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Marius Tour de France

Jour 777 / On a testé pour vous : Contrevenants dans la forêt de Brocéliande

En tout, notre tour de Brocéliande aura​ duré 4 jours. Mais cela ne signifie ​malheureusement ​pas que nous ayons​ continuellement ​marché ​d​ans​ la forêt. Vu ​qu’​​elle est privée à 90 % et ​donc ​presque inaccessible​, nous l’avons plus souvent longée, que traversée​.

Hier, nous avons rencontré Morgane​​. Pas la fée hein ! Une voyageuse ! Il y a 2 ans, elle a traversé la France depuis les Vosges jusqu’au nord des Côtes-d’Armor avec un âne et une petite roulotte. Elle a emmené avec elle ses deux enfants dont une petite fille de 6 mois. Un voyage de 1400 km en 4 mois​,​ avec pour objectif de s’installer quelque part en Bretagne.
Nous avons discuté un petit moment​,​ tandis que Marius grignotait les graminées sur le bord de la petite route qui mène au chêne de Guillotin, un arbre qui aurait plus de 1000 ans !


Il ne trône pas au milieu de la forêt de Brocéliande mais en lisière, au cœur d’une vaste prairie située sur le commune de Crozon (pas la presqu’île !). Inutile de dire que sa circonférence est hors norme et ses branches gigantesques : 16 m de hauteur, 9,60 m de circonférence. Il impose le respect​!​ Nous sommes restés un moment à contempler cet arbre remarquable. Fascinés par ce vieillard qui a traversé les âges, il nous était impossible de ne pas nous laisser tenter de toucher son tronc massif. Caresser, sentir la rugosité de son écorce profondément crevassée. Tenter de ressentir sa force et son énergie. Il dégage un très fort pouvoir d’attraction. Instant magique.
“Je m’y suis appuyée en pensant que l’homme est bien peu de chose, qu’il ne change pas : “grandiose et désespérant, ruisselant de lumière et farci de médiocrité” selon Sylvain Tesson, alors que ce chêne représente la stabilité, le force, la sérénité et la longévité…” me confiera Claire.

“L’état de santé de ce chêne pédonculé, dont le tronc creux frôle les dix mètres de circonférence, a nécessité la mise en place d’un suivi sanitaire et des mesures de gestion conservatoires (obstruction de l’entrée dans le tronc, haubanage de certaines branches et promenoir en bois autour de l’arbre) afin de concilier sa survie et le flux touristique qu’il suscite. Des opérations de sauvetage ont également été menées par l’Office National des Forêts pour tenter d’amoindrir les lourdes blessures occasionnées par les intempéries” peut-on lire sur le site touristique de Brocéliande.

Son nom, il le doit à l’abbé Guillotin, prêtre réfractaire qui trouva refuge dans le creux de son tronc durant la Révolution. Cette version semble venir d’un autre fait de la même époque : un certain Joachim Masson, lui aussi prêtre réfractaire, se dissimula à l’intérieur du chêne pour échapper à des révolutionnaires. Il ne devra son salut qu’à une toile d’araignée tissée en quelques heures devant l’orifice de l’arbre… Certains y verront sans doute une démonstration de l’existence de forces supérieures… Ce chêne s’est aussi longtemps appelé Éon, en hommage semble-t-il au moine hérétique Éon de l’Étoile qui au XIIe siècle, sema le trouble dans la région et, dit-on, cacha deux barriques d’or du côté de la fontaine de Barenton.

Cette fontaine “aux incroyables pouvoirs” se trouve sur les hauteurs du village de Folle Pensée, commune qui tirerait son nom des vertus curatives de la fontaine, pouvant guérir la folie. Il y a beaucoup de monde sur les chemins. J’avais oublié que nous étions en pleine semaine de jours fériés et de ponts ! Il faut grimper un long moment pour mériter de la découvrir. Les sombres futaies de hêtres côtoient les chaudes plantations de pins maritimes. Impression de sécheresse à proximité de la forêt luxuriante. Ambiances​ ​très contrastées !

On remonte à contre courant un ruisseau qui nous amène à un attroupement. En s’approchant, on découvre une conteuse narrant les légendes de la fontaine de Barenton. Tandis que Marius se gratte frénétiquement contre un arbre, Claire et moi prenons le temps d’écouter les récits fabuleux. “Robert Wace, historien normand du 12e siècle, la mentionne pour la première fois sous le nom de Berrenton, de l’indo-européen “bher” signifiant «bouillonner» et du celtique “andon” «source»”. En effet, la fontaine bouillonne malgré une eau froide ! Avec un peu de patience on peut apercevoir ce prodige.

À la même époque, Chrétien de Troyes fait apparaître la fontaine dans son roman Yvain, le Chevalier au Lion. Lorsque ce dernier arrive à Barenton, “il saisit le bassin en or accroché à la branche d’un pin, le plonge dans la fontaine et déverse l’eau sur le perron. Immédiatement, le ciel bleu s’assombrit, la pluie s’abat sur la forêt et les éclairs irradient le ciel. Après quelques terribles minutes, l’orage cesse enfin. Surgit alors au grand galop le chevalier noir, gardien de la fontaine. Un terrible combat s’engage entre les deux hommes… Yvain triomphe, c’est le début de nouvelles aventures…”.


En redescendant à Tréhorenteuc, le paysage s’ouvre sur d’arides landes rocheuses. Nous sommes fatigués et il est tard pour faire un crochet jusqu’au jardin des Moines.
Le village est très animé par les allées et venues des touristes. J’ai hésité un moment avant de nous rendre chez le cavalier que j’avais rencontré avec Mo’ il y a quelques jours. Il habite à proximité d​’un​ centre équestre​, mais​​ ​​ce n’​est​ pas tout près.​ Il nous faudrait rajouter​ une heure de marche​, ​​sans compt​er​ que c’​est​ dans la direction opposé​e​ à notre ​tracé de demain.


Dernier jour dans la forêt de Brocéliande

Il a fait chaud cette nuit. Nous avons finalement trouvé une pâture aux abords du bourg. Je me suis endormi comme une masse après un petit moment de pas bien. Claire a été souvent réveillée par les “crunch crunch” de Marius. J’ai sous estimé la longueur de la longe. Du coup il pouvait déambuler de chaque côté de la toile.
Donc départ 9h. Direction l’Arbre d’Or situé à une poignée de kilomètres puis retour à Paimpont. La journée s’annonce loooongue!

Et ça commence mal​,​ puisqu’on se perd pour y aller ! Marius nous avait pourtant bien montr​é​ le chemin à suivre​,​ mais persuadé​s​ du contraire, nous avons suivi une piste sur 700 ou 800 mè​t​res, jusqu’à ce que je regarde ​enfin ​sur ma carte et comprenne que nous nous étions trompés ! Allez, demi-tour !

Un petit rebâtage plus tard​,​ pour remettre le chargement qui avait glissé sur les épaules de mon compagnon, et nous sommes arrivés sur le site du souvenir. Car l’arbre d’or ne fait pas partie de la légende arthurienne. Il est en fait, l’œuvre du sculpteur François Davin qui, en 1991, proposa de recouvrir de 5000 feuilles d’or un châtaignier extrait du Val sans Retour qui avait été le théâtre de plusieurs incendies l’année précédente. En effet, en 1990, les flammes embrasèrent et ravagèrent quelques 6000 ha de forêt et de landes avoisinantes. Après la colère et la consternation, le drame a suscité un formidable élan de solidarité : plusieurs milliers de volontaires se sont mobilisées pour reboiser Brocéliande. Ce sont plus de 30 000 arbres (70% de feuillus et 30% de résineux) qui ont été plantés !

Entouré de 5 chênes calcinés pour symboliser la renaissance après la mort, cette sculpture fût installée au bout de la digue du Miroir aux Fées. Utilisées pour alimenter un moulin jusqu’en 1930, les eaux de cet étang, « vives et claires comme l’argent » auraient servi, dit-on, de demeure à 7 fées, toutes sœurs,​ qui aimaient observer leur reflet dans l’eau. “Un jour, poussée par la curiosité, la plus jeune d’entre elles s’approcha​ d’un humain et tomba​ follement amoureuse. Les deux amants vécurent de doux moments en secret jusqu’à ce que les fées découvrent leur histoire et décident de se venger…”. Nous restons un moment sur ce cadre enchanteur, profitant du calme et de l’absence prolongée de la foule touristique. Le chemin étant inaccessible avec notre équidé, nous ne pouvons​  nous rendre au Val sans Retour, une profonde vallée, qui s’enfonce à la fois dans la forêt et où se croisent les chemins de Merlin, de Lancelot, de Morgane la fée, comme ceux des lavandières de nuit, des korrigans ou de la sorcière des Quatre Vents…


On raconte ici que “la princesse fée Morgane, demi-sœur du roi Arthur, pour se venger du beau Guyomarc’h, qui l’avait trahie, et de son amoureuse, condamna leur corps à subir la douleur du feu et de la glace. Puis elle les enferma dans la roche pourpre du Val. Le rocher des Faux Amants, les jeunes gens pétrifiés par la fureur de la fée, se dresse encore au-dessus du Miroir aux fées. Pour que sa vengeance soit complète, Morgane décida de punir tous les amants infidèles. Elle jeta un sort sur l’entrelacs de vallées resserrées qui forme le Val sans Retour.”

Tous les amants infidèles qui avaient le malheur de passer par là restaient prisonniers de murs d’air invisibles dressés par la fée. Les jeunes chevaliers ainsi capturés perdaient le sens de la réalité et du temps passé. Leur longue captivité leur semblait un bref moment plein de plaisirs… “Mais Lancelot, fort de son courage et de son amour pour la reine​, a​idé d’un anneau magique offert par la fée Viviane, découvrit les ruses de Morgane. Son audace réduisit à néant les apparitions maléfiques suscitées par la fée. Elle dut relâcher tous ses prisonniers qui découvrirent alors que le temps avait passé : leur jeunesse s’était enfuie… sans retour”.


Alors que nous quittons la digue du miroir aux fées, nous rencontrons Cécile et ses trois garçons. Une petite famille bretonne en vacances dans un camion pour découvrir la région. Ils se dirigent vers le château de Trécesson. C’est notre chemin. Nous marchons un moment ensemble. En discutant, on arrive quand même à se tromper deux fois de chemin. Par chance, les habitants d’un hameau nous indiquent un itinéraire pour récupérer le GR mais on est quitte pour un grand détour.
Nous nous séparons à quelques encablures du tombeau du géant. Nous, nous poursuivons vers Paimpont. Louison, Simon​ et ​Côme sont tristes de quitter Marius. Ce fut une très belle rencontre. Brocéliande nous a gâtés à ce niveau !

Un peu plus loin, à hauteur du parking de La Touche Guérin, Marius, qui déambule alors libre, se dirige vers un camping-car devant lequel un couple est en train de prendre l’apéro. Pas farouche, il va voir s’il n’y a rien à chiper : droit sur la table ! Voyant cela, les deux camping-caristes nous invitent à boire un verre…
On accepte avec plaisir bien que j’envisageais plutôt de nous arrêter un peu plus loin. C’est de toute façon l’heure de poser les sacs de Marius qui profite d’une grande parcelle d’herbe devant le véhicule. Les deux vacanciers, dont la fille est maraîchère non loin de là, nous proposent finalement de déjeuner avec eux. Comment résister à une délicieuse salade de quinoa-saumon-tomate suivie​ d’un délicieux flan à la noix de coco ! Un régal ! De quoi nous donner l’énergie pour avaler les 12 derniers kilomètres de la journée.

Pendant le repas, j’ai pu recharger la batterie de mon téléphone presque à plat. C’est la première fois depuis longtemps que j’ai failli tomber en rade !
Enchanté d’avoir passé un très bon moment de partage en leur compagnie, nous les remercions pour leur invitation puis nous partons après une photo souvenir. Direction Paimpont cette fois. J’improvise un itinéraire. Pour tirer au plus pressé, j’opte pour de petites routes menant sur une départementale assez fréquentée. C’est sûr que ça ne va pas nous faire kiffer mais c’est le plus court. De chaque côte de la route, la forêt de Brocéliande s’étend. Chaque chemin d’accès est fermé par de longues barrières et pour ceux qui n’auraient pas compris qu’il était interdit d’y pénétrer, de grands panneaux rouges indiquent que la forêt est interdite et privée.

Je scrute chacune des allées au cas où l’​une d’entre elle​s​ ne soit pas “interdite”. Sinon​,​ nous n’avons pas d’autre choix que de marcher sur le bitume sur les prochains 7 kilomètres.
Après un peu plus d’un kilomètre, on découvre un chemin non barré ! Le proprio aurait-il oublié quelque chose​??!​ Pas d’hésitation, on s’y précipite ! Malgré l’absence de signalétique, nous savons que nous sommes sur une propriété privée et qu’un garde est payé par les propriétaires pour, entre autres, chasser les intrus. On tente​ quand même​. Avec un peu de chance on ne le croisera pas. Je nous guide grâce à mon GPS pour parvenir à l’Est de la forêt de Brocéliande. On va au plus court.

Nous découvrons alors une magnifique forêt et ses vieux arbres qui imposent le respect. Elle est traversée par de grandes pistes aussi moches que rectilignes ! Nous sommes ici sur le terrain de jeu des chasseurs adepte​s​ de la battue et de la chasse à courre. On s’amuse comme on peut … Les abords des chemins sont jalonnés de miradors.


De sentier en chemin, on avance sans problème. Émerveillés par la beauté des arbres, bercés par les odeurs familières de l’humus, nous avons aussi la crainte de croiser quelqu’un. Plus on progresse, plus la tension monte. Aucun panneau nous indique qu’il est défendu de se trouver là. Devant la maison forestière, tout est calme. Pas l’ombre d’un panneau. On chemine en évitant de franchir les chemin fermés et de pénétrer sur les zones interdites.

Tout se passe bien jusqu’à environ 300 m de la barrière de sortie. Un coup de klaxon derrière nous, nous fait sursauter. Et merde, le garde ! On se fait épingler dans la dernière ligne droite. On continue à avancer faisant semblant de ne pas comprendre. La voiture nous dépasse avant de s’arrêter un peu plus loin dans un nuage de poussière. Un homme en sort, vient vers nous le regard fermé.

“- Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous savez que c’est privé ?” nous interroge le garde qui a l’air d’avantage blasé qu’en colère.

On fait profil bas. Je lui explique que nous faisons un Tour de France et qu’on a bien a pris soin de n’emprunter que des passages sans indication d’interdiction. Il doute d’abord,​ puis​,​ après lui avoir montré sur ma carte par où nous étions passé, il reconna​î​t à demi-mot​,​ qu’effectivement, des passages sont ouverts. Il reconnaît​,​ mais se bornant à faire son travail, il nous invite à quitter la forêt… en revenant sur nos pas​ !​

“- Je sors au bout de la piste mais je vais fermer la barrière derrière moi. De chaque côté il y a un fossé, vous ne pourrez donc pas passer avec votre âne. Je vous conseille de reprendre le chemin par laquelle vous être arrivés ici, vous allez au bout, là, vous trouverez la barrière est ouverte. Vous verrez ce n’est pas beaucoup plus long.” nous indique le garde peu coopératif.

Pas beaucoup plus long… pas beaucoup plus long … A la louche on va se taper au moins 5 km en plus,​ soit deux heures de marche à pester contre ce gars qui aurait pu nous attendre au bout de son chemin avant de fermer la clôture.​ La ligne droite de plus de 2 km à travers la forêt est interminable​,​ sans parler du passage sur le bord de la route… très pénible. Mais ça soulage de lâcher quelques gros mots….et on finit par en rire….. ​Et on y croise les deux camping-caristes avec qui nous avons déjeuné à midi !

Il est tard lorsque nous​ arrivons​ à Paimpont ! Heureusement, Isabelle nous attend à son QG, le Bar Le Brécilien, pour boire une bière 100% bretonne ! ​Un vrai régal, après cette journée longue et éprouvante. Dans le centre du bourg, nous avons retrouvé Cécile et ses enfants qui nous rejoignent au café.
​Cependant, la journée n’est pas terminée pour nous​!​

Nous dormons ce soir chez Isabelle qui habite à 6 km de Paimpont. Le​s​​ ​plus dur​s​ sans doute !
Demain nous prendrons la direction de Maure-De-Bretagne.​ De nouvelles aventures nous attendent…

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Sources :
Destination Brocéliande 
Office de Tourisme de Brocéliande
Brocéliande Guide 

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