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MTF #Côtes d'Armor

Marius Tour de France

Jour 541 / Eviter d’être la cible involontaire d’un chasseur maladroit !

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Avant de quitter Saint-Jacques, je reviens dans le village pour filmer une dernière fois le village. J’ai lu que de nombreux Bretons partaient d’ici pour aller à Compostelle. Je frappe une nouvelle fois à la porte de la dame qui m’avait conduit au terrain où j’ai bivouaqué. Personne ne répond… Tant pis. Le bar est fermé. Décidément ! Il est trop tôt pour boire un café.
Je reprends donc la départementale, passe devant le terrain de bivouac puis trace jusqu’au Faouët. La route est tranquille. La campagne semble encore endormie comme les hameaux que je traverse.
Au Faouët, un bar épicerie est ouvert ! Yeees ! Je m’y arrête ! J’attache Marius devant la mairie qui se trouve en face du commerce. Une fois débâté, il me montre des signes d’agacement. En général s’il s’énerve lorsqu’il est attaché, c’est qu’il a envie de poser un crottin mais que l’endroit ne lui convient pas. Alors je le détache et le promène sur quelques dizaines de mètres. Voyant qu’il ne crotte pas, on revient devant la mairie où… il finira par déposer son odorante digestion devant l’escalier de l’hôtel de ville !! Bougre ! La patronne du bar me donne un carton pour enlever l’objet du délit ! On ne laisse pas de trace de notre passage !
Tout en buvant mon café, je discute avec Annie et Christophe au comptoir du bar. Tous les deux ont pris en 2012 la gérance de l’établissement dont la communauté de communes Lanvollon-Plouha est propriétaire du fonds et des murs pour permettre au dernier commerce de la commune de rester ouvert. « Avant ici il y avait une vieille auberge, un bar et une épicerie tenus pendant près de soixante ans par les soeurs Anne et Madeleine Riou, et avant elles par leurs parents, leurs grand-mère et arrière-grand-mère. Madeleine a travaillé ici jusqu’à 80 ans ! » me raconte Christophe. Cinq générations se sont ainsi succédé ici et d’après le nouveau gérant, le temps semblait s’être arrêté dans ce commerce appelé plus familièrement les « quatre fesses ».  « C’était un établissement comme on n’en voit plus ! ». Les deux soeurs, qui vivaient dans la maison attenante au café où elles accédaient par une porte qui se trouvait au fond de l’épicerie, avaient abandonné la mercerie et vendaient des produits de première nécessité, des fruits et du tabac.
C’est donc un couple venu de Toulon et tombé amoureux de la Bretagne qui a repris « La Forge » (Ar C’hovel en breton). Je suis toujours surpris de rencontrer des « Sudistes » venus s’installer dans le « Noooord » !! On en a rencontré pas mal en Normandie ! Ils viennent chercher ici de la fraîcheur ou un autre état d’esprit. C’est vrai, c’est beau la Bretagne ! 
J’ai papoté une bonne heure, au moins avec les commerçants et quelques clients ! Il est temps de repartir. L’étape du jour n’est pas très loin mais si je ne veux pas arriver trop tard, faut que je me bouge quand même un peu ! 

J’emprunte essentiellement de petites routes, suis  accessoirement un chemin balisé, me trompe en voulant éviter une descente dans le lit d’une rivière et finis par tomber chez un pépiniériste d’où je sors discrètement !! Sur mon chemin, je croise des chiens de chasse qui aboient dans tous les sens à la recherche d’un gibier dont ils ont visiblement perdu la trace ! Au loin, j’entends les chasseurs tenter de rappeler la meute mais celle-ci est déjà sur une autre trace … Celle de Marius, qui lui n’apprécie guère la fougue de ces chiens surexcités d’avoir été enfin lâchés après six mois d’incarcération dans des chenils de 5 m2… Et pour éviter d’être la cible involontaire d’un chasseur maladroit,  j’ai vraiment intérêt de sortir de gilet jaune. Déjà, le drapeau qui flotte au-dessus de mon sac-à-dos doit signaler une présence « humaine » sur les chemins. Ça m’ennuierai de terminer de terminer le voyager de façon prématuré…

Philippe me rejoint sur les derniers kilomètres pour me guider jusque chez lui. Il habite dans un hameau entre Saint Clet et Pontrieux. Il n’a pas eu le temps d’installer un parc pour Marius mais a placé sa caravane derrière la maison pour que je puisse le voir. C’est une belle attention. On va commencer par l’attacher à un piquet que plante Philippe avec une grosse masse dès notre arrivée ! 
C’est le début de quelques jours de pause… 

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Marius Tour de France

Jour 539 / Derniers regards sur la mer

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[Jeudi 7 septembre 2017]

Dominique, qui m’a gentiment prêté son jardin pour y passer la nuit avec Marius, est venue me voir ce matin pour savoir si tout allait bien pour nous. Sa maison, dont la porte d’entrée était restée grande ouverte toute la nuit, est occupée surtout pendant les vacances par ses enfants et petits-enfants. Mon hôte s’excuse ne pas m’avoir proposé de m’installer dans sa maison. Elle n’y a pas pensé. Ce n’est pas grave, car de toute façon je n’aurais pas laissé Marius seul attaché à la longe. Toutefois, avant de partir, Dominique me propose d’utiliser la cuisine, les toilettes et la salle de bain si besoin. J’ai pu ainsi prendre une douche, me préparer un p’tit dej chaud et recharger téléphone et ordinateur.
En traversant les villages, je constate à quel point ils sont inoccupés une fois la rentrée des classes sonnée. Les touristes sont partis, les résidences secondaires se sont vidées, seuls quelques chanceux septembristes sont encore là, profitant du retour au calme des plages… Même le soleil est parti !! Enfin, la Bretagne doit avoir le soleil en garde alternée avec la Normandie !!! Un jour il pleut, un jour il va pleuvoir ! Enfin, j’exagère un peu… Mais pas tant que ça. Les Bretons positivent et assurent que dans leur chère région, « il fait beau plusieurs fois par jour » et « on peut avoir les 4 saisons en une semaine ». Selon eux, les marées influenceraient beaucoup les conditions météorologiques. A chaque nouvelle montée des eaux. En réalité, ce sont les conditions météorologiques qui amplifieraient les vagues.
L’itinéraire a changé par rapport à mon tracé. A moins que je ne me sois trompé quelque part ! Quoi qu’il en soit, les sentiers sont toujours très bien indiqués grâce aux associations de cavaliers locaux qui ont fait et font un travail remarquable sur le terrain. Il y a peu de départements qui peuvent se targuer d’avoir un réseau de sentiers équestres aussi importants. De mémoire, je ne connais que la Drôme. Je ne suis pas chauvin, mais ce département du sud-est de la France offre pas moins de 2500 km de chemin balisés pour les équidés !
Seul bémol : l’odeur du lisier que les tracteurs épandent. Ça empeste ! Alors que j’assiste désabusé aux va-et-vient d’engins agricoles qui transportent et déversent des tonnes de fumier, je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est que la partie visible d’une abondante pollution des rivières et des nappes phréatiques. Les nombreux élevages industriels hors-sol que compte la Bretagne sont responsables de contaminations aux conséquences écologiques désastreuses. J’ai déjà au l’occasion de voir ces algues vertes qui prolifèrent sur certaines plages et dont la dangerosité est détaillée sur des panneaux installés à proximité des lieux de baignade. Pas très rassurant ! Dans plusieurs villages, j’ai vu aussi sur des puits, des panneaux d’association de protection de l’environnement réclamant aux élus des analyses de l’eau.

Mais ça coûte cher, alors les collectivités rechignent à les faire et optent pour un panneau « Eau non contrôlée » ou « Eau non potable ».
Ce soir, c’est dans un champ clos que j’ai monté ma tente. Avant de m’y poser, je suis descendu dans le hameau situé à 1,5 km de là, pour trouver un propriétaire qui aurait un bout de terrain et surtout pour remplir mes gourdes. Ce ne fut pas simple ! Je n’ai pas trouvé grand monde ! Finalement, j’ai rencontré un fermier en pleine traite. L’accueil était comment dire… particulier ! Néanmoins, l’agriculteur m’a proposé de bivouaquer dans le champ où je suis installé ! Je lui ai demandé de l’eau mais l’homme est allé cherché un seau d’eau… Le voyant préoccupé par son troupeau, je n’ai pas osé lui dire que j’avais en fait besoin d’eau pour remplir ma gourde et préparer mon repas de ce soir… J’ai fait demi-tour… Marius n’avais pas soif ! C’est à la sortie de village que j’ai rencontré une personne âgée à qui j’ai demandé cette fois « de l’eau pour remplir ma gourde ». De l’importance d’être précis…

[Vendredi 8 septembre 2017]

Le bivouac démonté, je lève le camp direction la mer. Les chemins sont boueux : le plus dur souvent ce n’est pas un jour sous la pluie, ce sont les suivants à marcher sur des chemins gorgés d’eau et boueux. Autant dire que Marius fait la tronche !

La végétation est parfois surprenante. Par endroit la forêt verdoyante laisse place à des bois de pins sylvestre. Je suis étonné de trouvé ce type d’essence ici alors que le pin sylvestre breton est présent sur l’ensemble du la Bretagne excepté les franges côtières.

Après m’être trompé à Saint-Kerégal (où j’ai pris de le temps d’admirer la chapelle de 1775) pour descendre jusqu’à la plage du Palus à Plouha , j’ai dû faire demi-tour pour un chemin qui débouche sur les hauteurs de cette jolie plage de galets entourée de falaises. Le vent balaie les nuages bien décidés à ne pas laisser le soleil percer aujourd’hui. L’endroit est vide. Ou presque. Quelques touristes ou locaux profitent de la marée basse pour marcher sur le sable. Certains ne regardent avec curiosité. C’est le cas d’Elisa, une italienne venue en Bretagne avec son camion. La voyageuse me pose des questions sur notre aventure alors que je fais des photos de la plage. On finit par se diriger vers un café restaurant pour boire un café. Finalement ce sera une galette en terrasse ! Marius est en face, débâté, il ouvre grand ses oreilles pour regarder les goélands qui l’observent !

Grande voyageuse, Elisa aime beaucoup notre histoire. Elle me raconte avec un très bel accent italien qu’elle est ici pour un stage de voile à Paimpol. En fait, elle a « troqué » cette formation d’une semaine contre une semaine de bénévolat dans le sud de la France. Dans dix jours, elle sera de retour en Italie où elle envisage de faire du bateau-stop afin de rejoindre un équipage et traverser l’Atlantique. Elle souhaite passer quelques temps en Amérique du Sud pour œuvrer bénévolement au sein d’une ONG.
J’ai eu à peine le temps de dire au revoir à Elisa qu’elle était déjà partie après avoir gentiment payé la note. Pris par les questions de plusieurs vacanciers, je n’ai même pas pensé à la prendre en photo à côté de Marius… Alors que le temps commence à vraiment se gâter, un couple charmant me propose de nous héberger. Il habite en face du restaurant où on s’est arrêté. En fait le chemin par lequel je suis arrivé sur la plage passe devant chez eux. malheureusement, leur terrain n’est pas herbeux. Marius n’aurait rien à manger.

Je décide donc d’affronter la pluie qui commence à tomber et de poursuivre ma route. Je sors du hameau et avant une chapelle, je quitte le goudron pour emprunter un sentier à travers bois. Petite grimpette jusqu’au plateau toutefois, sur ce chemin qui rejoint la pointe de Plouha, j’ai dû me tromper quelque part : le sentier débouche sur un cul de sac ou plutôt la clôture d’un champ. Je reviens un peu en arrière, trouve un chemin mais pas le mien. Tant pis : je poursuis sur une route goudronnée qui traverse une série de lieux-dits, puis une piste qui me conduit à la « Maison d’Alfonse » dont il ne reste qu’un petit mur de pierres et une plaque commémorative rappelant un fait de Résistance. Je m’arrête quelques minutes pour lire et comprendre ce qu’il s’est passé ici durant la Seconde Guerre mondiale. Cette habitation isolée à l’époque et proche de la chapelle Saint-Samson (lieu dit Kersauzon) était l’ultime relais de regroupement d’aviateurs alliés qui étaient cachés dans des maisons voisines en attendant un message diffusé par radio Londres : « Bonjour, tous dans la maison d’Alphonse ».

Les membres du réseau d’évasion Shelburn étaient alors informés qu’une corvette partie d’Angleterre se positionnerait un peu après minuit au large d’une crique déserte des Côtes-du-Nord, et que des chaloupes viendraient embarquer les aviateurs alliés. Ces derniers devaient alors se rendre à l’anse Cochat, appelée alors du nom de code « plage Bonaparte » et située à trois kilomètres, traverser un champ de mines qui barrait l’accès de la côte et descendre vers la grève par une falaise à pic. Ainsi, entre janvier et août 1944, Shelburn évacua vers la Grande-Bretagne 135 aviateurs qui purent reprendre le combat, ainsi que divers agents qui étaient attendus par les services secrets alliés. Cette plaque rappelle également que 23 bretons perdirent la vie dans ces opérations. La maison d’Alphonse a été brûlée au lance-flammes et détruite à l’explosif par les Allemands.

« Mon père disait que les vrais héros étaient les Bretons, qui étaient extrêmement courageux et ne refusaient jamais de donner abri à des aviateurs anglais en dépit du danger qu’ils encouraient », disait Jane Birkin en 1989, deux ans avant la mort de son père. À bord de la corvette de la Royal Navy, qui ramenait les aviateurs anglais dans leur pays ou qui aidait les combattants de la France libre à rejoindre l’Angleterre, David Birkin fut de ceux qui participèrent au réseau Shelburn de Plouha.

Il est temps pour moi de trouver un endroit pour me sécher et me poser. Je passe devant la très belle Chapelle Saint-Samson du XVIIIe construite en grès, en granite et est recouvert d’ardoises. Un peu plus loin des serres me laissent à penser qu’un maraîcher pourrait avoir un terrain où je pourrait me poser. Depuis la route je ne vois rien. J’avance encore un peu, tourne à gauche au croisement suivant et trouve un terrain qui pourrait nous convenir. Avant de m’y installer, j’opte pour sonner à la porte de la maison qui touche la pâture mais je suis accueilli par un berger suisse qui fait son taf de gardien ! Un jeune homme ouvre la porte d’entrée.

Je me lance : « Bonjour, je fais un tour de France avec mon âne. Je cherche un terrain où me poser cette nuit. Vous savez à qui appartient celui qui se trouve à côté ». « À mon père » me répond-il ! Le propriétaire sort de la villa et me propose deux terrains. Difficile de choisir car ils ont chacun des inconvénients : l’un est recouvert de glands et l’autre est bordé d’arbustes inconnus pour moi et dont j’ignore la dangerosité pour mon âne. Après avoir tergiversé un moment sous la pluie et dans boue, c’est finalement sur ce dernier que je décide de planter le bivouac. Je vais tirer une corde pour éviter que Marius ne boulotte la haie tout en lui permettant cependant de s’abriter du vent car la météo annonce de grosses rafales pendant la nuit. Quand à la tente, je vais la planter sous un arbre histoire de ne pas trop écoper pendant la nuit s’il pleut ! Il faut dire que ma tente prend l’eau depuis quelques semaines. Pourtant c’est du matériel coûteux et conçu pour le bivouac mais il reste fragile.

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Jour 537 / Ces choix jugés par nos familles

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[Mercredi 6 septembre]

Je suis resté trois jours chez Sandrine et Denis. Trois jours de pause que j’ai beaucoup appréciés et au cours desquels j’ai bien pu me reposer au sec ! Il a en effet beaucoup plu sur le plateau. La petite famille qui m’accueille est dans la région depuis plus de trois ans. Elle a quitté les Vosges pour s’installer en Bretagne suite à une mutation de Denis qui bosse au conseil départemental. Ils ont trouvé une chouette maison dans un petit hameau. Maison qui fut jadis le café du bourg. Bon, ils ont déjà fait beaucoup de travaux et il en reste beaucoup encore mais cette vieille habitation en granit a beaucoup de cachet.

Tiens justement, de « maison » il a été notamment question durant mon séjour chez eux, Denis m’a montré le documentaire « Un monde pour soi » qui nous fait nous interroger sur les modes d’habiter nos campagnes et nous interpelle sur les façons de pratiquer l’urbanisme en milieu rural et les évolutions qu’ont subi ces territoires. A travers l’urbanisme, ce sont également les notions de cadre de vie, de paysage, de vie en société qui sont évoquées dans ce doc qui a déjà 6 ou 7 ans. « Le monde ancien est mort et le nouveau peine à émerger de ces maisons qui poussent les unes à côté des autres en se tournant le dos. Un jour, il n’y aura plus rien à bétonner, et chacun vivra dans sa parcelle, sans un regard pour le monde qui répétera à l’infini la même forme modélisée. » commente le réalisateur Yann Sinic. L’acquisition de cette maison de village était bien évidemment une évidence pour cette famille qui m’accueille. Pas question pour eux de construire sur des terres cultivables au risque de susciter l’incompréhension au sein de la famille !

AAAAAh la famille !!! Son regard sur nos choix de vie, son incompréhension face à nos actes ou nos décisions,… Éclairés par une lampe torche, nous avons beaucoup parlé de ça, en attendant que Suapo, le chien adopté par la famille, veuille bien déposer sa grosse commission avant d’aller se coucher. Ces balades nocturnes ont été en effet l’occasion de moments privilégiés pour Denis et moi. Nous avons parlé du voyage et de ses rencontres mais nous nous sommes aussi confiés sur nos vies, sur le fait qu’il soit parfois difficile de vivre pleinement ses rêves ou ses envies en faisant abstraction du regard et du jugement de nos proches, mélanges de peurs, d’incompréhensions, de frustrations, de jalousies, d’envies, … Mais finalement juger n’est ce pas porter un jugement sur soi ? En ce qui me concerne j’ai fait fi du regard ou de l’opinion des miens. Mon départ pour ce voyage n’a pas toujours été bien perçu ni compris. Pourtant se sentir soutenu, encouragé et suivi par sa famille, fait tellement de bien…
Entre deux averses nous avons été marché sur la plage des Rosaires. J’y ai trouvé des coquillages que je vais apporter à mon fils mais aussi des coquilles Saint Jacques de couleur grise. Je n’en avais jamais vu. Elles sont très belles. J’en ai déjà une dans mon sac que m’a donnée Gilbert lorsque nous sommes passés chez lui en Alsace, mais peut-être que je pourrais en mettre une sur le bât de Marius avant de descendre pour Compostelle.

Les temps ont changé… à l’origine du pèlerinage vers Saint-Jacques (Xe et XIe), le pèlerin devait lui-même ramasser une coquille de pectens sur les plages et l’attachait sur son manteau ou sur son chapeau. Il la rapportait comme témoignage de son voyage, d’où le nom de coquilles Saint-Jacques donné par la suite à ces mollusques. Aujourd’hui, les pèlerins la portent dès le départ pour signifier qu’ils vont à Compostelle.

Durant mon séjour, Denis m’a parlé des Monts d’Arrée mais aussi de bien d’autres lieux à visiter en Bretagne comme la Vallée de Saints, une « île de Pâques » bretonne qui regroupera à terme 1000 statues monumentales de 4 mètres de haut représentant les Saints Bretons. Denis m’a prêté un livre sur ce lieu situé sur la colline de Quenequillec dans la commune de Carnoët. Ce lieu a l’air magique ! Il faut que j’y aille comme j’ai envie de me rendre à Carnac célèbre pour ses alignements de 2 934 menhirs ou encore Coray et Scaër où l’on trouve la staurotide, une pierre aux formes étranges, très rare dans le monde mais que l’on trouve en abondance dans le Finistère. Couramment appelée « pierre de croix », « croisette de Bretagne » ou « pierre de Coadry », il s’agit d’une curieuse roche métamorphique aux formes géométriques à laquelle on prête de nombreuses propriétés magiques. On la trouve sous forme de crucifix (croix de Saint-André ou croix grecque), d’un cercueil (rappelant le tombeau du Christ) ou d’un clou (avec la macle qui dépasse). La plus rare étant la staurotide triple, dite « moulin à vent ». Du fait de sa forme mystérieuse voire mystique, cet étrange caillou fait depuis toujours l’objet de croyances populaires et de nombreuses superstitions en Bretagne. D’après une légende irlandaise très christianisée, les staurotides auraient été formées par les pleurs des fées quand elles apprirent la mort du Christ. On peut également lire que les staurotides seraient des fragments de météorites signées d’une croix pour nous rappeler que la terre et les hommes ont été créés par une entité supérieure…

Avant mon départ, la petite famille m’a offert le Guide du Conservatoire du Littoral « Bretagne, promenades écologiques et littéraires », un ouvrage qui emmène le lecteur à la découverte des sites « chargées de sel et de vent ». Denis, dont j’ignorais les talents de dessinateur bien qu’il soit architecte, m’a offert une jolie aquarelle qu’il a faite de Marius discrètement dans le jardin ! J’ai été très touché par leurs cadeaux mais aussi par l’accueil chaleureux. Ce fut encore une belle rencontre que je n’oublierai pas et que je garderai au fond de moi… C’était aussi un moment de fête pour les enfants qui ont adoré avoir un âne dans le jardin !

Je repars donc ce matin mais avec beaucoup de mal. Il est d’ailleurs midi lorsque je quitte mes hôtes. Je prends une dernière photo et dis au-revoir à Sandrine et aux enfants. Denis est au travail. Je ne le reverrai pas…

Je quitte Saint-Eloi où se déroulait autrefois un pardon aux chevaux, une forme de pèlerinage où se déroule une messe et une procession. Les Bretons font appel à bon nombre de saints liés au cheval lors de ces célébrations qui mêlent traditions sacrées et profanes : Éloi (contre les maladies), Gildas (fécondité), Hervé, Nicodème, Herbot, Cornély, Vincent… Salomon de Bretagne (857-874) est considéré comme un saint protecteur des cavaliers, statut qu’il a certainement obtenu grâce à son rôle militaire dans la cavalerie de Bretagne. Saint Théleau est invoqué pour obtenir la victoire militaire avec la cavalerie. Ca me rappelle que la caravane avait été bénie devant la Cathédrale de Strasbourg octobre 2016 par l’Archiprêtre. C’était un mois avant la mort de Kali…

Le chemin me conduit sous un magnifique viaduc, ancien vestige de la voie de chemin de fer, serpente au bord du ruisseau du Parfond de Gouët. L’endroit est magnifique. Je remonte la vallée façonnée par le cours d’eau puis marche quelques kilomètres sur de petites routes pour retrouver le sentier équestre qui s’échoue sur la Pointe de Bréhin. Le beau temps m’offre un très beau panorama. Devant moi, l’entrée du port de Binic. Derrière, un promontoire rocheux d’où les femmes de la Ville Louais saluaient une dernière fois leurs maris partant pour la grande pêche.

Le sentier remonte ensuite assez fort. J’y croise des joggers fluos ! Ils sont silencieux mais ont l’avantage d’être vus ! A nouveau sur le plateau, je traverse un hameau. Dans la rue principale, je rencontre plusieurs retraités qui m’interpellent et me questionnent sur ce que je fais. Et moi de répondre sans hésitation : « Je fais un tour de France et je cherche un terrain pour me poser ». « Chez moi » me lance une dame en me montrant l’entrée de son jardin. Je lui demande si on peut aller voir de peur d’y trouver des plantes toxiques. Après avoir fait le tour du jardin et constaté qu’il n’y avait rien de dangereux pour Marius, j’accepte la proposition. Le terrain est clos mais j’attache Marius à sa longue longe car il y a un potager.

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Marius Tour de France

Jour 533 / Quand Dieu se rappelle à mon bon souvenir

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[Samedi 2 septembre 2017]

Marius a commencé à m’appeler vers 6h30. Sans doute pris de court par le coq qui, lui, chante depuis 5h30. Entre deux coups de clairon, j’ai pu retrouver le sommeil et dormir par à-coup jusqu’à 8h confortablement couché sur un lit de paille.
Invité par mes hôtes, je me suis laissé tenter par un petit café et bien évidemment j’en ai profité pour discuter un petit peu. Le cheval de la fille de Daniel est toujours un peu inquiet mais il s’est habitué à la présence de Marius.
J’ai repris l’ancienne voie de chemin de fer aujourd’hui transformée en route départementale. J’alterne avec des chemins de terre qu’affectionne Marius, non pas qu’il les préfère pour préserver ses petits pieds nus mais parce qu’ils sont herbeux et qu’il peut croquer quelques touffes tout en marchant !
À hauteur de Yffiniac, je découvre la baie de Saint Brieuc que je n’ai pu traverser à cause d’un coefficient de marée trop bas. Au niveau de la patte d’oie des Grèves, je rejoins le GR 34 facilement accessible qui offre un magnifique point de vue sur la plus grande réserve naturelle de Bretagne. Ce haut lieu ornithologique est, depuis toujours, un carrefour de migration : ce ne sont pas moins de 40 000 oiseaux de 112 espèces différentes qui peuvent être observées. Certains oiseaux y font étape tandis que d’autres s’y établissent pour leur nidification.
Le GR suit l’ancien tracé d’une voie ferrée qui desservait Yffiniac depuis Saint-Brieuc. Il est plat et suit la digue en bord de grève et du schorre (les prés salés en batave). J’y rencontre un peu de monde notamment un homme et son petit fils intrigués. Ils m’accompagnent sur quelques centaines de mètres. Au cours de nos échanges, il me raconte qu’ici autrefois, il n’y avait que des plantations de carottes dans les terres sableuses sur lesquelles aujourd’hui ont poussé des maisons comme des champignons. L’homme me raconte que son fils revient d’un voyage de deux ans à vélo. Il est parti d’Ushuaïa pour rejoindre le Canada. « Un voyage dont on ne revient pas indemne » me confie-t-il. Effectivement, ce doit être difficile de se remettre de 2 ans d’itinérance et de reprendre une activité normale. C’est une réalité à laquelle je devrais me préparer…
Un peu plus loin, une conductrice s’arrête à ma hauteur pour me demander où je vais. Elle finit par affirmer que Marius est fatigué ! Je lui demande alors si elle a des ânes. « Euh non ! Mais j’ai des amis qui en ont … » me répond la dame tout sûre d’elle. Comment dire… J’ai préféré couper court !
J’avance jusqu’au lieu dit « Le bout de la ville » sur la commune de Langueux, où se trouvait jusqu’au XIXe siècle, une tuilerie-briqueterie. Aujourd’hui, c’est un musée construit sur les vestiges de cette ancienne usine où une centaine d’ouvriers (parmi lesquels des enfants embauchés dès l’âge de 13 ans) produisaient en 1870, environ 15 000 briques ! L’emplacement en bordure de Baie de Saint-Brieuc était idéal car on y prélevait l’argile et la marne utilisées pour réaliser la pâte céramique. La qualité des matières premières, associée au processus de fabrication et de cuisson, ont contribué à la renommée de la Briqueterie dans toute la Bretagne et jusqu’à Paris.
Aux abords du musée, l’Association des Chemins de Fer des Côtes-du-Nord (ancien nom pour désigner le département des Côtes d’Armor) a aménagé 800 m de voie pour faire découvrir le site à bord du Tramway de Boutdeville. L’association dévoile aux visiteurs la plus grande collection de matériel ferroviaire historique de Bretagne. C’est près d’un des trains exposés à l’extérieur que je déjeune après avoir fait un tour du site, mais à pied !
Mais je ne suis pas seul à profiter du beau temps et de l’herbe verte de la gare. Il y a un groupe de Témoins de Jéhovah qui pique-nique. Leurs « habits du dimanche » me laissent d’abord penser qu’il s’agit de professionnels du tourisme venu découvrir le site. Mais lorsque la discussion s’engage avec quelques personnes, je comprends qui ils sont. Je leur parle de mon voyage et eux évoquent Dieu. Enfin une certaine vision de la bible. Souvent, en chemin, on me demande si mon périple est une quête, un pèlerinage, si je crois en Dieu… Je ne vais pas m’étaler ici – aujourd’hui en tout cas – sur ce sujet. Je dirais simplement que s’il y a une quête dans ce voyage, elle est spirituelle, pas religieuse. Certains me diront que ces deux mots sont synonymes. Pourtant… il y a tant de différences entre eux. Pour moi, la spiritualité est la religion du cœur, elle ne se pratique pas, elle se vit simplement et se manifeste dans notre quotidien. Nous avons tous mille manières personnelles et uniques de la faire briller dans nos vies et ce sont là toutes nos richesses. Pas besoin donc de modes d’emploi, d’étiquette ou de partis religieux pour l’enfermer.
   J’ai écouté et nous avons échangé avec respect et sans jugement. C’est important. Car finalement qui détient LA vérité ? Qui a raison ? Quelle interprétation des textes est la bonne ? Et comme chantait Souchon « Et si en plus y’a personne« … Ils ont partagé avec moi leur repas tiré du sac avec gentillesse et bienveillance.
Alors que je range mes affaires, je me dis que Dieu s’invite souvent dans notre voyage… Comme pour se rappeler à notre bon souvenir ! Je salue le groupe et reprends mon chemin. Le GR 34 poursuit sur la plateforme de l’ancienne ligne qui longe la grève. Autrefois, une ligne desservait la briquèterie afin d’apporter la glaise jusqu’au four et de récupérer les produits finis !

L’ancienne voie de chemin de fer monte avec une pente régulière dans le sous-bois qui borde la côte. Le chemin s’en écarte près de la grève des courses. Ici, des courses de chevaux étaient pratiquées au début du XIXè siècle. C’est Napoléon qui autorisa ces courses pour améliorer la race équine de l’Empire. Des prix conséquents récompensent les vainqueurs afin d’encourager les éleveurs.

Au fil des ans, les courses de Saint-Brieuc deviendront une véritable institution, drainant des milliers de spectateurs venus de toutes la région et ce jusqu’en 1985. Mais dans les années 70/80, la « Grève des courses » connaît un sort moins glorieux : elle servira de décharge publique. Pas moins de 28 ha seront gagnés sur le domaine maritime pour y déposer les ordures de la moitié du département des Côtes d’Armor.

Le sentier équestre qui empiétait jusque là sur le GR, quitte le bord de mer, je ne passe donc pas les pointes de Gourien et de Cesson. Le sentier n’est peut-être pas praticable avec un équidé. La route que j’emprunte longe quelques ouvrages d’art de l’ancienne voie de chemin de fer comme des ponts. A Cesson, je descends au port du Légué, à l’embouchure du fleuve côtier du Gouët. Vu des oreilles de mon âne, il ne paie pas de mine ! Mais s’il fut autrefois un port de pêche, il est devenu aujourd’hui le 5e port de commerce régional et 1er port départemental.

Après la capitainerie et les écluses, je passe devant le bassin Guales de Mezaubran qui borde l’aire de réparation navale et où les produits de fret en transit sont stockés sur les quais, je passe l’écluse. Je poursuis jusqu’au pont tournant que je traverse. Je découvre le port de plaisance et la jolie place de la République et ses jolies maisons colorées dont le charme est quelque peu gâché par le viaduc autoroutier de plus de 60m de haut qui domine le Gouët.

Il y a du monde. Il fait beau ! Un homme m’accoste et me propose de venir boire un verre avec ses amis. J’accepte. Je décharge Marius, l’attache à un panneau puis je rejoins les trois amis curieux de connaître mon histoire. Eux aussi bourlinguent et se sont arrêtés quelques jours dans le secteur. On discute le temps d’une bière mais je ne peux rester plus longtemps d’autant que l’on m’attend ce soir. Je m’arrête dans une famille qui habite un hameau de la commune de Plérin, au nord de Saint-Brieuc.

La côte pour sortir du Légué est rude… ! Vu l’heure, je n’irai pas à la pointe du Roselier. J’ai donc tracé un itinéraire au plus droit… ou plutôt au mieux pour éviter la Nationale 12, traverser le ruisseau du Bachelet et sillonner la campagne en allant de hameau en lieu-dit.

J’atteins Saint-Eloi en fin d’après midi. Visiblement on m’attend ! Un automobiliste qui me croise, s’arrête pour m’indiquer où habitent mes hôtes ! Encore quelques dizaines de mètres. Je passe devant une très belle chapelle qui aurait été fondée au XVIe siècle. Il n’en reste que la poutre de gloire.

J’arrive devant la maison. La famille est au fond du jardin. Ce sont Damien et Simon qui viennent ouvrir le grillage qui sert de portail. Leurs parents, Sandrine et Denis, leur emboîtent le pas. C’est Sandrine qui nous suit depuis un moment : un peu avant notre départ, elle nous avait proposé de nous accueillir. A ce moment-là on devait être en Bretagne en décembre… 2016 !! Je fais aussi la connaissance de Mylène, une amie de la famille qui possède trois chevaux et a amené plusieurs piquets et du fil pour tirer un parc sur le terrain de la maison. Marius dispose d’une belle pâture d’où il peut admirer la magnifique baie de Saint-Brieuc.

C’est au fond du jardin et en partageant une bière locale que nous faisons connaissance. Denis et Sandrine ont invité le couple qui loue leur gîte.

Je me sens bien. Zen. Content de rencontrer cette chouette petite famille.

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Jour 532 / Les peurs inexpliquées de Marius

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Vendredi 1er septembre 2017]
Après trois jours passés chez Korrig’âne, il est temps pour moi de reprendre la route. Un dernier café avec Corinne et Jean-Marc chez qui j’ai passé de très bons moments, une photo souvenir, et je regagne le chemin qui m’avait conduit ici.
« Korrig’âne » est un jeu de mot avec « Korrigan » et « âne ». Si vous n’êtes pas breton, vous ne connaissez peut-être pas les Korrigans, alors petite explication : parmi les innombrables petits êtres qui peuplent Breizh, figurent des nains malicieux, typiquement bretons, que l’on appelle, selon les lieux, Korrigans, Poulpikets, Kornandons ou Ozégans. Dotés d’une force extraordinaire mais de taille minuscule, ils possèdent une grosse tête fort laide et très ridée. Les Korrigans sont des esprits prenant l’apparence de nains dans la tradition celtique et en particulier bretonne. Loin d’être immortels, ils naissent et meurent sous terre. Ils ne sont pas méchants mais seulement espiègles. Ils jouent des tours pendables à qui leur manque de respect, mais à ceux qui les traitent comme il convient, ils témoignent de la bienveillance et rendent maints services. C’est la nuit qu’ils sont le plus visibles, préférant rester cachés le jour. Les Korrigans sont taquins, mais pas foncièrement méchants. Pourtant, ils ont une image de bandits, de voleurs, de vandales. Ils sont toujours prêts à jouer quelques mauvais tours, parfois, ils sont simplement les gardiens des trésors des collines…
Et si je vous parle des Korrigans c’est que Marius a peur de tout et n’importe quoi depuis que l’on est en Bretagne : d’un moulin à vent devant lequel il est pourtant déjà passé et repassé, d’un tronc d’arbre, un rocher, de « je ne sais quoi » en bas d’un pont que l’on traverse,… La première fois qu’il s’est emballé après avoir eu peur c’était sur la piste cyclable de Tréméreux. Il avait mis un moment avant de se calmer. Je me demandais déjà si ce n’étaient pas les Korrigans qui lui jouaient des tours ! Bien sûr, vous me répondrez qu’un âne peut avoir des peurs inexpliquées, qu’il faut essayer de comprendre ce qui se passe dans sa tête, ce qu’il sent ou ressent… Je suis bien évidemment à l’écoute de Marius. J’essaie de comprendre ce qu’il ne va pas chez lui en ce moment. Peut-être un problème de vue ? Musculaire ? Se sent-il affaibli et du coup plus vulnérable ? Pour en avoir le coeur net, je vais faire appel à  un ostéo. Corinne m’a donné le contact d’un ostéo que j’appelerai lorsque je serai posé à Pontrieux, chez Philippe.
Je quitte donc Corinne et Jean-Marc qui m’accompagnent sur quelques dizaines de mètres. J’emprunte des chemins de randonnée et alterne avec de petites routes jusqu’à Morieux. Ça circule pas mal près du Pont Rolland qui enjambe le Gouessant, un fleuve côtier qui alimentait un barrage hydroélectrique dont la centrale est fermée depuis 2010 et aujourd’hui à vendre.
L’étape est assez monotone d’autant que je fais au plus court ! Trouver un terrain n’est pas simple et les premières recherches restent vaines. Un cycliste m’accoste sur un chemin. On papote un moment puis il repart. Je le retrouve un peu plus tard, au bord d’une piste. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite, il n’avait pas son vélo et s’était changé !! Je lui explique que je cherche un terrain pour passer la nuit et justement il y en a un, juste là, sur lequel est stationné un autobus vert. « Il ne m’appartient pas » me répond-il. Ce n’est pas le sien mais il possède des paddocks autour de sa maison qui se trouve juste à côté ! Je débâte Marius avant de le faire passer par une petite porte. Le terrain est herbeux et il aura du foin. La fille de mon hôte a un cheval qui s’agite dans la pâture d’à côté. Son nouveau voisin semble l’inquiéter !

Daniel me montre où je vais dormir. Une petite remise près du paddock de Marius ! J’espère qu’il ne va pas m’appeler toute la nuit !
Je mange un bout sur la table du jardin avant de terminer la soirée avec mes hôtes. Je fais la connaissance de Chantal, la femme de Daniel, leur fille et leurs petits enfants.

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Jour 531 / Trois jours dans une cidrerie bio

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[Lundi 28 août 2017]

C’est avec un Marius à l’entrée de la tente que nous nous réveillons. De quoi ravir Florence qui s’est laissée bercer par les crounch-crounch de Marius lorsqu’il broutait durant la nuit.
Ce matin, c’est petit dej’ de céréales. À vrai dire, depuis que je suis seul, mes repas sont plutôt aléatoires ! Pendant ce temps, j’ai laissé mon compagnon libre dans le champ pour qu’il puisse lui aussi, prendre son p’tit dej’ avant la route!

Direction Erquy ce matin, un autre site naturel protégé. Son grand plateau rocheux et ses falaises de grès rose dominent la mer à près de 60 m de haut. La pointe Est et le littoral du cap d’Erquy sont recouverts de landes (la Garenne) parsemées de tourbières et de pinèdes dont les couleurs varient en fonction des saisons. Des vallons permettent de descendre à de nombreuses plages cernées de massifs dunaires. Le Cap, qui abrite 326 espèces végétales dont 55 d’intérêt patrimonial, offre également un large panorama sur la baie de St Brieuc, dont on peut apercevoir la côte par temps clair. Cependant, nous n’irons pas jusque là-bas. Longer la côte prend trop de temps.

Nous contournons donc Erquy pour éviter le centre-ville et marchons parallèlement à la plage que l’on aperçoit par moment. Nous alternons petite routes, chemins et sentiers pour entrer dans Pléneuf-Val-André, une station balnéaire familiale, située sur la côte Est de la baie de Saint-Brieuc, dite « Côte de Penthièvre ». Si elle apprécie les paysages, Florence trouve un peu monotone la longueur de certains chemins trop droits et trop plats à son goût. Elle est plutôt habituée aux reliefs montagneux du Grésivaudan et de la Chartreuse.

Marcher avec un âne, elle connait : elle en a 5. Mais marcher avec Marius c’est pour elle « plus beau et rigolo » : « Je perçois cette complicité de ce grandes oreilles avec Steph. Les deux compères se connaissent très bien et Marius semble lui faire des blagues pour le faire râler et ça fonctionne ! S’arrêter tous les mètres renifler les crottins trouvés en chemin! Ne pas en rater un est la devise de Marius ce qui énerve Stéphane et Marius qui comprend très bien qu’il doit avancer, semble se complaire à s’arrêter et renifler. »

Au fil des kilomètres, on commence à se lâcher. Les vannes fusent ! On rigole beaucoup Florence et moi. On a le même humour et tout est même sujet à rire… Même quand on se trompe de chemin ! Ou presque…

L’un des plus beaux coins de la journée ? Sans doute au bord de La Flora, un cours d’eau qui se jette dans la Baie de Saint-Brieuc, à Dahouët. Le coin est superbe, humide et ombragé ! L’occasion pour Marius de devoir traverser une rivière ! Y’avait longtemps !! Il ne faut pas perdre les mauvaises habitudes ! Exerciiiiices !

Il est 19 heures lorsque nous arrivons à Planguenoual chez Corinne et Jean-Marc, responsables de la Cidrerie de la Baie mais pas que ! Le couple propose également des balades en ânes avec leur structure Korrig’âne. Nous sommes ravis car nous aimons rencontrer d’autres âniers et Florence plus particulièrement puisqu’elle propose, chez elle, des activités autour des ânes.
Mais à notre arrivée, Corinne et Jean-Marc s’apprêtent à aller à la plage. Ils sont à 2 km seulement de la mer, sur la côte de Penthièvre. Avant de partir, on échange quelques mots. Ils nous montrent où planter la tente et où se trouvent les sanitaires puis s’en vont. « Drôle d’endroit pour une brève rencontre ! ». Mais chouette, ce soir on va prendre une bonne douche et nous allons trinquer avec le cidre que nos hôtes nous ont rapporté à leur retour de la plage ! Santé !

Après-demain, Florence doit prendre le train à Saint-Brieuc pour rentrer chez elle. On réfléchit à ce qui serait le mieux : partir pour avancer ou rester pour qu’elle puisse prendre un bus qui la conduirait à la gare. Après moult réflexions, c’est finalement la seconde option que nous choisissons. Ce sera moins risqué ! On espère que nous pourrons faire plus ample connaissance avec nos hôtes qui semblent très occupés… La saison n’est pas encore terminée pour eux !

[Jeudi 31 Août 2017]

Je suis finalement resté trois jours chez Corinne et Jean-Marc que j’ai appris à connaître et à apprécier. Le couple a repris la cidrerie en 2005. Lui était ingénieur informaticien après une maîtrise d’océanographie, elle ingénieur dans les techniques agricoles avec un master d’éco-conseiller. C’est l’envie de changer d’air et de vivre autrement, qui les a poussés vers une reconversion professionnelle avant de s’installer en Bretagne. Lorsqu’ils se sont mis en quête de leur nouvelle voie, ils n’avaient pas idée qu’elle les mènerait à Planguenoual. Mais la visite de la cidrerie alors en vente et la présence d’un âne ont suffit à les décider. Après un stage de pré-installation pour Corinne et une formation d’arboriculteur et de fabrication du cidre pour Jean-Marc, l’aventure a commencé ! Toutefois, ils ont mis un point d’honneur à conserver une certaine qualité de vie. L’essentiel pour eux n’étant pas gagner beaucoup d’argent mais de gagner suffisamment pour vivre, faire tourner l’exploitation et créer des emplois pour permettre à des jeunes de se réaliser.

Ils ont ainsi petit à petit développé l’exploitation en agriculture biologique. Corinne et Jean-Marc cultivent aujourd’hui plus de 2,5 ha de verger de pomme à cidre. Une partie de la production est pressée sur place tandis que le surplus de la récolte est revendu à un fabricant de cidre. La Cidrerie de la Baie produit du cidre et du cidre pomme-poire mais également du poiré, du jus de pomme, des gelées, du confit de cidre, des compotes, de l’apéritif au cidre, un apéritif à base d’épine noire, de l’eau de vie et des pommes séchées.

Adhérents de l’association « Ânes et Randonnées« , Corinne et Jean-Marc ont également mis en place une ferme pédagogique et ont créé des animations autour de l’âne et du verger. Ils proposent aussi des balades à la journée au pas de l’âne ou des randonnées de plusieurs jours pour découvrir une partie de la côte bretonne. Comme elle l’espérait, Florence a pu échanger avec Corinne sur son organisation, les anecdotes, le matériel utilisé, tout en dégustant des crêpes, des confitures maison et des cidres divers tous aussi bons les uns que les autres ! Un vrai régal. On apprécie ce moment convivial offert par nos hôtes qui nous parlent avec passion de leur travail avec les ânes, leurs vergers, la cidrerie, leur envie aussi de produire moins, … Flo a retrouvé des similitudes avec son association lorsqu’ils racontent leurs expériences avec leurs longues z’oreilles ! Quant à moi, j’ai raconté mon voyage… Un chouette moment qui s’est poursuivi le soir autour d’un thé.

J’ai oublié de vous dire, c’est Nadège Lemeur, la potière de Plévenon Cap-Fréhel qui a fabriqué les bolées avec lesquelles on boit le cidre ! C’est elle qui m’avait d’ailleurs conseillé de m’arrêter ici en précisant de la saluer de sa part. C’est fait ! Me voilà donc colporteur entre mes différentes rencontres. Ici c’est un bonjour, ailleurs j’amène des idées glanées au fil de mes pérégrinations, ailleurs encore c’est un livre que je donne,… Je suis loin de l’idée que je me faisais de mon voyage. C’est sans doute dû à sa durée mais aussi aux liens qui se nouent avec mes rencontres, mes hôtes.

Le public est accueilli dans une grande salle avec entre autres décors, le matériel de bât de leurs ânes!

Flânerie, lecture, petites visites aux belles ânesses de Corinne qui semblaient apprécier d’avoir Marius à côté, mais aussi écriture du blog… ponctuèrent ces quelques jours de pause. Corinne m’a également permis de découvrir les secrets de la fabrication du cidre et du jus de pomme biologique en m’invitant à participer à une visite guidée dans le verger et la cidrerie. C’était très gentil de sa part, d’autant que j’étais curieux de connaître les différentes étapes du processus d’élaboration !

Florence elle, est partie hier comme prévu rejoindre ses montagnes et sa famille. Et c’est finalement Jean-Marc qui l’a conduite à la gare de Lamballe.

La saison estivale se termine pour le petit camping à la ferme tandis que les réservations pour des randonnées avec des ânes se font plus rares, rentrée des classes oblige ! Jean-Marc va pouvoir se consacrer à la récolte des pommes qui devrait commercer dans quelques semaines. Une récolte plus précoce cette année à cause des températures anormalement élevées. D’ailleurs, les Côtes d’Armor comme l’Ille et Vilaine et le Morbihan sont trois départements touchés par la sécheresse depuis le mois de mai !! Qui l’eût cru ! Si même la Bretagne n’est pas fidèle à sa réputation !!! En tout cas, il pleut pendant mon temps de pause. L’automne semble avoir pris un peu d’avance. Le froid est également tombé. Pour sa dernière nuit, j’ai d’ailleurs laissé mon drap de soie à Florence qui n’a pas un duvet très chaud contrairement à moi.

Demain on reprend la route. Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de Saint-Brieuc. J’envisageais de traverser la baie mais une amie de Claire et Diane, les deux cavalières qui font un tour de France à cheval, me l’a déconseillé car le coefficient de marée n’est pas assez important. La marée, est un paramètre que je ne connais pas et surtout que je ne maîtrise pas. Il faut absolument se renseigner avant de traverser un endroit qui peut vite se retrouver englouti par la mer.

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Jour 527 / Entre Erquy et Fréhel : Des paysages à s’en faire péter la rétine !

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Je suis finalement resté une journée chez nos hôtes. Ils sont charmants et très gentils. J’ai hésité avant de profiter d’une journée de repos. La dernière c’était il y a 15 jours ! Une pause s’imposait finalement pour moi mais aussi pour Marius qui était confortablement installé dans les paddocks situés derrière la maison. Un peu trop loin de moi à son goût cependant puisqu’il m’a appelé souvent !

Yannick m’a emmené faire quelques courses puis m’a montré par quel chemin je devais passer. J’ai aussi pu visiter la boutique de Nadège et faire la connaissance d’Hélène qui habite près du Moulin de la mer où je suis passé il y a quelques jours. Personnalité atypique, elle a un âne et un cheval avec lesquels elle fait de la traction animale et travaille son potager. Nous avons bien évidemment parlé « âne » et « voyage ». Mais la rencontre fut trop courte et nous espérons nous revoir avant que je ne quitte la Bretagne

Nadège a eu la bonne idée d’implanter en bordure de la route qui passe devant chez elle, une boîte-à-troc confectionnée par Yannick. Les habitants ou promeneurs peuvent déposer ou prendre gratuitement différents objets comme des livres, de la vaisselle, des bibelots, des jouets pour enfants, et même des fruits et des légumes. Un lieu pour « donner envie d’échanger » ou pour donner une seconde vie à des objets que les gens n’utilisent plus. Et ça fonctionne ! Alors forte de ce succès, Nadège envisage des échanges de services. Et l’initiative fait des émules puisque la maire du village souhaite installer une autre boîte à troc dans le jardin de la mairie dans le même esprit de partage !

C’est donc reparti ce matin. Première étape de notre journée : le Cap Fréhel, une pointe de grès rose et de schiste culminant à 70 m de haut et au relief tourmenté qui sépare la baie de Saint-Brieuc de la Baie de St Malo. On s’y rend d’abord par une piste puis par une piste cyclable car nous ne pouvons emprunter le GR 34, trop dangereux par endroits. Dommage, il sillonne la lande du littorale qui s’étend sur plus de 400 ha et offre des couleurs alliant le jaune des ajoncs et le rose et le violet des différentes espèces de bruyères. Après plusieurs kilomètres le long de la départementale, nous arrivons devant le phare haut de 32 mètres dont la lanterne domine la mer de 103 mètres. Il y a encore beaucoup de monde venu admirer l’impressionnant panorama.

Le site est une réserve ornithologique. Ses falaises et ses îlots abritent des colonies très importantes d’oiseaux marins nicheurs. En 2010, environ 270 couples de Guillemots de Troïl ont été recensés, c’est à dire près de 80 % de l’effectif de cette espèce. Le Pingouin Torda appartient à la même famille mais il est beaucoup plus rare avec 5 couples. Le Cap Fréhel abrite également 14 des 21 espèces de chiroptères (chauve-souris) recensées en Bretagne dont 6 sont protégées au niveau européen. C’est aussi le plus important site d’hibernation des Grands Rhinolophes des Côtes d’Armor.

Ne pouvant pas laisser Marius sur le parking pour visiter le phare, je ne suis pas monté en haut. J’ai cependant profité du très beau temps pour faire une balade le long du cap afin d’admirer la Côte d’Émeraude. J’en ai pris plein les yeux. L’endroit est juste magnifique et magique avec la vue sur les falaises abruptes ! Une découverte ponctuée par des questions des touristes étonnés de voir un âne bâté ici ! Je trouve cela amusant de pouvoir ainsi me balader avec Marius.

Après environ deux heures de visite, nous repartons. Arrêt sur le parking du site pour manger un bout. Un bout d’herbe pour Marius ! La lande tout autour n’offre pas grand chose pour lui. Un couple de touristes m’invite à sa table. Nous faisons connaissance et partageons un bon moment.

On a donc repris la piste cyclable, le long de la départementale, qui surplombe la mer d’émeraude. Nous marchons toujours parallèlement au GR 34. De là haut, je peux admirer une succession de plages de sable fin parmi, selon le guide, « les plus belles de la côte nord ». Impossible de descendre m’y baigner malgré la chaleur. Le rivage est interdit aux équidés durant la journée. On croise des touristes ! A pied, à vélo, en voiture et en camping-car !

On traverse Plévenon, Pléhérel, puis Sables-d’Or-les-pins, une station balnéaire de la « belle époque » construite sur une vaste dune qui s’étire en un long arc de cercle de trois kilomètres située en Côte de Penthièvre, entre les roches de Follet à l’ouest et la roche Fournel à l’Est. En fait, cette station, lancée par des promoteurs qui voulaient faire de la ville « la première station du monde pour les sports nautiques capable de rivaliser avec La Baule et Deauville », ne fut jamais achevée et la crise de 1929 stoppa son développement et accéléra son déclin. En traversant Sables-d’Or-les-Pins, je découvre des villas anglo-normandes qui côtoient des propriétés Art Déco.

Je rejoins l’ancienne gare pour traverser le marais. La marée basse nous permet d’emprunter une piste submersible qui traverse l’espace naturel et d’éviter ainsi l’ancienne voie de chemin de fer transformée en piste cyclable.

Il y a peu de monde. Il est tard. A l’entrée d’Erquy, je cherche un terrain où me poser. J’aurais pu bivouaquer dans des champs juste après le marais mais Florence, ânière iséroise de passage en Bretagne, doit me rejoindre ce soir pour quelques jours. Il me faut donc trouver un endroit facile d’accès. Près du Lieu dit « Les hôpitaux » je sonne à la porte d’une maison où un âne pâture dans un pré. J’imagine que les propriétaires ont du terrain et qu’ils pourraient nous accueillir. Une dame m’ouvre. Sa réponse est négative : l’âne est entier et pourrait casser les clôtures. Tant pis. Toutefois, elle m’indique un terrain qui lui appartient près de deux châteaux d’eau. Je lui demande de remplir des gourdes et je m’y rends. C’est à 10 minutes.

Je trouve facilement le champ mais ma déception est grande. Entre route et champ de maïs, il n’y a pas grand chose à manger pour Marius sur la bande herbeuse sur laquelle nous sommes autorisés à nous installer pour la nuit. En fait, il y a des chênes et des fougères tout le long de la haie qui nous séparent de la route. Il va falloir jongler pour éviter une intoxication ! Je commence par arracher des fougères et condamner les endroits où il y a le plus de glands. Avant d’attacher mon compagnon de voyage à la longe, je vais le laisser manger tranquillement sur le terrain.

Florence a mis du temps à nous trouver. Pas facile même si on est une aventurière quand on ne connaît pas la région ! Après un voyage en train puis en bus, c’est une habitante d’Erquy qui l’a aidée et conduite en voiture jusqu’ici. Je l’avais rencontrée en Isère alors que nous traversions le Grésivaudan. Elle et son mari Bruno gèrent une association à but non lucratif, Freydâne, qui propose des activités autour des ânes au Moutaret (Isère) dans le but de faire partager le bonheur procuré par la compagnie de ces animaux. Elle profite d’un séjour chez sa sœur qui habite en Bretagne pour venir nous voir !

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Jour 525 / Marius au Fort La Latte !

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[Vendredi 25 août 2017]

Lorsque je remplis ma gourde à un robinet situé devant chez mes hôtes, j’ai pu constater qu’ils étaient partis. Je quitte donc le hameau de Bellevue sans leur dire au revoir. Je traverse la départementale pour rejoindre un petit sentier. Il me fait faire un détour afin de m’éviter la route très fréquentée encore en cette fin août. La mer ce matin est à marée haute. Jusqu’à Port-à-la-Duc, je suis les chemins de traverse puis emprunte le pont du Frémur avant de regagner le GR34, une petite route au bord de la baie de la Fresnaye. Les voitures roulent plutôt tranquillement sur cette voie sinueuse qui mène au Cap Fréhel. J’ai droit à des appels de phare, des saluts ou des pouces en l’air. Ça fait toujours plaisir. Parfois automobilistes et cyclistes s’arrêtent pour m’interroger sur le sens de mon voyage. Une famille m’attend sur le parking du port Nieux près de la pointe du Muret pour me poser plein de questions, me prendre en photo et caresser Marius. Je m’arrête quelques minutes, le temps d’observer la mer se retirer de la baie. Sur un banc, une pile de coquilles Saint-Jacques est posée… Un signe ?

Tandis que je reprends le chemin, une énième voiture nous double mais celle-ci s’arrête un peu plus loin avant de fait marche arrière. La conductrice me propose de m’héberger. Ses paddock sont inoccupés car ses chevaux sont dans leurs quartiers d’été. Il y a donc de la place pour Marius. Nadège habite dans dans un hameau de la commune de Plévenon. Après un rapide coup d’œil sur ma carte, je constate que mon itinéraire passe presque devant chez elle ! Je prends son numéro de téléphone et lui dit que je confirmerai dans la journée si je m’arrête.

Après une dernière côte, j’avance en direction de Fort la Latte, l’un des plus célèbres châteaux bretons. Il a été construit à la pointe du même nom, en face du cap Fréhel. Je traverse quelques hameaux où je rencontre quelques habitants et notamment une retraitée venue passer quelques semaines avec son mari dans leur résidence secondaire. Elle me propose de boire un café que je finis par accepter. Je débâte Marius et le fais rentrer dans son jardin joliment fleuri tout en faisant attention aux deux ifs. Une des petites filles du couple est là. Je réponds aux questions tout en buvant mon café. Les retraités me parlent de leur région. Ils m’expliquent que dans le centre Bretagne, « ils ne parlent pas Français », « ce sont des terriens, rien à voir avec ceux qui vivent au bord de la mer ». Je comprends qu’il y a des « rivalités » entre bretons. Il y a ceux qui pensent être les « vrais » et qui considèrent les « autres » pas vraiment bretons. Nous avons échangé pendant presque une heure. Je finis par prendre congé. Je recharge Marius et salue le couple qui m’a invité. Je ne suis plus très loin du Fort.

Pour y accéder, je franchis d’abord un portillon. Marius qui connait au millimètre le volume de ses sacoches, passe presque sans frotter contre les montants. On descend vers la forteresse sous le regard interloqué des touristes. Je discute avec certains de notre voyage tandis que d’autres viennent me voir car ils aimeraient randonner ou voyager avec leur âne. Et bien sûr, j’ai droit à « il est fatigué ! » de la part de la rabat-joie de service qui a sans doute fait « âne 2ème langue » et qui sait, au gramme près, le poids du chargement de mon âne…

Je passe devant un menhir appelé aussi « le doigt de Gargantua » ou encore « la dent de Gargantua ». Il existe plusieurs légendes autour de cette pierre dressée. Selon une, Gargantua aurait perdu sa dent ou son doigt alors qu’il enjambait la Manche pour rejoindre les côtes d’Angleterre. La trace de ses sabots et de sa canne seraient visibles dans la roche, au pied du menhir. Une autre légende raconte que Gargantua serait mort au Cap Fréhel après un dur combat avec des Korrigans. On dit que tous les îlots que l’on peut voir dans la mer, seraient des morceaux du Géant et que le menhir représenterait son doigt qui serait tombé ici et se serait fiché dans le sol.Je continue à descendre et finis par apercevoir le château de la Roche-Goyon (autre nom du fort). Magnifique. Il a été construit au XIVe siècle sur un éperon rocheux. Un site choisi pour son emplacement favorable, naturellement peu accessible et offrant une vue dégagée sur la Manche, la Côte d’Émeraude et la Baie de Saint Malo. Assiégé en 1379, à la suite du retour d’exil du duc de Bretagne Jean IV par Bertrand Du Guesclin ; attaqué et pris une seconde fois lors des guerres de Religion au XVIe, abandonné jusqu’au XVIIIe avant de reprendre son intérêt stratégique et bastionné sous Louis XIV, l’édifice appartient aujourd’hui à un privé et est l’un des sites bretons les plus visités. Malheureusement, Je ne peux pas accéder à l’enceinte du fort avec Marius. Il y a un pont levis et je n’ai pas l’intention de le laisser à l’entrée. J’aurais pourtant bien aimé pénétrer avec lui dans ce véritable décor de cinéma ! Tant pis, je ne m’approcherai pas davantage. Demi tour !

Je reviens donc sur mes pas, traverse encore quelques hameaux puis découvre la lande du littoral d’où j’aperçois le phare du cap Fréhel alors que le soleil se couche sur la mer. Les couleurs sont particulièrement belles en cette fin d’après-midi. Comme si la végétation s’embrasait.

Avant d’arriver chez Nadège, je fais deux dernières rencontres. D’abord, sur un petit chemin dans un bois, je croise un homme en … peignoir ! Étrange la Bretagne !! Pas le temps de faire connaissance ! Je ne m’attarde pas, il est tard ! Un peu plus loin, je discute avec deux randonneuses dont l’accent chantant me laisse penser qu’elles ne sont pas originaires de la région. « On vient de Salon de Provence » reconnaît l’une d’elle lorsque je me permets de leur dire qu’elles ont l’accent du sud et m’amuse des expressions que j’avais presque oubliées comme « Fan des pieds » qu’elles lancent lorsque je leur raconte que j’ai déjà marché 3000 km ! Et forcément, lorsque je leur réponds que que mon âne s’appelle Marius, elles sont conquises !

J’arrive en toute fin d’après midi chez Nadège. Elle et son mari Yannick m’accueillent avec de larges sourire. Après avoir installé Marius dans un grand paddock où il va passer la nuit, nous faisons plus ample connaissance autour d’un verre. Nadège est artiste potière depuis une douzaine d’années. Elle confectionne des pièces utilitaires pour l’art de la table et décoratives ainsi que des bijoux qu’elle expose dans sa boutique ou à l’extérieur. Elle fait aussi découvrir la poterie aux adultes et aux enfants, lors de stages et d’animations. Nous passons une chouette soirée à papoter autour du voyage et des équidés.

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Jour 524 / La Bretagne, terre de légendes

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[Jeudi 24 août  2017]
Daniel est agriculteur. Il y a encore quelques mois, il avait des taurillons qu’il engraissait. Mais le cours de la viande est si bas qu’il ne s’en sortait pas. Il a donc décidé de tout vendre pour ne faire que du foin. Daniel est aussi éleveur de trotteurs. Les chevaux, il connaît et ça paye mieux que l’agriculture !
Un dernier petit café avec Hervé et sa famille avant de reprendre la route.
S’il faut garder l’œil sur la carte lorsque les sentiers se croisent, les chemins équestres sont toujours très bien balisés et fort agréables. Le chemin justement rejoint à travers bois, champs et hameaux, la petite vallée du Kermiton, un ruisseau que nous longeons et qui s’enfonce jusqu’à embrasser la baie de la Fresnaye.
Le sentier débouche plus précisément au Port-Saint-Jean, un petit port de pêche situé sur la rive droite de la baie de la Fresnaye, dans une petite anse marquant la limite entre Matignon et Saint-Cast-Le-Guildo.
J’avance sur la plage pensant à tort que le chemin était en face. Marius a du mal à poser ses sabots sur la plage. Ils s’enfoncent un peu dans le sable humide et mou. « Mes longues oreilles » ne connaît pas cette sensation. Une vraie découverte pour lui. Il progresse avec hésitation sur le rivage, mais il avance. Après quelques dizaines de mètres, mon compagnon s’enfonce dans le sol instable jusqu’aux paturons. Il a du mal à retirer ses sabots du sable. Il s’enlise… Grosse galère. Je l’encourage, l’aide… Il parvient à s’extraire du « sable ventouse ». Demi-tour. On retrouve un sol plus dur. On marche sur un lit de coquillages… Ce n’est pas plus rassurant pour Marius mais le sol ne se dérobe plus. Je comprends un peu tardivement que le chemin n’est pas là où je pensais mais juste à gauche du sentier par lequel je suis arrivé. On aurait dû sortir par la cale pour prendre une petite route goudronnée, seule accès routier au port pour les tracteurs des pêcheurs. Ce qui ressemble à des algues toxiques ont été poussées au bord de la plage. Un panneau prévient d’ailleurs les badauds de leur dangerosité. En haut, des enfants jouent sur l’aire de stationnement et de stockage de matériel conchylicole.
Tandis que le GR 34 longe la côte par le chemin des douaniers, l’itinéraire équestre, lui, suit une petite route goudronnée sinueuse et boisée avant de retrouver un chemin qui longe une rivière. Il sillonne ensuite la campagne puis traverse une départementale avant de descendre dans la vallée du Moulin de la Mer. Le vallon est encaissé et très humide où cohabitent le frêne, l’orme, quelques chênes et des fougères qu’autrefois, les gens qui avaient peur de faire de mauvaises rencontres, tenaient dans les mains pour éloigner les êtres maléfiques.
Un véritable écrin de verdure où je découvre les ruines d’une ancienne maison d’habitation et d’un ancien moulin à eau camouflés par la végétation.
C’est un lieu magnifique et plein de légendes. On raconte par exemple que se cachait derrière les rochers, Mourioche le diablotin, un être protéiforme qui se promenait la nuit dans la partie Est des Côtes-d’Armor. Il était très redouté et son nom servait le soir d’épouvantail pour les petits enfants. Léa, la tisanière qui habitait ici au début du XXe (1893-1967) « intriguait beaucoup et faisait un peu peur : elle sortait armée d’un bâton lorsque les enfants venaient l’embêter. Certains parents jouaient de son apparence et menaçaient leurs enfants de les envoyer chez elle lorsqu’ils n’étaient pas sages… ». Ici le meunier ne vivait pas de son activité. Pour vivre en autarcie, il avait une ferme et quelques animaux : des vaches qui pâturaient en haut de la vallée, des poules, des lapins, des cochons et des chevaux qui lui servaient à transporter sa farine et son grain. Il cultivait un potager à côté du moulin, sur le coteau droit, et possédait quelques ruches près du ruisseau.
Je suis sous le charme.  tel point que je me trompe de chemin et me retrouve sur les hauteurs qui m’offrent un très beau panorama sur la côte littorale jusqu’à Fort La Latte. Je décide de marcher jusqu’à la Pointe-Sainte-Efficace d’où je peux contempler la baie et le cap au loin j’entrevois un élevage d’huîtres. Je prends quelques photos et fais demi-tour pour retrouver mon tracé. Ça a du bon parfois de se tromper !
En revenant sur mes pas, je croise trois cavalières dont les chevaux se mettent à paniquer devant notre équipage. Elles ont du mal à rester sur leur canasson. Alors que deux d’entre elles finissent par mettre pied à terre, un des chevaux arrache la longe des mains de sa cavalière et part au galop dans le champ au moment où Marius se tourne pour les regarder passer ! Finalement elles ont plutôt bien géré. Le cheval est revenu et elles nous ont contourné. Marius lui, est resté impassible à les regarder avec curiosité. « Bien étranges, les cousins ! ».
A Saint-Germain-de-la-Mer, les vieilles maisons de granit m’invitent à flâner. Alors que je m’émerveille devant l’ancienne église du saint patron local qui surplombe la baie de la Fresnaye, un habitant me demande où je vais. « Au cap Fréhel ? Prenez le GR 34, ma fille l’emprunte avec ses Mérens. Ça passe ! » me conseille-t-il. Et effectivement, ça passe bien. Le chemin est bien large et sans difficultés particulières. La végétation m’empêche toutefois d’admirer la baie. Un peu plus loin, tandis que je sors du GR pour éviter de longer une route très fréquentée, je retrouve les trois cavalières rencontrées à la Pointe. En fait, c’est Marius qui les a entendues, et s’est dirigé vers le chemin boisé d’où provenait le son de leurs voix. Et lorsqu’elles nous aperçoivent, la plus âgée est moins aimable que tout à l’heure et nous envoie littéralement balader en nous virant du chemin ! Surpris par sa réaction, je manque de répondant ! Je comprends qu’elle soit vexée de ne pas avoir pu maîtriser son canasson qui a eu peur d’un petit âne bâté, mais quand même !  Son ego a dû en prendre un coup ! Et la situation ne s’arrange pas puisqu’elles mettent beaucoup de temps à sortir du chemin. Rassurer les chevaux a dû être difficile.
Un peu plus loin je passe devant une ferme. Il est 17h. Cela fait 3h que l’on marche. Il est temps de faire une pause ou de se poser, vu l’heure. Nous sommes au hameau Bellevue. Je jette un coup d’œil rapide sur ma carte et me rends compte que c’est le dernier endroit où je peux m’arrêter. Après, ce devrait être plus compliqué pour trouver un bivouac. A l’entrée du lieu-dit, une ferme. J’entre dans la cour. Au fond,  j’entends un tracteur. Il y a plusieurs vaches dans la stabulation. Je me dirige vers le bruit de moteur et je trouve effectivement quelqu’un qui travaille. L’agriculteur ne me voit pas. Il est occupé avec une vache qui semble être en bien mauvais état et qui a du mal à rester debout sur ses pattes. Sans rien lui demander, je m’éclipse car je ne veux pas l’ennuyer. Il a d’autres soucis à gérer. Je retrouve la petite route et tombe sur une dame qui sort de la maison d’à côté. Je lui explique ma recherche et la dame téléphone à son mari. Je comprends alors que c’est l’agriculteur que je viens de d’apercevoir.
Il vient à notre rencontre et tous les deux cherchent une solution. Finalement, c’est derrière un hangar que je m’installerai pour la nuit.
La tente montée, mon matelas menace d’exploser. A l’intérieur, les alvéoles ont dû lâcher, peut-être sous l’effet de la chaleur des rayons du soleil, Bizarre ! Il a comme une hernie ! C’est un peu comme si le matelas avait un oreiller intégré ! Il ne me manquait plus que ça ! Je n’utilise jamais d’oreiller !
L’agriculteur élève encore quelques vaches laitières. Il déplore le cours du lait trop bas pour être rentable et des contrôles administratifs répétés. « De vrais freins au développement de l’exploitation » selon lui. Il me rappelle que si les éleveurs bénéficient des aides publiques, c’est qu’ils ne vendent pas leurs produits au prix coûtant, et qu’ils se passeraient très bien du soutien de l’Europe en vendant leur produit à un tarif plus juste. « L’avenir de notre agriculture en crise est incertain. Je suis persuadé que les jeunes se débrouilleront mieux que notre génération et n’auront pas envie d’avoir les mains et les pieds liés par des crédits mais qu’ils trouveront des solutions pour être plus libres. » En effet, depuis le début de notre voyage, nous en avons croisé des jeunes qui nous ont exprimé leurs souhaits de n’avoir ni maison, ni voiture, ni CDI. Ils veulent simplement vivre et nager à contre-courant dans cette société où la finance prime sur l’humain. En discutant, on se laisse espérer une nouvelle génération désireuse de vivre différemment. Une nouvelle génération qui ne sera plus asservie à l’économie et à la finance…
C’est autour d’un dîner que nous poursuivons cette discussion. Le couple m’invite en effet à partager son repas.
« Les paysans des Côtes-du-Nord ont une légende facétieuse sur les lianes piquantes des ronces : jadis, les ronces tenaient auberge, mais elles firent crédit à tant de monde, qu’elles ne purent payer leurs créanciers et furent obligées de chercher leur pain ; depuis elles accrochent les gens pour tâcher d’être payées. » Paul Sébillot, Folklore de France, Tome III Éditions Maisonneuve et Larose
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Marius Tour de FranceMTF #Côtes d'Armor

Jour 523 / On a dormi à … Matignon !

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[23 août 2017]

On prend la route direction le château de Guildo après un dernier échange avec le sympathique maire qui venait de transporter du foin chez une personne rencontrée hier.

Situé dans la commune de Créhen, le château du Guildo surplombe de 20 m le fond de l’estuaire de l’Arguenon. Beaucoup de touristes viennent sur cet éperon rocheux visiter ce vestige de l’histoire moyenâgeuse bretonne. Cet édifice du XIIe est en cours de restauration. J’y reste un long moment le temps de faire quelques photos et de répondre aux questions des curieux. Des touristes belges me proposent de déjeuner chez eux mais pour m’y rendre je dois retourner en arrière. Et puis il est déjà tard, je n’y serais jamais pour midi. La descente est rude vers le pont qui enjambe l’Arguenon pour rejoindre le port de Notre Dame de Guildo.

Les sacoches de Marius ballotent pas mal. Sur l’autre rive, je quitte la route pour la rue de la Petite Suisse. Clin d’œil du chemin ? Kali est enterrée dans les Vosges du Nord dans un endroit qui s’appelle justement « La petite Suisse ». Je laisse un peu plus loin le GRP de Penthièvre pour marcher le long du Guébriand. Mon itinéraire remonte un peu plus loin vers Matignon alternant pistes et routes, chemins de terre et goudron. Le dernier tronçon traverse un bois avant de déboucher sur un site d’accrobranches. Je comprends mieux d’où viennent les cris d’enfants ! Je suis sur la commune de Matignon.

J’avance encore un peu pour trouver notre nid du soir. Philippe, un breton d’adoption qui habite du côté de Guingamp, doit me rejoindre pour m’apporter un téléphone que j’ai fait envoyer chez lui. Le petit mobile qu’une famille m’avait donné il y a quelques jours sur la plage de la baie du Mont-Saint-Michel à un problème de localisation. Du coup, l’utilisation d’Iphigénie (une application pour les cartes IGN) est compliquée. A 50 m du champ où je me suis arrêté 20 minutes pour la pause broute de Marius, des caravanes sont installées sur le terrain d’une ferme.

Je pénètre dans ce qui me paraît être un camping, je fais le tour mais ne vois personne. Je refais le tour, toujours pas âme qui vive mais un véhicule se gare devant un hangar. Le conducteur m’explique que l’agriculteur, un ami, doit être pas loin. Il l’appelle mais visiblement il est trop loin pour qu’il l’entende. Personne ne répond. Il me propose de débâter et d’attendre avant de disparaître dans sa camionnette. « Il va revenir, installe-toi ». J’hésite. Si le fermier ne peut nous accueillir… Je tourne une troisième fois autour de l’exploitation agricole lorsqu’une voiture entre dans l’enceinte de la ferme. Un homme vient vers moi. Il me propose de m’installer dans le champ qui se trouve en face des caravanes. Chouette !

La pâture a été coupée il y a peu mais ça ira. Marius mange trop « gras » de toute façon. Philippe arrive quelques minutes plus tard. On fait connaissance.Il me raconte m’avoir déjà croisé, dans une autre vie, alors qu’il se trouvait avec des amis suisses dans le Vercors. Ça doit remonter à 2010 ou 2011… Quand il a appris que je repartais pour ce tour de France, il m’a proposé de m’arrêter chez lui. J’y serai dans quelques semaines. Mais d’ici là je sais que je peux compter sur lui si j’ai le moindre problème ou besoin de quoi que ce soit. Philippe a le cœur sur la main. Merci pour toute cette gentillesse. Pendant qu’il est allé chercher de quoi trinquer à nos « retrouvailles », je monte la tente et fait connaissance avec une famille de campeurs surprise de voir un âne en liberté dans le champ. On échange quelques mots, puis je retourne au montage du bivouac. On papote un moment avec Philippe. Je lui raconte mon voyage, lui sa vie. Il a un grand terrain pour accueillir Marius et une caravane pour m’héberger ! Cool ! Il ne peut pas rester trop longtemps, Catherine, sa femme, l’attend.

Après son départ, la famille de campeurs me propose de venir boire l’apéro. Allez ! Le couple m’explique qu’ils venaient déjà ici lorsqu’ils étaient enfants. A l’époque le camping était plus grand. Aujourd’hui, il n’y a que trois caravanes. Ce sont de vieux habitués qui reviennent ici chaque année. L’heure tourne, je rentre me coucher. La tête tourne aussi ! Je perds l’équilibre et me retrouve à quatre pattes dans l’herbe ! Je n’ai pas l’habitude de boire et n’ayant pas encore mangé, l’alcool me fait trop d’effet. J’avale une bricole, attache Marius et file sous ma tente décuver.

Belle nuit !

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Marius Tour de France

Jour 522 / L’accueil breton… je déchante …

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[Mardi 22 août 2017]

Les chevaux se sont calmés en fin de soirée. Tant mieux.

Lorsqu’on quitte le champ ce matin, je croise l’homme qui m’avait proposé de bivouaquer ici. Il est venu voir si ma nuit s’était bien passée.

Je redescends vers Le Frémur. Juste après un pont d’où j’aperçois des pêcheurs, un joli chemin longe les bords du fleuve côtier qui se jette dans la Manche au niveau de la Côte d’Émeraude. Il se met à pleuvoir. Les chemins équestres vont dans tous les sens. Difficile de se repérer. Je finis par me tromper ! Lorsque je m’en rends compte, je suis assez loin de mon itinéraire. Je préfère alors rester sur les petites routes pour éviter de me perdre à nouveau. Je tombe sur ma première porcherie bretonne … quelle odeur !

J’entre dans Ploubalay par un petit chemin. La ville semble être sur un important axe routier. Il y a beaucoup de véhicules. Le beau temps est revenu. A côté de l’imposante église, une supérette est ouverte. Je vais pouvoir faire quelques courses. J’attache Marius à l’entrée. Il y a peu de circulation ici. Mon fidèle destrier suscite la curiosité des clients et du personnel du magasin.

Je quitte la ville et son incessant ballet de véhicules. Je retrouve mon tracé que j’avais quitté à l’entrée du village. Le GR 34 longe la baie de Lanceux. Je suis fatigué et j’ai de violents maux de tête. Je sonne à la porte d’une maison pour demander de l’eau. Il fait très chaud. Un peu plus loin, je rencontre un homme qui sort de chez lui pour aller chercher son bateau. Il me dit avoir un âne. Il est pressé. Il doit partir. J’hésite à lui demander une pâture, je ne suis pas très bien… Non j’avance. Bon, pas très longtemps puisqu’un peu plus loin, je débâte Marius et me couche près d’une zone protégée du polder de Ploubalay. Besoin de fermer les yeux pendant 15 ou 20 minutes.

Je suis réveillé par les promeneurs. Marius est en liberté mais n’a pas bougé. Je recharge sac à dos et sacoches et je reprends mon chemin. Ça va un peu mieux. Ça tiendra jusqu’au bivouac en tout cas. Je longe donc le Polder, ces terres souvent agricoles gagnées sur la mer grâce à l’édification de digues qui subissent les assauts de la mer lors des grandes marées. Celle de Ploubalay a été construite quand les moines résidaient à l’Abbaye de St Jacut de la Mer. Ce sont 75 hectares qui ont été gagnés sur la mer. Le GR 34 traverse un peu plus loin la départementale qui coupe Ploubalay en deux.

Je contourne un château puis arrive à Trégon, un joli village de maisons en granit. Ne trouvant pas de lieu pour bivouaquer je demande aux habitants de la dernière maison du bourg. Une dame accepte bien volontiers de remplir mes gourdes. Elle m’explique qu’il y a du terrain près du château du Guildo. « C’est à 45 minutes » précise-t-elle. Son mari lui, n’en est pas très sûr. Bon… On verra. Je prends mes 4 litres d’eau dans l’idée de me poser dès que possible. Je n’ ai pas envie de risquer d’aller jusqu’au château et de ne rien trouver pour Marius. Environ 200 m plus loin, une pâture me tend les bras ! Bon j’ai un vis-à-vis avec des riverains mais ça devrait aller pour cette nuit. Je ne suis pas très regardant !!! Je décharge Marius que je libère et invite à se régaler. Pendant ce temps je sors la tente que je fais sécher et me repose un peu. Le mal de tête est toujours là. Dans les maisons en face, je vois des gens. Dans le jardin de la petite à droite, j’aperçois une dame. Celle du milieu est plus moderne, plus grande aussi, où semble vivre une famille. J’imagine que ce sont des touristes peut-être à leurs allers et venues… La troisième est face à moi. Elle ressemble à ces maisons modernes construites en assemblant des cubes. C’est beau. Enfin j’aime assez. Un homme est à l’intérieur. Difficile de ne pas le voir, tout est vitré chez lui.

Après, une petite heure de repos, j’émerge. La dame de la maisonnette me fait signe de la main. Je mets mes chaussures et vais la voir. Elle me raconte que le terrain où je suis n’est pas agricole mais qu’il appartient au propriétaire de la grosse maison. Un homme plein d’argent mais qui n’aime pas les autres et encore moins les gens qui viennent se poser chez lui… A moins de payer comme les locataires de l’autre maison, celle du milieu. Des estivants venus passer quelques jours ici . Je réponds à la dame que « j’irai le rencontrer… » Pour l’instant je ne le vois plus. Je retourne près de mes affaires et au moment où je m’assois, le propriétaire se dirige vers moi tout sourire. J’aurais du me méfier… Comme pour le Maire de Lelling en Moselle qui nous avait demandé nos papiers…

A peine ai-je le temps de me présenter et de lui expliquer les raisons pour lesquelles je suis sur son terrain qu’il explique que la parcelle appartient aux trois maisons. Là, je sais là qu’il me ment et à ce moment-là, je sais aussi que je vais devoir partir. Pas la peine d’insister. Il me propose de m’installer sur le terrain agricole qui touche le sien. Je refuse parce que le foin vient d’y être coupé et n’ est pas encore ramassé. Ce gars est méprisant. « Ne viens pas chez moi tu seras mieux chez mon voisin… ». Je coupe court. « Je m’en vais ! ». Je range mes affaires, rebâte Marius, vais dire au revoir à la propriétaire de la maisonnette qui m’avait fait un portrait très juste de son voisin. Et alors que je pars, il me prend en photo. Même pas de honte. Je lui hurle dessus. Pauvre d’esprit.

Il est tard. 20h presque. Après avoir fait chou blanc en frappant à la porte de plusieurs maisons inhabitées, je finis par arriver dans une ferme. En fait, c’est une ancienne exploitation m’explique le fils de l’agriculteur à la retraite. Ce dernier n’est pas là mais après un coup de fil pour obtenir son approbation, je peux m’installer dans un grand champ. Jean-François, le père retraité, vient me voir un peu plus tard. C’est en fait le maire de la commune depuis 3 mandats. Pendant la discussion je lui parle de ma mésaventure avec l’un de ses administrés. Et bien sûr, il le connaît bien… Je vous passe les détails mais il est connu, pas pour de bonnes raisons…

Ce soir, le ciel est étoilé.. Il fait bon. Je médite sur cette histoire et me dit qu’il n’y a pas de hasard. Il y a sans doute des enseignements à tirer de cette expérience désagréable. Cependant, elle me fait laisse songeur quant à l’accueil breton : à force d’en entendre parler, j’imaginais qu’ici il était exceptionnel ! Et bien non : la Bretagne n’est pas une terre d’irréductibles d’hospitaliers qui reçoivent l’étranger avec son âne les bras ouvert. Je m’en rends compte depuis quelques jours (voir les épisodes précédents !).  « Stéphane, descend de ton petit nuage ! » Me faire virer d’un terrain, c’est inédit ! « Fallait bien que ça arrive un jour ! » me direz-vous ! Certes… Après les premiers jours euphoriques qui ont suivi notre arrivée en Bretagne, on ne peut pas dire que l’accueil soit, pour l’instant, des plus chaleureux…

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