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Marius Tour de France

Jour 791 / Oh la Vilaine !

Me voilà sur le chemin de halage de la Vilaine, un fleuve qui donne, avec son affluent l’Ille, son nom au département d’Ille-et-Vilaine dont elle arrose le chef-lieu, Rennes.
J’y suis arrivé par Guipry après avoir emprunté la voie verte depuis Maure de Bretagne. Au départ de Branbeac, j’étais accompagné par Clément. Une dernière marche au cours de laquelle on a refait le monde de Siloé avant de se séparer une dizaine de kilomètres plus loin.

C’est à Courbouton que j’ai passé cette première nuit de reprise dans le jardin de Maryvonne et André. C’est ce dernier que j’ai croisé alors qu’il transportait dans une brouette, des plans de légumes pour sa voisine.
Invité à dîner chez ces deux gentils retraités, puis à petit déjeuner, nous avons fait plus ample connaissance autour d’une table. Lui travaillait dans une banque et elle était prof de math, ce couple cultive aujourd’hui le bonheur avec ses enfants et petits enfants. Il cultive aussi la passion du jardinage et produit de nombreux fruits et légumes en bio dont ils font confitures, gelées et autres bocaux. J’ai d’ailleurs pu déguster quelques unes de leurs préparations. Un délice.

À Guipry, j’ai quitté l’ancienne voie ferrée pour la voie de halage. Deux modes de transport aujourd’hui tombés en désuétude. Le fleuve canalisé en 1834 croise l’ancienne ligne de chemin de fer qui le surplombe. Face aux rails, la batellerie bretonne n’a pas survécu. Aujourd’hui, quelques rares cabotiers, péniches et sabliers remontent vers Rennes, d’autres glissent en direction de Redon. Le tourisme fluvial séduit quelques apprentis marins d’eau douce, bien qu’en cette période, je croise peu de bateaux de plaisance. La ligne de chemin de fer elle, a fonctionné seulement 36 ans et a fermé dans les années 1930 ! La route a fini par avoir la peau du train !

Les moines qui ont créé la ville de Redon au IXe siècle voyaient pourtant déjà toute l’importance de la Vilaine et de son principal affluent l’Oust, et tout l’intérêt économique qu’ils pouvaient tirer des bateaux de marchandises qui y naviguaient. La ville devient rapidement un port fluvio-maritime : les bateaux de mer débarquent à Redon puis des bateaux à fond plat transportent les marchandises vers Rennes, alors capitale de la province. Les habitants et les commerçants de cette dernière demanderont plus tard à François 1er de faire quelques chose pour être mieux ravitaillés. Le plus grand fleuve est alors canalisé et les premières écluses seront alors construites dès le XVIe siècle.

Je ne verrais pas l’ancienne minoterie de Guipry-Messac, dernier témoin du commerce du sel par bateau, denrée cruciale pour la conservation alimentaire avant l’ère du réfrigérateur. Le sel se trouve tout au long de la Vilaine, voie logique de distribution pour les paludiers des marais salants de Guérande.

Je découvre la vallée de la Vilaine par les anciens chemins de halage. C’est au XIX, que se développe le halage humain ou à la bricole. Les mariniers, appelés “voyageurs au long jour”, travaillaient alors 10 heures par jour mais à raison de 2 km/h. Il leur fallait un mois pour rallier Nantes à Brest ! Finalement avec Marius, on avance plutôt pas mal. Nous n’avons surtout pas les écluses à passer, elles qui ralentissaient l’avancée des péniches.

Le long du fleuve, de petites maisons en bois sont construites très loin du bord. Deux dames en balade m’expliquent qu’elles se trouvent en zone inondable. “En cas de crue, pour éviter que l’eau ne déborde à Rennes, le barrage en amont ouvre les vannes et toutes les terres ici sont inondées”.
La rivière sort souvent de son lit à cause des crues associées à un fort coefficient de marée et ce, malgré la construction d’un barrage estuairien à Arzal-Camoël pour la régulation du niveau en période de fortes montées des eaux et l’aménagement de zones de ralentissement des crues.

Un peu plus loin, j’hésite à sortir du canal pour traverser le bois de Baron. Je n’ai pas très envie de marcher sur la voie de halage pendant trois jours. Sur les conseils des deux promeneuses, dont l’une me glisse un billet de 5 euros dans la main “pour participer à mon voyage”, je fais une pause au niveau du Pont Saint-Marc, un pont métallique construit en 1865 pour permettre le passage de la route de Saint-Ganton à Senonnes. L’orage gronde de l’autre côté de la rivière. Il a l’air scotché derrière le bois de Boeuvres. Je ne suis pas inquiet. Je prends mon temps. Des pêcheurs taquinent le poisson de l’autre côté de la rive tandis qu’un peu plus loin, un homme promène son chien qui se jette dans l’eau.

Je poursuis encore quelques kilomètres sur le canal qui serpente dans la vallée de Corbinières où la Vilaine a creusé son lit dans le grès armoricain et le schiste bleu de Redon, créant une cluse à l’origine d’une dénivellation qui atteint par endroit 70 mètres. Les rochers escarpés dominent la vallée. A plus de 30 mètres de haut, un viaduc ferroviaire enjambe la Vilaine. Véritable prouesse architecturale achevée en 1861, il relie Langon à Messac.

On longe la falaise. La cuvette amplifie les coups de tonnerre. Il est temps de s’arrêter. Je quitte la Vilaine et me mets à la recherche d’un terrain pour la nuit. Après une belle grimpette, je passe devant plusieurs pâtures. Une dernière montée et j’entre dans le hameau de Radineuf où j’aperçois une dame dans son jardin. Je lui fais signe, elle s’approche. Je lui demande s’il me serait possible de me poser sur l’un des terrains en bas. Ils appartiennent à son beau-frère. Un coup de fil et ce dernier  accepte que je m’y installe pour la nuit. Son mari, qui arrive sur ces entrefaites, me propose de dormir chez eux. Je décline car je préfère dormir dans le champ avec Marius en cas d’orage.

Il tombe finalement lorsque je monte la tente. Heureusement, je passe presque entre les gouttes ! Autant de bruit pour rien ! Il y a tout ce qu’il faut pour Marius ici. Je remonte remplir mes outres chez le couple. Il n’y a personne ! Arf ! Je n’ai plus d’eau pour me faire cuire des pâtes. Je fais plusieurs allers et retours pendant la soirée mais il me faudra attendre environ 22h pour trouver quelqu’un dans la maison.  “Nous étions chez des voisins et mon mari est parti à la pêche” m’explique la dame accompagnée de son fils.

Ma gourde est pleine, c’est bon, je suis paré pour demain !

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Tags : BreizhBretagneIlle et VilaineTour de France

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