close
Marius Tour de France

Jour 757 / La respiration de Marius encore anormale

Marius respire toujours un peu bizarrement ce matin mais son cœur bat moins vite. Ce n’est pas la première fois que sa respiration est anormalement accélérée. L’âne de Lise respirait de la même façon lorsque je suis revenu en Bretagne le 17 avril dernier. J’ai donc tout de suite pensé que les fortes chaleurs de ces derniers jours pouvaient en être la cause. Ce qui me rassure, c’est qu’il n’a pas perdu l’appétit et marche sans problème. Misà part des mouvements “exagérés” des flancs et des naseaux, il n’y a rien d’anormal : je ne remarque pas d’écoulements des naseaux, il ne tousse pas, respire bouche fermée, sans ronflement ni sifflement ! La fraîcheur de la nuit aurait-elle permis de calmer son halètement ? La première fois que ces symptômes sont apparus, c’était dans la Meuse, en mars 2016. Nous pensions à l’époque qu’il avait mangé une plante toxique. À moins que ce soit dû aux pollens ou aux traitements dans les champs… Ça ne s’était plus reproduit jusqu’en février dernier. On ne peut pas dire qu’il faisait chaud à cette époque de l’année. Je m’interroge sur ce qu’il peut bien avoir. Je le surveille de près et appellerai un véto si ces symptômes perdurent, sachant que les voies respiratoires sont le talon d’Achille des ânes.

Je quitte Marion en milieu de matinée. Nous avons passé une très bonne soirée sous les étoiles à parler de la vie ! C’est une chouette nana. Elle est pleine de projets et revit enfin après avoir passé quasiment trois ans alitée après avoir été percutée par une voiture. Je lui souhaite de tout cœur qu’elle parviendra à les mettre en place !

Je reprends donc mon chemin là où je l’avais laissé hier et remonte l’avenue principale de Guern. Enfin… Je m’arrête d’abord boire un café dans un bar histoire de me motiver. Ce n’est pas que la côte soit rude mais la journée s’annonce longue : 20 kilomètres pour rallier la ferme de Kermelin. En fait, je me suis trompé de jour lorsque j’ai annoncé mon arrivée à Camille. Je lui avais dit que j’atteindrai Quistinic samedi soir alors que c’est ce soir que je pose mon bivouac chez elle. Rien de grave en soit, cependant elle a accepté une invitation entretemps et partira à 18h. Je vais tenter d’arriver avant !
Je n’ai donc pas trop le temps de discuter avec le patron du bistrot et ses quelques clients.

Marius a un bon pas ce matin. Nous arrivons assez vite dans la vallée de la Sarre, une petite rivière granitique qui parcourt une vallée encaissée et boisée. Comme me l’avait dit Marion, nous sommes au frais sous les ombrages de grands arbres qui bordent notre route. Il fait toujours chaud aujourd’hui néanmoins je ne croise pas grand monde mis à part des “promeneurs de chiens” !

Un moment d’inattention me fait manquer le chemin que je dois emprunter. Demi-tour ! Dans ces moments là, Marius me parait toujours complètement dépité ! Comme si devoir refaire le chemin à l’envers le fatiguait ! Je pense qu’il préfèrerait faire un long détour plutôt que de devoir revenir sur ses pas … Mais pas moi ! Surtout que, cette fois, le contournement pour récupérer notre itinéraire serait très long ! Mes explications ne semblent pas convaincre mon compagnon qui du coup, a ralenti l’allure !

– “On ne va pas se rallonger des kilomètres Marius. Allez, bouge !”

Je retrouve un peu plus haut le fameux chemin que j’ai loupé. Il n’est pas très visible et descend dans une mare d’eau. D’après ma carte, il devait passer dans un bois mais celui-ci a visiblement été coupé. Il ne reste que des andains de branches et de racines laissées sur place car la valorisation ne rapporte rien aux bûcherons. Le paysage que nous avons sous les yeux, fait peine à voir.

J’examine ma carte une dernière fois pour bien vérifier que je n’ai pas d’autre choix que de passer par là… D’essayer tout du moins … Nous allons devoir nous rendre sur l’autre rive de la Sarre et pour cela j’espère qu’il y aura un pont, sinon ça va être compliqué : le courant est rapide, la rivière plutôt large et elle semble profonde. Bon, j’y vais. Je tiens Marius à la longe. On tente difficilement de contourner la boue. Elle est marquée par endroit par des empreintes d’ongulés sauvages. Plus j’avance et plus je crains de devoir traverser le cours d’eau à pied.
Après avoir chancelé sur les débris de bois qui jonchent le sol, j’aperçois enfin une passerelle. Et fort heureusement, elle est solide et assez large pour Marius. Cependant, mon âne qui connaît son gabarit au millimètre près, constate que si ça passe, ça passe juste !

Le bougre n’est pas très enclin à traverser. Je tente de le raisonner, de le rassurer… Rien n’y fait. Sa confiance a parfois des limites ! Je le tire alors sur le tablier du pont mais il a peur d’y poser ses sabots. Il recule de toutes ses forces. Je ne fais pas le poids. Je le laisse donc réfléchir un moment au bord de la rivière. Pendant ce temps, je vais poser mon sac de l’autre côté. Lorsque je reviens, Marius est plus conciliant et accepte de passer malgré une dernière hésitation : son chargement passe d’un cheveu de chaque côté. Le moindre écart à droite ou à gauche et il râperait les sacoches sur la rambarde en bois au risque de faire péter leurs boucles de fermeture. Marius finit par passer sur l’autre berge sans trop de difficultés et sous les flashs d’un couple de randonneurs paisiblement installés au bord de l’eau.

Je débâte et m’installe un peu plus haut devant le moulin de Poul pour manger un bout. Les bâtiments sont en ruines et rongés par les ronces. Mon compagnon lui, se cale une bonne partie de notre pause entre l’un des murs du bâtisse et un arbre. Déjà les insectes l’énervent. Il tape du sabot et fouette de la queue. Mais surtout, sa respiration est à nouveau aussi accélérée qu’hier. Je ne comprends pas. Ça doit le fatiguer.

On ne reste pas trop longtemps. Marius ne mange presque rien. On rejoint la route puis une piste. Ça grimpe. Forcément, après avoir traversé une rivière… À Kervalan, on a un bout de route jusqu’à l’entrée de Bubry. Pas grand chose mais il nous faut être prudents. Le GR nous conduit ensuite devant la chapelle Saint Tremeur, un saint qui aurait vécu au début du VIe siècle. Il fut tué par son père, le roi Conomor. Une sorte de Barbe-Bleue breton qui tue ses épouses successives (six au total) dès qu’elles ont un enfant. En effet, il crût à la prophétie d’un devin qui lui prédit qu’il périrait de la main de son fils. Sa dernière épouse, Sainte Tréphine ayant accouché de Saint Trémeur (Trec’h meur = grand vainqueur), il le décapita. Saint-Gildas replaça alors sa tête  sur ses épaules et baptisa l’enfant sous le nom de Trémeur. L’enfant alla voir son père qui fut frappé d’épouvante”.

Après avoir lu cette « charmante » histoire sur un panneau devant l’édifice, une fontaine me permet de faire boire Marius. Il me réclame de l’eau en poussant un petit braiment étouffé lorsque je lui montre son seau pliable. Je change mon itinéraire pour contourner la commune de Bubry afin d’éviter le centre-ville. J’ai plutôt été inspiré, car le chemin est magnifique. Il traverse d’abord un bois dont le sol est recouvert de feuilles mortes puis longe un petit ruisseau. Là, c’est sur un tapis d’herbe que nous marchons. Je récupère ensuite un peu de goudron avant de traverser le camping municipal pour franchir le Brandifrout sur un pont gaulois formé de gros blocs de granit, le Pont Davy. Nous poursuivons sous un tunnel d’arbres. C’est Magnifique !

Au hameau de Botfau je retrouve le bitume et les vaches. Le paysage est dégagé. Je commence à avoir mal aux épaules et à ma cheville. Marius lui, ne pense qu’à manger. Pourtant on s’est arrêté 20 minutes au bord d’un chemin. L’herbe est sans doute plus appétissante le long de la route ! Je retrouve mon tracé un peu avant la lande de Saint Yves où j’ai droit à un “Il est chargé comme une mule votre âne” lâché par une vieille dame qui a eu du mal à répondre à mon “bonjour“. “Ah bon ? Vous avez le peson dans l’œil ou vous vous fiez aux apparences ?” répondis-je avec agacement à son jugement. Je n’attends pas sa réponse et continue mon chemin… ou plutôt ma route jusqu’au hameau de Crann.

Là je cherche mon chemin. Je tourne un peu en rond dans un cul de sac. Il y a bien un homme qui pourrait me renseigner mais qui, lorsqu’il me voit, fait demi-tour. Je le vois faire les cent pas dans son jardin pendant que je tourne en rond dans un champ pour accéder au chemin indiqué sur ma carte. Je finis par comprendre que je dois revenir sur mes pas : le chemin se trouve 50 mètres plus haut. Il n’est pas signalé et passe entre deux maisons avant de longer des jardins.

Le sentier s’enfonce dans un bois avant de déboucher sur un pré où paît tranquillement un troupeau de vaches que notre équipage captive ! Dernière descente avant d’arriver au hameau de Kermelin puis à la ferme du même nom. Au bout d’un chemin qui longe une forêt, s’étale une vaste étendue d’herbe sur laquelle sont posées plusieurs roulottes.

– Bonjour, il y a quelqu’un ?

Personne ne répond. Il est presque 18h30. Camille a dû partir. Le temps de le décharger, j’attache Marius à un tracteur garé dans un abri agricole. Puis le laisse libre. J’ai très soif. Je n’ai plus une goutte d’eau depuis ma dernière pause… il y a une heure ! Je fais le tour du propriétaire lorsque j’aperçois quelqu’un dans une caravane.

-Bonjour…
Un jeune homme sort.
– Bonjour !
–  Je suis Stéphane…
– Ah, oui ! Je suis le fils de Loulou. Il est parti. Il avait rendez-vous chez des amis ce soir.
– D’accord… Et Camille aussi m’a dit qu’elle avait une soirée de prévue.
– Camille ? Je ne connais pas de Camille ….
– Ah bon ? Pourtant c’est avec elle que je discute sur Facebook…
– Camille ? Non je ne vois pas … Il n’y pas de Camille ici… Ah mais si ! Camille ! C’est le pseudo de mon père !!

Et là, je viens de comprendre que Camille, la personne avec qui je discutais sur le réseau social depuis 3 ans, n’existait pas ! Enfin, celle que mon cerveau avait imaginé, créée en quelque sorte grâce aux interprétations de ses publications et de nos échanges. Une connaissance m’avait pourtant expliqué que Camille était “la fille d’un couple de voyageurs en roulotte” devenue agricultrice. J’avais cru comprendre qu’elle avait des enfants et qu’elle et son mari, étaient permaculteurs ! Je prends comme une grande claque ! Jamais je ne me suis posé la question… ou lui ai posé la question de qui était “Camille” !
Je mets un moment avant de réaliser que mon “amie” n’était que le fruit de mon imagination !

Je monte ma tente devant une roulotte. Le fils de Loulou m’a proposé de dormir à l’intérieur mais il fait trop chaud. J’attache Marius à la longue longe. L’herbe est très riche, je dois veiller à ce qu’il ne mange pas trop pour éviter une fourbure.

Je m’endors en me réjouissant de rencontrer Loulou demain. Ce grand voyageur qui pendant 12 ans a sillonné en famille et en roulottes, les routes et les chemins hexagonaux.

Vous aimez suivre nos aventures ? Pour nous aider à les continuer et à vous les partager, vous pouvez faire un don et nous soutenir sur Tipeee.com ou acheter des goodies aux couleurs de Marius dans la boutique. Merci. 

Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons

En ce moment dans la Boutique de Marius, découvrez notre Pack Goodies "Fin de Voyage". Ignorer

Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !