close
Marius Tour de France

Jour 778 / Les vaches ont disparu des champs !

Je garderai un souvenir mitigé de la forêt de Brocéliande. Je pense,​ qu’outre la déception de découvrir un lieu privé et fermé ne permettant pas d’apprécier le lieu à sa juste valeur, je ne suis pas venu au bon moment. Y avait-il trop de touristes pour vivre une “expérience surnaturelle” ou est-ce moi qui en attendais trop​, je ne sais pas​… J’y reviendrai peut-être​ un jour, dans d’autres circonstances,​ pour mieux apprécier l’endroit.​

Un dernier au revoir à Isabelle qui m’a hébergé chez elle durant quelques jours​, et nous voilà partis en direction de Maure de Bretagne.  ​J’ai été heureux de faire sa connaissance et de passer du temps avec elle, c’est une femme authentique au rire très communicatif ! Un grand merci pour ton accueil !
Comme ce fut le cas dans la forêt de Brocéliande, Claire et moi suivons l’itinéraire conseillé par Isabelle, itinéraire qui nous fait emprunter une petite route jusqu’aux forges de Paimpont. Ce site industriel fut l’un des plus importants de Bretagne dès le XVIIIe siècle. Ces forges ont fonctionné jusqu’à la fin du XIXe siècle. La proximité d’un gisement de minerai de fer extrait à ciel ouvert, l’existence d’un réseau hydrographique important et l’approvisionnement aisé en charbon de bois produit sur place,​ ont permis l’implantation de ces forges devenues aujourd’hui un site touristique inscrit aux monuments historiques. Nous n’y pénétrons pas​,​ ​l​e site ​étant​ fermé lorsque nous le longeons.

Une poignée de kilomètres plus tard, alors que nous traversons un hameau, une dame sort de sa maison et nous interpelle. Surprise de nous voir passer, Solenne nous interroge ​sur ​ce que nous faisons et nous propose quelque chose à boire. Et voilà comment après seulement une heure et demie de marche, nous prenons le temps d’échanger avec cette petite famille. Pendant que nous buvons un café, Marius lui, a droit à une poignée de foin ! En fait, Solenne vit dans les Bouches-du-Rhône et est en vacances chez sa sœur Syveline pour quelques jours. On poursuit notre route après avoir dégusté une part de tarte aux pommes, avec un petit air de Sia dans la tête…

Un chemin abrupt et caillouteux descend jusque dans la vallée de l’Aff, un cours d’eau qui prend sa source dans la forêt de Paimpont délimitant naturellement le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine. Il glisse sur une piste rectiligne au bout de laquelle on se pose pour manger un bout.

Dans les champs, les agriculteurs sont au travail. Depuis plusieurs semaines, ils déversent une quantité impressionnante de lisier. Il s’en dégage une désagréable odeur de station d’épuration. Ça pue dans le bocage Breton ! On s’étonne d’ailleurs avec Claire de l’absence de troupeaux de bovins dans les prés. Les pâtures sont vides ! Mais si les éleveurs déversent autant d’odorants excréments dans leurs champs, c’est qu’il doit​ y a​voir​ des troupeaux dans le coin ! Les vaches doivent bien se cacher quelque part ! Sont-elles toutes assignées à résidence comme les vaches que nous avons aperçues dans des stabulations, parfois des animaux maigres et mal en point notamment du côté de la forêt de Brocéliande ? Ce qui confirmerait les propos de Benoît, éleveur de porc bio en plaine nature, qui m’avait expliqué que les exploitations étaient devenues si grandes, que les éleveurs ne sortaient plus leurs troupeaux​,​ les champs étant trop loin de la salle de traite​!​ Du coup, c’est eux qui leur apportent l’herbe qu’ils coupent dans les prés ! Le monde à l’envers !

Tandis que nous grignotons un morceau au bord du chemin, une agricultrice vient s’occuper du troupeau qui broute tranquillement derrière nous. Nous lui faisons remarquer notre étonnement de ne plus voir de troupeaux de bovins dans les pâtures. La dame ne cache pas sa consternation face aux nouvelles techniques agricoles. “Ils font n’importe quoi” lâche l’agricultrice dépitée : “Aujourd’hui, les bêtes sont des objets, des machines à fournir du lait. Ce sont des robots qui s’en occupent pour traire, donner à manger et nettoyer. Les fermes sont déshumanisées​”​. Pas question pour cette agricultrice proche de la retraite, ni pour son fils, de faire de l’élevage hors-sol comme la plupart des exploitations alentours. “Les vaches vivent enfermées, pas étonnant que le bétail tombe malade ou ait mal aux pieds”.

C’est sur ce tableau bien peu reluisant de l’agriculture moderne que nous reprenons la route. Sortis du chemin, nous empruntons une départementale jusqu’à ce que nous rejoignions la voie verte à Guer. Avant de glisser dans la vallée de l’Aff pour regagner l’ancienne voie de chemin de fer, nous retrouvons ces grandes bandes plastiques étendues dans les champs dont j’avais déjà parlé il y a quelques semaines. Benoît m’avait expliqué que ce film plastique protégeait les cultures de maïs notamment des oiseaux qui pourraient dévorer les graines. Il accentuait l’humidité et la chaleur permettant une germination plus rapide. Mais selon l’éleveur, le plastique, fabriqué avec de l’amidon de… maïs, ne serait pas si écologique ni biodégradable que les fabricants l’affirment. Les bâches ne se détérioreraient pas complètement laissant des lambeaux dans la nature… et les pigeons et autres corneilles trouvent souvent la déchirure qui leur permet quand même de piquer les graines !


Nous marchons encore 8 kilomètres, dont 5 sur une voie verte,  pour arriver à Brambéac, lieu-dit où se trouve les jardins de Siloé, une fermer gérée Laetitia et Nicolas Supiot. Sur l’ancienne voie de chemin de fer, nous admirons la dextérité de Marius : il est étonnant à slalomer entre les deux barrières qui ferment chacune des portions de piste cyclable. Il gère au millimètre chaque passage quasi sans toucher ! Le chemin est long, Claire rit beaucoup à écouter mes “sermons” délirants et se prend au jeu…

Clément, un ami rencontré au début du voyage en Savoie, m’avait​ proposé de m’arrêter dans cette ferme, où il y fait un stage dans le cadre de son BPREA en Grandes Cultures. Il veut devenir paysan boulanger. Durant ce week-end de l’Ascension, se tiennent là les rencontres annuelles de l’École du Vivant dont le thème est cette année : “Génération et Re(-)génération”. J’ai trouvé le programme un peu pompeux et pas très accessible au commun des mortels. Mais je suis curieux et je me réjouis de pouvoir découvrir ce lieu dont Clément me parle beaucoup.

Justement, voilà ​Clément qui vient à notre rencontre à un petit kilomètre de la ferme. C’est une grande joie de nous retrouver ! Depuis le temps !
Lorsqu’on arrive, les participants de cette “École” sont en pleine conférence sous un dôme. Ils écoutent Margaret Bridier, psychologue, thérapeute psychocorporelle, qui leur parle de “L’expérience humaine des différentes “levées de dormance” ou germinations successives de l’être”. Je vous avais dit qu’il y avait du niveau ! Clément est allé chercher Philippe, propriétaire de chevaux sur la ferme, afin qu’il me dise où m’installer et où laisser paître Marius. Mais on arrive au mauvais moment : il regarde une intervention de Jean-Luc Mélanchon en Russie ! Y a des trucs avec lesquels on rigole pas ! Je l’apprends assez vite ! Néanmoins, il vient gentiment nous indiquer où installer Marius : dans un paddock au fond.

Pas sûr qu’il plaise à mon compagnon : il ne va pas aimer se trouver loin de moi même s’il me voit depuis la parcelle où on va planter ma tente. Et l’herbe rase ne va pas le rassasier non plus… surtout après avoir avalé plus de 20 kilomètres aujourd’hui ! Pour ce soir, il faudra qu’il s’en contente. Je n’ai pas mieux à lui proposer. Demain il fera jour. Mais avant, je dois le soigner. Il a depuis hier une nouvelle plaie sous le bât. C’est je pense, une dermatophylose qui lui fait des misères depuis quelques temps. À peine la précédente cicatrisée, une autre apparaît. Et puis je ne suis toujours pas prêt à le raser.

Thierry vient à notre rencontre alors qu’on plante la toile. Woofeur ici depuis septembre, il ne cache pas sa joie de me rencontrer. Clément lui a beaucoup parlé de nous et il est d’autant plus heureux de me rencontrer qu’il souhaite marcher sur Compostelle dans quelques mois. Il a donc plein de questions à me poser sur le voyage. Ses propos me touchent beaucoup. Il me propose de me donner un mélange de miel et de propolis pour soigner​ la plaie de Marius​. Je vais tenter !


J​e découvre le lieu. Cette vieille ferme est très belle. Le cadre est joli. Le couple d’agriculteurs élève des vaches Bretonnes “Pie Noir” en semi-liberté, des moutons des landes de Bretagne et des chèvres des fossés. Plusieurs céréales sont plantées sur les terrains qui jouxtent l’exploitation. Elles servent en partie comme expérimentation ou pour faire le pain. Je découvrirai la ferme dans les prochains jours. Je pense y rester jusqu’à lundi matin, après “l’École du Vivant”. Claire n’est pas à l’aise : passer d’une mobilité permanente en quasi solitaire à un séjour sédentaire au milieu d’une quinzaine d’inconnus n’est pas pour la rassurer… Elle appréhende mais elle finira par se laisser aller.

Pendant la soirée, nous sommes conviés à la grande tablée. À la bonne franquette, les discussions vont bon train. Marius appelle quelques fois. Claire et moi nous relayons pour aller vérifier que tout va bien. La nuit est calme, une hulotte chante juste au dessus de la tente.

Vous aimez suivre nos aventures ? Pour nous aider à les continuer et à vous les partager, vous pouvez faire un don et nous soutenir sur Tipeee.com ou acheter des goodies aux couleurs de Marius dans la boutique. Merci.

 

Tags : BreizhBretagneIlle et VilaineTour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons

En ce moment dans la Boutique de Marius, découvrez notre Pack Goodies "Fin de Voyage". Ignorer

Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !