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Marius Tour de France

Jour 774 / La forêt de Brocéliande, de la Kaamelott ?

Si j’ai débarqué en Bretagne en août dernier avec mon fidèle destrier, c’était pour découvrir la fameuse forêt de Brocéliande. La mythique forêt bretonne serait le royaume des fées et le berceau des légendes arthuriennes qui inspirent de nombreux récits depuis le XIIe siècle. Je tenais absolument à la visiter, la ressentir, la toucher, la contempler. Approcher les êtres mystiques qui y habitent. Il parait qu’elle est mystérieuse et magique et que s’y déroulent des phénomènes surnaturels… Merlin l’enchanteur y serait enterré. Arthur et ses chevaliers de la Table Ronde y seraient passés.
J’ai entendu beaucoup de choses sur cette forêt. Du bon et du moins bon. A trop écouter ses détracteurs, je ne serais pas venu jusqu’ici. Mais j’ai préféré écouter les autres, ceux qui racontent qu’elle invite à une certaine recherche intérieure, que beaucoup de ses visiteurs sont en quête de leur propre Graal. Mais serais-je enchanté par ce lieu fascinant ?

Pour être honnête, je me pose plein de questions depuis mon arrivée ici, il y a quelques jours. Je me demande notamment si cette forêt de Brocéliande, ce n’est pas de la “Kaamelott” pour touristes amateurs de fantastique et d’ésotérisme. D’abord, vous ne la trouverez pas sur une carte ! Il est inutile donc de chercher “Brocéliande” sur un GPS ! Pas la peine, non ! Elle n’existe pas. Officiellement, c’est la “forêt de Paimpont”, du nom du village sur laquelle elle est principalement implantée. En réalité, elle s’étend sur des communes limitrophes, principalement Guer et Beignon au sud, Saint-Péran au nord-est et Concoret au nord. Les 7 000 hectares de bois qui entourent Paimpont sont les restes d’une futaie plus dense et beaucoup plus étendue. Cependant, il n’y a aucune certitude sur la situation géographique de la forêt et sa localisation se base uniquement sur des hypothèses.


Au XIXème siècle, des érudits désignent la forêt de Paimpont comme étant la Brocéliande de la légende. Ce n’est pas par hasard. Ce vaste massif forestier possède un fort potentiel évocateur qui le prédestine à ce rôle. Plusieurs éléments intrigants la constituent : au cœur de la forêt, les boussoles perdent le Nord… Plus curieux encore, les ruisseaux et les roches sont teintés d’une étrange couleur rouge que les gens d’ici assimilent au sang des fées. Il y a bien une explication scientifique à tous ces phénomènes, mais qu’importe ! C’est l’imaginaire qui détient le pouvoir à Brocéliande. La forte présence de Mégalithes préhistoriques donne aussi au paysage un curieux décor. Idéal pour faire courir l’imagination. Celui-ci va devenir le Tombeau de Merlin. Cet autre, l’Hostié de Viviane.

La légende Arthurienne prend ses racines dans la culture Celtique et Bretonne à partir du Ve siècle. Raoul de Gaël, seigneur de Montfort, vassal du duc de Bretagne, comte d’Est-Anglie et compagnon de Guillaume le Conquérant à Hastings, aurait, au XIIe siècle, ramené d’Angleterre le goût des légendes de la Table Ronde et les aurait acclimatées en Brocéliande pour que bardes et troubadours diffusent oralement les légendes à travers l’Europe entière. Venu dans cette forêt à cette période, c’est le poète anglo-normand Wace qui est le premier à raconter dans son Roman de Brut, la présence de fées et les pouvoirs de Barenton. Phénomènes extraordinaires qu’il reconnait toutefois ne pas avoir eu la chance de voir… Plus tard, dans son roman “Yvain, le Chevalier au lion”, Chrétien de Troyes, poète de la même époque considéré comme le fondateur de la littérature arthurienne, témoigne de la renommée de Barenton. Au Moyen Âge et jusqu’au XVe siècle, la tradition se poursuit dans les grandes suites romanesques de la “Table Ronde”, le roman en vers “Claris et Laris”, le poème allégorique “Le Tournoiement de l’Antéchrist”, ou encore “Ponthus et la belle Sidonie”, un autre roman en prose.
L’Eglise christianise la légende et la propagande politique des rois d’Angleterre se sont aussi emparés du mythe pour légitimer le trône.  Au XIXe siècle, la mémoire Arthurienne s’ancre réellement en Brocéliande, grâce au romantisme, au renouveau médiéval et au sentiment retrouvé de l’identité culturelle Bretonne. Elle devient alors définitivement la forêt des légendes !

Il était une fois…

Et les légendes, si l’on en croit les personnes qui vivent ici, on en invente chaque année pour attirer toujours plus de monde. L’office de tourisme propose même à ses visiteurs “un parcours spectacle pour une immersion physique et sensorielle dans l’univers poétique de Brocéliande”. “Chouette programme”, avec cette année de “nouveaux personnages, nouveaux décors, jeux et effets visuels inédits”.
Il était une fois la forêt de Brocéliande … On y accède par un endroit magique : la porte des Secrets” raconte la bande annonce du spectacle qui se déroule dans les anciennes dépendances de l’abbaye de la commune. Moi, j’ai dû la manquer cette “porte” ! J’imaginais pourtant pénétrer dans la forêt et baigner immédiatement dans la magie du lieu. Mais que nenni !

La route qui m’a conduit à Paimpont ne fait pas du tout rêver : après avoir quitté la voie verte, nous sommes passés sous l’autoroute qui effleure Coëtquidan, un camp militaire de plus de 5 000 ha qui empiète en partie sur Brocéliande. Mais pas question de traverser les bois par les petits sentiers indiqués sur ma carte : la route est le seul accès possible car tout autour, les terrains sont minés ! Et pour mettre dans l’ambiance, des tirs d’entrainement s’entendent à des kilomètres à la ronde ! Pas facile dans ces conditions de se laisser aller et d’imaginer rencontrer les petits êtres surnaturels de la forêt…


Une fois le camp traversé, je peux enfin emprunter le GR de Pays de la forêt de Brocéliande ! Ah ben quand même ! Mais attention ! Il n’est pas ouvert toute l’année !! Durant six mois, les propriétaires ferment une partie des chemins et sentiers pour y chasser ! C’est une des surprises découverte en arrivant : la forêt de Merlin n’est pas une forêt domaniale ! 90 % est privée et 50 % est interdite au public, surveillée par un garde-chasse. Ça ne rigole pas et il ne vaut mieux pas s’y aventurer, m’a averti Isabelle, qui loue des ânes à Paimpont et ses alentours. Après la saison estivale et jusqu’au début du printemps, les chasseurs occupent le domaine qui devient un terrain de jeux pour des chasses à courre et des battues. Fées, druides et autres chevaliers, n’ont qu’à aller voir ailleurs !

La forêt de Brocéliande, Terre d’identitaires ?

A Brocéliande, on trouve même le “Centre de l’Imaginaire Arthurien” ! Il paraît que Morgane, Merlin et Arthur s’y retrouvent lorsqu’ils ne sont pas dans la forêt !! Dixit le site internet ! Le centre est en fait une association créée en 1988 et installée au château de Comper à Concoret, “érigé par Dionas, père de Viviane”. On y perpétue la magie du monde celtique. Évènements, spectacles, rendez-vous ponctuels, animations culturelles et autres expositions… invitent régulièrement le public à découvrir l’histoire et la culture de la légende arthurienne. Des guides-conteurs entrainent également les amateurs sur les chemins de Brocéliande pour des visites, où “l’histoire réelle croise les légendes de la Table ronde en remontant jusqu’au Moyen-âge”.


Mais les légendes chevaleresques et la suprématie Celte ne seraient-elles montées au cerveau de quelques-uns ? J’ai appris en chemin que beaucoup s’interrogeaient sur cette association qui serait entachée par des relents d’extrême-droite. Est-ce parce que la co-fondatrice du centre avait lancée dans les années 80 une revue consacrée aux pays celtiques et nordiques considérée comme une émanation régionale de la Nouvelle Droite ? Ou parce que le site du centre, jugé par certains comme “une secte”, est référencé et mis en avant par un groupe de “Résistance identitaire européenne” ? On est là bien loin de la magie de la forêt de Brocéliande… Et moi, ça me fait peur et j’ai été pas mal refroidi.


Ce soir j’ai planté ma tente au bord d’un étang de la Marette, à quelques centaines de mètres du tombeau de Merlin et de la Fontaine de Jouvence. La nuit est tombée, enveloppant la nature de son manteau sombre et mystérieux. Les Randonneurs et touristes ont déserté le site, tandis que les animaux nocturnes en profitent pour vaquer à leurs occupations. Les batraciens coassent en cœur au bord de l’eau et une chouette hulotte hulule, prête à fondre sur une proie. J’aperçois des chauves-souris dans la pénombre. La magie de la forêt de Brocéliande est finalement là, devant moi.

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Source :

RFI
Brocéliande News
Centre Arthurien Broceliande

2 commentaires

  1. Tu nous fais pas rêver là !!! 😀 Sans doute que les fées et les elfes ne se baladent pas près des grands chemins … C’est une forêt pour se perdre. 😉 Et la fontaine de Jouvence, c’est meilleure que l’eau de l’Abbé Soury ?

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