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MTF #Ille et Vilaine

Marius Tour de France

Jour 521 / Entre Vallée de la Rance et piste cyclable

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Dimanche 20 août]

Ce matin, après avoir replié le camp, nous descendons en bas du village, chez les agriculteurs qui nous ont accueillis dans une de leurs pâtures pour la nuit. Ils nous ont invité à prendre le petit déjeuner avant notre départ. Du pain frais, du beurre salé et de la confiture de myrtille. Un régal ! Partage convivial avec la famille : les parents, le fils, la belle-fille et les deux petits enfants. Un dimanche matin en famille. Un dimanche un peu spécial qui accueille des étrangers de passage, des voyageurs. Les enfants sont curieux. La petite, trois ans encore tout ensommeillée dont la mine interroge « mais qui sont ces gens ?! » Tandis que son grand frère de cinq ans, pas plus, se jette au cou de Christelle avec un bisous sonore pour dire « bonjour » ! Nous sommes touchés par l’accueil simple et généreux de cette famille. Nous partons le ventre plein, le cœur chaud et le cheveux gras ! Pas de proposition de douche et nous n’osons pas demander ! Et puis la famille devant se rendre à un baptême après la traite du matin, la matinée est donc chronométrée pour elle ! Nous prenons congé et partons chercher Marius pour reprendre le chemin.

C’est le dernier jour pour Christelle. Elle a un covoiturage à 17h30 à Dinan. Nous ne devons pas traîner : nous avons une quinzaine de kilomètres à enquiller pour y arriver. L’itinéraire n’est très compliqué : on avale de la route d’abord jusqu’à Pleudhen-sur-Rance le long du fleuve côtier. Sur plus de 20 km, les rives de l’estuaire de la Rance se cisèlent en baies, petits ports fluviaux, presqu’îles prisées par les randonneurs et les pêcheurs. Sur le chemin, Christelle me rappelle qu’elle rêve de manger une galette, alors elle compte arriver plus tôt à 17h le temps de se régaler ! Ça lui donne un objectif et la motive !

Nous arrivons à Mordreuc de l’ancien breton « Mor-truc », traversée de la mer, un point de passage d’une rive à l’autre de la Rance. Curieux, nous descendons au port. Ici autrefois, des fours à chaux transformaient le calcaire en chaux vive. Nous découvrons les souilles, ces petites vallées très encaissées et remplies de vase, creusées par les ruisseaux rejoignant la Rance, où échouaient autrefois les gabares de Pleudihen, de lourdes embarcations aux voiles de toile rousse, utilisées pour le transport du bois, au gré de la marée et du vent, depuis la fin du 16ème siècle jusqu’à la guerre de 1914-1918. On aperçoit un phoque sur le port qui a élu domicile depuis plusieurs années à la Cale. Il appartiendrait probablement à la colonie du Mont Saint-Michel et fait la curiosité des touristes !
On reprend la départementale direction La Vicomté-sur-Rance. Encore quelques kilomètres et nous serons au bord de la Rance. On traverse grâce à l’écluse du Châtelier. Il y a beaucoup de monde en ce dimanche. Nous gagnons la voie de halage devenue aujourd’hui l’attraction des promeneurs, cyclistes et autres joggers. C’est pour Christelle et moi, le moment où nos chemins se séparent. Elle doit accélérer le pas, fini le rythme à 3km/h ! Elle file sur Dinan le cœur gros, pourtant nourrie de ce temps partagé au rythme du Soleil et du sabot de Marius. Je poursuis donc seul sur les bords de Rance.

Beaucoup de gens viennent à ma rencontre. Me posent bien évidemment plein de questions… et toujours les mêmes « Vous venez d’où ? » « Vous allez où » « Combien de kilomètres vous faites par jour » … J’ai du mal à progresser mais je prends le temps de répondre. Un homme m’offre du chocolat pour le goûter. Prêt à refuser pensant que c’est pour Marius, l’homme me confirme que c’est pour moi ! Quelle gentille attention ! Un cycliste vient à ma hauteur engage même la discussion tandis que je marche. Christelle m’envoie quelques textos pour me prévenir de barrières sur mon chemin et m’envoyer quelques photos notamment de sa délicieuse crêpe dégustée à Dinan au bord de la Rance. A hauteur de Taden, je débâte Marius. On fait une pause ! L’endroit est sympa près d’un petit port où plusieurs bateaux sont amarrés. Il invite à bivouaquer.
Je discute encore un moment avec le jeune cycliste qui part et me fait la surprise de revenir avec de la nourriture et une bière pour poursuivre ce moment d’échange.

C’est ici finalement que je monte la tente, profitant du calme revenu après le départ des promeneurs. Le soleil se couche lentement m’offrant de magnifiques couleurs rougeâtres dans le ciel. Quelques joggeurs traversent encore la voie de halage tandis que trois montgolfières survolent la vallée de la Rance. Qu’elle magnifique carte postale.

[Lundi 21 août]

Étrange de se retrouver seul à nouveau. J’aimais bien la compagnie de Christelle, toujours radieuse, heureuse, positive et pleine de bonne humeur. Son rire manque déjà dans la caravane.
Un bateau est parti tôt. Le groupe électrogène de la péniche des britanniques fait beaucoup de bruit ce matin. Je n’ aimerais pas être son voisin de bateau !!!
Il me faut un temps incroyable pour ranger. Je suis mou du genou !! J’ai vraiment du mal à me bouger ce matin…. C’est vrai qu’à deux lever le camp est plus rapide…
Rapidement et après une petite côte, j’arrive à Taden. Je m’arrête au café-épicerie du bourg. Il y a du wifi. Chouette, je vais pouvoir mettre à jour le blog et trouver une solution pour mon téléphone. Sauf que, quand je demande le code d’accès à la serveuse, panique, j’ai l’impression de lui demander sa caisse !! Bref, j’avale mon café et après 15 min d’attente, je rebâte mon âne qui broutait tranquillement dans le parc du manoir de la Grand’Cour. Je ne l’ai pas attaché à côté du bar car un magnifique if trône devant. Il faut avoir l’œil tout le temps !
Le village est magnifique. Je le visite en rejoignant mon chemin. Je traverse une départementale puis je suis un sentier marqué de bleu. C’est une ancienne voie romaine. Je me trompe, reviens et m’arrête. Je suis suivi par une dame. Une néerlandaise. Elle m’a aperçu alors qu’elle circulait sur la route avec son ami. Ils me posent plein de questions en anglais sur mon voyage. Questions auxquelles j’ai bien du mal à répondre tant mon anglais est limité… C’est Christelle qui assurait la promotion internationale de la caravane en faisant la conversation en anglais !!! Je finis par poursuivre ma route après quelques photos souvenir. Direction la voie verte que j’atteinds avant Saint Samson sur Rance. Elle doit me conduire le long des berges de la Frémur puis du Cap Fréhel.
J’y croise pas mal de monde, ça coupe la monotonie de cette ancienne voie de chemin de fer. Il y a encore quelques touristes.

A Preslin, la voie prend de la hauteur et surplombe un quartier résidentiel. C’est calme. Devant l’ancienne gare transformée en maison du randonneur, je rencontre des curieux. J’en avais rencontré certains sur la piste cyclable. Mes 15 mois de voyage interrogent, questionnent, suscitent l’admiration et rendent perplexe. Quant à moi… « Je vais où ? ». C’est ma seule question ! Soit je rentre dans le bourg pour me poser soit je continue sur la piste. Allez, je continue !

A Trébéfour, le village d’après, je décide de m’arrêter mais après un tour dans le centre du bourg, je ne trouve qu’un terrain vague. L’habitant de la maison attenante où je suis allé sonner pour savoir si je pouvais m’y poser, me regarde bizarrement. Lorsque je lui explique que je voyage avec mon âne, il lève les yeux au ciel. J’ai compris que je dérangeais. Je lui parle du terrain et il me répond du tac-au-tac que ce n’est pas possible, il n’est pas à lui et la proprio est un peu « con con… ». Sympa l’ambiance dans le coin… De quoi me dissuader de rester ! Le gars me conseille d’aller à l’hippodrome qui se trouve à la sortie du village. Je repars donc vers la voie verte tout en regardant ma carte. Je ne vois rien qui ressemble à un circuit hippique. Un peu perdu, je finis par arriver dans la cour d’une maison. Visiblement le propriétaire a des chevaux. Ça trotte même. Je suis accueilli par des grognements. Un chien est tapi dans la haie. Je rentre dans la cour. A ma droite il y a des boxes de fabrication maison mais dans un état de délabrement. J’ose un « y a quelqu’un ? » Personne ne répond. J’insiste. Toujours rien. Après trois appels, je renonce et fais demi tour.
Retour donc sur la voie verte. Village suivant. Tréméreux. J’espère avoir plus de chance. Avant de quitter la piste cyclable, Marius bloque sur un fossé. A-t-il entendu ou vu quelque chose ? Je ne sais pas mais quoi qu’il en soit, ça lui fait peur. Je le tire pour qu’il avance, nous descendons la route vers le centre du village. Marius semble être inquiet. Il se met à courir, les oreilles en alerte… Aurait il croisé un elfe ? un korrigan ?
Je tourne, je vire, je ne trouve rien, Marius est toujours inquiet. Je finis par sortir du village, direction le suivant ! Je passe devant une grosse bâtisse qui possède plusieurs parc à chevaux. Je fais demi-tour et décide d’aller demander une pâture. Un peu en marche arrière car je ne sens pas l’endroit. Je sonne. J’aperçois un homme qui m’observe derrière une baie vitrée avant de disparaître. Je ne le sentais pas ! Je continue mon chemin, passe devant des parcs à chevaux puis le hameau suivant. Il y a un terrain qui pourrait être idéal. Je décide de trouver le propriétaire ou un voisin.

Au bout d’une impasse, deux hommes s’affairent à réparer une tondeuse à gazon. Je leur demande si je pourrais bivouaquer dans le champ derrière chez eux. Tandis que l’un des deux fait mine de ne pas me voir, la tête dans son engin, l’autre bafouille, cherche ses mots et finit par me dire qu’il n’est pas d’ici et qu’il ne connaît personne tout en retournant aider son ami. Un discours que je connais bien. Et bien sûr, ils ne connaissent personne qui pourrait me renseigner… Bref ! Y’a des jours comme ça ! La positive attitude de Christelle serait bienvenue ! Alors que je repars, deux enfants sortent d’une maison puis leur grand père. Il me semble être du pays. Je lui pose la question pour le terrain et il m’indique un terrain en jachère un peu avant le hameau. On parle du même ! Cool !
Le terrain est bien herbeux ! Seul hic, il y a des chênes et les glands commencent à tomber. Ce n’est pas très bon pour Marius qui pourrait s’intoxiquer. Après avoir monté la tente, je lui bricole un périmètre à ne pas dépasser pour éviter qu’il aille se goinfrer durant la nuit. Je pense que ça ira.

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Jour 519 / Marius guest-star d’un festival de rock

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On a donc quitté la côte et les plages pour entrer à l’intérieur des terres et sillonner la vallée de la Rance. Direction Sud-Ouest donc. D’abord par de la route jusqu’à la Fresnais puis en empruntant quelques chemins. Le beau temps est au rendez-vous. Le GRP du Pays de Malouin (Saint Malo). Le parcours est plutôt tranquille. Le GPS du téléphone que la famille m’a donné hier, fonctionne mal… ou c’est moi qui ne sais pas le faire fonctionner. Du coup, on galère un peu pour trouver le bon chemin. Un mal pour un bien ? Cela nous permet aussi d’aller au devant des gens qui nous indiquent notre chemin toujours avec le sourire.

On passe au sud de Gouesnière puis nous nous arrêtons à Saint Père où je me tape une religieuse. Bon, dit comme ça, j’en connais qui vont crier au blasphème. Ce n’était qu’une pâtisserie que Christelle a été acheter à la boulangerie du village. Par chance elle était ouverte ! Ça s’est joué à cinq minutes près !! Christelle a préféré une tarte amandine à la poire après les devenues traditionnelles sardines du midi (ou maquereaux en alternance) ! C’est même jour de fête puisqu’elle revient de l’épicerie du coin avec une bière que l’on se partage ! Et après ce repas pantagruélique, une petite sieste digestive sur l’herbe s’impose avant de repartir ! Christelle discute pendant que je roupille (oui je dors d’une oreille !!!) avec une adolescente et sa mère qui attendent le bus. Intriguées par notre présence ici, le récit de notre aventure enthousiasme la jeune fille qui rêve d’ailleurs.

On poursuit le GRP jusqu’au fort de Saint-Père-Marc-en-Poulet. Le secteur était une « position militaire importante pour la défense de la province de Bretagne ». En effet, lors de la guerre de 7 ans (1756 à 1763), par deux fois, en juin et septembre 1758, les Anglais débarquent sur les côtes bretonnes avec l’objectif de prendre Saint-Malo par les terres. Ils échoueront mais ces tentatives vont inciter la France à construire le fort d’autant qu’aux États-unis, la guerre d’indépendance semble inévitable et il est déjà question d’un soutien de la France, ce qui affirme de plus en plus sa position ennemie vis à vis de l’Angleterre. Une nouvelle invasion anglaise est probable…

Enfin, aujourd’hui ce qui domine au fort, c’est le fest noz ! Notre itinéraire tombe en plein sur un festival rock. Il y a des tentes Quechua à perte de vue ! Un Woodstock Breton sans pluie ! Cela nous fait un choc après des heures à marcher au vert et au calme. Et alors qu’on longe les barrières, j’entends : « Mais c’est Marius ! »… Un gars nous a reconnu ! Auditeur de l’émission Allo la Planète, il a suivi de loin nos précédentes pérégrinations. On a bien évidemment pris une photo ! Des festivaliers bien perchés nous lancent :

« Trop cool vous venez au festival avec votre Âne »!

« Heu Non nous marchons sur le GR avec Marius et le festival est sur notre chemin ».

Nous avons failli d’ailleurs être refoulés par un vigile de la sécurité ! Alors que je suis prêt à râler contre le manque de signalétique et le fait de devoir faire un grand détour pour contourner le fort, Christelle demande gentiment et avec le sourire s’il est possible de nous autoriser à passer. Un appel au responsable et celui-ci, étonné, accepte en précisant « Pas plus de 20 km/h ». On sourit et on entre ! On a bien essayé de se faire inviter en VIP mais Marius n’a pas réussi à avoir son pass ! Tant pis. On redescend de l’autre côté sous le regard amusé des fêtards. L’un des organisateurs se prend un selfie avec Marius en s’écriant « trop cool c’est le premier âne du festival » et repart en buggy illico. La traversée de Châteauneuf d’Ille et Vilaine a été tout aussi remarquée. Pas faute pourtant d’avoir essayé d’être discrets !

On s’arrête à un troquet, on en profite pour décharger Marius. La terrasse est bondée. Ça sent l’alcool à plein nez. La binouse coule à flot, on se contente d’un jus de chaussette, un peu tôt pour nous l’apéro. Marius reçoit des compliments et des caresses de personnes amourachées et surtout très imbibées.

Je n’ai pas bu d’alcool et pourtant imprégné de cette ambiance, j’ai fait une mauvaise plaisanterie à Christelle qui,  après avoir subi les assauts de quelques individus bien alcoolisés, n’a pas vraiment apprécié ! On finit par s’en aller, Christelle me laisse en plan sur ce et profite d’une supérette pour acheter quelques victuailles avant de m’exprimer son mécontentement ! On quitte ce bourg tout en longueur et en hauteur, après avoir jonglé avec quelques barrières. La sortie semblait inaccessible, mais on est reparti finalement, de bon pied, bon œil et bonne humeur pour se trouver un lieu de bivouac !

Plusieurs champs bien herbeux s’offrent à nous, notamment, un terrain au milieu d’un lotissement avec jeux pour enfant. Cela maximiserait les chances de se faire inviter à l’apéro pour partager avec les locaux, Christelle en rêve depuis le début de son séjour qui touche à sa fin demain (pas de l’apéro, du partage convivial), mais cela manque d’intimité. Avant de se poser, j’aimerais traverser la Nationale. C’est un peu comme un obstacle qu’il faut passer pour être tranquille. On espérait passer dessous mais Christelle qui est partie en éclaireuse n’a pu que constater qu’il n’y avait pas de tunnel. On fait un bon détour pour passer sous un pont un peu plus loin. La route nous conduit jusqu’à Pontlivard. Il y a des champs mais aussi des vaches. Je passe devant une ferme, laisse Marius avec Christelle et vais demander à un agriculteur s’il aurait de la place pour nous autres voyageurs ! Très sympa, il me montre d’abord un premier terrain mais finalement se ravise et nous indique une pâture sur les hauteurs de la commune, à l’écart « vous serez bien » !

Effectivement, on y est bien. Tout proche du bassin de la Rance. Le fils de l’agriculteur est venu nous voir un peu plus tard en famille pour voir Marius. On discute un peu et nous propose de venir petit-déjeuner demain matin et goûter le bon lait frais. Chouette ! Christelle s’en réjouit, son désir se réalise !

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Marius Tour de France

Jour 518 / Votre téléphone est cassé? Le Chemin vous en trouve un !

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J’ai très mal dormi. Trop inquiet pour Marius. {A écouter ou surveiller très régulièrement s’il va bien et s’il ne mange rien de toxique… Ce matin c’est dur ! Rien de tel qu’une bonne douche chaude pour aider bien se réveiller ! Vive le camping !

Après un café, on repart pour de nouvelles aventures ! Le sentier pour atteindre Vivier-sur-Mer est plus diversifié que la veille. Non pas qu’il était « moche », je dirais plutôt « monotomne » car rectiligne. Sur cette portion, le GR 34 alterne entre herbus, plages et intérieur des terres. En fait, le sentier des douaniers fait le tour de la Bretagne soit près de 1500 km de côtes. Il s’étale entre Saint-Nazaire, en Loire Atlantique et le Mont-Saint-Michel, dans la Manche. Appelé aussi sentier du littoral, il fut sillonné nuit et jour, dès 1791 et pendant plus d’un siècle, par les douaniers qui traquaient les contrebandiers en provenance d’Angleterre. Car après la Révolution, des frais de douane était prélevés sur les marchandises qui entraient en France, pour freiner l’importation de produits anglais (interdits après la Révolution) et hollandais. Le but était de permettre à la France d’importer moins et d’exporter davantage. Les douaniers devaient également surveiller les épaves. Tout bateau qui s’échouait sur les côtes devenait automatiquement propriété de l’État. C’est donc en partie sur leurs pas que nous foulons les nôtres. Mais le GR34 n’est pas toujours praticable avec un équidé. Il peut même s’avérer parfois dangereux. C’est en partie pour cette raison que j’ai fait le choix de le quitter mais aussi parce qu’il nous est plus difficile de trouver un bivouac.

Le chemin est très venteux ce matin. La mer est toujours à droite et le Mont Saint Michel que l’on aperçoit toujours au loin, est toujours dans notre dos… Après un kilomètre sur la plage, nous nous retrouvons sur une petite route qui passe devant trois beaux moulins du XIXème siècle, puis devant le port mytilicole de Vivier sur mer où des visites des bouchots, ces piquets plantés en ligne pour récolter les moules, sont organisées. Grâce à cette technique, la baie du Mont produit chaque année sur 271 km entre 10 000 à 12 000 tonnes de moules.

Christelle aurait bien aimé mangé des huîtres plates, un délice au goût d’amande, mais ce n’est pas la saison. Elle trouve néanmoins des producteurs de légumes pour nous ravitailler. Et pendant qu’elle va en acheter, je me bats avec mon téléphone qui est en train de rendre l’âme depuis quelques jours. C’est alors que je rencontre une famille d’Avignon en vacances en Bretagne. Ils me posent plein de questions sur le voyage et souhaite m’inviter à déjeuner. Je décline car nous avons mangé il y a moins d’heure sur une plage. Comme ils insistent gentiment, je leur propose de me rendre service en me conduisant à Cancale ou Saint Malo, deux villes proches, pour acheter un téléphone. Christelle garderait Marius le temps de la course. C’est alors que la mère de famille se souvient qu’elle a un mobile dans son sac. « C’est l’ancien portable de ma fille. Elle a eu le Bac avec mention alors on lui a offert un nouveau téléphone » me dit-elle. Ce que confirme la jeune bachelière. Je refuse d’abord. Je ne peux pas accepter un tel cadeau. Ils insistent. Wouaw… Le chemin ne cessera jamais de me surprendre. Quelques manipulations seront nécessaires pour débloquer l’appareil et le faire fonctionner avec ma carte Sim. Je suis très touché par ce geste. Mais pour cette famille c’est naturel de s’entraider. Je n’en reviens pas. Christelle de retour avec le plein de fruits et légumes, nous retrouve tous très émus et se réjouit de cet élan de générosité. C’est un moment fort que nous vivons là, empli de gratitude, les yeux brillants. Pendant ce temps, Marius va se faire cajoler par un groupe de trois étudiantes allemandes en chemin elles aussi pour l’été et boulotte quelques fruits. Toutes ces émotions, cela lui donne faim !

Après les embrassades, nous nous souhaitons le meilleur et nous reprenons la route direction Vildé-la-Marine, dernière étape avant de quitter la côte. Le bord de mer est bordé de jolies maisons de pierres et jardins luxuriants. On aperçoit la côte d’Emeraude, nom donné par Eugène Herpin, un historien local, en raison de la couleur vert émeraude de la mer à certains moments. On tente une approche en bordure de plage mais le vent souffle fort et Marius n’est pas très à l’aise sur le sable et les coquillages concassés. Le bruit d’une voile lui fait peur. Après un grand bol d’air iodé et sablé, on se remet en route. Après avoir longé le village de Vildé côté mer, on s’engouffre dans une ruelle pour quitter l’immensité de la baie du Mont Saint Michel et trouver un terrain. On s’est mis d’accord la veille avec Christelle pour s’y prendre plus tôt et profiter ainsi du bivouac du soir et ne pas se retrouver sous tension à chercher un terrain trop tardivement, les jambes fatiguées et le ventre vide. On demande à plusieurs riverains qui nous conseillent un champ dans un cul-de-sac. L’endroit n’est pas top pour un bivouac mais au vu du peu de pâtures disponibles, on s’en contentera.

L’endroit est venteux et bruyant car à proximité de la route et d’un hangar. Le vent s’engouffre dans la tôle et produit une musique lugubre digne d’un polar. On en plaisante. Il y a bien un terrain clos mais le propriétaire n’habiterait pas ici. Après avoir été chercher de l’eau je réfléchis où poser le camp le mieux possible. Des arbustes nous permettent de nous protéger des rafales de vent et d’attacher Marius pour la nuit. Pour l’instant, ses papilles gustatives l’attirent vers un champ de blé fraîchement coupé. Je finis par l’attacher pour éviter qu’il ne se gave d’épis non ramassés, mais un peu trop près de la tente ! Christelle se réveillera en sursaut dans la nuit, l’ombre chinoise de Marius étant impressionnante. Ce n’est pas la luminosité de la lune, mais l’éclairage 24H/24H de la station service au loin qui se réverbère sur la tente…

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Jour 517 / Bretaaaaaaaaaagne !!!

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C’est une certitude : le Mont Saint-Michel ne dort pas la nuit ! Les visites n’ont pas d’heure pour de nombreux touristes qui préfèrent découvrir le monument sous les étoiles ! Mêmes les navettes fonctionnent ! Cela ne nous a pas empêchés de dormir mais j’ai été réveillé plusieurs fois. L’Abbaye, que les moines bénédictins ont quittée en 1790, aurait-elle définitivement perdu son silence ? Christelle trouvait que ça sentait le bouc dans la tente. C’est vrai que la dernière douche remonte à plusieurs jours. Mais c’était soit partager sa nuit avec un caprin, soit porter sa guitoune ! Je crois que le choix a été vite fait ! Et puis, quelques gouttes d’huiles essentielles de gaulthérie ont suffit à parfumer délicatement la couche et Christelle a dormi merveilleusement bien.

Et tandis que les touristes commencent à affluer doucement, on démonte le bivouac. Certains viennent nous voir et on prend le temps de discuter. Christelle est toujours dans la découverte de notre caravane, des habitudes du vagabond et elle se sent comme un poisson dans l’eau, prend en main le petit déjeuner en agrémentant le muesli à l’eau de fruits frais coupés et de petites graines.

Une fois les affaires rangées, direction l’hôtel-restaurant où nous avions bu une bière hier soir. On traverse de nouveau le barrage, trouve un endroit un peu en retrait pour Marius histoire qu’il ne soit pas dérangé sans arrêt par les curieux, et allons prendre notre dose de caféine du jour. En fait, je n’en bois quasiment plus depuis le départ de Céline. Je n’en ai d’ailleurs pas dans les sacoches et les seules fois où j’en avale un, c’est dans un bar, lorsque je peux m’arrêter. Mais étonnamment ça ne me manque pas, pourtant j’en consommais à haute dose !! On retrouve le serveur de la veille qui m’avait expliqué avoir eu un âne qui mordait. Un âne seul et entier… forcément. L’homme nous offre des viennoiseries !! Quelle gentille attention.

Marius appelle les chevaux de trait à chaque passage des calèches. Les équidés lui manqueraient-il ? Ça me fait penser que je ne vous ai pas reparlé de ses poils. Ils repoussent bien ! La partie du galon en simili-cuir usé qui ornait le tapis en feutre était sans la doute la cause du frottement !

On repart motivés pour nos derniers kilomètres en terre Normande sous trois gouttes de pluie, ce seront les seules ! La Bretagne n’est plus qu’à quelques pas ! On traverse à nouveau le Couesnon, le fameux fleuve côtier à cause duquel le Mont-Saint-Michel serait en Normandie et non pas en Bretagne. Tout le monde connaît cette querelle ancestrale. Un vieux dicton local dit que « le Couesnon dans sa folie a mis le Mont en Normandie », certains ajoutent volontiers que « le Couesnon, dans sa raison, le rendra aux Bretons » ! En effet, lors d’une de ses fréquentes divagations, le fleuve se serait mis à déboucher à l’ouest du Mont, faisant ainsi passer ce dernier en Normandie. Quoi qu’il en soit, le Joyau Normand a été Breton pendant presque 150 ans ! En 867, le roi Charles le Chauve a concédé une partie du Cotentin et de l’Avranchin au roi Salomon de Bretagne. Quand le viking Rollon s’est établi en Normandie, en 911, le Mont ne faisait pas partie de son territoire. Ce n’est qu’en l’an 1009 que la frontière sud de la Normandie fut déplacée jusqu’au Couesnon.

Voilà pour le point historique ! Nous, on quitte le GR 22 pour le 34, le fameux sentier des douaniers ! Soyons fous ! Nous longeons les prés salés où l’on admire le Mont sous d’autres angles, puis regagnons la digue de mer qui trace tout droit dans la baie. Sans le savoir, nous franchissons la « frontière » qui sépare les deux régions peu de temps après notre départ. C’est seulement en arrivant à la Chapelle Sainte-Anne (une chapelle de granite du XIIe), située sur la commune de Cherrueix qu’une dame nous confirme que nous sommes bien en Bretagne, dans le département d’Ille et Vilaine ! Yeeees ! Enfin !

Pendant plusieurs heures nous avons ainsi marché entre les herbus, ces prairies naturelles recouvertes par la mer aux grandes marées, où pâturent les fameux agneaux de prés-salés, et les polders, étendues artificielles de terre gagnée sur l’eau, située souvent sous le niveau de la mer et protégée par des digues construites par Anne de Bretagne. Le chemin, parfois miné par des terriers de lapins, nous obligeait à marcher dans les prés.

On continue notre avancée sur le GR toujours en bord de mer, mais il nous faut de l’eau. Nos gourdes sont vides. Dès les premières maisons, je confie Marius à Christelle et je vais demander aux autochtones. Un couple de retraités me propose des pommes et des prunes ! On a notre dessert ! Pendant ce temps, Christelle fait la connaissance de riverains qui nous offrent des palourdes pêchées du matin ! On est vraiment gâtés ! Quel accueil ! La Bretagne serait-elle aussi accueillante que ce que l’on m’en dit ?

Nous reprenons le sentier qui borde la mer, à la recherche d’un lieu pour bivouaquer. Bruno, Gaële et Yaouen (qui nous avaient accueillis en juillet dernier dans l’Eure) doivent venir nous voir ce soir. Ils ont passé quelques jours en Bretagne et font un crochet pour venir nous voir. Nous passons par la plage de Cherrueix très appréciée des amateurs de char à voile. Christelle est pleine de joie de vivre ! Elle s’amuse beaucoup de nombreuses situations comme lorsque nous cherchons un terrain. Toutefois, nous n’avons pas le même humour : elle n’apprécie pas toujours mes vannes et me trouve parfois « relou » !

J’appelle un camping pour savoir s’il est possible d’y passer la nuit avec un âne. La gérante accepte et me confirme qu’il y a de l’herbe pour notre compagnon de voyage. Chouette ! On y va ! On traverse le centre-ville. Plusieurs producteurs locaux sont installés sur une place où se déroule un marché nocturne. Bien sûr, la caravane ne laisse pas indifférent. On finit par trouver le camping mais l’emplacement est trop peu herbeux pour Marius et entouré d’une haie d’arbustes dont certains peuvent être toxiques pour lui. On regrette de ne pouvoir rester. Je m’excuse auprès de la propriétaire qui est très déçue mais on ne peut pas rester juste pour « faire plaisir ». J’ai toujours choisi le lieu de bivouac en fonction de Marius. S’il ne convient pas, il nous est arrivé, à Céline et moi, de marcher parfois tard pour trouver un lieu qui convienne à nos mul’ânes.

On traverse de nouveau la place du bourg. L’ambiance de la caravane s’est dégradée. Je ne suis plus d’humeur à rire malgré la jovialité de Christelle. Je sens que ça va être compliqué de trouver un endroit ce soir. Nous quittons le bourg et nous nous dirigeons finalement vers un autre camping où, nous-a-t-on dit, les propriétaires possèderaient du terrain, ce qui nous permettrait de nous poser cette nuit.

Il est tard lorsque nous arrivons. Bruno et sa petite famille sont déjà arrivés à Cherrueix. Ils nous cherchent.

A l’accueil du camping, notre arrivée fait sensation ! Le propriétaire enchanté me conduit vers un emplacement situé au fond de son terrain. A première vue, il n’est pas idéal car outre une allée de Thuya, il y a ça-et-là des arbustes toxiques ou que je ne connais pas… Pas simple ce soir… Je réfléchis à comment tirer une cordelette pour ne pas que Marius s’attaque à la végétation. Le gérant a bien un terrain mais il est occupé par une vieille vache et son poney. Il hésite à me proposer d’y emmener Marius mais finit par me dire « qu’il fera l’attraction »… Comment dire ? Mon âne n’est pas un phénomène de foire, ni un cirque ! C’est une attitude qui me déplaît et qui revient malheureusement souvent lorsque je m’arrête dans un camping.

Finalement on reste ici. Bruno, Gaële et Yaouen sont là ! C’est la troisième fois qu’ils nous rendent visite. J’ai toujours un grand plaisir de les revoir. Pendant que j’improvise un parc pour Marius, je le laisse libre. Les campeurs s’amusent de voir un âne brouter entre les allées ! C’est sûr, c’est pas courant ! Christelle gère le repas. Au menu : palourdes fraîchement pêchées ! Nos visiteurs ont aussi apporté un grand pique-nique que nous partageons ! Notre rencontre s’est transformée en une belle amitié. Ils prennent souvent des nouvelles. Je n’ai pas toujours le temps de répondre mais ça fait toujours chaud au cœur de recevoir des messages de personnes que nous avons rencontrées en chemin.

Kenavo

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