur… comment dire… Les 500 mètres de routes nous paraissent trèèèèèèès longs !!!!  On finit par arriver devant la parcelle. Une des rares qui ne soit pas occupée par les vaches. L’endroit est idéal ! Je dois faire attention à ce que Marius ne mange pas trop de pommes. ce n’est pas bon pour lui.
Avant de monter la tente, je cure les pieds de Marius mais il est très énervé. Il aimerait bien croquer les pommes au sol. J’insiste mais il n’est pas très coopératif ! Lorsque j’entame le dernier sabot, l’antérieur droit, il m’envoie délicatement son postérieur qui me frôle le visage au millimètre. Je vois rouge ! Cela me met dans une grosse colère. Je finis par l’attacher à une clôture pendant que Malone et moi plantons la tente.
Au bout d’une heure, Marius m’appelle. Je vais le voir, lui demande s’il est calmé et le détache. Le laisser là n’aurait servi à rien. Je pense, en tout cas j’espère, que le message a été entendu. On se fait un câlin et je le laisse manger tranquillement tout en veillant à ce qu’il n’engloutisse pas trop de pommes. D’ailleurs, rapidement je l’attache à sa longue longue pour éviter qu’il ne boulotte trop de fruits.
Il est environ 20h lorsque Katia arrive. Elle découvre avec joie la caravane réduite ! Pour l’anecdote, lorsqu’elle est arrivée, je lui ai demandé de reculer sa voiture et de la garer à l’entrée du champ. Marius qui m’avait vu à côté d’elle, s’est mis à galoper vers le véhicule lorsqu’il l’a vu partir, pensant sans doute que je le laissais !! Choupinou !!!
On a passé une très bonne soirée tous les trois. Katia avait apporté, entre autre, une pizza au chorizo pour Malone qui en avait envie ! Petits plaisirs du chemin !! Merci beaucoup Katia…
Je suis couché. Malone dort. Je travaille ce soir sur la prochaine vidéo. Soudain, j’entends des pétards. C’est un feu d’artifice tiré depuis des maisons en contrebas du champ. Ce n’est pas un spectacle de grande qualité… très amateur même mais suffisamment pour faire peur à Marius en panique au bout de sa longue longe. Je sors pour le rassurer. Heureusement, cette plaisanterie ne dure pas longtemps.
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