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Marius Tour de France

Jour 807 / Une semaine dans la ZAD de Notre Dame des Landes

Mon voyage ne pouvait pas, ne pas passer par Notre-Dame-Des-Landes. Territoire s’il en est, des utopistes de tout poil qui, pendant 50 ans, se sont battus contre un projet d’aéroport. J’arrive après la bataille. Celle, menée par les forces de l’ordre, pour expulser les nombreux ZADistes engagés, parfois depuis de nombreuses années, dans un conflit contre “la normalisation industrielle des campagnes largement organisée par les administrations agricoles”.

En route pour Notre Dame des Luttes

Il y a encore quelques jours, c’était une « zone de guerre ». Les expulsions ont été illégales, brutales, sanglantes, … pour détruire, écraser, raser le rêve d’alternative à notre société qui pousse sur ces terres depuis tant d’années. L’État a déployé tout ce qu’il pouvait de “tuniques bleues” et de blindés pour piétiner les terres du Larzac Breton, asséner de grands coups de matraques, lancer des grenades et autres bombes lacrymogène par centaines, afin de déloger ceux qu’ils considèrent comme des “occupants illégaux” !
Je ne savais pas ce que je trouverais là-bas. Je ne savais d’ailleurs pas, s’il était prudent de m’y rendre. Plusieurs personnes qui me suivent sur ce blog ou sur la page Facebook m’avaient même demandé de ne pas y emmener Marius, craignant pour son intégrité physique. Je peux les comprendre, au vu des “reportages” TV qui sont passés en boucle sur les chaînes d’info en continue. Des scènes d’une violence extrême, où les Zadistes étaient montrés uniquement comme des voyous anarchistes prêts à en découdre avec les forces de l’ordre.

Bien loin des fantasmes médiatiques, j’étais de mon côté, en contact avec Fabienne*, jeune femme qui, après avoir commencé un grand voyage avec son compagnon et leur deux mul’ânes, a dû s’arrêter, car elle est tombée enceinte. Le couple s’est donc installé à la Noé Verte sur la commune de Grandchamp-Les-Fontaines. Ce bourg est situé complètement à l’Est de Notre-Dame-Des-Landes. Pour m’y rendre, j’ai traversé l’autoroute. “Que vais-je trouver de l’autre côté?” me suis-je demandé. J’avais hâte de voir par moi-même ! Ces derniers jours, je n’ai pas toujours eu des retours positifs lorsque j’expliquais que je me rendais dans la Zone à Défendre. “Ce n’est pas le pays des bisounours !! Les riverains se faisaient racketter par les Zadistes” m’a même raconté un ami !  J’ai surtout constaté qu’il y avait beaucoup d’incompréhension depuis l’abandon définitif du projet. Des questions aussi, sur ce que voulaient les Zadistes aujourd’hui. J’entends encore souvent qu’ils n’ont pas de légitimité à vivre ici et qu’ils devraient abandonner la Zad. Il y a parfois du mépris dans la bouche de gens qui trop souvent ne perçoivent la lutte que depuis le petit trou de la lorgnette des médias.

Sur la petite départementale qui mène à ma destination, j’ai aussi eu des ressentis négatifs. Beaucoup de personnes ignoraient littéralement ma présence lorsque je passais devant chez eux. Pas un bonjour, pas un regard. Et lorsque regard il y avait, on me dévisageait. Plusieurs automobilistes m’ont doublé sans ralentir. Le propriétaire d’un gros 4X4 a même accéléré en nous frôlant. Il roulait si vite qu’il a failli planter sa voiture dans le fossé en croisant un autre véhicule. Je ne me sentais pas très rassuré sur cette route, même si j’y ai croisé des gens curieux et bienveillants, notamment une famille habitant l’une des dernières maisons avant de franchir l’autoroute. C’est sûr, pour certains je devais être perçu comme un “occupant de Notre-Dame-Des-Landes” ou “un des leurs”. Quelqu’un en tout cas, qui venait augmenter l’effectif des défenseurs de la ZAD.

Je marche en imaginant ce que je vais trouver là-bas. Plus j’avance, plus les questions fusent dans ma tête. Comment vais-je être perçu ? Accueilli ? Sont-ils sur leurs gardes après les premières expulsions ? Faut-il montrer patte blanche ? Y-a-t-il des CRS en embuscade pour une nouvelle vague d’expulsions ?
En bordure de route, quelques maisons fermées. D’autres habitées ou en travaux. L’abandon du projet d’aéroport aurait-il relancé des projets de vie ?

Après quelques kilomètres, j’arrive enfin à un croisement. En face, le chemin d’accès à la Noé Verte. On ne peut pas se tromper, les bordures sont jalonnées de pneus, de barres de béton… par endroit, des fosses ont été creusées de part et d’autre. Des restes de ce qui fut probablement une barricade érigée pour retarder d’éventuelles expulsions. Je prends quelques photos, filme notre arrivée. Au fond, un grand portail en fer est ouvert. Sur la plus haute traverse, une banderole a été accrochée, sur laquelle on peut lire : “D’Est en Ouest La Zad on la conserve”. Je suis prudent. Je ne sais pas comment pourrait être perçue ma caméra. Alors que j’enregistre quelques plans, une camionnette tourne sur le chemin. Mince ! Je suis gêné. Je m’empresse de ranger mon appareil dans sa fourre. Pas le temps. Le véhicule est déjà à ma hauteur. Dans l’habitacle, se trouvent deux femmes et un homme. Ils ont le sourire. Je ne suis pas très à l’aise. Je leur explique ce que je viens faire ici et qui je vais voir, comme pour justifier ma présence. Mais les occupants de la camionnette ne semblent pas connaître Fabienne qui m’attend, ni même inquiets  par ma venue. Ils redémarrent et continuent d’avancer. Moi aussi.

Le grand portail de la Noé Verte

Le grand portail franchi, je tourne à droite après la carcasse d’une voiture poussée sur le bas-côté. J’y suis. J’envoie un texto à Fabienne pour la prévenir de mon arrivée. Je continue d’avancer. A l’entrée, trône la structure en bois d’un bâtiment. Quelques véhicules sont garés dans le prolongement, me faisant penser qu’il y a du monde qui vit ici.
Devant la bâtisse, une ancienne maison construite dans les années 70, je fais la connaissance de Fabienne et de son copain Mathieu* revenant du potager, ainsi que de plusieurs habitants dont les occupants de la camionnette de tout à l’heure.

La Noé Verte est le dernier lieu pris par les utopistes de la ZAD. Le pavillon était alors muré et surveillé par une société de gardiennage. A deux reprises, de petits groupes d’individus ont tenté d’y pénétrer, mais à chaque fois, ils ont été refoulés par les forces de l’ordre. Déterminés et conduits par un collectif Nantais, ils se sont finalement emparés des lieux appartenant à Ageo, le promoteur de l’aéroport, en octobre 2015 ouvrant en quelque sorte un nouveau front. Pour eux, ce n’était pas qu’“un acte de résistance face aux cannibales capitalistes”. Ils avaient aussi la volonté d’étendre et de consolider les formes d’autonomie vivrière déjà pratiquées sur la ZAD et de poursuivre le développement de réseaux d’entre-aide et de savoirs, en créant un lieu de transformation de produits alimentaires autogéré ouvert à tous ceux qui voudraient utiliser cet outil. Ce projet se met peu à peu en place. La charpente posée sur une dalle en béton à l’entrée est d’ailleurs le squelette du futur bâtiment. En attendant, c’est dans la maison qu’ils remplissent les bocaux dans la joie et la bonne humeur.

Sur la dizaine d’hectares qui jouxtent le lieu de vie, ils produisent aussi des céréales et des légumes. Mathieu m’explique que le potager est son lieu d’expérimentation. Sous les serres que les occupants ont construites, ou à ciel ouvert, lui et d’autres ont planté tomates, courges, salades … de quoi nourrir les habitants de la Noé Verte.
Il y a deux pièces principales dans la maison : la cuisine et le coin repas/détente qui fonctionne comme une colloc où chacun est indépendant. Il y a également une pièce utilisée pour la conserverie. Je dormirai dans un des deux dortoirs aménagés à l’intérieur. Les habitants du lieu vivent quant à eux à l’extérieur : dans des caravanes, des yourtes et même dans une bâtisse en terre-paille.

Au cœur de “Notre Dame des Rêves”

J’ai pu rencontrer Gibier, installé non loin de là comme maraîcher, depuis quelques années. Il n’habite pas dans la Zad, mais dans un logement situé dans un lotissement à la sortie du village de Notre-Dame-des-Landes. Il aimerait vivre sur la Zad plutôt que dans ces maisons HLM construites sur des terres agricoles. Mais ses contraintes familiales l’ont amené à un choix différent. Le producteur de légumes cotise à la MSA. C’est indispensable pour faire les marchés. Là encore, contrairement à ce que laissent entendre les médias, plusieurs producteurs ont fait le choix d’une installation “officielle” : boulangers, producteurs de lait, brasseurs et même apiculteurs. Alors certes, certains sont installés officieusement, ne déclarant rien à personne, mais tous cohabitent, même avec les paysans “historiques”, ceux qui cultivent sur ces terres depuis des dizaines d’années, voire depuis plusieurs générations, et ayant toujours refusé de quitter leur ferme.

Gibier reconnaît toutefois qu’il occupe des terres illégalement, comme d’ailleurs tous les militants de la ZAD. Toutefois, sur les 1600 ha de terres, seulement 260 hectares appartenant à l’État ou à Vinci sont exploités par les ZADistes. En fait, exploités n’est pas le bon terme. Je devrais dire “gérés”. “Gérés collectivement” même. Les agriculteurs expropriés aussi, continuent d’exploiter leurs parcelles, comme si de rien était. Mieux encore, ils touchent même les aides de la Pac. Et aujourd’hui, ceux-là mêmes qui hurlent contre les occupants “illégaux”, demandent à récupérer leurs terres, alors qu’ils ont touché de belles indemnisations lors de leur expropriation !

J’ai profité d’un déplacement de Gibier pour découvrir une partie du périmètre de la Zone à Défendre. Il m’indique les limites de l’aéroport. “La Noé Verte devait être en bout de piste”. On traverse la fameuse “route des chicanes”. Plusieurs gendarmes mobiles sont positionnés au croisement. Ils veillent à ce que les travaux de remise en état de la départementale se déroulent sans heurts. Mon guide m’explique qu’ils sont moins nombreux depuis la fin de la deuxième phase d’expulsion.
– “A cause de la grenade qui a arraché la main de Maxime ?”
– “Non ! Parce que c’est l’été, il y a les vacances, ils sont en sous-effectifs et Vigipirate oblige, ils sont affectés ailleurs” me répond Gibier.

La Rolandière et son célèbre phare.

Le maraîcher a à faire à La Rolandière, l’un des 70 «lieux de vie» de la ZAD. Mais il s’agit surtout d’un des sites les plus importants de la zone, épargné par la démolition, car cet ancien corps de ferme abrite une bibliothèque. Ici devait être planté la tour de contrôle. Comme un pied de nez à Vinci, c’est un ancien pylône électrique de 20 mètres de haut qui se dresse à son endroit, tel un phare. Pas surprenant que le site serve de «point info» aux nouveaux arrivants sur la zone. En attendant Gibier, j’y découvre de nombreuses brochures, documents, livres, cartes. Un jeune vient d’arriver. Il a installé son campement dans le bois, tout près. Une dame âgée le renseigne sur les chantiers collectifs. Un poste radio diffuse les programmes de “Radio Klaxon”, une des seules radios pirates aujourd’hui en France émettant sur les ondes FM sans l’autorisation du CSA. Pour arroser la Zad, la radio, dont le studio est aménagé dans un bus posé dans un champ, pirate la fréquence de Radio Vinci Autoroutes.

Le hangar dit “de l’avenir” fabriqué en 2016 de façon traditionnelle.

Une fois terminé, mon chauffeur récupère sa remorque entreposée là, puis roule vers Bellevue, un autre site emblématique de la Zad, où il doit prendre une charrue. Il me confie qu’ici le matériel agricole est mutualisé. Il n’est pas de la première jeunesse, mais il sert dans les différentes fermes de Notre-Dame. Alors que nous chargeons l’imposant outil, je contemple le hangar dit “de l’avenir” dont les éléments ont été fabriqués en 2016 de façon traditionnelle par des dizaines de charpentiers-ères. Une véritable œuvre d’art collective construite pour abriter un atelier de menuiserie et charpente.

Sur le retour, des restes de barricades de fortunes. Je m’interroge. Gibier me raconte les violents heurts qui ont opposés les défenseurs de la ZAD et les militaires durant plusieurs jours. 250 Zadistes face à 2500 gendarmes. Jets de bombes à excréments contre tirs de grenades. Cocktails Molotov contre gaz lacrymogène. Catapulte artisanale contre engin blindé. C’était David contre Goliath. “La plupart du temps, les gendarmes ont contourné nos barrages. On ne pouvait rien faite d’autre que les retarder” se souvient le militant. Mais au fait : il était où l’arsenal des Zadistes ? Ces prétendues armes cachées dans le bocage que “Le Journal du Dimanche” pensait avoir découvertes grâce à des informations fournies par … la gendarmerie ? Comment ne pas croire aux manipulations…

Les Mul’ânes de Fabienne et Mathieu

Quelques jours à la Noé Verte m’ont permis de faire la connaissance de ses habitants mais aussi de mieux comprendre le fonctionnement de la ZAD. J’aurais aimé interviewer les personnes présentes mais, à part Mathieu, aucun n’était véritablement volontaire à répondre à mes questions à visage découvert. Même si je suis un vagabond, je reste un inconnu et surtout un journaliste. Du temps est nécessaire pour gagner la confiance des occupants. Les “Camille à Moustache” et les “Camille à Couettes” restent méfiants. 
Toutefois, au fil des jours, je comprends mieux en écoutant Gibier et Mathieu, qu’il y a une grande diversité d’engagements sur la Zad. Des anars, des vegans, des végétariens, des antispécistes, des omnivores, des féministes, des punks avec ou sans chien, des personnes qui veulent travailler avec des animaux, avec des machines, … sans oublier, bien sûr, les agriculteurs et agricultrices expulsés qui luttent aussi contre le rouleau compresseur. Ça grouille de gens très différents qui ont parfois du mal à cohabiter. Parmi eux, un certain nombre de personnes mal dans leur peau et dans leur tête à la recherche d’une zone de repli pour un peu de répit. Des drogués aussi que le manque rend violents. L’intolérance gangrène les Zadistes et l’on voit par exemple des antispécistes qui coupent les clôtures des parcs à vaches ou libèrent les escargots du joug de leurs éleveurs. 

Après la fête, la gueule de bois

Avec l’abandon du projet, l’ennemi commun qui liait depuis des années les personnes dans chaque groupe de la lutte comme les divers groupes entre eux, n’existe plus. La fête de victoire terminée, l’unité a pris du plomb dans l’aile et la Zad a vu fleurir divergences, dissensions, mensonges et manipulations. Tout le monde n’était pas d’accord sur la façon d”enraciner l’avenir” et certains ont utilisé des stratagèmes pour arriver à leurs fins. Les conflits internes se sont multipliés. Mais le dégagement de la fameuse “route des Chicanes” ou D281 a été l’une des premières décisions très conflictuelles qui a donné lieu à des assemblées générales très discutées et a largement contribué à creuser la méfiance entre Zadistes. Car si lâcher la départementale permettait d’éviter de prendre le risque de voir débarquer les forces de l’ordre et leur donner une excuse pour expulser des lieux, cela représentait aussi l’abandon d’un des sites les plus forts de la ZAD en faisant cadeau à l’État pour… préparer le terrain pour les expulsions. D’autre part, un certain nombre d’occupants considéraient que “ce n’était pas le bon moment”“qu’on aurait dû la garder comme un levier dans les négociations”, ou “attendre d’avoir des garanties sur les expulsions”. De grosses pressions et un rapport de force d’une partie du mouvement a eu raison du blocage de la départementale qui a été dégagée pendant des moments collectifs très tendus. 
Ce fut la première étape du processus de tractation orchestré par la préfecture qui a fracturé les Zadistes qui pensaient à tort pouvoir, négocier.

“Divide ut regnes”
Ainsi, pour discuter avec l’État sur le devenir de la ZAD sans aéroport, le mouvement contre Notre Dame des Landes et notamment les assemblées des usages, avaient décidé, avant l’abandon du projet, de former une “délégation inter-composantes”. Les 28 février et 20 mars, celle-ci a porté en préfecture, après d’âpres discussions, trois grandes revendications : le refus des expulsions et les pistes pour une régularisation de tous les habitats ; le gel de l’attribution des terres pour donner le temps au mouvement de construire une entité qui les gérerait à long terme et l’amnistie pour les personnes qui ont subi la répression durant les années de luttes. Mais il était utopiste de croire que le mouvement pouvait obtenir une réelle négociation avec l’État : la préfecture a bloqué sur tous les points (sauf le gel du foncier) et en particulier sur la gestion collective. Cette dernière aurait permis de couvrir toutes les terres et habitats de la ZAD au nom de l’association “Pour un avenir commun dans le bocage?” créée pour porter les décisions de l’assemblée des Usages. 
Et comme pour appuyer cette volonté, le gouvernement a envoyé les militaires le 9 avril pour une première vague d’expulsions. Après quoi, la préfète a proposé de négocier en brandissant ses “formulaires simplifiés”. Une proposition accompagnée d’un ultimatum : “rendre les formulaires avant le 24 avril sans quoi les opérations d’expulsions reprendraient !” En clair, on frappe et après on discute… un peu mais pas trop !  Vous avez dit “démocratie” ?

Les fameuses « fiches » sont des déclarations d’intention de projet agricole qui permettraient d’obtenir des Conventions d’Occupation Précaires (COP). Il s’agit de contrats gratuits qui donnent très peu de droits et que l’État peut résilier en quelques jours. De nombreuses réunions ont été tenues pour s’entendre sur la position à suivre. Les avis divergeaient au cours de ces assemblées générales souvent très tendues. Certains préféraient accepter la législation et se plier aux injonctions de la préfecture, c’est à dire à déclarer leur projet agricole pour obtenir ces conventions, d’autres voulaient résister et ne pas se soumettre au “dictat” de l’État préférant se battre et prendre le risque de se faire expulser, d’autres encore étaient prêts à accepter de faire certains compromis pouvant être compatibles avec le collectif. 
Finalement, pour tenter de protéger le territoire de la Zad, il a été décidé de remplir en urgence les déclarations d’intention de projet agricole en essayant de couvrir toute la zone. Il fallait pour cela que tous les projets soient liés entre eux en parallèle aux résistances sur le terrain et aux mobilisations. Une petite dizaine de lieux ou de collectifs a choisi de ne pas en déposer. Tout à été fait pour subvertir le cadre imposé par la Préfecture : des associations se sont glissées au milieu des rares individus, des agriculteurs se sont inscrits comme “parrains”, plusieurs activités ont déclaré les mêmes parcelles (agricoles, culturels ou artisanaux) et enfin chaque projet était lié aux autres, l’ensemble ayant été remis dans une énorme liasse commune à la préfecture !

Pour les défenseurs de la Zad, l’État cherche simplement à les trier. “Il agit comme si la Zone à Défendre était peuplée d’un côté de radicaux qui bâtissent des barricades et lancent des cocktails molotov, et d’un autre les gentils porteurs de projets qui n’attendent que de se régulariser. Ils croient sans doute qu’une fois les seconds ayant rempli leurs fiches, il suffira de déloger les premiers pour que le bocage redevienne paisible ! Il applique à notre situation, ce qu’il a -presque- réussi à faire advenir partout : l’univocité des êtres” expliquent les habitants de plusieurs lieux dans une lettre. Cette séparation est un des lieux communs les plus absurdes de la pensée occidentale, ce qui explique sans doute qu’il soit si abondamment repris dans les médias… Mais voilà, celles et ceux qui tentent par la négociation de rouvrir des brèches pour l’avenir se sont aussi dressés avec toute la véhémence qui convient face à lui dès le 9 avril. Ce n’est pas parce qu’on monte sur les barricades qu’on ne sait pas tenir un crayon ou traire une vache, et vice et versa…”Le 17 mai au matin, de nouveaux lieux ont été détruits par les gendarmes. Quatre au total. L’État avait prévu : “Seront expulsés ceux qui ne seront pas intégrés dans le cadre que l’État a proposé”. Et l’État a tenu ses promesses sans appliquer, encore une fois, les procédures qui encadrent rigoureusement la procédure d’expulsion.Reste que ces conventions d’occupation précaire ne courent que jusqu’en décembre. Leur reconduction est très compromise car le département de la Loire-Atlantique a repris le bébé. Ses dirigeants ne feront pas de cadeaux aux Zadistes qui ont fini par faire capoter le projet d’aéroport qu’ils soutenaient bec et ongles. Bien au contraire, ils feront tout pour aider “les agriculteurs cumulards” de la FNSEA (syndicat agricole majoritaire) qui veulent récupérer des terres de la Zad pour agrandir leurs exploitations. À l’heure où l’on crève dans notre société qui va droit dans le mur, que va devenir cette terre préservée où quelques-uns ont voulu montrer un autre chemin, une autre voie, une vie alternative ?

Demain, je traverserai la ZAD d’Est en Ouest, aller à la rencontre de ses habitants, et me rendre mieux compte ce qu’il reste de ses lieux. * Certains prénoms ont été changés.

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Sources  : Vallées en Lutte
                  Zad Nadir 
                  Reporterre

Tags : BretagneloireZAD

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