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Marius Tour de France

Jour 775 / Brocéliande, la forêt interdite ?!

Je ne vous ai pas raconté …
Hier​,​ mes premiers pas dans la forêt de Brocéliande​. ​Ils ont été marqués par plusieurs rencontres. Et pas des moindre​s​!
​Il y a d’abord​ eu​ Lyna et Rémi, un jeune couple habitant au sud-est de Rennes​​. ​Le destin de ces deux bretons ​s’est croisé en 2013 sur le chemin de Compostelle. Je connais Lyna depuis quelques années grâce aux réseaux sociaux​, mais​ ​i​l m’étai​t ​difficile de me rendre chez elle​,​ car elle habite trop à l’Est par rapport à mon itinéraire. On​ a​ marché quelques kilomètres dans la forê​t pour faire connaissance. ​Je me rends compte en chemin que ​Rémi ​a​ un regard un peu négatif sur Brocéliande. Selon lui, dans certaines forêts de Grande-Bretagne, on retrouve les mêmes sites que dans la forêt de Paimpont.


Ce même jour, une autre rencontre​ :​ Alexandra​.​ ​A​lors que j’allais quitter une piste rectiligne pour découvrir le chêne des Hindrés. Cette jeune quadra, accompagnée par la mère de son mari, venait admirer cet arbre vieux de 500 ans. Tandis que je répondais aux interrogations d’usages sur notre voyage, Marius a décidé de poursuivre ​tout seul ​sur le GR. Pas question pour lui d’aller voir le chêne ! J’ai eu beau l’appeler, il ne s’est pas arrêté. “Piapiapia piapiapia… moi j’avance ! J’en ai marre que tu t​’​arrêtes sans arrêt !!”. Bougon le Marius ?! Je me suis donc résigné et ai poursuivi la discussion avec Alexandra en le suivant de loin !


En lisant notre carte du voyage sur laquelle est précisé que nous associons le voyage à une cause, celle de Solidarité Élisa, Alexandra me confie qu’elle est atteinte d’un cancer du poumon. “J’étais très sportive. Je pratiquais l’apnée Je ne fumais pas ! Je n’ai d’ailleurs même pas essayé de fumer de ma vie.” m’explique-t-elle​,​ précisant que 2% des personnes souffrants d’“Adenocarcinome pulmonaire” n’ont comme elle, jamais touché une cigarette. Depuis plusieurs années, Alexandra est sous traitements très lourds. Sans parler des opérations. Elle passe des périodes très dures, de fatigue intense, où elle ne peux plus marcher. Mais elle s’accroche. Chaque jour est pour elle est une victoire, son sourire un hymne à la vie. On s’est séparé avec regret au parking de la départementale qui scinde à cet endroit la forêt de Brocéliande en deux.


C’est là que j’ai aussi rencontré un groupe de personnes​,​ qui après leur avoir expliqué les raisons pour lesquelles Marius a des plaies​​, lui ont fait un soin Reiki ! C’était étonnant de voir 5 ou 6 personnes, au milieu du chemin, les mains posées sur mon compagnon de voyage !
Je ne vous ai pas ​non plus ​parlé​ ​d’Isabelle​,​ qui nous a accueillis chez à elle à Le Cannée, près de Paimpont, pendant quelques jours. Elle possède 5 ânes qu’elle propose pour de la balade et randonnée en forêt de Brocéliande depuis plus de 5 ans. Bien qu’elle soit ​déjà ​partie quelques jours avec ​ses ânes et sa fille, Isabelle n’a jusque-là, jamais entrepris de vrai voyage avec eux … Mais​,​ elle a eu un déclic en lisant et ​en ​écoutant les récits de voyage au pas de l’âne : elle a décidé de partir en septembre avec son âne Babin pour un premier périple de deux mois qui la conduira dans les cotes nord de la Bretagne entre St ​Malo et St​ ​Brieuc… Ce qui fait à peu près 400km !! Pas mal pour une première !


Dernière rencontre de la journée, déjà riche en histoires ​: Claire qui m’a rejoint hier soir après avoir passé une nuit bruyante au camping de Paimpont.  Elle travaille pour la Métropole Européenne de Lille sur la faune sauvage. Elle suit quelques espèces cibles selon des protocoles nationaux du Muséum d’Histoire  Naturel de Paris (chouette chevêche, chauve souris, papillons, amphibiens, libellules….) afin de connaitre les espèces et leur répartition, leur état de conservation, leur évolution mais également avoir un retour sur la gestion des espaces naturels. En parallèle, elle en charge la “gestion” des espèces susceptibles de causer des dégâts aux activités humaines comme le lapin de garenne, le rat musqué et la bernache du Canada. Une activité qui la questionne énormément sur la pertinence des actions entreprises, la place de l’homme dans la nature et son besoin de tout maîtriser.
Claire ne se dit pas “naturaliste”. Disons plutôt qu’elle a “une gigantesque sensibilité à la nature”. Mais du coup, elle une impressionnante connaissance des chants ​d’​oiseaux. Elle est capable de nommer chacun d’eux dans un concert de cris comme un mélomane saurait reconnaitre les instruments d’un orchestre symphonique. Chaque sifflement d’oiseau lui est familier​. Elle sait même reconnaître si c’est un jeune ou un adulte, et quelles significations ils ont. Je vais profiter de son savoir pour compléter mes quelques connaissances en la matière !


Ce matin, la nature est calme autour de l’étang. Le couple qui avait planté sa tente vers 23h est parti tôt. Un pêcheur taquine le poisson depuis les premières heures de la matinée. Il range son matériel bien avant nous.
En manœuvrant hier, Claire a brisé la vitre arrière de sa voiture. Alors pour éviter qu’elle ne se fasse voler ses affaires, elle a laissé son véhicule chez Isabelle qui l’a gentiment ramenée à l’étang.
Après avoir mangé un bout et attendu que Marius ait terminé sa sieste, nous levons le camp. Il est 14h30. Les promeneurs sont nombreux à faire le tour du plan d’eau, passage obligé pour ceux qui suivent un itinéraire pédestre.


Le tombeau de Merlin et la Fontaine de Jouvence ne sont pas loin. Il y a beaucoup de monde autour d’une sorte de bassin rond. Autrefois, dit-on, elle était “majestueuse” et “entourée d’énormes pierres”. Le lieu servait même paraît-il, de culte druidique. D’après les érudits du XIXe siècle, les nouveau-nés de l’année étaient recensés lors du solstice d’été par les druides et lavés dans une fontaine. Ces fontaines étaient nommées “Jaouanc”, ce qui signifie “jeunesse” en langue celtique. Les parents qui n’avaient pu amener leur enfant l’année de sa naissance, l’inscrivaient l’année suivante. L’enfant était alors considéré comme nouveau-né et par conséquent rajeuni d’un an ! Voilà l’origine de la légende de la fontaine de Jouvence, qui avait le pouvoir de rajeunir…
Les curieux y trempent leurs pieds, s’aspergent de l’eau sur le visage ou les bras… Bon, si l’eau ne rend visiblement pas plus jeune, elle ne donne pas plus le sourire ! Ils sont nombreux à tirer la tronche ce matin. On ne les sent pas très jouasses en tout cas. Ils ne semblent pas très communicatifs​,​ mais plutôt pressés. Quelques-uns toutefois échangent un sourire tandis que Marius avance tranquillement.


Nous nous éloignons et ​​arrivons sur un parking​,​ avant de nous rendre vers le tombeau de Merlin. Il ne reste presque plus rien de l’allée couverte de schiste rouge de 12 mètres de long, datant de la période Néolithique. Elle a été dynamitée au XIXe siècle et seules subsistent aujourd’hui trois roches posées l’une contre l’autre. Merlin, druide, enchanteur, devin, serait mort ici. Dans la légende, ce serait l’amour qui aurait perdu Merlin pour toujours… La fée Viviane, désireuse de le garder auprès d’elle pour l’éternité, aurait enfermé son maître et bien-aimé dans une prison d’air d’où s’échappent parfois des volutes argentées…
Ici aussi il y a beaucoup de monde. Entre les couples qui râlent après leurs enfants, et ceux qui téléphonent devant “le tombeau de Merlin”, pas facile de ressentir la magie du lieu. Des fidèles y déposent quotidiennement petits mots, cadeaux, couronnes et bouquets de fleurs. J’ai appris que Merlin n’écrivait pas : il laissait cette charge à son vieil ami et conseiller Blaise ! Ah ben voilà ! Tout s’explique !!!


On ne s’éternise pas ici​ non plus​. On regagne le parking dans un flot incessant de véhicules pour s’engouffrer dans la forêt, fuyant la foule.
Elle est ici très agréable bien que boueuse et très humide en de très nombreux endroits. Marius me surprend : il file devant et tourne seul sur les sentiers comme s’il connaissait notre itinéraire. Les lutins lui montreraient-ils la voie ?
De très beaux arbres jalonnent notre chemin. Nous sommes surpris par les changements brutaux de végétation. Parfois, la forêt ressemble par endroits à une forêt méditerranéenne, loin de celle que nous avions imaginé trouver ici.
Une passerelle étroite et en mauvais état nous oblige à nous frayer un chemin dans les ronces. Nous suivons les indications d’Isabelle qui nous avait prévenus de cette difficulté. C’est un peu galère​,​ mais après un quart d’heure de défrichage, Marius franchit en sautant le petit fossé plein d’eau stagnante.


Nous faisons une halte à la chapelle Saint Jean avant de poursuivre notre itinéraire​,​ d’abord par le bois du Trékoët sur un chemin​,​ puis par une petite route qui nous conduit à l’étang de Comper. Comper et son fameux château occupé par le décrié Centre Arthurien de Broc​é​liande.
Nous sommes surpris toute la journée par le nombre de panneaux d’interdiction que nous croisons : pêche interdite, baignade interdite, navigation interdite, chemin interdit, ramassage des champignons interdit, accès interdit… C’est assez impressionnant et ça ne fait pas trop rêver ! On peut comprendre que l’afflux de visiteurs pose problème aux propriétaires mais c’est un peu abusé.


A Concorret par une piste, nous nous arrêtons à la première maison du village pour demander de l’eau. Un terrain nous tendait les bras en arrivant mais pas sûr que nous puissions nous y installer pour la nuit. La propriétaire de la villa​,​ à qui je pose la question​,​ me répond qu’il nous est possible de nous y installer. Cool ! Bon, je n’avais pas vu l’énorme transformateur électrique devant le terrain. On fera avec… Claire, elle, remarque les fauvettes des jardins et les étourneaux dont un couple niche dans une cavité de poteau électrique. Elle est étonnante !

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