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Marius Tour de France

Jour 818 / Le pemier jour du reste de ma vie

Je suis toujours en vie ! Il est un peu plus de 6 heures lorsque j’ouvre les yeux, sous le grand chêne au pied duquel j’ai trouvé refuge au beau milieu de la nuit. Le jour peine à se lever. Les rayons du soleil ont du mal à percer l’épaisse brume qui rend l’ambiance si étrange.

Marius mange, lui, tranquillement près de moi. La musique résonne encore et les phares de la voiture de Lionel sont toujours allumés. Le moteur tourne, a tourné toute la nuit. J’hésite à me lever. Je préfère attendre un peu avant de sortir de mon sac à viande. Par moment, j’entends crier. La crise de schizophrénie n’est pas terminée.
J’essaie quand même de me rendormir. Je suis crevé. La nuit a été courte, très courte après ce réveil brutal et effrayant trois heures plus tôt. Je tourne en rond dans mon drap de soie. Si je me lève, je vais tomber sur “lui”. Je n’en ai pas très envie, encore moins en pleine crise. Ce n’est pas que j’aie peur mais je ne saurais comment réagir.
Trois-quart d’heure se passent avant que je me décide à me lever. Je ramasse mes affaires et avance discrètement vers ma tente que j’avais dû quitter en rampant. J’ouvre l’abside et la toile intérieur pour ranger mon duvet, mon matelas et quelques affaires. Des coups de gueule sporadiques viennent troubler le calme d’une nature qui se réveille doucement.
Soudain, alors que je m’apprête à démonter ma tente, j’entends Lionel claquer la porte de sa caravane, le coffre de la voiture, et couper le moteur de sa voiture. Tapi derrière ma guitoune, je ne vois rien. Le bruit de ses pas m’indique que mon voisin s’en va. Hier soir, il m’avait confié qu’il partirait tôt pour faire le tour de l’étang. Mais trente mètres plus loin, je l’entends hurler de plus belle. Je ne saisis pas très bien après qui il en a. Sa mère ? Sa femme ? Son ex ? Les trois en même temps ? Je lève doucement la tête pour observer la scène. Je ne vois pas grand chose, toujours caché derrière ma tente. Lionel se trouve au milieu du chemin. Il accompagne sa rage de grands gestes désordonnés. Je ne comprends pas très bien ces propos, si ce n’est qu’il en a après une femme et qu’il parle d’enfants.
Aussi brutalement qu’il se met à crier, il se tait, puis revient dans sa caravane.
Je continue à ranger mes affaires. Je n’ai pas envie de m’attarder ici plus longtemps même si quelques riverains promènent leurs chiens. Je suis crevé et je veux avancer pour me poser et faire une sieste un peu plus tard.
Au moment où je bâte Marius, Lionel sort et vient à ma rencontre.
“Tu t’en vas déjà ? Tu ne veux venir boire un café avant de partir ?” me demande-t-il ?
– “Non je te remercie. Je ne m’attarde pas lorsque mon âne est chargé”.
Je sens l’homme déçu de me voir partir.
“La musique ne t’a pas trop dérangé cette nuit ?”
Que devais-je répondre à cela ? Cet homme est malade mais il est sympa. Il fait une crise de schizophrénie. Je ne lui en veut pas. Ça aurait pu être plus grave mais je suis encore là pour en parler. Même si par instinct de protection j’ai rampé pour me cacher. Cette expérience ne remet pas en question mon voyage. Il faut simplement être prudent et prendre les bonnes décisions dans le calme.
“La musique ? Non du tout ! Tu sais après une bonne journée de marche il n’y a pas grand chose qui me réveille”... à part un schizo en pleine crise !
On échange quelques mots avant mon départ. Je l’encourage à se lancer dans une formation si les plantes aromatiques et médicinales l’intéressent vraiment.

Dégât collatéral de Notre-Dame-Des-Landes

Le ciel est toujours très bas au dessus de Saint Aignan et l’ambiance particulièrement effrayante lorsque des avions de ligne passent au dessus du village pour atterrir un peu plus loin, à l’Aéroport de Nantes-Atlantique. Ils volent à très basse altitude et pourtant on ne les voit pas à cause de la brume. Du coup, à chaque passage, j’ai l’impression qu’il y en a un qui va s’écraser.
Sur la place du village, les clients attablés à la terrasse du café ne semblent pas être dérangés ou surpris par le bruit des réacteurs. Ce matin en tout cas, c’est notre équipage qui fait parler dans le bar-tabac. J’attache Marius devant l’établissement puis me pose pour boire un café… ou deux !! J’échange quelques mots avec mes voisins de tablée, tous étonnés et admiratifs. Seul le patron du troquet n’était pas enjoué ! Presque désagréable lorsque je vais régler la note.
– “Vous ne travaillez pas ? Vous vivez de quoi ?” me lance-t-il
“Et Bien.. Je vis mon rêve après avoir tout vendu pendant que vous faites croire à vos clients qu’ils deviendront millionnaires pour vivre les leurs en leur vendant vos tickets à gratter. La réalité c’est qu’ils ne gagneront même pas la mise cumulée. Chacun ses choix de vie ! “.
Je quitte le bar en saluant à la collégiale les clients puis rebâte Marius avant de prendre la direction de Pont-Saint-Martin. Le bruit des réacteurs est insupportable. Saint-Aignan est pile-poil dans le couloir aérien et en bout de piste de l’aéroport de Nantes. Tous les habitants de cette petite ville de 4000 habitants ont vécu comme une trahison l’abandon du projet de Notre Dame des Landes. Plus personne ne supporte les 90 décibels de chaque gros porteur. Tout le monde était bien évidemment pro-NDDL ! C’est vrai, les nuisances ne gênent pas lorsqu’elles sont chez les autres ! Alors le maire et son conseil se battent aujourd’hui contre les projets de développement de l’aéroport historique pour des raisons de santé publique…

C’est sur cette réflexion que je quitte cette bourgade et suis le GR du Pays Nantais. Celui-ci n’emprunte quasiment que du bitume. Après Pont-Saint-Martin où je longe l’Ognon, un petit cours d’eau qui prend sa source en Vendée, je traverse Les Sorinières à partir de laquelle, la nature s’impose à nouveau. Plus j’avance et plus le vignoble s’étend dans le paysage. Le Vignoble de Nantes est le berceau de l’appellation Muscadet Sèvre et Maine du nom des deux rivières qui le parcourent. Il s’agit du plus grand vignoble monocépage blanc de France : le Melon de Bourgogne.

A quelques kilomètres de la commune de Chateau-Thébaud, je cherche un terrain dans un hameau. Ce soir, Lucie a annulé une soirée prévue avec un ami, pour fêter avec moi mon anniversaire. J’aperçois alors une femme dans son jardin. Je l’interroge sur la possibilité de se poser sur le terrain qui se trouve face à sa maison. Ce n’est pas le sien mais pour elle, ça ne devrait pas poser de problème : le propriétaire est à la retraite et la parcelle est fauchée une fois l’an. Bon, vu la hauteur de l’herbe, elle n’a pas été coupée depuis longtemps !

Marius se régale avant même que je décide de nous y poser ! Je monte le bivouac au milieu de cette végétation puis retourne voir “ma voisine” pour lui demander de l’eau. Entre temps, son mari est rentré et je fais la connaissance de la petite famille. Je ne m’attarde pas car Lucie me rejoint.
Pas de bougies mais quelques surprises et une bière des “Faucheurs volontaires” pour trinquer ! Quel meilleur breuvage que celui-ci pour trinquer !
Nous avons passé une très belle soirée à discuter en profitant du soleil couchant. Nous nous reverrons sans doute. En août peut-être. Je l’espère en tout cas.

La vie passe vite… même au pas d’un âne

45 ans … J’y suis ! La moitié d’une vie. Au moins. 
Tout comme déjà, mes 27 mois de voyage, elle est passée si vite… même au pas d’un âne. Comme souvent en chemin, lorsque je suis seul et que je laisse mon esprit vagabonder, des souvenirs d’enfance remontent à la surface comme une bouffée de nostalgie. L’émotion m’envahit lorsque je ferme les yeux et m’abandonne devant le film de ma vie… Tant de chemin pour arriver jusqu’ici. Je n’aurais jamais parié me retrouver nomade il y a 20 ans ! Avant le voyage initiatique de 2007, avant que “la vie” me pousse sur les sentiers avec Marius, je ne concevais même pas de partir. Et pourtant, je ne regrette pas un seul instant d’avoir fait ce choix, d’avoir tout vendu pour vivre cette aventure extraordinaire, d’être sorti de ma zone de confort. Je suis heureux sur les chemins de traverse à vagabonder. Je ne sais pas ce que j’y fuis, mais je m’y suis rencontré. Je me suis trouvé. Aujourd’hui, je ne me vois pas rentrer, retrouver ma vie d’avant, bien rangée, plus conformiste. Je ne me vois pas reprendre un boulot qui ne me satisfait plus, le rythme hebdomadaire des bouclages, la course aux scoops et aux Unes vendeuses. 
En deux ans, j’ai rencontré des personnes qui m’ont démontré elles aussi, qu’une autre voie était possible en faisant le choix d’une sobriété heureuse. Pourquoi pas moi ? Vivre en nomade, sans attache, choisir sa route selon la météo ou les rencontres, se laisser porter par son intuition, décider de s’arrêter ici ou ailleurs, ne rien prévoir pas même là où l’on se posera le soir, oublier la contrainte du temps. Bref, être libre.
Je ne sais pas ce que je ferai en janvier prochain. Il est encore trop tôt pour faire des choix. Mais je réfléchis à des projets, pose des intentions, sème des idées. Octobre prochain devrait être un mois décisif vers une nouvelle transition. Avant de me lancer dans ce périple, je disais que la vente de ma maison scellerait mon départ ; aujourd’hui, c’est le terme de mes trois ans de congés sans solde qui conditionnera la suite du voyage.

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