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Marius Tour de France

Jour 769 / Journée pluvieuse, soirée chaleureuse !

Lorsque je lève le camp à 9​ ​h, M​o’​ est déjà en route pour Ploërmel où elle avait laissé sa voiture​ trois jours plus tôt​.​ Cette nuit il a beaucoup plu. Marius a pris l’eau une bonne partie de la nuit. Il n’avait rien pour s’abriter. Il va être de mauvaise humeur aujourd’hui ! Je rejoins le GR 37. Il emprunte dans un premier temps, une petite piste arborée de part et d’autre. Il pleut par intermittence mais ​heureusement, ​nous sommes à l’abri du vent. Après une poignée de kilomètres, l’itinéraire est dévié​,​ car le ​petit ​pont​ que nous devons traverser​ ​pour passer de l’autre côté de la rivière, est condamné ​pour risque d’effondrement. Il nous faut​ donc​ passer par une petite route fréquentée pour retrouver la voie verte.

Peu avant, au hameau “La Chatouillette” (ça ne s’invente pas) Mo’ me retrouve en voiture pour m’apporter quelques courses qu’elle a faites​ pour moi avant de ​repartir vers la Belgique. J’avais envisagé d’en faire à Ploërmel avant de me raviser : je n’ai finalement pas très envie de traverser ce matin cette ville de 10’000 habitants pour acheter des provisions dans un hypermarché. Je remercie Mo​’ pour sa gentillesse et après un dernier au-revoir​,​ chacun ​re​part de son coté.
Ces quelques jours ensemble se sont très bien passés. Nous avons beaucoup ri sur les chemins, échangé sur le voyage, parlé de nos ânes … Tout était très fluide.

Un peu plus loin donc, je retrouve la voie verte aménagée sur une ancienne voie de chemin de fer qui rejoint Guer et Messac. Goudronnée ou recouverte de sable compacté selon les tronçons, cette piste cyclable nous permet de contourner Ploërmel et sa zone très urbanisée et​ bruyante. Après être passés sous la deux fois 2 voies, on la longe un long moment. L’activité commerciale est dense​ et​ ​j’évite de m’attarder. Plus loin, la voie douce passe à nouveau sous l’autoroute. Pas après pas, le calme revient. L’ancienne voie ferrée qui traverse des haies bocagères, ondule le long de cours d’eau et d’étangs jusqu’à l’ancienne gare d’Augan, aujourd’hui cerné​e​ par un lotissement. On poursuit encore un peu, le long de l’Oyon, une charmante rivière qui se jette un peu plus loin, dans l’Aff.

C’est trempé ​jusqu’aux os ​que je sors​ de​ la voie verte pour ​tenter de ​trouver un lieu pour la nuit. Il n’est pas très tard​,​ mais le prochain hameau est beaucoup plus loin​ (​trop loin pour moi, après m’être fait rincer toute la journée) et autour de l’ancienne voie de chemin de fer, je ne trouve que des cultures.

Je fais​ chou blanc à la première maison​ que je rencontre: je sonne, ​je ​frappe à la porte. J’attends.​..​ J’insiste​,​ car une lumière est allumée à l’intérieur. Personne ? Tant pis. Alors que je me remets en marche, j’aperçois une silhouette dans le jardin de la maison qui se trouve face à moi. J’ai peut-être une chance de trouver là un endroit au sec pour passer la nuit. Je m’approche. La personne me fait signe de la main avant de disparaître au fond de son terrain. J’ai juste le temps de répondre. Je longe une grande pâture puis la maison à l’angle de laquelle un chemin redescends vers la voie cyclable. En tournant la tête dans cette direction, je vois un groupe de personnes​,​ dont ​la dame de tout à l’heure​,​ qui m​e​ fait à nouveau un signe de la main. Je me dirige ​vers ​eux et leur expose ma requête. La dame, sans doute la propriétaire, hésite avant d’accepter ​que je bivouac dans son champ ! Elle me demande toutefois de rester sur le haut de la parcelle. Je comprends qu’il s’agit du terrain qui jouxte sa maison et devant lequel je suis passé en arrivant​. Il s’agit probablement​ d’une pâture pour des animaux ou ​pour ​faire du foin.

Je retourne de l’autre côté de ​l​a maison​, je sens comme un flottement étrange avec mes hôtes. Je reste un moment devant ce terrain à me demander comment attacher Marius : la parcelle n’est pas close du coté la petite route que j’ai emprunté pour venir ici​ et​ ma corde ne suffira pas à la fermer pour éviter que mon compagnon s’aventure cette nuit sur le bord de la voie. Je le laisse alors libre le temps de réfléchir. Je plante ma tente sous un arbre magnifique pour me protéger de la pluie qui tombe à nouveau. La propriétaire me propose ​alors ​de me mettre au sec, sous un grand appentis ou de me faire dormir dans un cabanon en bas du jardin. Je préfère l’appentis car un petit fénestron dans le mur me permettra d’observer Marius.
La pluie redouble d’intensité. Je ​me dépêche de ​ramener mes sacoches au sec. Il y a longtemps que je n’avais été pas mouillé autant ​!

Je fais la connaissance de la petite famille qui m’accueille devant un café chaud. Sylvie, ​m​on hôte, ses enfants Elsa, Laura et Alban et sa maman. Elle m’explique q​ue​ son mari ​ et elle ​ont acheté récemment cette maison et viennent la nettoyer et lui donner un coup de fraîcheur avant de s’y installer.
Alors que la petite famille s’apprête à partir, Sylvie m’invite à diner chez elle. Elle vit à quelques kilomètres d’ici. J’hésite quelques instants : l’idée de laisser Marius tout seul​ ​attaché à la longue longe, ne me ​semble pas très ​rassurant​. ​Mais finalement j’accepte. Une bonne soirée​ au sec​ ça ne se refuse ​pas, ​d’autant qu’il n’y a aucune raison qu​’​il lui arrive quoi que ce soit.​

Dans la pénombre, les cochons de Benoît !
Je ne compte plus les bâtiments industriels croisés sur les chemins bretons…

​Sylvie revient me chercher après avoir fait les courses, me laissant ainsi le temps de gonfler mon matelas, placer mon duvet, sortir mes affaires qui ont pris l’eau et attacher Marius à un grand poteau en béton d’une des clôtures du champ. La maison est à moins de cinq minutes en voiture. Son mari nous attend. Il est enchanté par notre rencontre inopinée et cette soirée improvisée.
Benoît est agriculteur : il élève des cochons en liberté. C’est la première fois que je vois des truies libres en Bretagne, première région productrice de porcs (plus de 50 % de la production national) séquestré​s​ dans des fermes usines ! “Mes porcelets son élevés à l’intérieur, sur paille” m’explique-t-il. Je comprends tout de suite à qui j’ai à faire et ne suis pas étonné lorsqu’il me confie être adhérent à la Confédération Paysan. Selon lui, les agriculteurs continuent​ leur impitoyable expansion : “Ils deviennent tellement gros​,​ qu’ils ne peuvent plus mettre les vaches au pré : les champs sont trop loin des robots de traite​,​ alors elles sont concentrées dans les stabulations et ce sont les exploitants agricoles qui leur coupent l’herbe et leur ramène dans de grosses remorques !!”. De mieux en mieux ! J’en ai vu pas mal en effet qui, depuis début avril, coupent​ l’herbe gonflée aux engrais chimiques avant de la charger dans des bennes pour la livrée au troupeau.

La concentration du bétail n’est pas sans risque : elle élève le taux de nitrate dans l’eau,​ ce qui participe au développement des fameuses algues vertes. Elle augmente également les risques d’épidémies et de maladies, les vaches qui ne se déplacent plus développent des infections au niveau des sabots. L’agriculture marche sur la tête​,​ mais elle fait la richesse des laboratoires​,​ car pour soigner les bêtes souffrantes, ils commercialisent médicaments et antibiotiques !! “On continue d’aller dans le mur​,​ en sachant très bien ce qui va se passer” déplore Benoît. Moi, c’est à me dégoutter de la viande et du lait … Ça me met en colère de constater que ce modèle d’agriculture intensive a toujours le vent en poupe et que rien ne semble pouvoir l’arrêter… Seul le choix des consommateurs de par sa prise de conscience, pourra faire changer les choses.

Je me réconforte cependant en écoutant Benoît qui a choisi une autre agriculture plus responsable et plus respectueuse de l’environnement. Il produit en bio et limite les investissements en fabriquant une grande partie de ses aliments. Il parvient ainsi à diminuer le coût de production et à vivre correctement de son exploitation. Par ailleurs, il adhère à un groupement associatif de producteurs pour entrer en contact direct avec des transformateurs et des bouchers. Il vend ainsi sa viande au travers de circuits courts valorisant ainsi la production bretonne. C’est un constat aussi : de plus en plus d’agriculteurs conventionnels sortent d’un système qui les emprisonne financièrement en modifiant leurs pratiques agricoles et en réduisant petit à petit leurs exploitations pour des fermes à taille humaine : produire moins mais privilégier la qualité et la vente directe.

Le repas terminé et avant de retrouver mon Marius, Benoît sort son accordéon pour chanter quelques chansons bretonnes. Cet agriculteur a plus d’une flèche à son arc : il est aussi amateur et organisateur de Fest-Noz (rassemblements festifs basés sur la pratique collective des danses traditionnelles de Bretagne, accompagnées de chants ou musiques instrumentales).  Je passe un excellent moment à l’écouter. J’adore l’accordéon​,​ instrument qui a bercé mon enfance lorsqu’on mon père écoutait André Verchuren. Merci Sylvie et Benoît pour cette très belle soirée heureuse après une journée pluvieuse !

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Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

2 commentaires

  1. Bonjour. Ce Benoît me fait penser à un autre Benoît, qui a une ferme bio en Charentes. Si tu vas de ce côté, je pense que lui et sa femme seraient contents de t’accueillir et de te faire découvrir leur magnifique ferme, et leurs nombreuses activités vertueuses, et parfois surprenantes. Ils ont un parc à ânes, pour Marius, et certainement un coin d’herbe à te prêter. Impossible d’être déçu ou de regretter un séjour chez eux. Je peux te donner leurs coordonnées si ça t’intéresse. Par le biais de mon adresse mail.

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