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Marius Tour de France

Jour 796 / Je quitte à regret la Bretagne

Redon s’est réveillé dans la brume ce matin. La nuit au bord du canal était plutôt calme. La première hors de Bretagne depuis 9 mois !
Le terrain étant interdit aux personnes non sédentaires, je ne tarde donc pas à ranger mes affaires, de peur de voir débarquer la police municipale. Vers 9h30, je suis sur le départ. Je n’ai vu qu’un groupe de collégiens et leur prof venus pour un cours de canoë sur la Vilaine. Je salue les trois couples de camping-caristes qui ont dormi à côté de moi et avec qui j’ai bu un café un peu plus tôt.

On revient au bord du canal de Nantes à Brest pour rejoindre le chemin de halage. Je photographie une dernière fois Redon, comme un dernier regard sur la Bretagne. Avec un pincement au cœur, je quitte cette région que j’ai traversée pendant environ 9 mois. Près d’un tiers de la durée de mon tour de France. C’était un peu un voyage dans le voyage. Je crois que si j’ai mis autant de temps à la quitter c’est que je m’y sentais vraiment bien. Je repense à toutes ces magnifiques rencontres faites sur ce chemin, depuis Cherrueix, première commune après le Mont-Saint-Michel jusqu’à Brain-sur-Vilaine en passant par les Monts d’Arrée, la presqu’île de Crozon ou encore le centre Breizh. Je ne vais pas citer tout le monde. La liste serait trop longue.

Mais je garde un souvenir impérissable de chaque magnifique personne qui m’a accueilli ou avec qui j’ai simplement bu un café, échangé quelques mots sur le bord d’un chemin… J’avais déjà écrit dans un précédent message que les Bretons sont “incroyables de générosité”. Ils m’ont beaucoup touché. Mais pas seulement. J’ai aussi aimé leur amour de leur terre, de leurs racines, de leurs traditions, de leur langue. J’ai adoré le Breton militant, ouvert, écolo, qui défend ses acquis et ses valeurs. J’ai comme une envie de faire demi-tour, et de rester en terre Breizh et d’y poursuivre ma découverte.

Nous voici donc en Loire Atlantique. J’entends déjà certaines personnes me rétorquer que ce département fait partie de la Bretagne… Sauf les Finistériens pour qui, seul le Finistère est breton !! Le département a été créé en 1790 par démembrement de la province de Bretagne, sous le nom de Loire-Inférieure, et a conservé cette appellation jusqu’en 1957. En 1941, Pétain place ce département dans une “Région d’Angers” ancêtre des “Pays de la Loire”. Cette nouvelle région regroupe l’Anjou (département du Maine-et-Loire), le Maine (départements de la Mayenne et de la Sarthe), la Touraine (département de l’Indre-et-Loire) et le fameux département de Loire-Inférieure. Les Bretons affirment que c’est dans le but d’affaiblir la Bretagne qu’elle fut divisée par Pétain, en la privant de ses bases historiques et économiques. Ce serait une explication un peu simpliste de prétendre que c’est Vichy qui a séparé Nantes de la Bretagne. En fait, le Maréchal n’aurait eu nul désir de détacher la Loire-Inférieure du reste de la Bretagne. Il y aurait été contraint par des raisons économiques. A terme, le projet était celui d’une Bretagne à cinq départements mais il n’a jamais eu le temps d’être mis en place.

Je m’éloigne doucement du brouhaha de la zone commerciale qui nous fait face. Il fait déjà chaud. La météo a émis un bulletin de vigilance orange pour un risque d’orage en fin d’après-midi. Je vais être prudent au cours de cette journée de 22 km.

Marius ne peut se retenir de croquer des graminées sur le bas côté du halage qu’emprunte le GR des Trois Rivières qui est aussi le chemin de Compostelle. Je retrouve “la coquille” qui marque cet itinéraire. J’y rencontre des voyageurs à vélo reconnaissables à leurs grosses sacoches. Après 3 km, le chemin change de côté. Je traverse le canal et longe une voie ferrée qui m’incite à la prudence. Mon poilu pourrait s’effrayer au passage d’un train et avoir une réaction difficilement maitrisable. La Vilaine se fraie un passage dans les marais avant de border le canal durant quelques kilomètres seulement.

Il est temps de faire une pause déjeuner/broute lorsque j’arrive au Pont Miny. Je demande de l’eau à un couple occupé à jardiner. Il remplit ma gourde et m’indique une cabane en bois de l’autre côté du canal avec un point d’eau pour faire boire mon âne. “Vous trouverez même un barbecue” me dit-il avec tout le sérieux du monde. Zut, j’ai oublié les merguez !!

Effectivement, à quelques pas de là, un pont traverse le canal. D’ici je distingue une aire de pique-nique devant laquelle sont garées de nombreuses voitures et quelques camping-cars. De la fumée sort du conduit de cheminée d’une sorte de baraquement. Une délicieuse odeur de grillades vient jusqu’à moi ! J’hésite à traverser mais je préfère finalement ne pas y aller. Il y a beaucoup trop de monde. Et alors que j’avance pour me poser du côté du halage où je me trouve, j’aperçois de l’autre côté un groupe de personnes assises autour d’une table, qui me fait de grands signes. Je ne les reconnais pas tout de suite mais je décide finalement d’aller vers eux. Après tout … C’est une fois sur le pont que je devine qu’il s’agit des camping-caristes à côté desquels j’avais installé mon bivouac la nuit passée.

Ils m’invitent à manger avec eux et c’est avec beaucoup de plaisir que je m’assieds à leur table pour partager leur repas. Cette joyeuse équipe d’amis habitant la Vendée, me propose de m’arrêter chez eux si je passe au nord-ouest de La Roche-Sur-Yon. Qui sait !

Pendant que nous discutons, Marius est libre. Il broute sur la grande aire de pique-nique qui borde le canal à cet endroit. J’y croise aussi un couple de Bretons partis il y a quelques jours pour rejoindre le Pays Basque à vélo ! Ils suivent La Vélodyssée, un itinéraire de 1200 km qui traverse la France du nord, depuis Roscoff, au sud, jusqu’à Handaye en longeant l’Atlantique et en suivant également le canal. Il s’agit du plus long parcours cyclable aménagé en France. Dans le centre Bretagne, les deux voyageurs avaient entendu parler d’un homme qui fait le tour de France avec son âne. Peut-être était-ce nous… Le téléphone-arabe du camino fonctionne encore pas mal !

Après une photo souvenir, je retrouve le chemin tandis que les camping-caristes, chapeaux vissés sur la tête, jouent à la pétanque. En ce début d’après-midi, il y a quelques bateaux de plaisance sur le petit port de la commune de Fégéac.

J’ai droit à un concert de grenouilles sur le bord du canal qui devient de plus en plus sauvage et où les nénuphars s’étendent par endroit. Au niveau où l’Isac (une des huit rivières reliées par trois canaux de jonction) quitte le canal, celui-ci s’élargit et le chemin de halage serpente à l’ombre de grands arbres. Les cygnes glissent doucement sur l’eau à peine perturbés par le passage de bateaux. Des cormorans ont quitté la mer pour s’enfoncer à l’intérieur des terres où ils trouvent une importante quantité de poissons (gardons, goujons, perches, brèmes,… ). Perchés sur des branches d’arbres, ils guettent le poisson avant de plonger pour attraper leur proie. Des cigognes ont également élu domicile au bord du canal et dans le marais. De grands mâts y ont été plantés pour leur permettre de nicher. J’aperçois aussi des ragondins nageant d’une rive à l’autre. C’est une vraie parenthèse hors du temps.

Alors que je profite de ce moment bucolique et paisible, un joggueur me dépasse à fond de balle faisant même sursauter Marius qui, apeuré, part au petit trot. Le gars s’est mis à accélérer juste à notre hauteur et a repris son rythme normal un peu plus loin, satisfait sans doute de sa connerie. Quel abruti ! Ce genre d’attitude me met en colère.

Les marais bordent chaque côté de la vallée de l’Isac. Après plusieurs méandres, nous arrivons au rocher de Saint-Clair. Un pont permet de ne plus emprunter le bac qui jadis, était le seul moyen pour passer d’une rive à l’autre. A quelques pas du halage, le village de Guenrouët. Il faut grimper pour arriver dans ce village où toute la vie tourne autour de la rivière. Avec la construction du pont, il voit transiter, au 19e et 20e siècle, des cargaisons de bois, de pommes et de chaux.

C’est ici que je rejoins Charlotte, jeune passionnée des longues oreilles. Elle en possède neuf ! Un beau troupeau d’ânes avec lequel elle propose des randonnées à la journée ou à la semaine. C’est un long périple avec son âne Korrigan en 2012 qui a changé sa vie. Journaliste depuis 10 ans, elle range sa plume pour s’orienter vers le milieu agricole. En 2016, elle a l’opportunité de reprendre “Aux ânes etc”, une structure de location d’ânes à Guenrouët. C’est le début d’une nouvelle aventure aux côtés de son troupeau de grandes z’oreilles ! Charlotte propose également des animations, des formations et de la médiation asine. Une belle rencontre que j’ai hâte de découvrir… Et de vous raconter.
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Sources : Slate.fr
Tags : BreizhBretagneCanal de Nantes à BrestLoire-AtlantiqueTour de France

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