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Marius Tour de France

Jour 842 / Derniers jours de voyage pour la Caravane du Bonheur

Vendredi 13 juillet

Avant de partir, Michelle sort son mari dans son fauteuil roulant pour venir rencontrer Marius et Pipo. L’homme d’une cinquantaine d’années est très diminué après son AVC. Bien qu’il aille mieux selon sa femme qui en prend grand soin, il ne parle pas. Hier, Mo et moi sommes allés le voir, tour à tour pour nous présenter. J’ai été très marqué par cette rencontre. Son regard m’a remué. Voir cet homme prisonnier de son corps, m’a beaucoup ému.
Nous saluons Michelle, qui nous a ouvert les portes de sa maison et permis de nous reposer une journée, et reprenons joyeusement et en forme notre route sous le soleil. 

On quitte La Rivière et traversons d’abord une plaine calcaire où les tournesols arborent leur soleil tandis que les blés eux, ont été coupés. Au bord des champs moissonnés, de grosses bottes de paille sont stockées, formant de grands murs dorés. Si nous ne sillonnons plus dans les canaux, nous sommes toujours dans le périmètre du Parc Régional du Marais Poitevin.

De temps en temps, nous trouvons une vigne ou une truffière. Quelque part sur une piste blanche, entre deux champs de céréales, sans nous en rendre compte, nous franchissons la frontière entre la Vendée et le département des Deux-Sèvres. A vue d’œil, ça ne se voit pas du tout. Les paysages sont plats et se ressemblent.

Nous entrons dans la petite commune de Saint-Georges-de-Rex, l’une des plus anciennes agglomérations maraîchines qui s’est développée entre un prieuré bénédictin et un château. Ici, la pancarte d’une asinerie – savonnerie nous rappelle que nous sommes dans le pays de l’âne du Poitou ! Nous en avons rencontré seulement quelques-uns dans le marais, mais c’est l’animal emblématique des marais poitevins. Le Baudet du Poitou, reconnaissable par ses longs poils épais qui s’emmêlent naturellement en poussant pour former des guenilles ou des rastas, tient une place vraiment importante dans la culture locale. Pourtant, la race a bien failli disparaître.

A la fin des années 70, on en dénombrait seulement 44. Les Haras Nationaux, en partenariat avec les éleveurs et le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin ont alors décidé le lancement d’une opération de sauvegarde, consolidée notamment par la création d’une asinerie expérimentale chargée de l’amélioration génétique, du perfectionnement des techniques d’élevage, du recueil des traditions et de l’information du public. Cette structure est chargée de la mise en œuvre d’une opération de croisement continu d’absorption qui débute en 1981, avec l’acquisition de 18 ânesses portugaises de grande taille destinées à être saillies par des Baudets du Poitou de race pure.

Un peu plus loin, nous tombons sur un bar/épicerie ! Une aubaine : les produits sont du terroir et on y fabrique des glaces artisanales ! Tout le monde est enchanté par cet arrêt imprévu ! D’autant plus, qu’une course cycliste doit passer, nous obligeant à attendre que les coureurs soient passés pour éviter de nous retrouver face au peloton !

Cerise sur le gâteau : une caravane publicitaire précède l’essaim de coureurs et lance moult objets certes complètement inutiles à mes yeux mais qui réjouissent et amusent nos lutins qui sautent dans tous les sens pour attraper stylos, posters, bonbons, et autres ballons gonflables jetés par poignées des voitures publicitaires.

Tandis que nos mioches font l’inventaire de leur chasse aux trésors et échangent leurs gadgets, Mo et moi dégustons une délicieuse glace maison avant de penser au ravitaillement dans cette épicerie qui ne propose que des produits locaux. C’est assez rare pour être signalé.
L’après-midi est bien entamé lorsque nous quittons Saint-Georges en direction d’Amuré.

A l’entrée du village, une grande aire de pique-nique nous offre de quoi nous poser. Il y a de la place en tout cas, mais pas vraiment d’herbe : la pelouse est rase et sèche. On remarque de l’autre côté d’un alignement d’arbre, un champ plus herbeux. Mais en s’y approchant, on se rend compte d’abord que des fruitiers y sont plantés et que des érables encerclent le champ. On est pris d’un doute : “sycomore ou champêtre” ? J’utilise une application sur mon téléphone qui est capable de me donner le nom de la plante que je photographie. Mais le programme indique plusieurs essences. Le doute subsiste donc et de toute façon le terrain ne semble pas top pour nos poilus. Je décide de laisser la caravane et me mets en quête d’un autre terrain. 

Après dix petites minutes, je finis par trouver le champ idéal… ou presque : très grand, coincé entre un lotissement, une ferme et une maison, herbeux mais avec pas mal d’orties. Je retourne chercher la compagnie puis on finit par se poser au fond de la parcelle après avoir tourné et viré pour s’installer dans un coin discret, histoire de ne pas se faire expulser par l’agriculteur !

L’endroit est plutôt calme. Nos plus proches voisins ne sont pas là. Je prends gourdes et poches d’eau pour les faire remplir chez un des riverains du terrain tandis que Mo et les enfants commencent à installer le bivouac. 
Le temps pour nous de monter le campement et la petite famille qui habite la maison qui jouxte le pré rentre chez elle.

Leur jeune chien s’approche de Pipo de l’autre côté de la clôture qui, surpris, fait un grand bond, s’enfuit en courant, mais oubliant qu’il est attaché, finit par se retrouver sur le dos, les 4 pieds en l’air! Quelle chute spectaculaire! Heureusement, il ne s’est pas blessé. À deux reprises encore, Pipo sursaute menaçant d’arracher son licol. Mo décide alors de l’attacher un peu plus loin.
Intrigué par le comportement inhabituel de leur chien, le couple s’approche de la haie et entame la conversation. Très gentil, il vient nous voir pour montrer nos longues oreilles à leur petit garçon.

Samedi 14 juillet

Avant de partir, nos voisins nous conseillent de nous arrêter chez un couple de cousins qui vit sur les hauteurs de Frontenay-Rohan-Rohan. Ce nom me fait sourire ! Il me fait penser à Rahan, le héros de la préhistoire de Roger Lécureux. Je lisais ses BD lorsque j’étais gamin. Je me souviens avoir même eu un poster dédicacé de la main du dessinateur.

On y est assez vite. Pendant un long moment, la piste est toute droite au milieu des cultures de maïs et de blé fraîchement coupé. Parfois des parcelles de vignes étonnent au milieu des céréales.

La marmaille caresse les fleurs de tournesols, attirée par la couleur de ces grandes plantes tournées vers le soleil. Petite brochure à la main, nos enfants recherchent des coquilles d’escargots pour compléter leur collection. Dans la brochure, ils recherchent le nom de tel ou tel escargot trouvé en chemin.

Le soleil tape. Entre les longs chemins rectilignes interminables et monotones, un reste de forêt, un petit bois. Enfin… un peu de verdure. Un homme-arbre amuse les enfants. Ils essayent chacun leur tour de l’imiter.

C’est un lama au milieu d’un troupeau de moutons qui intrigue Marius tandis que Pipo, trouvant le sable du chemin à son gout, se lâche et s’y roule sans se soucier de son chargement. Mo, croyant d’abord que son âne faisait une sorte de malaise, a bien essayé de l’en empêcher mais ses cris ne l’ont pas dissuadé de se coucher ! Heureusement, le bât ne s’est pas cassé sous la pression des sacoches.

On s’arrête un peu plus loin, dans un champ. Mo s’inquiète pour son compagnon de voyage. “S’est-il roulé parce qu’il est fatigué ? Y a t il un lien avec la chute inexpliquée du début de semaine ? Avait-il juste envie de se rouler dans le sable ? “. Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre. Durant la pause, il semble aller bien. Moi je penche pour une simple envie de se frotter.

Frontenay-Rohan-Rohan semble bien désert lorsque nous la traversons. On a cette impression étrange que les habitants ont fui le village. Certes, nous sommes le 14 juillet, mais quand même ! Il n’y a absolument personne dans les rues. Pas plus de monde dans les jardins. Tous les commerces sont fermés. La place minérale du centre bourg où l’on trouve les halles est terriblement vide. Même la supérette où nous espérions faire nos emplettes pour les prochains jours est fermée. C’est au cimetière que nous trouverons de l’eau pour remplir nos gourdes et surtout donner à boire à nos ânes. Il fait vraiment chaud. Les enfants fatiguent.

Nous sortons du village après avoir longuement contourné un pâté de maisons. On a retrouvé le GR36 qui vient de Niort et pris la direction de “La Broute” le hameau où habitent les fameux cousins.
Nous avons leur nom. Ça tombe bien, il est noté sur la boîte aux lettres. Je tente notre chance. Je laisse Mo, les enfants et les ânes au bord la route pour aller sonner à la porte de ce qui semble être une ferme. Une dame m’ouvre. Elle est très enthousiaste et nous répond favorablement. Sur ses entrefaites, son mari arrive. Il est tout aussi content de nous accueillir. Bernard et Bernadette, nous montrent le terrain où nos longues oreilles pourront se reposer cette nuit. Il y a de la place devant pour planter nos deux tentes. Les enfants sont contents de pouvoir se poser.

Le cœur sur la main, nos hôtes sont aux petits soins pour les petits. Ils nous proposent de prendre une douche et de boire un rafraîchissement. Pendant que nous faisons connaissance et bavardons, Malone profite de la télé allumée pour suivre un match de foot. Bernadette s’excuse de ne pas pouvoir nous inviter à leur table ce soir, ils ont du monde. Nous les rassurons, nous avons de quoi manger. Et puis c’est notre dernière soirée avec Mo et Lili. Demain, c’est le grand départ ! Ça va nous faire tout bizarre après ses 3 semaines passées ensemble…

Les enfants couchés, Mo et moi restons encore un peu dehors. Il fait bon. Je planche sur mes textes et mes prochains projets. Mo est mélancolique. Elle n’a pas envie de quitter l’aventure de suite. Cette vie sur le chemin faite de plaisirs simples, la joie des rencontres… Elle y a pris goût. Elle s’éclipse discrètement et va verser quelques larmes, assise sur un gros ballot de paille. Au loin, un feu d’artifice illumine le ciel de rouge et de vert. Comme pour lui dire de clôturer son voyage dans la joie. Demain, elle reprendra la route avec Lili et Pipo pour retourner vers la Belgique.

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