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Marius Tour de France

Jour 795 / De l’autre côté de la Vilaine, la Loire-Atlantique.

Il est presque midi lorsque je salue Patrick, Hélène et leurs enfants, chez qui je suis resté deux jours. La petite famille habite dans les bois, au nord-est de la Chapelle-De-Brain à une poignée de kilomètres de la Vilaine. C’est en longeant leur terrain que j’ai d’abord croisé Hélène qui rentrait chez elle dans sa petite Twingo. Intriguée, elle s’est arrêtée à ma hauteur pour me poser quelques questions. Un peu plus loin, Patrick son mari, est venu à ma rencontre après qu’Hélène lui ait parlé de moi. Alors qu’on discute un moment devant chez eux, je suis étonné par le bourdonnement que j’entends dans le bois qui jouxte leur maison.

“C’est peut-être un vol de fécondation d’une reine ou une ruche qui essaime, quoi qu’il en soit ça fait plaisir à entendre toutes ces abeilles” m’explique Patrick. Surpris par ses connaissances apicoles, je lui demande s’il est apiculteur. “Oui… Enfin, j’ai perdu presque la totalité de mes ruches à cause de l’agriculture intensive. Je ne sais pas si je vais continuer dans ces conditions” me confie-t-il avec beaucoup d’émotion dans la voix. Je lui raconte que j’ai aussi des ruches. Vingt-cinq : “Je les ai confiées à un jeune apiculteur le temps de mon voyage”.
Patrick m’a alors proposé de m’arrêter chez eux “s’il n’est pas trop tôt pour t’arrêter”. Possédant un âne et un cheval, la place ne manquait pas pour Marius. Il ne devait pas être loin de 16h. “Pourquoi pas !”. Je sentais une bonne énergie ici. J’ai fait confiance à mon intuition.

Après une nuit dans une magnifique roulotte, Hélène m’a proposé de rester “si je le souhaitais”.  Je me dis que finalement, je ne suis pas pressé ! Je profite de l’instant présent et je suis resté !
On a beaucoup parlé de la mortalités des abeilles avec Patrick. Lui et de nombreux autres apiculteurs ont marché sur Rennes pour amener un convoi mortuaire à la Chambre régionale d’agriculture. Une action symbolique pour dénoncer les ravages de l’agriculture intensive. 20 000 colonies sont mortes depuis le début de l’année en Bretagne. “Les institutions accusent le varroa mais s’il a un impact certain sur la santé du rucher c’est surtout les pesticides qui sont la cause de la surmortalité des abeilles”. Il déplore que certains apiculteurs jouent le jeu de la chimie en affirmant qu’ils n’ont aucune mortalité et que le problème est ailleurs. “Ils doivent être payés pour dire ça” rage Patrick.

Je ne sais pas si Patrick aura le courage et la force de reconstituer son rucher. Je le lui souhaite en tout cas. Et au final, ça me conforte dans le choix de ne pas lancer mon activité apicole. Je n’ai pas envie d’aller au casse-pipe et de voir crever mes abeilles. L’interdiction des néonicotinoïdes est pour moi un leurre : lorsqu’un produit est enlevé du marché, deux autres plus nocifs encore sont mis en vente.

Deux kilomètres à peine après être parti, je m’arrête près d’une chapelle pour débâter Marius. La descente pour atteindre la Vilaine est telle que le bât et les couvertures ont glissé sur les épaules de mon compagnon de voyage. C’est de ma faute, je n’ai pas assez serré l’avaloir. La chapelle est dédiée à Saint-Melaine, un homme  à qui on attribua une foi de grande ardeur et des miracles nombreux. On lui adressait ses prières pour avoir de belles portées de cochons !  En m’éloignant un peu de l’édifice, je découvre une fontaine et un lavoir qui était jadis, très fréquenté. La source elle, est réputée intarissable.

Je ne suis pas très loin de la Vilaine. J’y accède par de très beaux chemins qui me conduisent à Brain-Sur-Vilaine. Une petite parcelle de vignes a été plantée au bord de la rivière, sur un jardin communal. La municipalité a ainsi souhaité rappeler que cette culture ancestrale était présente dans la région jusqu’au XIXe siècle. L’idée étant de permettre aux habitants de se retrouver ensemble pour entretenir la vigne, faire les vendanges et déguster le produit de la récolte. Je trouve que c’est une belle initiative !

La Vilaine est paisible. Il fait très beau. Un panneau indiquant les différente crues du fleuve entre 1995 et 2001, rappelle toutefois qu’il peut être imprévisible. Je rencontre beaucoup de promeneurs venus se balader ce dimanche sur le chemin de halage. Quelques bateaux de plaisance circulent sur le fleuve. Des pêcheurs attendent patiemment que les poissons mordent à l’hameçon, tandis que des cyclistes pédalent tranquillement. Parmi eux, Alain et sa femme. Ils habitent Brain et connaissent bien Patrick et Hélène. Ils ont entendu parler de moi chez mes hôtes de la veille. Le couple regrette que Patrick stoppe son activité apicole et dénonce lui aussi, l’utilisation de produits phytosanitaires dangereux pour la santé des riverains comme des consommateurs.

Selon Alain, un collectif s’est réuni pour porter plainte contre un agriculteur qui a utilisé un produit chimique sur du Colza en plein jour. “Que faire d’autre ?” s’interroge-t-il. Pour moi, ce seraient aux enfants de mener une action en justice. Médiatiquement, cela aurait plus de poids et ferait sans doute davantage réfléchir l’opinion publique. Alain déplore le fait que l’agriculture empiète de plus en plus sur les marais. “Avant, il y avait des des paysans, il y a ensuite eu des agriculteurs et aujourd’hui ce sont les exploitants agricoles qui exploitent bien la terre. Il y a maintenant plus de champs de céréales que de pâtures à vaches. Les céréales ont besoin de beaucoup d’eau et l’eau commence à manquer. Des restriction sont prises par la préfecture, car on rencontre déjà une pénurie d’eau”. Et on est seulement fin mai ! En Bretagne, c’est un comble !


La route est longue jusqu’à Redon. Une vingtaine de kilomètres à parcourir et la ville à traverser. J’hésite à me rendre jusque là. Il sera tard lorsque j’arriverai et il me sera peut-être difficile de trouver un endroit où me poser pour la nuit. Malgré tout, j’avance et je verrai bien.


Le problème c’est qu’au fil des heures, je consomme une bonne partie de l’eau de la gourde. Et plus j’avance, et plus je me rends compte que je n’ai pas vraiment de choix où me poser : le chemin est bordé de terres agricoles fermées ou cultivées ou des zones marécageuses impraticables. Je n’ai donc finalement pas d’autre choix que d’avancer jusqu’à Redon en espérant trouver de quoi remplir la gourde.

À Redon, la traversée est plus facile que prévu. Le pont qui enjambe la Vilaine n’est pas trop fréquenté en ce dimanche soir. Il est presque 21h. Ceci explique peut-être cela !
De l’autre côté de la Vilaine : la commune de Saint-Nicolas-de-Redon. Je change de région et de département. Mes premiers pas en Loire Atlantique sont pour rechercher un carré d’herbe pour mon poilu. Je sens qu’en trouver un va s’avérer être un petit exploit ! Je franchis le pont-à-bascule sur le canal de Nantes à Brest qui croise la Vilaine.

Je remonte le fleuve sur quelques dizaines de mètres en direction de la base nautique. J’y aperçois au fond des véhicules aménagés. Selon les premiers touristes que je rencontre, il y a un terrain un peu plus loin, le long de la digue.
Un panneau prévient que le site est “privé” et “interdit aux personnes non sédentaires”. Visiblement, les propriétaires de trois camping-cars ont fait fi de l’interdiction. Ils se sont garés près des bâtiments du centre nautique. Je passe devant, laisse Marius brouter tranquillement au bord du chemin le temps d’aller voir à quoi ressemble la fameuse pâture.

Très herbeuse certes, elle est aussi très humide et le seul endroit où je pourrais planter ma tente est plein d’ornières. Je reviens sur mes pas et croise les camping-caristes avec qui j’échange quelques mots. À côté de leurs véhicules, un bout d’herbe tondu et une haie. Pour cette nuit, ça suffira pour mon compagnon de route. Je l’attache à un piquet de clôture d’un champ situé le long de la digue, le temps que j’installe le bivouac.

Je fais connaissance avec mes “voisins de bivouac”, ramène un peu plus tard Marius puis rentre dans ma tente. Face à nous, Redon, dernière commune bretonne.
Ça y est, après neuf mois en terre Breizh, j’ai finalement quitté la Bretagne. Ça me fait bizarre de passer cette première nuit en Loire Atlantique.

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Tags : BreizhBretagneIlle et VilaineLoire-AtlantiqueTour de France

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