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MTF #Oise

Marius Tour de France

Jour 424 / Malgré l’ostéo, les douleurs sont toujours là.

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[Jeudi 18 mai 2017 -13 km]
Ce matin c’est la bonne, on se sent prêts à repartir. Stephane va mieux, même si ses douleurs persistent un peu, notamment sa sciatique et son genou gauche qui se comporte bizarrement. Prêts mais avec une pointe de mélancolie, car on était bien ici, dans ce lieu splendide, avec Emma et Cyril. En plus, la Picardie est une région qui a éveillé quelque chose en moi, je m’y sens bien. Les paysages me parlent, les maisons me touchent. On prend le petit dej’, on vide notre jolie chambre, on équilibre les sacoches. On se prépare et on attend Emma qui est partie très tôt et va revenir d’un tournage, pour lui dire au revoir. On a embrassé Cyril tôt ce matin, alors qu’il partait a son boulot. On laisse les mulânes brouter un moment dans la cour. Emma arrive, on charge, on s’en va vite, pour ne pas faire traîner les adieux, alors qu’elle filme notre départ. Il est passé 11h30.

Nous sommes très émus car cette rencontre a été une fois de plus forte et magique. Nous avions tellement de points communs, et nous avons beaucoup partagé. Nous nous reverrons sûrement. Nous commençons par marcher une heure dans des chemins creux et rendus très humides par les pluies d’hier soir, avec une herbe bien haute et détrempée. C’est glissant à certains endroits et la végétation en plein essor a repris le dessus. Nous devons un peu nous y créer un chemin, ce n’est pas désagréable avec les odeurs de fleurs et de plantes, mais autant dire que nous finissons trempés après peu de temps. Du coup, nous sommes heureux de retrouver un peu de goudron pour espérer sécher.

Les mulânes ont besoin, comme nous, d’un petit moment pour se mettre dans le bain. Eux aussi ils étaient bien chez Emma et Cyril, entre leur parc avec foin, la parcelle sous bois, ombragée et herbeuse, et les petites balades pour aller broutailler les bordures de chemins variées. Ça se passe toujours pas trop mal avec Symphonie face aux vaches, même si c’est pas encore à 100%, les progrès sont énormes.
Nous arrivons à Mercastel, et surtout au bois de Mercastel, qui est en partie privé. Nous ne savons pas si nous pourrons passer par le chemin prévu. Cette forêt me revigore, je m’y sens mieux et retrouve le bonheur de marcher. Symphonie aussi on dirait, elle s’est reconnectée et marche devant, cool. Il y a plein de chants d’oiseaux, c’est très paisible. Comme nous l’avions envisagé, certains chemins indiqués sur la carte, sont barrés d’une chaîne avec un panneau « entrée interdite » mais nous trouvons aisément un autre parcours pour rejoindre une petite route juste avant St-Samson-la-Poterie.

Ça nous ferra un petit détour mais rien de méchant. On s’arrête peu avant la lisière, vers 13h30, pour un casse-croûte dans un creux de forêt coloré. Des pans de terrain ont glissé sous les arbres et découvrent une terre orange qui fait ressortir la verdure festoyante. Les mul’ânes sont sages et broutent sans s’éloigner, choisissant à leur guise dans cette variété goûtue. Mais ils ne sont pas complètement tranquilles, ils n’arrêtent pas de regarder vers le chemin par où nous sommes descendus : il doit s’y passer quelque chose, mais à part trois buses qui tournent, nous, on ne voit rien. Après trois quart d’heure, on repart. La petite route est très agréable, bordée de fleurs des champs, de prairies et de forêt. On y croise deux faisans, qui se baladent en silence.

Nous bifurquons dans les bois de Canny, pour rejoindre le chemin qui longe les hauts de Canny-sur-Thérain, depuis le cimetière. On avait pensé couper en bas, par la ferme, mais les ornières boueuses remplies de flotte nous font faire demi tour. Un rayon de soleil apparaît et fait grimper la température, on enlève les vestes! T-shirts! La vue est splendide depuis en haut, on en prend plein les yeux. L’herbe est presque à hauteur de nez de nos compagnons, et ils ne résistent pas à grapiller en marchant.

Le chemin est d’abord bien ouvert, mais la végétation se referme au fur et à mesure. Pas grave, on passe. Nous débouchons sur la route peu avant Grumesnil, que nous traversons. Nous devons reprendre par les prés pour éviter au maximum cette route qui mène pourtant droit à notre destination: Les Nonettes, à Mondeville. Nous on va passer par Saint-Michel-d’Halescourt. Et c’est là que ça se gâte.

En traversant Grumesnil, on voit un ciel noir s’épaissir, l’air se rafraîchir. Les oiseaux se taisent et le vent se lève un peu. On va s’en prendre une, c’est certain… Comme il n’est pas très tard, nous faisons quand même une mini pause broute car les bordures sont riches de plantes diverses dont les doudous raffolent. Le temps d’enfiler nos vestes. Je ne sors pas mon poncho de pluie, pour quelques gouttes. Et ben si j’avais su! En effet, la petite pluie du débit ne semble pas méchante. Mais passé St-Michel, en quelques instants, nous nous retrouvons sous des trombes d’eau.

Symphonie l’avait senti venir car elle essaie de se caler les fesses au vent dans un petit recoin de chemin. Mais il nous faut continuer, sinon on va prendre froid, m’encourage Stéphane. Les passages sous les arbres n’y font rien, et la traversée dans les herbes hautes finit de nous détremper. Le dernier bout de chemin, creux, devient presque un ruisseau alors que nous motivons les mulânes courageux pour arriver le plus vite possible. Nous débouchons sur la route « mouillés jusqu’aux slips », et rentrons dans la propriété soulagés. Les quatre chevaux de nos hôtes, Xavier et Pascal, des amis d’Emma, galopent en « banc de poisson » en nous voyant arriver, puis reviennent au calme.

Nous débâtons Marius et Symphonie à l’abri dans l’allée devant les boxes, et Steph leur donne une poignée de foin reconfortant. Pascal arrive 5 min après nous, et nous discutons un moment, avant de mettre les mulânes dans leur grande pâture, et d’aller nous changer. Ouf, nous avons beaucoup de chance d’être au chaud et au sec pour la nuit, dans le petit studio que Pascal est en train d’aménager au dessus des boxes! Merci!

Par contre, Marius et Symphonie devront faire avec la pluie battante… Et Steph a toujours des douleurs. Sa cheville, ce qui est « habituel », mais son genou et la sciatique, ça c’est nouveau. C’était une des raisons de sa visite chez l’ostéo. Il s’inquiète un peu car il ne voudrait pas que ça s’aggrave, avec la marche. Et comme j’avais oublié d’en parler dans le blog, on s’engueule 😉 Par dessus le marché, le tracé qu’il avait fait jusqu’à notre prochaine escale à Boismont s’est effacé pour la Nième fois, et il doit le refaire, encore et encore… On se demande ce que tout cela peut bien vouloir dire.

[Vendredi 19 mai 2017 – 11 km]
Nous avons très bien dormi dans le petit studio de Pascal, avec le radiateur allumé et toutes nos affaires agglutinées autour pour les faire sécher. Stéphane et moi avons une grande discussion au réveil. Sur les douleurs physiques, notamment, qui se font parfois sentir et qui pourraient nous stopper. Quel en serait le sens, que ferions nous cas échéant? Tout en faisant des étirements pour nous dérouiller, nous nous demandons pourquoi nous nous arrêtons si souvent, est-ce un aspect du voyage qui consisterait à marcher de place en place, où nous resterions à chaque fois une semaine ou plus pour récupérer physiquement et s’occuper du blog, fignoler les videos, avancer dans la gestion de la correspondance, enfin toute chose qu’il est plus difficile de gérer lorsqu’on marche et qu’on bivouaque ? Nous avons l’impression que nous sommes bien fatigués pour dire que nous sortons d’une semaine de pause. Il y a aussi le fait que nous et les personnes que nous rencontrons avons mutuellement envie de passer un peu de temps ensemble, et c’est important de ne pas passer à côté de ça. Nous parlons aussi de nos réalités financières, qui nous rattrapent sans trop pourtant nous inquiéter. Arrivons nous à aller aussi loin qu’il était prévu au départ ? Arriverons nous à marcher jusqu’au Portugal ? Devrions nous envisager un plan B, ou penser un peu, voire lancer gentiment le début de l »après »?

Steph sent toujours sa tendinite, son genou, que veut lui dire son corps? Il espère qu’il pourra marcher, sans trop morfler, et prévoit déjà de retourner chez un ostéo lorsque nous serons arrivés à Boismont, chez « Escap’âne ».
Nous sommes désormais en Haute-Normandie. Le temps y est changeant. Malgré le fait que j’ai eu mal au cœur de les voir tête basse sous la pluie hier soir, les mulânes ont bien supporté la nuit dans les intempéries, et les doux rayons de soleil nous apportent à tous du bonheur ce matin. Parscal arrive alors que nous sommes en train de sortir nos affaires et il amène le petit déj : petits pains, brioches croissants et des fraises marché mmmh merci infiniment.
La météo annonce des averses orageux pour la journée mais nous décidons d’être courageux.
Départ donc à 11h15.
Nous commençons par du goudron, et c’est tant mieux, cela nous permettra de rester secs un moment et d’avancer plus franchement que sur les chemins boueux. Le long de la petite route, les céréales sont couchées par endroit, à cause du vent? Ça sent bon, par contre, mmmg. Notre marche est rythmée par des pétards à culture.
On suit le GR de pays des forêts de Haute-Normandie, qui passe par Haucourt. Est-ce le village où a été inventé la pendaison ?! Le ciel est devenu noir de cendre lorsque nous arrivons à Guaillefontaine. Il est 14h et comme nous avons bien avancé, nous décidons de nous offrir un café. Il y en a un, justement, en face de la mairie: le » café du commerce ». Alors que nous cherchons un endroit adéquat pour attacher les mulânes, Laurence, la patronne du café, sort et nous accueille à bras ouverts. Elle adore les ânes et les chevaux et nous fait de suite une place. Nous sommes au bord d’une grosse route et il y a pas mal de camions et de tracteurs qui circulent. Symphonie finit par se mettre en confiance et à se caler. À peine avons-nous fini de les décharger que le tonnerre se met à gronder et un qu’un déluge s’abat sur nous.

Enfin nous, nous sommes à l’abri mais Marius et Symphonie non… Ils baissent les oreilles, font le dos rond et essuient l’orage. Le temps change vraiment vite par ici, nous allons tâcher de nous en souvenir ! Pendant ce temps, Laurence nous prépare 2 assiettes de spaghettis à la carbonara, du fromage, des madeleines maison et un café. Nous sommes super touchés par tant de gentillesse, quel réconfort ! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le soleil revient et le ciel est soudain aussi bleu que s’il ne s’était rien passé. Incroyable. Du coup, les mulânes, presque aussitôt séchés, ont droit à leur lot de carottes et font une sieste. Laurence nous met encore deux petits fromages de Neuchâtel fermier et un kilo de carottes à l’emporter. Elle nous offre tout cela de bon cœur, nous sommes abasourdis par tant de générosité. Laurence nous explique qu’elle a eu la chance de faire quelques sorties dans le désert. Elle y a appris avec bonheur ce qu’était l’Hospitalité, et pour elle, c’est évident.
Nous sommes arrivés ici dans le timing parfait et repartons réconfortés et surtout secs. Il est 16h et vu la météo super changeante, nous ne savons pas ce qui va nous tomber dessus et commençons à douter d’arriver jusqu’à Beaufresnes. Cela dépendra aussi de l’état des chemins.

À peine sortis du village, nous faisons une petite pause broute de 10 minutes dans les hautes herbes qui bordent la piste.
Les mulânes traînent ou alors regardent le paysage. Symphonie s’arrête tous les cinq pas pour regarder des vaches à 3 km, des voitures à 6 km ou des éoliennes au loin, dont on voit les palles survoler les arbres.
Dans ces moments-là, rien ne sert de se batailler ou d’essayer de les forcer à avancer, il vaut mieux les laisser regarder le temps qu’il faut pour qu’ils identifient l’objet. Après, en général, c’est reparti. Bref, nous avançons du coup très lentement mais espérons marcher encore une heure et demie jusqu’à Conteville. C’est sans compter sur les chemins complètement détrempés où nous devons nous-même marcher dans de grosses flaques d’eau, car il n’y a pas moyen de passer à côté.

Marius n’aime toujours pas l’eau mais il fait de gros efforts et passe quasiment partout. À un endroit, alors qu’il marche sur une petite bande de terre au milieu, il descend dans une flaque assez profonde sans s’en rendre compte, car l’eau est trouble et recouverte de pétales de fleurs des arbres. Quand il en prend conscience et alors qu’il a de l’eau à mi-canon, il se cabre complètement et saute en l’air comme un cheval sauvage, tout ça avec son chargement. Il atterrit à côté sans dommage mais sa cabriole était impressionnante ! Nous longeons un parc avec des chevaux puis un parc avec des vaches Charolaises allaitantes qui nous surveillent de près. Paradoxalement, les grosses flaques d’eau m’aident car Symphonie est en partie concentrée sur où elle pose les pieds. On fait beaucoup de progrès avec les vaches. Nous nous arrêtons à la première ferme à l’entrée de Conteville et le paysan nous laisse bivouaquer dans un de ces parc, d’où il vient d’enlever ses vaches pour la nuit. C’est justement le pré à côté des charolaises, ce sera un excellent exercice. Le seul truc, c’est que nous devons être partis demain à 8h30 avant l’arrivée des bovins. Bon, on se lèvera à 6h30 et ce sera notre record de départ tôt !

Nous entrons donc dans le parc, et débâtons nos compagnons qui se réjouissent de se rouler, de manger et de profiter. Il y a même quelques arbres pour s’abriter s’il pleut cette nuit. Il est 19h, et accompagnés des meuglements des vaches curieuses qui observent tous nos faits et gestes, nous montons le camp et profitons d’une magnifique soirée où la lumière se donne en spectacle. Le ciel noir joue avec le soleil sur les arbres et toute la végétation brille! Et cerise sur le gâteau, nous avons droit à un splendide arc-en-ciel complet qui nous enchante par sa magie. Après les pâtes avalées à 15h, nous n’avons pas faim. Nous goûtons quand même un Neuchatel fermier avec un bout de pain, bâchons nos affaires dessus et dessous en prévision d’éventuelles​ pluies nocturnes et filons sous la tente. Il fait jour presque jusqu’à 22h maintenant, et nous faisons blog et vlog au chaud dans nos duvets, pendant que les mulânes vont narguer les mamans vaches.

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Marius Tour de France

Jour 422 / Dans un havre de paix

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[Du jeudi 11 mai au mercredi 17 mai 2017]

Il y a des endroits où on a besoin d’un peu de temps d’adaptation pour se sentir à l’aise, et d’autres où c’est l’évidence même. Chez Emma et Cyril c’est l’évidence même. Déjà, comme nous l’avons dit dans notre précédent poste, leur lieu de vie est absolument splendide : une ancienne ferme en partie rénovée et décorée avec goût et originalité par Cyril dont c’est le métier de redonner une nouvelle jeunesse aux objets anciens. La végétation diverse, luxuriante et variée, qui finit d’agrémenter le tout, nous donne presque l’impression d’être dans un pays tropical, la chaleur étouffante en moins. Notre chambre indépendante est si chaleureuse, il fait bon d’y reposer.

Ensuite, les personnalités de nos hôtes et leur accueil à coeur ouvert nous font nous sentir sereins et paisibles. Emmanuelle est réalisatrice indépendante. Elle a créé il y a quelques années « Silence je tourne! », sa société de production de films institutionnels et publicitaires. Pendant notre séjour, elle a d’ailleurs donné quelques précieux conseils à Stéphane dans la prise d’images et le montage des Vlogs. Emma est aussi passionnée de chevaux depuis sa plus tendre enfances. Elle en a quatre dont le plus jeune, encore entier, a trois ans. Nous avons donc beaucoup de choses en commun et un peu la même philosophie de vie. Quant à Cyril, c’est un poète plein d’humour qui travaille beaucoup dans son atelier pour réaliser de véritables chef d’oeuvres à base de trucs et de machins. Il est capable de transformer une paire de vieux volets bonne à bazarder en une magnifique table Louis Philippe qui réchaufferait n’importe quelle atmosphère!

Il nous est apparu immédiatement en arrivant qu’il nous serait difficile de repartir. Et ce fut le cas ! D’abord parce que l’ostéo que Stéphane a vu le lendemain de notre arrivée lui a conseillé de reposer son corps et son âme au moins quatre jours. Il est vrai que, lorsqu’il est sorti de la séance qui a duré deux bonnes heures, il n’était plus vraiment dans son assiette. Le spécialiste, taillé dans une armoire à glace, l’a beaucoup remué, et pas que physiquement. « J’aime votre démarche. Continuer votre quête. Vous avez encore du chemin » lui a-t-il dit en l’accompagnant vers la sortie après lui avoir offert la séance. Je crois que Stéphane aurait préféré entendre : « Vous y êtes presque, ça fait 100 euros ! ». Mais il semblerait que nous logeons tous à la même enseigne : le chemin d’évolution, c’est jusqu’au dernier jour de notre vie. Voire au delà, mais ça c’est un autre débat !

Nous avons eu aussi envie de prolonger le plaisir de partager de beaux moments ensemble. Et il y en a eu !! Des simples et légers, des profonds et bouleversants, des utiles et pratiques, … Ainsi parmi eux, Emma et Cyril nous ont emmené à une soirée « Salades et papotages » organisée par le Théâtre de la Ramée, une sorte de « spectacle performance » autour de témoignages recueillis avant et pendant cette soirée, sur la Picardie Verte et des thèmes choisis. Des extraits de témoignages sont livrés tels quels par des comédiens, d’autres mis en musique, d’autres encore servent de fondement à une histoire inventée, le tout avec participation du public. Un très chouette moment qu’Emma filmait et qui s’est achevé sur un repas tiré du sac. Une « buffet canadien » au cours duquel on a pu échanger avec les artistes Marianne, Olivier, et Antoine à la musique.

Autre soirée et autre ambiance à Gerberoy, où quelques-uns des décors du film tourné avec Jean Dujardin quelques jours auparavant (pour rappel, nous étions passés au milieu des figurants accompagnés d’Emma et de nos mul’ânes) étaient restés accrochés ça et là. Une conviviale soirée jazz manouch avec trois excellents musiciens, organisée dans un bistrot de pays par Céline et Benoît, avec toasts au fromage, cidre et poiré à volonté. Nous y avons rencontré du monde, et notamment Christophe, très intéressé par notre démarche et dans une situation de vie qui lui donnait très envie de faire la même chose.

Durant notre séjour, nous avons aussi eu la visite de Laurence, une amie d’Emma, journaliste travaillant pour le journal local, qui est venue faire un papier sur notre périple. Très sympa! Autre surprise, la visite d’une famille habitant la région parisienne qui, profitant d’une journée dans les parages, souhaitait nous rencontrer à l’occasion d’un pique-nique ! Isabelle et Sylvain nous suivent depuis la publication d’un article sur le site de Mister Mondialisation. Accompagnés de leurs fils Olivier, ils sont venus à nous avec un panier pique-nique délicieux pour nous poser plein de questions, échanger autour du voyage et des rencontres faites en chemin et faire une caresse aux mulânes. De tels moments avec des personnes qui trouvent un intérêt pour notre aventure, nous font toujours un grand plaisir.

Avec Emma, j’ai évidemment beaucoup parlé « chevaux ». Nous avons échangé sur nos expériences, bonnes et moins bonnes, sur l’écoute des animaux et les différentes manières de vivre et/ou travailler avec eux. Pendant que Steph faisait du montage et s’occupait du secrétariat, j’ai aussi passé du temps avec Marius et Symphonie, les ai emmené brouter ça et là. Ils ont eu la possibilité de profiter plusieurs heures par jour du sous-bois attenant aux pâtures des chevaux , et ils l’ont bien débroussaillé! C’est à ce moment aussi que nous avons resorti les franges à mouches, car c’est le retour des insectes! Un jour, Marius qui nous avait bien observés, a réussi à ouvrir le portail de leur parc et nous les avons retrouvés dans le potager! Heureusement, ils n’ont rien attaqué d’important et se sont contentés de l’herbe. Nous avons fait des séances de gros câlins tant avec les mulânes qu’avec les chevaux d’Emma. J’ai pu prendre du temps aussi pour écrire pour le blog, posée avec eux ou à divers endroits de ce lieu où je me sens si bien.

Steph, quant à lui, a eu aussi beaucoup de plaisir à rentrer dans la ruche d’Emmanuelle, l’occasion de revivre une de ses passions: l’apiculture. Il a pu vérifier que la ruche était bien populeuse, que les abeilles se portaient très bien, et a posé une hausse. C’est un moment qui lui a mis le sourire pour la journée!
Nous avons aussi eu droit à un petit tour en Moque, la voiture ancienne dont Cyril n’est pas peu fier. Nous avons d’ailleurs tourné quelques images qu’Emma a montées, avec la petite chienne Bubulle au taquet. Bubulle fait partie de la famille et était presque tout le temps avec nous. Elle ne connaît pas la laisse et est super bien éduquée, naturellement.
La veille de notre départ nous avons tourné les présentations du vlog et la vidéo sur le contenu des sacoches, avec le concours d’Emma qui nous a fait quelques prise de vue. Les deux derniers jours ont été très chauds et se sont terminés sur une tempête de vent très impressionnante. Depuis Chantilly jusqu’à ici, la Picardie verte est le premier endroit qui m’ait flashé depuis le début de notre voyage. Une région où je me sens bien tout simplement et sans pouvoir vraiment l’expliquer. Quelque chose se passe ici. Stéphane partage cet beaucoup avis. Mais contrairement à moi, il n’attend pas du chemin qui lui montre un endroit pour se poser….
Merci du fond du coeur, Emma et Cyril, pour cette semaine en votre compagnie. Nous nous sentons vraiment chanceux de rencontrer des personnes si généreuses d’âmes. C’est difficile de trouver les mots justes pour décrire ce sentiment.

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Marius Tour de France

Jour 414 / Aux Marais, capitale des ânes !?

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[Lundi 8 mai 2017 -16km]
Ce matin, Dominique nous amène un plateau petit-déjeuner trop chou. Lui et Chantal sont très occupés car ils reçoivent des invités ce midi, mais ils prennent le temps de nous soigner, nous apprécions beaucoup! Les mul’ânes​ ont passé une bonne nuit aussi avec du foin et un abri. Nous quittons nos hôtes et Hodenc-l’Évêque à 10h30.

Il y a pas mal de vent, mais contrairement à d’habitude, cela ne semble pas gêner Symphonie dans ses naseaux. Nous marchons à travers les champs de colza et, en passant devant une jolie petite église avec un parking noir de monde, nous nous disons qu’il doit y avoir une commémoration du 8 mai. Nous passons le Val de l’eau puis remontons pour passer sous la voix de chemin de fer, et nous arrêtons vers midi pour une pause casse-croûte juste avant de traverser l’autoroute. Au bord d’un chemin herbeux et broussailleux d’un côté, et champ labouré de l’autre. Comme d’habitude, je ne me repose pas beaucoup car pour pouvoir laisser ma mule brouter en liberté, je dois me la veiller un petit peu pour ne pas que lui vienne l’idée de se rouler avec son bât, si elle est trop loin de moi. Cas échéant, le temps que je crie et que je me lève, c’est trop tard ! Alors je reste à une vingtaine de mètres. C’est sûr qu’il y a mieux comme pause… Malgré une très bonne nuit de sommeil dans ce joli petit chalet avec feu de cheminée, Stéphane a des douleurs un peu partout. On va essayer de trouver un ostéo bientôt, probablement lorsqu’on sera arrivés chez Emmanuelle. Les douleurs font partie du voyage, on s’entend bien. Les courbatures ou les raideurs. Mais quand même, il y en a certaines, et c’est valable pour les animaux aussi, qu’il ne faut pas laisser empirer, sans quoi le périple peut être compromis. D’ailleurs, nous avons oublié de le dire, les mulânes ont eu droit à leur séance d’ostéo lorsque nous étions à Chantilly. Un réalignement tous les six mois n’est pas un luxe, pour qu’ils se sentent bien.
Les chemins sont encore un peu glissants, mais ça va quand même mieux que les deux jours précédents. La traversée de l’autoroute se fait sans encombre, il y a des panneaux anti-bruit qui bouchent la vue sur les véhicules arrivant à toute allure. S’ensuit un kilomètre de route départementale à grand trafic, une grande ligne droite où heureusement nous sommes visibles, mais où les voitures roulent plutôt très vite! Les ânes sont très calmes et les conducteurs plutôt sympas, mais nous devons rester concentrés car un écart pourrait être très dangereux. La route est bordée par un champ de colza, et nous ne sommes pas à l’abri qu’un oiseau s’envole brusquement, par exemple. Tout se passe bien mais nous sommes quand même soulagés de reprendre les chemins à travers champs.

Malgré le temps maussade, c’est très beau. Toujours des champs qui nous entourent, ponctués de petits bois, avec des fleurs des champs et des graminées qui s’épanouissent. Alors que nous descendons sur Bongenoult, nous voyons à nouveau un troupeau de veaux sur la droite, proche de la clôture, et un autre troupeau de vaches à gauche, un peu plus éloigné. Comme nous sommes partis plus tôt ce matin et que nous avons marché à un bon rythme, nous décidons de prendre le temps de nous occuper de la phobie de Symphonie. Je l’oblige à marcher devant et Stéphane m’aide en la poussant gentiment derrière. Je pensais devoir insister beaucoup plus longtemps mais finalement, après une minute, elle se décide et se met à marcher franchement. Les veaux s’excitent et partent en courant mais Symphonie reste plutôt calme, elle ne me prend pas la main, et nous arrivons dans de bonnes conditions au bout du chemin. Mais nous tombons alors nez à nez avec une rivière à traverser !

Le pont en pierre et très fin et bordé d’une barrière qui nous empêche d’y passer avec les sacoches. Je n’ai pas du tout envie de mettre les pieds dans l’eau.. Pendant que Steph essaie de convaincre Marius de traverser seul, pour que nous puissions prendre le pont, Symphonie broute un peu face au troupeau, pour récompense. Elle est trop occupée par les vaches pour se concentrer sur l’eau. Marius s’y colle et la mulette suit. Steph met un peu les pieds dans l’eau, mais ses chaussures sont plus étanches. Finalement les deux mulânes traversent la rivière sagement et nous pouvons continuer avec des sabots tout propres! Une petite grimpette s’ensuit et je n’en finis pas de féliciter ma mule pour son bon comportement de tout à l’heure. Une piste nous amène à un stand de tir que nous dépassons sans aucune réaction.

Les mulânes ont vraiment super bien marché et il est encore tôt lorsque nous arrivons proche de Aux Marais, le village où doit avoir lieu la Fête de l’âne dans un mois. Les mascottes sur l’affiche, spéciales guests de la fête, sont Gribouille et Pépita, les deux ânesses de Anne et Victoire. Plutôt que de pousser jusqu’à Goincourt, comme il était prévu, nous décidons d’aller voir à dans ce qui semble être la capitale de l’âne ! Stéphane se dit que l’accueil y sera sans doute bon et que nous trouverons donc un terrain facilement  pour bivouaquer. Un avant goût de la fête ! Nous arrivons par l’Église qui est très jolie, et croisons un couple de joggeurs avec qui nous discutons.

Lorsque nous descendons sur le village, nous constatons qu’en ce moment a lieu la Fête des fleurs! Ils aiment les fêtes par ici, cool. Du coup le trafic est ralenti et perturbé, il y a beaucoup de monde et des centaines de voitures parquées dans un champ. Oups, ce n’était peut-être pas le bon jour pour débarquer ici… finalement nous trouvons un bout de terrain en friche entre deux maisons, et demandons à un monsieur si nous pouvons nous y installer. Il confirme, nous assurant que le propriétaire n’habite pas ici et qu’il serait d’accord. Il est 16h30, nous aurions vraiment le temps de profiter de la fin d’après-midi et de la soirée, sauf que là, une fine pluie s’est mise à tomber. Le terrain est une vraie friche, avec pas mal d’orties et autres trucs bizarres, et nous installons Marius et Symphonie où nous pouvons à l’attache. En posant son sac-à-dos, Steph entend gratter entre son sac et la housse de protection de pluie. Il l’enlève, regarde et découvre une petite souris qui a visiblement élue domicile depuis plusieurs jours (probablement deux),  entre sa bâche et son matelas ! Quelle drôle de surprise !  Il l’a relâche et se rend compte aussi qu’elle a fait des trous dans sa protection ! Il peut en acheter une neuve !

Pendant que je veille sur les mul’ânes, Stéphane s’en va voir à la fête des fleurs s’il n’y a pas un autre terrain un peu plus friendly. Il revient avec 2 parts de tarte aux pommes, mais pas de meilleure idée pour passer la nuit. Soit nous dormirons ici. Nous montons la tente pour mettre les affaires délicates à l’abri et Stephane s’y installe assez rapidement pour avancer sur la vidéo. Quant à moi, je reste un peu dehors discuter avec les voisins et d’autres passants très intéressés, avec des enfants. Je fais aussi des gratouilles à ma mule qui, après avoir fini de manger, viens réclamer mes services. Comme la dernière fois, je mets mes mains en action et c’est elle qui se positionne. J’adore ces moments de complicité. Et Marius, qui ne montrait pas d’intérêt particulier pour les séances papouilles, commence à s’y adonner aussi. Mais bon, ça ne dure pas longtemps, il fait froid et très moche…. le voisin, qui a un pigeonnier magnifique derrière sa maison, m’offre une bière et me propose de dérouler une prise électrique jusque de notre côté de sa haie. Merci beaucoup, cela nous rendra bien service! J’amène l’autre moitié de la bière à Steph et finis de discuter avec les quelques personnes qui me posent plein de questions. Je fais deux téléphones et, vers 19h30, je me décide à rentrer également dans la tente. Nous grignotons un petit truc et dodo, en espérant que demain sera plus clément.

[Mardi 9 mai 2017]

Réveil difficile, bruyant de voitures, je suis fatiguée. Je bloque sur le blog, que je n’arrive pas à avancer, je me juge, ça me prend trop de temps, ce que j’écris est trop long, ce que je dis n’est pas intéressant, etc…. Me sens triste et de mauvaise humeur. Je vais faire pipi dans la haie et me connecte avec le soleil, les oiseaux, la nature qui se réveille aussi. Je repère chacun de mes jugements et l’invite à ressentir de la gratitude. Instantanément, ça va mieux, et un fois le petit dej’ pris, je suis d’attaque. Nous passons par la place centrale pour boire un café et faire une petite vidéo devant l’affiche de la Fête des ânes, pour envoyer à Anne et Victoire, puisqu’elle y seront avec Gribouille et Pépita dans un mois.

Nous reprenons le GR 126 pour éviter la route et ensuite traverser Goincourt. C’est un temps splendide qui remet de la couleur à la végétation, après que la pluie l’ait lavée. Retour vers un bel éclat printanier qui embrasse les prairies fleuries. Marius et Symphonie avancent plutôt lentement aujourd’hui et à 14h30, lorsque nous reprenons la route après la pause casse-croûte et après avoir fait la présentation du vlog au bord du chemin, nous n’avons fait que 6 km. Il faut dire qu’il y a eu un peu de dénivelé et qu’il fait soudainement beaucoup plus chaud. Nous aussi on le sent, et on apprécie, après deux jours quasi hivernaux ! On s’octroie des pauses broute photosynthèse dans une verdure luxuriante, avec une belle vue. Entre le Mont-st-Adrien et Savignies, il y a une ambiance de pâturages d’altitude. Et qui dit pâturages, dit vaches!!!

Nous croisons des terriers à lapins toute la journée et des petits lapereaux nous traversent sous le nez à plusieurs reprises. C’est ce que me dit Stéphane mais, bon… moi je ne les vois pas vraiment car Symphonie veut marcher derrière… Après « Le Détroit », nous entrons dans la forêt et retrouvons des chemins défoncés et de grosses ornières pleines d’eau, qui nous ralentissent. On passe à côté de La Place par un chemin creux au milieu duquel on trouve une barrière anti-quad… Visiblement, ça n’en arrête pas certains !

Comme il est 17h15 et que nous devons de toute façon faire une petite pause, on décharge les mul’ânes, on passe, on filme et on respire un coup. Il fait chaud – froid – chaud, on n’arrête pas d’enlever et remettre des couches. Au bout de ce chemin, à quelques centaines de mètres, nous tombons sur une autre barrière très étroite, mais cette fois-ci, on trouve un passage à travers la haie et on longe le champ. Pas envie de redébâter! Le chemin est à nouveau détrempé sur un bon bout. Puisqu’il est déjà tard, on décide de s’arrêter à Glatigny. Le dernier bout est éprouvant aussi car on croise plein de vaches. Je fais marcher Symphonie devant, mais le chemin est étroit et très glissant, elle finit par monter dans le champs de blé attenant. Elle est speed mais ne me prend pas la main, je la félicite sur tout le passage, qui est long, avec le troupeau de charolaises au taquet qui nous suit…

Arrivés dans le village, nous ne trouvons pas tout de suite un lieu où nous poser, malgré les pâtures à n’en plus finir. Un gentil monsieur finit par nous orienter vers un terrain communal, qui se révèle trop petit, et vraiment au bord de la route. Nous sommes fatigués, enfin surtout moi, je n’aime pas arriver tard et trop crevée… Et toujours cette pression pour l’écriture du blog en ce moment, pour rattraper le retard tout en écrivant la journée en cours, et ce soir, je n’y arriverai pas. On décide de prendre de l’eau au cimetière et de sortir du village. Et là, comme souvent dès qu’on a pris de l’eau et qu’on se prépare à partir, une dame vient avec ses enfants. Laure nous dit qu’il y a bien une place plus loin, avec des forains. Elle nous parle de Gerberoy, un village où se passe en ce moment le tournage d’un film d’époque avec Jean Dujardin. On lui fait penser à des figurants.

On s’installe finalement dans une jolie bande herbeuse qui appartient à son grand père. Les voisins, Angélique et Samuel, sortent et nous proposent de mettre Marius et Symphonie dans leur parc à chevaux, qui ne sont pas là. Très sympas, merci, ils seront en liberté cette nuit, et auront du foin. Ils font le tour du parc et reniflent partout, pendant que Samuel, lui aussi, nous parle du tournage à Gerberoy en nous montrant des photos des décors. Le petit garçon de Laure revient pour nous apporter six oeufs frais, trop chou. Avant de repartir, il nous explique bien que le chiffre inscrit sur l’œuf correspond à la date de ponte.  Pendant que Stéphane va prendre une douche, je fais cuire les oeufs et un petit méli-mélo de céréales légumineuses. Nous profitons du coucher de soleil et sa belle lumière dans les arbres, avant que le froid nous jette sous la tente.

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Marius Tour de France

Jour 412 / Ce n’est qu’un au-revoir !

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Le réveil n’a pas sonné ce matin.. Oups, c’est Jo qui, en revenant de sa balade au marché avec Maiia, nous réveille à 8h30. Il a ramené le petit déj!! Merci beaucoup, nous sommes choyés. On se dépêche de rassembler nos affaires tout en discutant. Steph prend une petite douche pour essayer de faire passer son mal de tête, et départ pour le pré. Pendant que nous refaisons connaissance avec nos sacoches et notre matériel entreposés dans la sellerie, Jo, Victoire et Maxence prennent le camion fraîchement acquis et s’en vont chercher une grosse balle de foin à une demi-heure d’ici. Pour nos derniers instants dans ce bel endroit, on décide de lâcher les mulânes avec les autres, l’occasion de constater que Symphonie n’est plus en chaleur. En effet, le jour de mon retour, en traversant le pré, la présence de Dix-de-Coeur a fait s’exprimer des chaleurs intenses, avec des manifestations dignes d’une ânesse ! Je ne l’avais jamais vue comme ça, mais j’ai l’impression que ça lui a fait du bien, même si le gentil hongre n’a su que faire d’autre que lui gratter le dos pendant que la mule défaillait de pâmoison.

Lorsque nos hôtes reviennent, il s’agit de passer la balle de foin du camion au râtelier, ce qui nous vaut une bonne rigolade, car évidemment, ça ne rentre pas du premier coup. Puis nous nous préparons, toujours avec dans le cœur ce mélange d’excitation de repartir et de tristesse à laisser des amis avec qui nous avons partagé beaucoup, derrière nous. Anne, qui ne pouvait pas être là ce matin car elle travaillait au marché, nous rejoindra sur la route avec Jo à la mi journée: Nous ne pouvions en effet pas nous résoudre à nous dire au revoir hier soir sur le pallier, alors que nous dormions dans l’appartement d’à côté. Le temps passe vite et il est 12h30 lorsque nous partons. Après de grandes embrassades et une tranche de pizza avalée en vitesse, c’est en se filmant mutuellement que nous descendons la route. Une petite pluie est de la partie mais cela ne nous décourage pas, du moins pour l’instant. Après le village de la Chaussée, nous descendons vers une départementale très fréquentée, ce qui n’est pas plus mal car les voitures ne peuvent pas rouler très vite, du coup.

C’est par le pont de Saint-Leu d’Esserent que nous allons pouvoir traverser l’Oise et ensuite la voie ferrée à l’intérieur du Bourg. À peine avons-nous traversé le pont en créant un petit bouchon, que le téléphone sonne. C’est Anne! Elle est en route avec Jo pour nous retrouver. Nous décidons donc de nous arrêter tout de suite après le pont, sur une zone herbeuse agréable pour les attendre, avec un petit parking. Nous sommes très heureux de les voir une dernière fois, de les serrer dans nos bras. Anne nous a ramené des fruits et des légumes du marché, notamment des supers fraises goutues, que nous dégusterons plus tard. C’est dur de se quitter… La pluie reprend. Nous les regardons s’éloigner en récupérant nos LO qui broutent plus loin. Merci, tellement.
C’est là aussi que nous rejoignons le GR 11, ce qui va nous faciliter la tâche pour trouver notre route. En effet, il est plus simple de suivre le balisage du GR que de sortir nos téléphones sous la pluie. Nous passons devant une magnifique abbaye  et son église prieurale du XIIe et XIIIe que Stéphane décide d’aller visiter brièvement car il est déjà 14h30. Pendant que j’attends dehors, une dame qui passe, surprise de voir la tête de Marius, me demande si elle peut lui donner un bout de son croissant, mais n’attend pas ma réponse pour lui donner. Bon, je voulais lui dire que nous préférons ne pas leur donner de pain, mais tant pis. Puis nous passons devant un terrain de tir à l’arc et saluons les tireurs qui n’émeuvent aucunement nos mulânes. Toujours sous la pluie, qui s’intensifie d’ailleurs, nous traversons des champs, remarquons que le blé a bien poussé. Marius et Symphonie sont au taquet avec l’herbe, ils ne pensent qu’à manger, c’est un peu normal après trois semaines de parc, l’appel de la haute verdure est plus fort que tout.

Le GR passe dans cette ruelle étroite … comment dire ?!

Ils restent néanmoins concentrés, je trouve même que ma mulette est très à l’écoute, comme si Anne et Victoire avaient travaillé le « céder à la pression » en mon absence. Elle se montre très appliquée et légère en bout de longe. Je remarque aussi que son séjour entourée de chevaux fougueux a eu un réel effet sur ses craintes en présence de chevaux. Elle se tient plutôt calme et n’essaie plus de courir vingt mètres devant. Chouette, moi qui m’attendais à devoir reprendre ça sérieusement en main, je n’ai plus qu’à la conforter dans son nouveau comportement. Peut-être que le fait d’avoir pu vivre ses chaleurs pleinement en présence de Dix l’a aussi aidée à se sentir plus équilibrée ?

Après avoir marché un bon moment le long des champs de colza, nous traversons le bois Saint-Michel qui nous sépare de Le Tillet, notre étape du soir. Au début, tout se passe bien et nous sommes même un peu protégés de la pluie. Nous décidons alors de faire une petite pause pour décharger nos mulânes courageux, mais nous ne nous attardons pas car tout est trompé, et en plus nos compagnons ne tiennent pas trop en place, ne trouvant pas les plantes de ce bois à leur goût, manifestement. À un carrefour dans la forêt, nous quittons le GR11 et là, tout se complique. La piste est littéralement défoncée d’ornières géantes et glaiseuses provoquées par la circulation d’engins lourds de débardage. C’est un vrai massacre. Des petits lacs se sont même formés et Marius et Symphonie ont du mal à tenir debout sur cette terre patinoire.

Heureusement, de nombreux petits chemins parallèles se sont créés, qui nous permettent de progresser sans nous casser la figure tous les 5 mètres. Néanmoins, il faut se frayer un passage et notre avancée est lente. Et puis, ça reste quand même glissant et nous devons faire très attention. Nous sommes tous les quatre vraiment très mouillés lorsque nous arrivons à Le Tillet en priant pour trouver une possibilité de nous mettre au sec pour la nuit. Alors que nous descendons la rue du village, nous remarquons que celle-ci est bloquée en bas car ce soir nous avons droit à…. la fête foraine !!! V’la aut’ chose, ça pas être facile de traverser sereinement avec le son et les manèges…

Au même moment, un homme ouvre sa fenêtre et nous salue. Nous lui expliquons notre tour de France et Stéphane a la bonne idée de lui demander s’il connaît un terrain où nous pourrions passer la nuit. Il nous propose immédiatement une de ses pâtures, car lui aussi a des chevaux. Tout naturellement, il nous explique comment nous y rendre en revenant un peu sur nos pas, puis nous propose de nous y emmener de l’eau. Autant parfois nous devons un peu « gagner » notre bivouac, autant certaines fois il nous est livré « clés en main » avant même que nous ayons pu réaliser! Aujourd’hui, mouillés et fatigués, nous apprécions particulièrement cet accueil spontané.

Sept minutes plus tard, nous arrivons aux abords d’un magnifique terrain, au fond duquel se trouvent un bungalow et une petite caravane. Deux chevaux dans un parc voisin nous observent. Jean-luc arrive avec sa camionnette et nous explique qu’il a une vingtaine de poneys avec lesquels il participe à de nombreuses manifestations, et qu’il loue aussi à des familles pour se balader dans la forêt. À côté de ça, il a quelque chevaux lourds, notamment des percherons. Ceux-ci sont attelés et promènent des enfants ou des gens, également lors de manifestations, ou pour des occasions spéciales et privées. La saison vient à peine de commencer et il ouvre le bungalow, son « club house », juste pour nous. Nous n’en croyons pas nos yeux : l’abri que nous avons demandé nous est prêté encore mieux que nous le rêvions.

Nos mul’ânes ont un grand parc et pourront dormir en liberté. Nous espérons juste qu’ils ne mangerons pas trop… Mais pas le coeur de les attacher. Toutes nos affaires installées au sec, nous tentons bien que mal de nous réchauffer, avant de rejoindre la caravane ou un vrai lit nous attend. Nous sommes infiniment reconnaissants à notre bonne étoile, entre l’accueil chez Ânes Victoires et cet abri tombé du ciel. Même si dans la soirée, un grand feu d’artifice (week-end du 8 mai oblige) affole nos doudous et me foutent en rogne, on dormira bien. Stéphane va les voir pour essayer de les rassurer. Il vont finir par se calmer. Il n’y a, à mon goût, pas grand chose de plus inutile et désagréable qu’un feu d’artifice…

Siou, le chien de Jean-Luc, est curieux…

[Dimanche 7 mai 2017 – 17 km]
Le jour me réveille dans la caravane, accompagnée de plein de pensées philosophiques, des sensations difficiles à décrire dans un état entre deux consciences. Sur les choix de vie, les buts et faut-il absolument en avoir, est-ce-que je me sens toujours bien sur le chemin, serais-je capable et/ou aurais-je envie de m’arrêter et pour faire quoi, l’itinérance a-t-elle toujours un sens aujourd’hui, lequel, m’apporte-t-elle ce que je recherche ou est-ce devenu une sorte de fuite ? Un tourbillon de pensées et de ressentis qui s’entremêlent alors que j’émerge gentiment de mon sommeil. Je reste un peu dans cet état méditatif pendant qu’on prend un café-muesli dans le mobile-home. J’en discute avec Stéphane qui n’a pas la même approche du voyage que moi, puis il se dissipe et, de retour sur le plancher des vaches, on se prépare. L’endroit est vraiment beau, paisible, la pluie a cessé et la nature brille.On envoie un message à Jean-Luc vers 10h pour le remercier et l’avertir de notre départ imminent. Il débarque 30 min après, alors que nous sommes sur le point de charger les sacoches, avec sa fille Vanessa, randonneuse équestre, et le petit déjeuner, café et croissants, ouaaaah merci! Double p’tit dej ce matin! Super chouette moment. Tout en discutant de notre voyage et des futures étapes, ils nous parlent de leurs amis Dominique et Chantal, à Hodenc-l’Évèque, qui seraient susceptibles de nous accueillir ce soir, puisqu’ils sont sur notre tracé. Aussitôt, Vanessa les appelle pour leur en parler, ils sont OK, cooool !  Aujourd’hui, c’est le deuxième tour des élections présidentielles! Stéphane avait déjà vécu des élections en voyage, en 2012. Cette année, c’est un peu tendos… Dominique, qui nous accueillera ce soir, est Maire de Hodenc-l’Évèque, et il aura probablement fort à faire ce soir, mais il dit pouvoir trouver le temps de nous installer entre ses obligations.


Avec tout ça, il est tard quand nous partons… Presque midi. Pour faire 17 km c’est un peu rude, mais comme nous savons où nous arrivons, ça ira. Le temps est encore un peu humide et gris, mais les paysages me plaisent de plus en plus dans cette région. Nous commençons à voir quelques maisons de briques et de torchis. Il y a toujours des champs de colza, des cultures, des forêts, mais c’est vallonné et varié. Par ailleurs, les gens semblent très curieux et accueillants par ici. Partout les portes et les fenêtres s’ouvrent et des sourires se présentent sur notre passage, nous demandant où nous allons comme ça, et si nous avons besoin de quelque chose.

C’est le cas peu après Lachapelle-St-Pierre, alors que nous nous arrêtons une demi-heure pour manger une salade sur un petit terrain communal. Un couple ouvre sa fenêtre, l’occasion d’échanger quelques mots, et de savourer un petit café en leur aimable compagnie, pendant que nos mul’ânes broutent sous les regards affichés de Macron et Le Pen. Des dames que nous croisons plus tard dans une rue nous disent qu’avec nos vestes rouges et nos chapeaux, elle nous ont pris pour des Canadiens! Oui au fait, nous avons profité de la pause de Pâques pour troquer nos habits d’hiver contre le pack d’été. J’ai quand même repris une bonne veste (la rouge que j’avais laissée pour la verte, en décembre) car les soirées sont encore fraîches. Je la renverrai par la poste dans quelques semaines pour ne garder qu’un coupe-vent et mon poncho de pluie, bien sûr. Nous tenons régulièrement notre hôte du soir informé de notre avancement.

Nous croisons des parcs avec des chevaux à plusieurs reprises et Symphonie semble avoir enfin compris qu’elle n’avait pas besoin de choisir son camp, entre eux et les ânes. C’est un vrai plaisir car elle ne m’embarque plus quand on passe devant ! Par contre pour les vaches ce n’est pas la même affaire, alors que nous croisons un troupeau de jeunes veaux, peu avant Tillart, elle fait son cirque. J’arrive à la tenir un petit moment mais dès que le chemin s’élargit elle me prend la main et s’en va au courant sur une vingtaine de mètres. C’est compliqué car au départ, elle ne veut pas passer devant, et soudainement elle dépasse brusquement Marius, en le heurtant au passage. C’est très inconfortable pour tout le monde, il faut que je trouve une solution pour qu’elle prenne confiance avec les vaches. Cet épisode me fatigue beaucoup et les derniers kilomètres sont un peu difficiles, physiquement et émotionnellement. Je me sens énervée et vexée de ne pas parvenir à la rassurer, alors que notre relation se développe si bien par ailleurs. Et puis, « grmbl », c’est sans compter que j’ai les pieds mouillés depuis notre départ, les chaussures que j’avais gardées pour l' »été » prennent l’eau… Bon, on verra bien.
Nous descendons sur Tillard, un des plus beaux villages que nous ayons croisé ! Maisons anciennes de briques magnifiquement conservées, une église de toute beauté dans la lumière du soir. et à nouveau des propositions d’arrêt, de café. Mais nous devons arriver avant 19h si possible, car Dominique doit aller procéder au dépouillement des urnes!! En 1934, le village comptait quatre épiceries et son activité économique comprenait alors un four à chaux et des ateliers de tabletterie, un art qui embrasse une foule de petits ouvrages qui rentrent, sous plusieurs rapports, dans ceux de l’ébéniste, du marqueteur, et du tourneur. Le tabletier fait des pièces de tour délicates et une infinité de petits ouvrages en bois, en or, en écaille, en concordataire avec des billes de toutes taille, en corne, en nacre et en ivoire ; les dames pour le jeu de dames, les pièces pour le jeu d’échecs ; des peignes, des bijoux, des étuis, boîtes, éventails, etc. Aux XVIIIe et XIXe siècles, plus particulièrement sous le Premier Empire, la tabletterie connaît un âge d’or grâce à la vogue des nécessaires de voyage, coffrets où s’agencent minutieusement un grand nombre d’objets issus de la production des tabletiers. (Source Wikipédia)

En remontant sur la route en direction de Hodenc, une camionnette arrive en face et s’arrête à notre hauteur. C’est Dominique, son fils Alexandre et sa belle-fille Julie qui sont venus nous accueillir et nous expliquer comment arriver chez eux. Nous y sommes presque. Lorsque nous parvenons à la propriété, c’est Chantal, la femme de Dominique, qui nous montre très gentiment les lieux. Alexandre et Julie nous rejoignent peu après. C’est d’ailleurs dans l’ancienne habitation des jeunes que nous sommes installés pour la nuit avec toutes nos affaires qui pourront sécher. Un petit appartement façon chalet avec… un feu de cheminée!!!!

Il y a dans leur pâture un jeune cheval, et son compagnon l’âne Apollon. Alexandre et Julie préfèrent ne pas mettre nos Mulânes trop à côté du jeune, car il risquerait de les embêter. Nos doudous seront donc installés dans une belle stabulation extérieure et en partie couverte, sur du dur, ce qui est parfait car ils auront enfin les pieds un peu au sec, avec du foin sous l’abri, à côté de l’âne Apollon très intéressé par ses nouveaux voisins. Nous discutons un moment avec plaisir, je me détends. Quand Dominique revient du dépouillement, Chantal et lui nous invitent pour l’apéro, merci beaucoup. Une bonne bière tout en papotant autour de notre voyage, et aussi autour du nouveau président. Macron est passé ! Pas que nous l’apprécions particulièrement, mais c’est vrai qu’on a eu un peu les chocottes que Le Pen soit élue. A l’annonce du résultat, Stéphane verse d’ailleurs quelques larmes… Pas de joie mais de soulagement…Ça, c’est fait, il va pouvoir retrouver une activité, et surtout une digestion normale…
Il n’y a pas d’eau dans le chalet car une canalisation a dû sauter cet hiver. Avant de rentrer nous poser, je rempli le cubi d’eau froide, et l’outre noire d’eau chaude chez nos hôtes. Ainsi, je pourrai me prendre une petite douche revigorante, grâce au mince filet d’eau très économe mais très efficace. Une douche complète avec moins de deux litres qui me remet d’aplomb, pendant que Steph bosse sur la vidéo.
Je me couche tard pour avancer dans le blog, qui est très en retard. J’essaie d’écrire la journée en cours, plus un ancienne journée. Je suis un peu fatiguée et me mets la pression avec ça, parce que je n’arrive pas à suivre comme je voudrais. Je respire et espère que ça ira demain. L’endroit est très chouette et nous sommes choyés par nos hôtes, tout va bien, pourquoi m’en faire ?

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Marius Tour de France

Jour 410 / Chantilly, ça passe crème !!!

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Quelle belle soirée nous avons passée ! Nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer Léopold, le petit frère des filles, qui est un talentueux jeune homme féru de musique, de vidéos et de films américains des années 80, avec action et explosions! Dans ses courts métrages à lui, il s’applique à créer de vrais effets spéciaux, pendant que les voisins se grattent la tête pour comprendre ce qui peut bien se passer à côté ! Nous quittons le sous-bois du pré seulement quand le froid et l’humidité de la nuit tombent sans appel. Après avoir rangé la table à la frontale, nous rentrons pour une bonne nuit de sommeil. Victoire, qui habite le plus près de la pâture, à environ 20 min à pied, nous laisse son appart pour que nous puissions être autonomes. Merci infiniment Victoire, de nous avoir ouvert ton petit cocon à dinette avec tant de générosité ! On a a-do-ré ta machine à café !

Le lendemain, le dimanche, nous attendent quelques surprises. Nous retournons au terrain, et y rencontrons Jonathan, le meilleur ami d’Anne et Victoire, qui n’a pas pu être là hier soir. Aujourd’hui, il est de la partie avec sa chienne Maiia, et quelle partie! Éloïse, Maxence et Mélanie sont présents aussi, avec la jument Anouk, une bien jolie miss. Les filles attèlent Gribouille et Pépita, chacune à leur carriole légère, et nous voilà partis conquérir une autre zone de la forêt de Chantilly, après avoir traversé un bout de zone urbaine. Tranquille au pas, au trot, et même au galop ! Si si, les ânes galopent, et ces deux-là s’en donnent à coeur joie sur les chemins forestiers. Un énorme plaisir pour nous aussi, qui ne sommes pas du tout rompus aux « secouades » de l’attelage tout terrain, si léger et maniable ! Nous nous filmons mutuellement pour nos blogs respectifs, c’est très drôle !

Stéphane, qui suit « Ânes Victoires », la chaîne YouTube des deux soeurs blogeuses asines, depuis un moment déjà, me dit se retrouver de l’autre côté du miroirs, le côté que vous, qui nous suivez, occupez lorsqu’on se rencontre. C’est vraiment chouette de voir en vrai des personnes que l’on ne connaît que sur vidéos, une sacrée impression de se connaitre déjà, avec pourtant tout à découvrir encore. Entre nous, ça colle immédiatement, nos 15-20 ans d’écart s’effacent dans le partage de nos passions. Nous apprécions toutes et tous pleinement la sortie, les plaisanteries et les éclats de rire fusent, la bonne humeur a pris tous les cœurs.

Au retour, ce n’est pas fini, car Anne selle Gribouille pour notre baptême de « cav’anerie ». L’idée est d’aller rendre tous ensemble une visite aux mul’ânes, à 5 min de là, qui nous accueillent avec joie, se demandant sûrement où nous étions passés. Je monte donc Gribouille sur le petit chemin, appréciant avec émerveillement les similitudes et les différences d’avec la monte à cheval. Un âne est plus fin et porte la tête plus bas, sinon l’équilibre est le même. Après une bonne séance de câlins avec nos doudous, c’est Stéphane qui monte pour le retour. Les rires… Lui n’est pas du tout cavalier, heureusement qu’il a confiance en l’ânesse qui le porte. Jamais je n’aurais cru le voir perché là… Il s’accroche un peu au début, puis se détend, jusqu’à l’arrivée au cabanon de la pâture. Enfin, on va dire que Gribouille connaît le chemin !!

La journée est déjà bien avancée lorsque nous finissons de ranger les carrioles, de ramasser les crottins du jour (avec les filles, la pâture est ni-ckel, on fait pas mieux en Suisse), de faire des câlins à Dix-de-Coeur, ce grand bébé cheval de quatre ans qui en réclame, et enfin de trier nos affaires pour prendre ce dont nous avons besoin avec nous. Le soir, nous faisons une « crêpe party » chez les parents d’Anne, Victoire et Léo avec Jo qui nous coach en cuisine. C’est son métier, forcément, il sait comment s’organiser et couper des légumes à 200 coupes/seconde avec un couteau gros comme le bras, sans regarder. Une soirée magique de plus.


Steph prend le train lundi matin pour le sud, moi mardi pour Genève. Nous partons pour deux semaines, laissant nos mulânes en toute confiance. Pendant que nous profitons en famille, Anne et Victoire veillent à ce que les mul’ânes se portent bien. C’est un monsieur, qui loue aussi plusieurs prés sur cette immense pâture pour y mettre de jeunes purs-sangs reformés, qui leur a prêté le bout de parc. Quelques jours avant notre retour, le propriétaire des terrains a demandé que Marius et Symphonie s’en aillent, il n’a pas voulu discuter. Les filles ont assuré et ont rapatrié nos longues oreilles dans leur pâture, en les permutant de coin pour qu’ils aient de l’herbe, et en leur donnant du foin en complément. Pour le plus grand bonheur de nos animaux, on dirait bien, qui ont vraiment apprécié de se retrouver plus proches de leurs nouveaux potes, et surtout à la bonne place pour regarder les allées et venues des filles. Marius et Fanelle, la petite ânesse de Melanie, se ressemblent beaucoup et ont bien communiqué. Les filles ont eu plusieurs fois envie de mélanger tout le monde, mais ont préféré attendre notre retour. Merci encore pour vos bons soins, Anne et Victoire : pouvoir s’absenter l’esprit tranquille est inestimable.

Fanelle ou Marius ?

À notre retour, nous restons encore quatre jours à Chantilly (merci Victoire, et Jo pour la dernière nuitée) le temps de régler deux-trois choses, comme notamment de refaire le plein du ravitaillement, de nous renseigner pour un téléphone pour Steph car le sien tombe en ruine, il a besoin de trois recharges quotidiennes, hyper pratique en voyage, et notre téléphone de secours, que nous trimballons depuis le début, refuse de s’allumer même sous la menace. Un immense merci à Anne qui nous a amené çà et là, et à Jo de nous avoir prêté sa « Sosax ». L’occasion encore bien sûr de prendre encore du bon temps tous ensemble, de rencontrer Damien, le compagnon d’Anne, de pénétrer dans l’univers « Ânes-Victoires » et de se faire des apéros et des bons curry de légumes, chez les parents des filles, ou chez Jo.

Je suis arrivée le mardi 2 mai, avant Steph qui arrivait tard le soir. Anne me propose tout de suite d’emmener les quatre LO (longues oreilles) à pied jusqu’à un petit coin de paradis brouting au bord de l’eau, idéal pour reprendre contact en toute sérénité avec les doudous et le voyage, que j’ai mis de côté deux semaines, le temps de profiter de ma famille et de mes amis. Au retour du brouting, je tente de monter sur le dos de Symphonie tout en tenant Marius, alors qu’Anne monte sur Gribouille, avec Pépita en dextre. Sauf que, si l’équipe des ânesses est bien rodée, notre lascars de Marius trouve qu’on marche trop vite et me tire en arrière. Je le lâche en me disant qu’il suivra la troupe mais, fort de son indépendance légendaire, il plonge immédiatement le nez dans l’herbe et 200 m plus loin, force nous est de constater qu’il n’a pas l’intention de bouger. Je retourne donc le chercher à pied, et fini ainsi. Mais joyeusement, il nous vient du coup une idée : peut-être que nous pourrions prévoir une balade demain, que Jo pourrait nous accompagner et ainsi s’occuper de Marius, pour que je puisse tenter une sortie montée avec ma mulette et du vrai matériel, c’est a dire une selle et un sidepull (bride sans mors) adapté.

Le sidepull (bride sans mors).

Cela me permettrait de commencer à apprendre à Symphonie les codes de la direction et les aides montées, qui pour l’instant lui sont totalement étrangers, dans l’optique de faire de petites promenades de temps en temps. Elle m’accepte en effet avec plaisir sur son dos, mais va absolument où elle veut. Pire, plutôt que suivre le poids de mon corps comme une indication, elle le compense comme pour le bât, lorsqu’elle doit gérer sa charge. Donc sur un petit chemin ça va, elle va de l’avant, mais dans un espace plus grand, j’ai meilleur temps de m’allonger sur elle pour un gros câlin, c’est plus productif que tout autre chose. Marius, lui, nous montre toujours très clairement que c’est même pas la peine de penser lui mettre même un enfant sur le dos, alors nous n’y pensons plus. Pourtant, jusqu’en 2014, il portait volontiers Malone. Mais un jour, en ayant peur d’une bande noire de goudron sur un canal, il l’a fait tomber. Depuis, plus moyen. Il a peut-être aussi eu peur pour l’enfant ?
Le lendemain, nous voilà donc en train de procéder aux essayages. Mélanie, qui est passée, me prête la selle de sa jument Anouk, qui est aussi tout en rondeur. On trouve une sangle de la bonne longueur. Anne me prête un sidepull auquel on doit ajouter des trous pour qu’il soit adapté, car Gribouille a une plus grosse tête que Symphonie. Nous trouvons le surnom de « Griphonouk », qui nous fait bien rire. Mais on n’habille pas une petite mule ronde au garrot noyé sans difficultés ! Si Symphonie se laisse complètement garnir sans opposer aucun véto, la selle et la sangle sont trop en avant, malgré plusieurs essais. Nous essayons quand même de partir, je surveille les coudes de près. On commence à pied, puis, quand je nous sens prêtes, je monte. En très peu de temps, Symphonie comprend ce que j’attends d’elle. C’est encore évidemment un peu brut de pomme, mais y a du progrès ! Malheureusement, je renonce rapidement à affiner et je finis la balade à pied avec la selle dans les bras, car la sangle est déjà en train de blesser. Jo et Marius restent avec moi pendant qu’Anne rentre au trot. En effet, Steph et Victoire nous rejoignent car ce soir, nous procédons à l’interview croisé
« Ânes Victoires » vs « Heureux Marius », lors duquel les deux sœurs vont nous expliquer comment elles en sont arrivées là aujourd’hui, comment elles s’appliquent à redorer le blason des ânes par divers moyens, et notamment par leur chaîne YouTube, sur laquelle elles publient très régulièrement des tutos très suivis. Elles nous parlerons aussi de leurs projets. Un grand moment encore!
Mais d’abord, les filles doivent nous introduire Basile. Basile, c’est leur camion, qu’elles viennent d’aller chercher. Elles ont pu l’acheter grâce à un financement participatif porté par tous leurs f’ânes, et ça fait longtemps qu’elles en rêvent. Les deux soeurs et leurs ânesses vont enfin pouvoir être autonome dans leur mobilité. Welcome Basile !!
Tout cela pour dire que notre séjours à Chantilly s’est déroulé dans la joie et la simplicité (pour nous, en tout cas). Des rencontres qui nous réchauffent le coeur et vont nous porter pour la suite. Nous avons kiffé : top top!!

Le Vlog d’Ânes Victoires sur notre séjour chez elles :

Le premier épisode de notre nouveau Maga’sine consacrée à Anne et Victoire :

 

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Marius Tour de France

Jour 388 / Arrivée en terre équine

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« Mais c’est formidable, vous faîtes le tour de Senlis à poney ? » s’exclame une dame croisée dans une rue pavée de Senlis…
Nous avons passé une bonne nuit dans le parc de André. La douche, après avoir été aspergé par le tracteur pulvérisant des produits douteux dans les champs de céréales encore vertes, nous a fait le plus grand bien. Les mul’ânes ont finalement mangé un petit peu de foin et ont évité les quelques plantules d’érable que nous n’avions pas vues. Plusieurs personnes viennent nous parler brièvement, mais nous ne revoyons pas Jean, le papa d’André. Il a peut-être oublié que nous étions ici, dans notre tente, avec nos ânes sans fers. Il fait un peu froid ce matin, le ciel est couvert, « mi-figue mi-raisin ». Pendant que Stephane commence à démonter le camps, je vais au village en quête d’un petit déjeuner à la boulangerie, qui est heureusement ouverte. Le café, par contre, est fermé… Aaarg tant pis, nous nous chaufferons de l’eau pour un lyophilisé​ avant de remballer.
Aujourd’hui, nous avons à parcourir 16 km, dont 12 km de forêt en continu, la magnifique Forêt domaniale d’Ermenonville (site classé depuis 1998), en suivant le GR11. Après avoir retraversé le village pour reprendre notre tracé, Symphonie en tête comme à chaque fois que nous revenons sur nos pas, nous longeons les champs cultivés jusqu’à Montlognon, avant de nous diriger vers les bois et d’arriver par la route vers une magnifique demeure. C’est l’ancienne abbaye de Chaalis, un ancien monastère fondé en 1136 par le Roi Louis VI Le Gros et confiée aux moines de l’abbaye de Pontigny. Pendant la Révolution, elle avait été vendue comme bien national et l’abbatiale construite au XIIIe siècle, détruite. Le domaine fut transformé au XIXe siècle en résidence de chasse. Plus tard, Nélie Jacquemart, grande collectionneuse et dernière propriétaire du domaine, l’a légué à l’Institut de France avec les œuvres d’art qui y sont conservées. Aujourd’hui, elle est transformée en musée. C’est une bâtisse impressionnante à l’entrée de laquelle un café nous tente. Mais nous préférons continuer. Nous sommes aussi devant le parking du parc d’attractions « la Mer de Sable ». C’est Élodie, à Tramery juste après Reims, qui nous en avait parlés.
Dans ce parc, les visiteurs peuvent notamment prendre un train et vivre une simulation d’attaque de bandits à cheval, façon western. Nous hésitons à y entrer pour aller faire une figuration de chercheurs d’or du far west, mais finalement, on se dit qu’on sera mieux dans le calme des bois et la douceur des arbres. Après avoir traversé en vitesse une grosse nationale rapide et pleine de camion, nous entamons les 12 derniers km en entrant dans la forêt domaniale. À l’instar de beaucoup de zones forestières dans la région, celle-ci est à nouveau très changeante, et splendide. De grands tronçons sabloneux à la végétation du sud nous dépaysent. Nous profitons simplement de ces heures de marche en contact avec cette puissante nature. À tel point que nous nous trompons de chemin, trop occupés à admirer le lieux pour suivre le balisage.
Nous faisons une longue pause casse-croûte en finissant d’écrire le blog sur nos réflexions de voyage après un an, aux abords d’une autre route qui traverse la forêt, pendant que nos mulânes broutent en liberté. Il y a une clairière, des tables et des bancs face à la maison forestière de La Maison Blanche. Top, c’est bien. Rien de spécial à signaler sur la suite de la balade du jour, mise à part la beauté du site ; les seules personnes que nous croisons sont des bûcherons. Nous passons également sous l’autoroute, qui traverse cette forêt comme un sabre laser, et cela nous fait très bizarre d’entendre ce gros trafic d’activité humaine​ alors que nous avons l’impression d’être perdus Into the Wild.
Nous devons nous arrêter ce soir au plus proche de Senlis, qui est une assez grande ville bordée de forêt ou de culture. En sortant des bois, nous suivons une petite route goudronnée et le GR nous fait passer devant le terrain du Club d’Aéromodélisme Senlisien où trois gars s’affairent autour de petits appareils volants. Ils​ nous font signe et l’un deux vient discuter avec nous. C’est Tony, qui gère le terrain ; rapidement il nous dit que nous pouvons bivouaquer ici, si nous le souhaitons. Le terrain et grand comme un stade de foot, l’herbe a été tondue mais nous pouvons laisser brouter un moment Marius et Symphonie en dehors du parc.
Le seul truc, c’est que nous n’avons pas d’eau et que l’un de nous doit marcher les quelques centaines de mètres qui reste jusqu’aux maisons pour nous approvisionner. L’un des monsieur s’en va en voiture et Stéphane saute sur l’occasion pour lui demander de le déposer avec gourdes, outre et cuby, à un point d’eau. Pendant ce temps, je débâte les mulânes et les attaches à leur longue longe, à l’extérieur du terrain, pour qu’ils puissent se détendre. Tony me fait des signes​ pour me demander si nos animaux sont effrayés par les OBM (objet volant modélisé), car ils aimeraient faire un tour de vol. Comme je suis près d’eux, je lui réponds qu’ils peuvent essayer, au pire je prendrais les doudous en main et les amènerai un peu plus loin. Mais à part la surprise du décollage, les mulânes ne prête pas trop d’attention à ce petit hélicoptère qui virevolte au-dessus du terrain.
À la première maison où Stéphane demande de l’eau, un Monsieur le renvoie à une fontaine un peu plus loin. Étrange. La fontaine en question et une borne pour laquelle il faut une clé spéciale, sans quoi pas d’eau. Steph tente donc une deuxième maison, et les gens présents y sont plus sympathiques. Non seulement ils remplissent nos récipients, mais en plus ils se proposent de revenir à pied avec Stéphane pour l’aider à porter les 18 litres d’eau et voir les ânes, avec leurs enfants en bas âge.Lorsque Tony et son ami s’en vont, ils nous donnent le code du cadenas de la chaîne du terrain et nous souhaitent une bonne soirée. Marius et Symphonie sont enchantés d’avoir un si grand parc et ils se mettent immédiatement à la tâche d’entretenir les longues bordure. Il fait bon, c’est très agréable. Nous montons joyeusement le camp, avant que nos compagnons reviennent vers nous pour se faire gratouiller. Ça commence à devenir un petit rituel du soir, que nous apprécions beaucoup. Nous nous sentons bien en troupeau.
[Samedi 15 avril 2017 ]
À peu près au même moment où le réveil sonne, nous entendons Marius, juste à côté de la tente, faire des petits cris comme lorsqu’il appelle ou qu’il demande quelque chose. Nous pensons qu’il s’impatiente de nous voir émerger de notre cocon, mais en fait, lorsque je sors, qu’elle n’est pas ma surprise de voir un sachet papier et un petit paquet en carton devant la barrière du parc. Ce sont des petits pains, des croissants et un petit canard en chocolat. Mais oui, c’est vrai, nous sommes le weekend de Pâques ! Il n’y a personne en vue et nous n’avons rien entendu, mais quelqu’un est venu nous déposer ce présent. Le coeur en joie, nous remercions la vie pour ce genre d’attention. Celle-ci rend notre matinée très douce.
Nous enlevons les crottins dûment déposés le long des barrières, nous préparons et reprenons la route pour traverser Senlis. En passant devant la maison des gens qui étaient venus hier soir, nous nous arrêtons pour leur dire au-revoir et les remercier pour le petit-déjeuner, car en effet, c’était bien eux. Marius en profite pour laisser un crottin devant l’entrée, ce que les gens prennent avec beaucoup d’humour, heureux d’avoir un peu d’engrais à disposition. La vieille ville est très jolie, en vieilles pierres, pavée, fleurie avec pas mal d’espaces verts. En nous voyant, une dame très chic avec une poussette s’exclame, avec un accent en cul-de-poule comme on dit en Provence (d’après Stéphane !) : « Mais c’est formidable, vous faîtes le tour de Senlis à poney ? » Comment dire… Oui, Madame, c’est ça.
Nous tournons un peu dans les ruelles historiques de la citée ceinte de remparts gallo-romains et médiévaux, autour d’une cathédrale gothique, où le GR11 rejoint le GR12 et le chemin de Compostelle, puis finissons par trouver le bon chemin. Nous espérons rencontrer une place où attacher Marius et Symphonie pour boire un petit café, mais les rues sont étroites et bondées, ce n’est vraiment pas idéal. Et puis nous nous sentons pas très à l’aise dans cette ville plus habituée aux grosses berlines de luxe et aux chevaux de course qu’aux nomades et aux ânes. Nous passons donc notre chemin. Une voiture s’arrête alors à notre hauteur et la dame nous lance, en baissant son carreau : « Bonjour! Vous vous souvenez de moi? Nous nous étions rencontrés en Alsace, devant la boulangerie à Ribeauvillé. C’est chouette de vous voir ici, vous en avez fait du chemin ! » Ce genre de coïncidences, si c’en est une, nous fait toujours très plaisir! Nous n’avons malheureusement pas la possibilité de nous éterniser, car des voitures attendent derrière et manifestent leur impatience.
Après Senlis, nous entrons dans la grande forêt de Chantilly. Par ici, nous voyons partout des pistes d’entraînement pour les purs-sangs de course et la forêt est striée d’immenses pistes de galop et de giratoires dignes de grandes départementales, au milieu desquels trônent des poteaux indicateurs très chics et travaillés. Les pistes moelleuses de terre sableuse sont manifestement entretenues et hersées tous les jours, pour que les chevaux de prestige et leurs cavaliers puissent s’y entraîner dans le plus grand confort. Pour nous, c’est assez fatigant de marcher dans ce terrain meuble et nous cherchons un peu les bordures, cette fois-ci pour y trouver un peu de dur!
Lorsque tout est calme, nous laissons marcher les mul’ânes​ en liberté. Nous nous amusons encore une fois de notre allure de baroudeurs, avec nos longues oreilles bien plus petits et rustiques que les purs-sangs​ ou les chevaux de concours lustrés que nous pouvons croiser. Ces chevaux, ainsi que leur matériel et leurs cavaliers, sont tirés à quatre épingles et brillants de propreté. Tout à fait comme nous, mais dans un autre style ! Nous manquons à plusieurs reprises de provoquer des chutes car les chevaux se voient très surpris de cette caravane à sacoches sur leur piste ordinairement libre. Plusieurs d’entre eux s’affolent, font demi-tour ou respirent bruyamment en essayant de nous éviter.
Certains cavaliers arrivent à récupérer la situation et à rassurer leur monture, certains autres, ne s’attendant pas à de telles réactions, se font embarquer en sens inverse. Heureusement, nous n’aurons à déplorer aucune chute à notre actif, ça aurait fait désordre, quand même. Nous nous réjouissons d’arriver devant le château de Chantilly, où nous avons rendez-vous avec Anne et Victoire, deux jeunes femmes que nous avons hâte de rencontrer, ainsi que leurs deux ânesses Gribouille et Pépita. Anne et Victoire font avec leurs compagnes à longues oreilles tout ce qu’il est possible de pratiquer avec des chevaux, et tout en douceur. Nous vous en parlerons plus en détail dans la prochaine publication. C’est elles aussi qui prendront soin de Marius et Symphonie pendant les vacances de Pâques: grand luxe pour nos doudous.
Lorsque nous arrivons au niveau de la maison forestière de la Fourrière, juste à côté des Grandes Écuries de Chantilly, nous envoyons un ultime message à nos hôtesses pour qu’elles aient le temps de venir nous retrouver à pied, vers le château, avec leurs ânesses. Arrivés vers le point de rendez-vous, nous remarquons une friterie-sandwicherie mobile. Nous ne résistons pas à l’envie d’un petit café serré, idéal en attendant. Les gens d’ici, habitués à voir de grands chevaux de prestige, sont plutôt charmés de voir nos mul’ânes, ça leur change un peu. Lorsque les filles arrivent, alors même que nous ne nous sommes jamais vus pour de vrai, ce sont comme des retrouvailles. Elles sont accompagnées d’Éloïse, une jeune fille qui s’implique aussi beaucoup avec les ânesses.
Notre joyeuse caravane augmentée se remet en route pour passer devant le château et prendre une photo souvenir digne d’une carte postale. C’est Éloïse qui nous mitraillent de photos. Nous longeons les impressionnants champs de course des Grandes Écuries sous le regard amusé des passant. La rencontre entre les ânes s’est bien passée, même si, à son habitude, Symphonie presse un peu le pas et ne sait pas trop où trouver sa place, elle qui a des demi-longuez’oreilles. Nous rejoignons ensuite le grand canal, et dans une ruelle descendante, nous entendons quelqu’un nous héler par une fenêtre. Hey, mais c’est Tony, le patron du terrain de modélisme de Senlis! Génial, quel était le pourcentage de chance que nous passions dans sa rue !
Nous faisons encore un petit bout de chemin et arrivons à la pâture, où nous attendent le grand et jeune cheval pur-sang réformé Dix-de-cœur et le petit poney en pension Bilbao. L’endroit est super chouette et les filles super bien organisées. Elles voulaient au départ mettre Marius et Symphonie avec leurs équidés, même séparés par un fils, mais les ânesses ont eu quelques soucis de parasites suite à la visite d’une asinerie peu scrupuleuse. Du coup, et même si leurs ânesses sont à priori guéries, les filles ont préféré nous trouver une pâture à quelques centaines de mètres.
Après avoir déchargé, débâté et rangé notre matériel dans leur petite sellerie, nous emmenons Marius et Symphonie à travers le dédale de fils électriques et de poignées. C’est un parcours du combattant que Symphonie n’apprécie que peu. Un couloir ou des purs-sangs curieux s’agitent de chaque côté. Elle monte un peu en pression, tire sur sa longe, je finis par la lâcher et la laisser faire des allers-retours, pendant que Marius marche placidement… fidèle à lui même ! Je suis toujours étonnée de sa « crainte » des chevaux..une mule est en général plutôt attirée par eux.. je vais m’occuper de ça pendant notre séjour ici. Rester trois semaines entourée de chevaux la désensibilisera peut-être. J’envoie donc un message à Virginie Cheysser, une amie muletière toujours de très bon conseil, pour avoir son avis.
Une fois nos compagnons parqués et heureux de se rouler, nous regagnons le pré des filles pour y rencontrer Mélanie, qui a son ânesse Fanelle, sa jument Anouk et son poney Nougat dans la pâture d’à côté. Ce soir, nos hôtesses nous ont prévu un apéro et un barbecue trop top dans les sous-bois de leur pré. Maxence, le compagnon de Victoire et Arnaud, le mari de Mélanie, nous ont rejoint. Nous sommes super heureux et reconnaissants d’être là et d’échanger avec toutes ces personnes adorables, avec qui nous aurons beaucoup à partager ces prochains jours. Merci de tout cœur pour cet accueil magnifique.
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Marius Tour de France

Jour 386 / Marius s’exprime par son mordant…

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Réveil dans la brume, qui se dissipe rapidement. Nous nous préparons tranquillement. Ce matin, je passe deux fois plus de temps à brosser ma mule pleine de cendres. Départ à 10h, nous tombons immédiatement sur un groupe de randonneurs avec qui nous échangeons un moment. Nous suivons le GR 11 qui va nous emmener longtemps en forêt, à travers le Bois du Roi puis le Bois de Droizelles.
Ça tombe bien, nous adorons les forêts. Celle-ci est grande, à nouveau sablonneuse par endroit, nous y admirons des pins, des bouleaux, de la bruyère ou alors des feuillus, des noisetiers et des ronces. Nous apprenons sur un site internet que cet endroit ne compte pas moins de 78 espèces de plantes dont la bruyère cendrée, exceptionnelle en Picardie ou encore la spargoute printanière en voie d’extinction dans la région. Un temps menacé par la végétation sauvage, ce bois a retrouvé de sa superbe grâce à d’importants travaux de réhabilitation. Le coucou a remplacé le faisan et nous suit. Nous espérons qu’il ne nous amènera pas la neige, comme l’année dernière au 1er mai ! En revanche, nous n’entendons plus  le pic-vert tambouriner sur les troncs d’arbre. Nous en avons d’ailleurs aperçu un il y a quelques semaines.
Parfois, le sol du bois est couvert de fleurs blanches et violettes, ça sent le miel, et les bourdonnements d’insectes rivalisent avec les chants d’oiseaux. Nous arrivons aux abords d’une grande voie de chemin de fer, et les traversons sur un pont. Une petite clairière et des souches en guise de sièges nous invitent à faire notre pause casse-croûte. Les mulânes se reposent et grignotent des feuilles. Stéphane aussi fait une sieste, pendant que je veille.
Nous repartons et laissons nos compagnons marcher en liberté, ils se partagent la tête du convoi. Sortis de la forêt, en marchant sur Versigny, ce sont les champs de colza en fleurs qui nous illuminent et titillent nos naseaux. À Versigny, nous longerons un grand parc avec un château où l’on aurait pu tourner un film d’époque, c’est splendide.
Steph a un conflit avec Marius qui ne cesse de vouloir le mordre. En fait, il essaie de lui croquer la main ou le bras (parfois il y a arrive) lorsque Stéphane ne le laisse pas libre ! Marius a toujours été habitué à marcher sans longe sauf lorsque les chemins étaient dangereux ou au bord des routes.  Il en profite alors pour croquer quelques herbes au passage ou pour s’arrêter et se délecter des spécialités locales ! Du coup, il n’apprécie pas d’être tenu et de ne pouvoir manger à sa guise. Ca l’énerve et il montre sa désapprobation en mordant. Cette dernière agression a mis en colère Stéphane qui a fini par attacher Marius à un arbre puis nous avons feint de partir. Pendant 15 bonnes minutes nous avons attendu un peu plus loin avant d’aller le chercher pour poursuivre notre route. Symphonie n’avait pas très envie d’avancer et de laisser son compagnon de voyage !  
Il est 16h30 quand nous arrivons à Baron, notre étape du soir. Nous avons marché 16 km. Comme il n’y a que des cultures alentours, on sort du GR pour entrer dans le village en vue de trouver un terrain, ayant vu sur la carte plusieurs centres équestres à proximité. Sur le petit chemin qui mène au centre, alors que nous longeons un champs de céréales, un tracteur en train de traiter nous croise de près sans arrêter son pulvérisateur. Nous prenons du produit plein la figure… Merci gars, pour l’empoisonnement gratuit !
Des habitants nous interpellent au passage pour nous poser quelques questions, et ils nous dirigent vers un petit centre équestre sympa où la gérante se fera, selon eux, un plaisir de nous accueillir. Mais lorsque nous y arrivons, elle n’est pas là et une dame, qui monte à cheval ici, nous redirige vers une autre écurie. Nous remontons le village, certaines personnes nous regardent bizarrement. C’est vrai que nous abordons les quartiers chics, et nos allures de baroudeurs détonnent un peu avec l’ambiance du coin.
À un carrefour, on tombe sur Jean, 92 ans, qui sort en voiture de la ferme équestre de son fils. Comme il nous regarde avec curiosité, nous lui demandons si nous pouvons nous poser ici. Nous nous rendons vite compte que ce vieux monsieur à la mémoire vive en vrac mais un coeur immense. Il nous pose avec intérêt les mêmes questions en boucle, sur les pieds nos de nos mulânes, notre chargement, où nous dormons, comment nous vivons, si nous avons besoin de foin ou de grain, d’eau… Tout en nous laissant mener à petits pas difficiles d’un bout à l’autre de la ferme où il pense trouver un coin pour nous sans succès, nous répondons avec tendresse et patience.
Finalement, il nous installe dans un joli petit parc vide à l’entrée, où l’herbe est rase. Mais il y a un peu de foin dans une petite cabane, ça ira très bien. Il y a des toilettes et une douche sommaire dans un hangars, ainsi que des prises électriques, c’est parfait pour nous. Jean nous salue en recommandant au bon Dieu de veiller sur nous et, pensif, il s’en va. Nous espérons qu’il n’oubliera pas de prévenir son fils, absent pour le moment. Pendant que Stéphane monte le camps, je fais un petit tour à l’épicerie in extremis avant la fermeture, pour y dégotter des biscuits. Plus tard, nous avons une discussion avec une propriétaire de cheval pieds nus qui est la seule ici à penser le cheval autrement, au naturel. « Je suis un électron libre ici, et ce n’est pas toujours facile de faire face aux préjugés des gens. Mais je tiens bon, j’y crois! », nous explique-t-elle. Nous en profitons pour attirer son attention sur les pousses d’érable sycomore, car nous en avons enlevé plusieurs poignées dans la pâture.
André, le fils de Jean, arrive vers nous. Il a su par ses employés que nous étions ici, sur les bons soins de son père. Il nous explique qu’ils font aussi chambre d’hôtes et accueil d’équidés, et nous demande 10 euros de dédommagement pour la place, la douche et le foin, dont les mulânes veulent à peine… Nous sommes surpris car il n’y a aucun panneau à l’entrée qui indique une quelconque structure d’accueil, ni même de tarifs. Nous le faisons d’ailleurs remarqué à Jean qui botte en touche avec une réponse pour le moins surprenante : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Certes mais cette attitude agace Stéphane. 
Nous passons la soirée dehors, face au coucher du soleil. Nous nous réjouissons de rencontrer Anne et Victoire, qui nous ont invités à Chantilly dès après demain soir et pour en tout cas deux semaines, puisqu’elles vont garder Marius et Symphonie pendant que nous rejoindrons nos familles pour les vacances scolaires de Pâques.
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Marius Tour de FranceMTF #Oise

Jour 385 / On quitte l’Aisne pour l’Oise !

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[12 avril 2017 – 13 km]

Réveil dans une belle lumière, et beau cadeau de la nature. A peine sortis de la tente, on assiste à l’arrivée des cinq oies sauvages qui vivent sur ces étangs mais passent leur nuit ailleurs. Elles reviennent​ tous les matins et on est dans le bon timing pour admirer leur amerrissage en formation parfaite. Elles se parlent en même temps, c’est incroyable à regarder. Pas eu le temps de sortir les caméras. Ensuite, elles se font rabrouer par le cygne maître de ces lieux.

Nous sortons les mul’ânes de leur enclos et les laissons brouter, avant de les préparer. Une fois bâtés, nous ne les chargeons pas tout de suite car on va boire le café, Jean-Michel, le propriétaire des lieux, nous attend pour offrir le petit déjeuner ! Super accueil, lui et des clients nous posent plein de questions et nous encouragent dans notre voyage. Avant de nous quitter, Jean-Michel veille à ce qu’il ne nous manque rien puis nous faisons une photo souvenir tous ensemble.

Nous partons vers 10h30 en revenant à Vaumoise, le village où nous étions passés la veille, puis en suivant le GR 11. Nous avons ici quitté l’Aisne pour l’Oise. Nous traversons la grande forêt domaniale de Retz, très changeante, tantôt sillonnée de pistes en sable, tantôt en terre, la végétation se métamorphose ici en pins et bruyères, ici en ronces et feuillus, c’est très agréable, on a l’impression de traverser plusieurs régions ! À la sortie de cette forêt, nous devons passer à travers la ZI de Crépy en Valois. Une zone où circulent des dizaines de camions, c’est un peu speed mais ça va, on gère.

Peu après, nous trouvons un grand pré superbement coloré de pissenlits, qui bordent les stades du quartier. On décide​ de s’arrêter là, pour manger un morceau, et surtout parce que nous attendons un appel de « 30 million d’amis ». Une journaliste du magazine souhaite nous parler l’un après l’autre, du coup, le téléphone dure 1h30!!! Quand nous sommes arrivés, une famille marocaine habitant la rue est venue à notre rencontre, avec des boissons fraîches. Pendant que Stéphane est au téléphone, je discute avec les petites filles et je fais leur journée en les faisant monter sur le dos de Symphonie qui s’est mise en mode sieste après avoir mangé à sa faim.

Avant de repartir, je vais nous acheter un sandwich à la boulangerie d’à côté, car on n’a pas encore mangé ! Il est 16h lorsqu’on repart. Symphonie reprend plaisir à marcher devant. Pourquoi? Est-ce lié à la lune, ses chaleurs, son état de bien être général ? On sort de Crépy par un quartier calme dont les routes sont bordées d’arbres au fleurs roses éclatant, le bitume est parsemé de pétales.

On va reprendre le GR qui nous emmène dans les champs. Nous arrivons 2h plus tard à Rouville, seul endroit où nous espérons trouver de l’herbe non cultivée… Il faut expliquer que la spécialité de cette commune c’est la production de gazon en rouleaux ! Pas sûr que ça plaise à nos mul’ânes ! Après avoir tourné un peu et demandé aux habitants, nous nous installons sur un joli terrain en face du cimetière, entre deux maisons. Nous apprenons plus tard qu’il n’est pas municipal comme nous l’avaient affirmés des riverains. Nous sommes nous trompés de parcelle ?

Il y a une baignoire de cendres que je montre à Symphonie, oups elle se roule tellement dedans qu’elle met de la poussière partout et se relève toute grise, une mule fantôme ! Marius lui, se couche au soleil et profite. On l’a mis au piquet au milieu du champs car le long de la haie, on a repéré des plantes toxiques comme du If et il n’y a pas de place « safe » pour deux. Le voisin avec qui nous avons fait connaissance, nous donne de l’eau et nous tire une rallonge jusque dans le champ où nous bivouaquons pour pouvoir recharger nos batteries !

Avant de rentrer dans la tente, nous admirons et photographions un magnifique couché de soleil ! Nous allons nous coucher sans faire de repas, le sandwich de 16h nous a calés.

 

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