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MTF #Calvados

Marius Tour de France

Jour 490 / Au pays du Camember

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[Jeudi 20 juillet] 
Ce matin le temps est à la pluie. L’ambiance aussi avec le départ de Camille pour la Bretagne. Après 10 jours passés avec elle, Malone a du mal à retenir ses larmes…
Depuis qu’on est debout, les averses se succèdent et je profite toutefois d’une accalmie pour ranger la tente. En attendant, Malone joue à l’abri sous des arbres après avoir petit-déjeuner sous la tente.
Avant de partir, le père de Camille m’a emmené à la Poste pour récupérer le colis envoyé en poste restante par Emma, l’hôte de Céline, qui s’en est chargée. Pour ceux qui n’ont pas suivi les précédents épisodes, ce colis contient des arceaux de rechange pour ma tente, qui vont me permettre de réparer ceux qui se sont cassés lors d’un montage. La Poste restante est un service postale très pratique pour se faire livrer des affaires lors d’un voyage !!! On l’a déjà utilisé pour des paires de chaussures notamment. Lors du retrait du pli au guichet, j’ai eu la bonne surprise de ne rien devoir payer. La postière m’a fait « don » de mes 4 euros ! C’est déjà ça de gagné ! Peut-être un geste pour les désagréments occasionnés par la fermeture exceptionnelle du bureau la veille.
On reprend donc la voie verte jusqu’à Vimoutiers. Changement de département. Bienvenue dans l’Orne ! Sur ma carte, la voie s’arrête à l’entrée de la ville mais sur le terrain, l’ancienne voie ferrée a été aménagée au-delà. Alors plutôt que de la quitter et de sillonner les rues de la ville, je me dis que c’est pas mal d’y rester pour éviter la circulation. Sauf qu’il n’y a que des ponts qui enjambent des rues et donc pas de possibilités pour rejoindre le GR !!
Finalement, on n’a pas eu besoin de faire demi-tour comme je l’envisageais déjà. En continuant un peu, j’aperçois en contrebas un petit passage qui pourrait nous permettre de couper. Je demande à Malone de descendre et de me dire ce qu’il voit pendant que je garde Marius. D’après sa description, il semble qu’on peut passer par le parc d’une résidence qui donne sur une rue. Toutefois, il faut débâter car des arbres sont trop serrés pour un passage avec les sacoches. Une fois déchargé, je descends mes deux longues oreilles puis remontent avec mon fiston récupérer nos affaires.
La ville est plutôt facile à traverser. Il y a peu de circulation et certaines rues sont fermées car en travaux. Et puis il n’est pas encore 14h, les magasins sont fermés. Alors qu’on remonte une rue, une dame vient à notre rencontre, puis un homme dont la fille globe-trotteuse fait le tour du monde. Notre voyage l’interpelle, forcement. Il nous propose un lieu où nous poser mais c’est à l’opposé de notre direction. Tant pis ! La sortie de la ville se fait par une petite côte. Doucement nous retrouvons enfin des chemins boisés et non goudronnés ! On apprécie les sous-bois. Autour, des cultures, notamment de blé et de maïs. Les salers et les limousines remplacent les vaches normandes, qui se font rares à quelques kilomètres pourtant du village de Camembert.
Il est 16h30 lorsque nous arrivons à Crouttes. Je me mets rapidement à la recherche d’un terrain. Une pancarte en signale un à vendre. Bon, autant être clair, je ne suis pas là pour acheter un lopin de terre. Toutefois, j’interroge un voisin qui sort avec ses enfants lorsqu’ils nous aperçoivent. Il me répond que le propriétaire est très gentil et que je peux aller le voir. Je pénètre donc dans la propriété pour aller demander si je peux m’installer sur le terrain qui a l’air très vaste. J’hésite quand même parce que le chemin est assez long jusqu’à la maison et je n’ai pas très envie de perdre mon temps. Et puis, de loin, tout semble éteint à l’intérieur de l’ancienne ferme. Mais en m’approchant, je distingue une télévision allumée. Je toc à la porte vitrée et un homme me répond. Après m’avoir posé quelques questions sur mon voyage, il m’indique plusieurs endroits autour de la maison où on pourrait s’installer pour la nuit ! Chouette ! le site est bien vert et Marius a beaucoup de place et de l’herbe délicieuse.
Malone m’aide à installer le bivouac et pendant qu’il joue, je prépare à manger. Une fois notre dîner pantagruélique avalé (nan j’déconne), Michel, le propriétaire, nous invite dans sa maison pour boire un café. Mon voyage l’intrigue. Comme souvent lorsque les gens nous accueillent, c’est un vrai échange. Il me parle aussi de son ancienne maison qu’il a acquise au début des années 2000, tout en sortant un album photos. Celles-ci témoignent qu’il n’y avait pas d’eau courante lorsqu’il a acheté et que l’installation électrique datait de la guerre !
Les murs extérieurs était recouverts d’une épaisse couche de lierres. Si épaisse qu’elle obstruait certaines fenêtres de la maison et que c’est à la tronçonneuse qu’il est arrivé à bout de cette végétation envahissante, dont il reconnaît toutefois qu’elle a protégé le bois des colombages. Sur le terrain, autrefois agricole, il a planté un millier d’arbres sur une surface d’un hectare et il a agrandi la mare. Aujourd’hui, cet endroit est un véritable havre de paix où la faune et la flore se développent dans le parc magnifique qui nous a servi de décor. Après un petit verre de calvados histoire de goûter l’alcool local, Malone et moi retournons sous la tente pour nous coucher.
[Vendredi 21 juillet] 
La nuit a été calme. Ce matin j’ai du mal à réveiller Malone qui dort profondément, sans doute encore sous l’émotion du départ de Camille. Je prépare son chocolat chaud à mon fiston qui finalement le boit froid. Pour sa venue, j’ai trouvé du lait en poudre Bio. Il déjeune aussi des céréales qu’il fait tremper dans son bol. Un ptit dej’ presque comme à la maison mais en mode pique-nique. Il ne semble pas dérangé par ces habitudes de voyage.
Alors que nous faisons la vaisselle grâce à un robinet extérieur de la maison, Michel nous propose une douche. Il s’excuse presque de ne pas l’avoir fait plus tôt ce matin et nous explique que, son amie étant handicapée, il fallait attendre l’infirmière. Il est déjà presque 11h, et j’hésite car je crains que nous ayons chaud aujourd’hui, sans compter le risque d’arriver tard… Mais bon, allez, hop ! On y va ! Ça fait deux jours qu’on a pas pris de vrai douche.
Une fois propres comme des sous neufs, nous faisons la connaissance d’Évelyne, l’amie de Michel. Elle est atteinte d’une sclérose en plaques depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui, elle vit dans un fauteuil roulant et son état s’est sévèrement aggravé ces derniers mois. Michel me questionne sur Solidarité Elisa, l’association de la région de Montélimar qui aide des familles d’enfants malades et/ou handicapées pour laquelle nous essayons de récolter des fonds en marchant. Il me pause aussi encore tout un tas de questions sur mon périple. Il est très intéressé et ne cache pas ses envies de voyages. Pendant ce temps, Malone lit son Picsou Magazine tout en sirotant un jus d’orange sans toutefois manquer une bribe de notre conversation !
C’est finalement vers midi que nous retournons vers Marius qui broute tranquillement à côté des sacoches. Sacoches toutefois mises suffisamment hors de portée pour ne pas qu’il fouille dedans !! Comme il est midi, on prend le temps de déjeuner avant de partir. Nous ne sommes plus à un quart d’heure près !
Après avoir salué notre hôte chez qui je sens beaucoup d’émotion à nous voir partir, on retrouve le chemin là où nous l’avons laissé la veille. Des logos indiquent que nous sommes sur une voie qui mène au Mont Saint-Michel. Surprise dix minutes après être partis, le chemin goudronné du GR est … fermé avec un cadenas ! On aura vraiment tout vu en Normandie ! Même du goudron sur des chemins privatisés pour accéder à des pâtures !  Il y a juste la place pour laisser passer un homme de la corpulence de Malone ! Même débâté, Marius ne passe pas ! On dois se résigner à faire demi-tour et prendre une petite départementale pour aller retrouver le GR plus loin. Doucement, on retrouve des sentiers en sous-bois et des chemins herbeux. Ils sont de plus en plus fréquents. L’Orne me semble bien plus accueillante pour randonner que son voisin le Calvados…
J’avais envisagé un temps prendre la direction de Camembert, village mythique où est né notre emblème national ! Je ne connaissais pas son histoire. Je l’ai trouvée sur le site touristique de la communauté de communes. Je vous la livre : « En pleine révolution française, les religieux qui refusaient de prêter serment à la constitution civile du clergé étaient poursuivis et devenaient des prêtres réfractaires. L’un d’eux, très certainement originaire de la région de Brie près de Paris, est venu demander asile et protection au manoir de Beaumoncel à Camembert, où Marie Harel fabriquait déjà des fromages. L’observant à sa tâche crémière, le prêtre lui donne une recette de fabrication utilisée dans sa région et qui permet de former une croûte autour de la pâte. Ainsi les fromages sont plus faciles à transporter de marché en marché, l’affinage est différent, le goût et la texture s’en trouvent modifiés. Ainsi vient de naître l’ancêtre du camembert que nous connaissons aujourd’hui ». Bref donc, j’envisageais de passer par là et de m’arrêter dans un temple Bouddhiste mais le temps manque. Dans dix jours je dois ramener mon Poulbot à sa maman. Les choses sont presque calées : on s’arrêtera au sud d’Argentan chez une famille qui possède deux ânes et qui est d’accord pour garder mon compagnon de voyage le temps de faire l’aller-retour jusqu’à Valence.
18 heures. Nous sommes aux Ecorches. Il est temps pour nous de trouver une pâture d’autant qu’une amie, Katia, vient pique-niquer avec nous ce soir ! Nous recherchons un terrain libre. Pas simple, entre ceux occupés par les vaches et les cultures ! Un tracteur s’engouffre dans la cour d’une ferme. Nous le suivons. L’engin est là, pas l’agriculteur ! Mince ! Le moteur est en marche, il ne doit pas être très loin ! On le cherche. Pas signe de l’éleveur ! Il doit être chez lui mais on ne peut pas accéder à la villa car le fameux tracteur bouche le chemin. On ressort de la ferme alors que les vaches nous regardent en ruminant !  Marius avance trèèèès doucement. J’ai l’impression qu’il marche sur des oeufs. Zut, on entend le tracteur repartir…. « Demi-tour !!! ».
Je lui fais signe lorsqu’il sort de l’exploitation. Le fermier éteint le moteur et descend de la cabine. Il me répond qu’il a un verger un peu plus loin et nous demande de le suivre. Bon, un âne qui suit un tracteur… comment dire… Les 500 mètres de routes nous paraissent trèèèèèèès longs !!!!  On finit par arriver devant la parcelle. Une des rares qui ne soit pas occupée par les vaches. L’endroit est idéal ! Je dois faire attention à ce que Marius ne mange pas trop de pommes. ce n’est pas bon pour lui.
Avant de monter la tente, je cure les pieds de Marius mais il est très énervé. Il aimerait bien croquer les pommes au sol. J’insiste mais il n’est pas très coopératif ! Lorsque j’entame le dernier sabot, l’antérieur droit, il m’envoie délicatement son postérieur qui me frôle le visage au millimètre. Je vois rouge ! Cela me met dans une grosse colère. Je finis par l’attacher à une clôture pendant que Malone et moi plantons la tente.
Au bout d’une heure, Marius m’appelle. Je vais le voir, lui demande s’il est calmé et le détache. Le laisser là n’aurait servi à rien. Je pense, en tout cas j’espère, que le message a été entendu. On se fait un câlin et je le laisse manger tranquillement tout en veillant à ce qu’il n’engloutisse pas trop de pommes. D’ailleurs, rapidement je l’attache à sa longue longue pour éviter qu’il ne boulotte trop de fruits.
Il est environ 20h lorsque Katia arrive. Elle découvre avec joie la caravane réduite ! Pour l’anecdote, lorsqu’elle est arrivée, je lui ai demandé de reculer sa voiture et de la garer à l’entrée du champ. Marius qui m’avait vu à côté d’elle, s’est mis à galoper vers le véhicule lorsqu’il l’a vu partir, pensant sans doute que je le laissais !! Choupinou !!!
On a passé une très bonne soirée tous les trois. Katia avait apporté, entre autre, une pizza au chorizo pour Malone qui en avait envie ! Petits plaisirs du chemin !! Merci beaucoup Katia…
Je suis couché. Malone dort. Je travaille ce soir sur la prochaine vidéo. Soudain, j’entends des pétards. C’est un feu d’artifice tiré depuis des maisons en contrebas du champ. Ce n’est pas un spectacle de grande qualité… très amateur même mais suffisamment pour faire peur à Marius en panique au bout de sa longue longe. Je sors pour le rassurer. Heureusement, cette plaisanterie ne dure pas longtemps.
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Jour 488 / De l’eau dans le gaz de la caravane !

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[Mardi 18 Juillet]

Aujourd’hui on rejoint une voie verte qui doit nous emmener à Livarot. Alors qu’on traverse un village, une dame sort de son jardin et vient à notre rencontre. Rapidement elle nous parle de sa maison augeronne que nous avions remarquée en passant devant. Nous l’avions trouvé très belle. Cette bâtisse magnifique a traversé les siècles et les générations. Malheureusement, nous dit-elle, elle ne connaîtra pas les suivantes car elle doit la vendre. Ses enfants ne viendront pas habiter ici. Devant notre curiosité, elle nous propose de la visiter. Malgré notre envie d’avancer, nous acceptons volontiers car cela n’arrive pas tous les jours de pouvoir découvrir un tel patrimoine. 

Notre matinée a été émaillée par un accrochage entre Camille et moi. A vrai dire, c’est quasi quotidien depuis qu’elle m’a rejoint. Je suis souvent agacé par ce qu’elle fait ou dit. A tort ou à raison. Je regrette souvent mes réactions mais c’est plus fort que moi. C’est la première fois que quelqu’un me rejoint depuis le départ de Céline. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ça se passe si mal. Je ne retrouve pas cette fluidité, cette connivence, cette complicité que j’avais avec celle qui m’a accompagné pendant 15 mois. Bien sûr il y a eu des accrochages, mais Céline, c’est Céline. Et puis, elle est toujours là sans l’être. Camille me fait d’ailleurs souvent remarquer avec une pointe de jalousie, que je parle d’elle tout le temps. Difficile de ne pas parler d’une personne qui est la plus proche de soi après avoir traversé près d’un an et demi de voyage.

Ce midi, c’est le choix d’un lieu de pause qui me fait sortir de mes gonds. Camille propose de s’arrêter près d’une rivière mais celle-ci se trouve près de la route. Malone et elle décident de s’y rafraichir tandis que Djali s’y baigne. Le bord de la rivière est arboré mais il ne me convient pas. La route est circulante et j’aimerai avoir l’esprit tranquille et ne pas avoir à surveiller et fliquer Marius qui voudra inévitablement brouter de l’autre côté de la départementale. C’est évident. J’avance donc. Mais pour rejoindre la piste cyclable, on quitte le GR. Là j’ai un doute : « Camille saura-t-elle quel chemin prendre ? » Alors que j’entre dans Caparmesnil, je ne les vois pas me rejoindre. Ça m’agace ! Il fait chaud, le soleil tape, j’ai faim… Je fais demi-tour avec une enclume au bout de la longe qui n’avance pas. Je finis par les apercevoir.

Je gueule : « Bougez-vous, je vous attends! ». Re-demi-tour. Mon enclume n’avance pas plus vite. Je rumine une colère que je n’arrive pas à calmer. Si Malone était resté avec moi, c’est sûr que je n’aurais pas attendu. Finalement je me pose à la voie verte, au bord du chemin. Je décharge Marius. Camille et Malone me rejoignent peu de temps après. On s’explique. Le ton monte. J’attends trop d’elle et on ne se comprend pas… Je ne la comprends pas. Heureusement, comme à chaque fois, l’orage passe… Le ciel, lui, reste orageux. On espère passer à côté. Je scrute les nuages, je suis attentif au sens du vent. Je ne veux pas prendre de risques avec mon fils.

On finit par reprendre notre cheminement. La voie verte est monotone. On joue avec Malone en pause mais aussi en marchant. Les jeux que proposent Camille font passer le temps parfois sur les sentiers. On parle beaucoup aussi. Les réflexions de mon fils me sidèrent parfois. Le regard de cet enfant de 9 ans sur la nature, l’environnement, notre consommation me surprend. Il est très éveillé et tient souvent des paroles d’adultes. Je suis fier de lui !!

Nous rencontrons sur cette ancienne ligne de chemin de fer un groupe d’autistes dont certains sont attirés par Marius. Dans les champs, on assiste à un bal de tracteurs qui mettent en bottes la paille et le foin pour les haras. Est-ce signe d’orage ou de pluie ?
L’orage gronde pas loin justement mais il semble qu’il passe à côté. Je croise les doigts pour que le vent ne tourne pas. Au Mesnil-Durand on quitte la piste pour trouver un bivouac. Sur la carte, un groupe de maison à proximité nous fait espérer un lieu tout prêt mais il s’agit d’un site pour personnes handicapées. Il est fermé. Zut. On continue de marcher sur la route goudronnée qui mène au village.

 

Juste après l’Esat (Etablissement et service d’aide par le travail), un champ nous ouvre les bras. Il est ouvert et bien herbeux, du coup on se dit qu’il est fait pour nous ! A moins que… Camille part à la recherche d’un agriculteur qui pourrait nous le confirmer ou nous proposer un autre terrain. Elle revient après avoir vu un habitant du village qui ne lui a pas donné véritablement de réponse. Ils ont tenté de téléphoné au maire, seul agriculteur du village, mais en vain.

Allez, on s’installe là. On prend soin de s’enfoncer au fond de la parcelle. Le chemin fermé par une barrière qui la longe donne sur une petite maison qui touche l’établissement pour travailleurs handicapés. Une personne âgée et ce qui semble être ses deux petites filles, des ados tout de même, nous saluent. La dame vient vers moi. On discute quelques instants mais je sens de la crainte. Elle reconnaît toutefois m’avoir vu dans le journal il y a quelques jours mais l’article ne nous ouvrira pas ce soir de passe-droit : ni eau, ni douche et encore moins un terrain. Pas grave, la pâture nous suffira ! Tandis que je monte la tente et prépare à manger, Camille est allée remplir les gourdes au cimetière où d’ailleurs elle a fait un brin de toilette… Je n’aurais jamais osé.
La nuit tombe doucement. La fatigue aussi ! 

[Mercredi 19 juillet]
C’est aujourd’hui que je dois récupérer à la Poste de Livarot, un colis envoyé par Céline qui contient  des arceaux de la tente qui me permettront de réparer ceux qui sont cassés même si les réparations provisoires semblent tenir. Nous ne sommes qu’à une heure de marche de l’entrée de cette ville qui a donné son nom à un fromage au lait de vache AOP. A l’entrée justement, un supermarché nous permet de faire quelques courses. C’est Camille qui s’y colle pendant que Malone et moi attendons sur la voie cyclable.

Lorsqu’elle revient, je rééquilibre les sacoches de Marius et nous repartons. On se retrouve bloqués quelques kilomètres plus loin : la voie est fermée ! Arrrrggg !!! Demi-tour ! On peste. Ca démoralise. Nous avons la possibilité de couper : un passage dans la haie qui nous sépare de la route nous permet d’éviter de tour refaire en marche arrière. Un sentier nous guide jusqu’à une rue de Livarot. On doit se dépêcher car midi approche. La poste va fermer ! Camille me propose de garder Marius et Malone pendant que je vais retirer le colis. Ok ! C’est parti ! Alors qu’ils se dirigent vers ce qui semble être un pré moi je me mets en quête, mon gps à la main, d’un logo jaune ! Je ne cherche pas longtemps! Mais sur la porte une affiche écrite à la main : « Fermeture exceptionnelle ce mardi 19 juillet » …. Nooooooon !!!! C’est pénible !!!

Je rejoins la caravane qui s’est installée dans un terrain aménagé en vue de la construction d’un lotissement. J’explique à Camille que le bureau de poste est fermé. Je m’assois et cherche une solution. Il est midi. Deux possibilités me viennent en tête : soit on trouve un terrain à proximité et on se pose, soit on avance et le père de Camille, qui vient la chercher demain, me ramène ici d’un coup de camping-car. J’en parle à Camille et lui propose de demander à son père, qui vient la chercher demain, de me conduire ici demain. Après réflexion, elle accepte, et quelques minutes plus tard, lui aussi ! Yeeees !

Après avoir mangé un bout, Marius n’a pas attendu !  Malone a trouvé de nouveaux copains de jeu : les enfants des propriétaires d’une des maisons qui jouxtent le terrain sur lequel nous nous sommes posés. Nouvelle rencontre éphémère. On traverse la ville et on retrouve la voie verte. Celle-ci longe « La vie », une petite rivière normande qui traverse le Calvados et l’Orne. Joli clin d’œil ! On marche environ 6 ou 7 kils avant de se poser à Sainte-Foy-de-Montgommery. Il faut se trouver un endroit assez accessible pour que le père de Camille puisse nous trouver. Finalement, c’est derrière la mairie que nous trouvons un terrain pour poser la tente. Il y a des toilettes et un lavabo, c’est parfait bien que l’endroit ne soit pas trop silencieux. Ça ira pour la nuit !

Alors qu’on s’installe tranquillement, le camping-car du père de Camille se gare à proximité du terrain où nous sommes posés ! Il ne devait venir que demain mais finalement, son amie et lui ont décidé de venir passer la soirée avec nous. C’est ensemble que nous dinerons sur une table de pique-nique. Les anecdotes du voyage colorent notre repas tandis que Marius occupe le petit jeu de boules, pas pour la pétanque, mais pour s’y rouler ! 
Je profite d’avoir un peu d’électricité pour travailler sur le Vlog. Le dernier de la saison 1. Malone m’accompagne pour la présentation. J’aime le faire participer et puis, parler devant la caméra, il adore ça aussi ! Il dort lorsque je le rejoins dans la tente…

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Marius Tour de France

Jour 486 / Soleil, chaleur et goudron !

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[Samedi 15 juillet]

Ce 15 juillet, Romain et Marie, nos hôtes, et leurs invités, sont partis très très tôt entraîner les chevaux à Deauville. Comme ils ne rentreront qu’après midi et que nous avons très peu marché la veille, nous décidons de ne pas attendre leur retour et de lever le camp ce matin.

Après le petit déjeuner, je m’occupe de remballer les affaires pendant que Camille va faire un tour avec sa chienne, car elle est prise d’une soudaine forte douleur dans le bas-ventre, et préfère être seule pour gérer sa douleur par la respiration. A son retour, j’ai presque fini de tout ranger. Nous laissons un petit mot improvisé de remerciements à nos hôtes avant de bâter Marius. Et comme souvent, le chargement de mes longues oreilles se termine par la recherche d’un ou des tendeurs qui me servent à fixer ce que je mets sur le dessus du bât. La matinée est passée encore trop vite, et il est pile midi quand nous quittons le joli jardin de nos hôtes. Et alors que l’on part, Camille prononce à haute voix le souhait de dormir dans un vrai lit ce soir !

Nous reprenons la route avec l’envie de dormir chez des amis d’une amie du voisin de Thierry. Vous suivez ? Bref, hier matin, nous sommes partis de chez Thierry avec les cordonnées d’un couple susceptible de nous accueillir.
Sur le chemin, j’appelle. Valérie me répond… Elle est enchantée et ravie de nous accueillir. C’est la première fois depuis le début du voyage que j’ai un si bon contact téléphonique avec une personne qu’on nous a recommandée. Valérie m’explique au téléphone qu’elle travaillait toute la journée et que son mari travaillant de nuit, il risquait de dormir encore cet après-midi. Néanmoins, elle m’assure qu’ils se débrouilleront pour venir nous accueillir. Nous prenons donc tout notre temps lors de la pause pique-nique, ne voulant pas arriver trop tôt chez nos hôtes.

A environ 1km avant l’arrivée, je confie Marius à Camille pour aller soulager quelques besoins naturels derrière des fourrés. Mais à peine une minute plus tard, j’entends des bruits de sabots sur la route. Un magnifique attelage apparaît : une voiture de cross tractée par 2 cobs normands, menée par un monsieur qui transporte 3 dames, dont 2 portant des chapeaux champêtres.

Marius est très attiré par les 2 chevaux de trait. A côté de ces deux magnifiques équidés de 800kg chacun, mon âne fait tout petit !!! Et nous voilà conversant tous ensemble au milieu de la petite route, les dames charmées par la présence de Malone, qui répond gentiment toujours aux mêmes questions… Un tracteur nous double sans que personne ne bouge une oreille, mais nous décidons de reprendre le chemin pour ne plus encombrer la route.

Après quelques dernières côtes et descentes (décidément, la Normandie est loin d’être plate), nous arrivons chez Valérie, Fred et Jeanne, la dernière des filles de Valérie.

A l’entrée de l’allée, une pancarte indiquant « Elle Mosaique, couturière de vaisselle »: intrigant. A droite du chemin, une grande prairie habitée par des poneys, à gauche, une prairie vide. Quelques mètres plus loin, une caravane joliment repeinte en mauve, accolée à une charmante roulotte. Ironiquement, Camille lance: « une nuit en roulotte, ça vous dirait? ». Au bout de l’allée, une belle maison. Camille enlève son sac à dos et va voir s’il y a quelqu’un, la porte est ouverte. Jeanne est dans la cuisine, Fred dans le bureau.

Fred nous propose immédiatement une boisson puis de nous installer dans la roulotte. Le vœu de Camille se réalise, elle qui est fan de roulotte ! Valérie et son amie Emilie nous rejoignent vers 19h. Toutes les deux exposent leurs œuvres d’arts respectives à la Grange aux dîmes, dans la ville d’à côté, Cambremer.

Nos hôtes nous font le magnifique cadeau de nous offrir une douche, et un délicieux apéro dînatoire! Nous parlons voyages car le couple souhaite effectuer un périple de 4 mois sur les chemins de Compostelle au printemps prochain. Valérie est avide de conseils techniques tout en étant déjà consciente de ce que peut apporter le voyage à pied…

Le couple nous propose de rester chez eux le lendemain, nous acceptons. Nous passons une soirée des plus agréables avant d’aller nous blottir dans la roulotte.

[Dimanche 16 juillet]

Comme c’est agréable de se réveiller naturellement sans sonnerie! Car aujourd’hui, c’est journée off.

Ce matin, j’avance vers la maison, Valérie m’y accueille et me propose un café. Camille me rejoindra un peu plus tard alors que Malone dort encore. Valérie lui propose un thé. Quoi de meilleur qu’une délicieuse boisson chaude autour d’une table dès le matin quand le voyage n’offre parfois qu’un jus de chaussette debout dans l’herbe mouillée!.. Encore une fois, seul le voyage fait prendre conscience de ces bonheurs du quotidien…

Alors que nous papotons, Valérie doit s’interrompre pour filer ouvrir la salle d’expo. Nous restons avec Emilie qui finalement nous emmènera en voiture jusqu’à Cambremer pour que nous puissions profiter de l’expo et du marché artisanal!

Cambremer est au cœur d’un territoire essentiellement agricole où l’on produit essentiellement du lait mais aussi du cidre AOC, du pommeau de Normandie AOC et le fameux Calvados.

Une fois sur place, nous nous offrons le luxe d’aller en boulangerie nous prendre des viennoiseries, et de les déguster à la terrasse du café-restaurant « Les Saisons », tenu par un gars à l’accent du sud super sympa et dynamique!

Puis nous arpentons le marché, où Camille reconnait un vendeur de plantes aromatiques que nous avions croisé dans sa camionnette le jour de notre départ de Beuzeville! Je ne suis pas certain que ce soit lui ! Je vais le voir et lui demande s’il n’a pas croisé ses derniers jours une caravane avec un âne. Il se souvient de nous ! En même temps, comment nous oublier ! Le pépiniériste nous parle de sa passion… nous sommes pendus à ses lèvres et je décide de lui proposer de l’interviewer! Il accepte de bon cœur.

Mais en attendant la fin du marché, nous allons à la grange aux dîmes admirer le travail de Valérie, d’Emilie et de leurs collègues. Nous y passons le reste de la matinée, Malone a même droit à des visites guidées par les artistes!

L’heure du déjeuner arrive, je repars chez Valérie chercher ma caméra, emmené par Emilie. A mon retour, nous nous rendons sur le marché nous prendre un repas…en vain, il ne reste plus rien. Dépités, c’est Valérie qui nous sauve encore une fois en nous proposant de partager le repas des exposants!

Je pars ensuite réaliser mon interview tandis que Valérie ramène Camille chez elle. Malone lui, préfère rester à l’expo avec Fred qui relaie sa femme.

Le reste de l’après-midi se déroule tranquillement, Valérie nous fait l’honneur de nous montrer son atelier, un lieu magique ! J’achète à Malone une mosaïque à faire soi-même tandis que Valérie lui en offre une.

Ce soir Gaele, Bruno et Yaouen reviennent nous rendre visite dans la soirée. Nous nous faisons une joie à l’idée de les retrouver ! Bruno a prévu colliers et scotch pour une réparation provisoire de l’arceau de la tente. Céline va m’envoyer dans les prochains jours de nouveaux arceaux par la poste. Nous prenons l’apéro tous ensemble avec Valérie, puis nous dînons sans elle car elle est fatiguée et veut passer du temps avec Jeanne. La soirée passe vite en très bonne compagnie! On se reverra, c’est sûr, dans quelques semaines. Cette journée off nous a fait grand bien à tous les trois. Ces pauses sont importantes durant un voyage pour prendre soin de soi et de l’animal qui nous accompagne.

[Lundi 17 juillet]

Nous nous levons sous un ciel gris. Nous prenons un p’tit déj sur la table de jardin à côté de la roulotte, nous prenons le temps d’une douche, et essayons de ne pas trop traîner. Mais comme je le rappelle, chaque départ suivant une pause d’au moins une journée, est laborieux…

Nous levons le camp en fin de matinée après avoir salué Fred que nous n’avions pas vu la veille au soir. Direction Cambremer pour faire un dernier coucou à Valérie qui expose de nouveau! Elle en profite pour prendre en photo Marius et son bât, la chienne de Camille et ses sacoches remplies de croquettes.

Nous quittons Cambremer par une légère côte.

Un automobiliste se gare devant nous sur le bas-côté. Il sort de sa voiture pour m’accoster et me questionner sur mon voyage. Il s’appelle Francis. Un retraité plein de joie de vivre qui a lu un article dans Ouest-France sur mon aventure ! Il repart après quelques minutes d’échange et de discussion.

Nous continuons à monter la longue côte qui mène à Saint-Laurent-du-Mont et arrivés en haut… Francis nous attend devant le restaurant « Les Trois Rois » ! Il nous invite à traverser la grand route pour le rejoindre… et nous propose de nous offrir le repas ! Nous n’en revenons pas. Francis prévient les responsables puis s’en va…

L’installation à la table est un peu compliquée car la patronne et son employée ne sont pas d’accord sur la disponibilité de la table où nous voulons nous asseoir pour surveiller Marius attaché à une clôture juste à côté. Il y a du monde qui passe devant l’établissement et le resto est au bord de la départementale.

Une fois définitivement installés, l’attente est tellement longue que nous songeons à partir. Mais finalement tout le reste du repas se déroule agréablement. Nous n’avons jamais revu Francis pour le remercier.

Au moment de partir, la patronne, ultra accueillante, demande à nous photographier et glisse un billet de 10 euros dans la main de Malone. Nous repartons le ventre plein, dans la bonne humeur, touchés par le geste de pure générosité de Francis.

Nous marchons sous le soleil qui cogne et abordons la commune de Crèvecoeur-en-Auge. Nous faisons beaucoup de route dans ce pays d’Auge ! « C’est le pays du cheval » m’avait-on dit ! Oui mais le pays du cheval de course ! « Le cheval du fric » m’avait précisé une autre rencontre. Il est vrai que nous voyons beaucoup de haras et de terrains de course d’entrainement privés. Ici, un tiers environ des chevaux de course français y serait élevé. Combien partent à l’abattoir faute de résultats ou finissent à végéter dans des prés, complètement cassés par les entraîneurs ? Certains témoignages lors de notre voyage font froids dans le dos. Quoi qu’il en soit, les chevaux de course ne vont pas balader sur les chemins de campagne… mais dans des vans ou des camions… alors le goudron peut bien tout recouvrir !

Rare exception de la journée, un chemin arboré nous offre une respiration. La chienne de Camille a soif. Elle va donc demander de l’eau pour Marius et Djali. Elle frappe à la porte ouverte d’une maison. La propriétaire, Evelyne, sort et accepte immédiatement de remplir le seau de Marius, annonçant qu’elle a un âne elle aussi, sur le domaine. Camille lui parle de la beauté de son lieu, de mon voyage… Elle propose alors de nous accueillir pour la nuit, même s’il n’est que 16h ! Lorsqu’elle retourne me voir pour lui demander mon avis… j’accepte même s’il est tôt ! C’est vrai qu’il fait chaud et Malone n’a pas le même rythme.

Marius se retrouve donc dans un magnifique verger, il peut voir l’âne et le poney d’Evelyne, c’est parfait ! Nous prenons le temps de nous reposer avant de monter la tente. Evelyne et son mari Jean-Noel viennent nous voir et nous propose une bouteille de jus de pommes et de cidre, de la maison ! Nous acceptons et ils nous proposent même des œufs de leurs poules! Ce soir-là, après une délicieuse douche offerte par le couple, dans le gite qu’ils tiennent, nous savourerons de savoureux œufs à la coque, en prenant soin d’en faire cuire d’autres, durs, pour le repas du lendemain midi.

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