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Marius Tour de France

Jour 766 / Dans le Vannetais, chez les Corses de Bretagne !

Autour de la table du petit déjeuner, Michelle se livre et nous raconte quelques pans de sa vie. Certains joyeux, d’autres moins. Elle a habité en Isère avant d’acheter cette maison sur les hauteurs de Saint-Jean-de-Brévelay, non loin de sa deuxième fille. Michelle est une jeune mamie comblée qui adore s’occuper de ses petits-enfants, ainsi que de son jardin et de ses poules qui gambadent librement autour de la maison, sous l’œil attentif du chat.

Après une bonne tasse de café offerte par notre hôte, nous la quittons, ainsi que Caroline sa fille et Karinne, une amie venue passer quelques jours avec elle. A peine la maison quittée, nous entamons les œufs durs que Michelle a cuit pour nous. Les œufs de ses poules sont vraiment délicieux et on en aurait bien englouti d’avantage !

Rapidement, nous suivons le GR38 qui grimpe sur la crête surplombant la vallée de la Claie. Erigée sur un rocher proche du panorama surplombant la vallée de la Claie, les crêtes et les landes de Lanvaux, une croix en fer forgé au soubassement en pierre porte l’inscription « Christus vincit » : « le Christ a vaincu ». Le sentier laisse découvrir les communes limitrophes de Plaudren, Locqueltas et Colpo. Le panorama est impressionnant. Dommage que le ciel soit couvert. Nous croisons une promeneuse avec ses deux chiens avant de nous enfoncer dans le bois qui marque la fin du sentier en crête.

Nous sommes au cœur des landes de Lanvaux. Le terme de “landes” désignait autrefois de mauvaises terres, aux intérêts agronomiques moindres.  Elles étaient alors considérées comme des contrées tristes, désolées et laissées à l’abandon. Aujourd’hui, si l’image des landes perdure, elles sont aussi considérées comme une richesse, car porteuses de biodiversité. La lande est également associée à des “clichés” : une terre non cultivée couverte de bruyères, d’ajoncs, de genêt. Images auxquelles est souvent associé l’imaginaire celtique et légendaire qui peuple la lande de créatures surnaturelles, comme les korrigans. Encore eux !!

Nous redescendons ensuite vers une forêt de feuillus que nous traversons avant d’arriver à un petit passage à gué que Marius traverse sans problème. Là encore, nous rencontrons des joggeurs  qui nous interrogent sur notre chemin. En nous retournant après le passage du ruisseau, nous découvrons une jolie surprise : en plein milieu de la forêt, deux “poupées” devant leur maison et un joli petit moulin qui charrie l’eau du ruisseau. C’est charmant et un peu “magique”. Après une montée assez raide où il faut tenir Marius, nous traversons une courte partie de forêt qui longe un beau verger aux arbres en fleurs disséminés ça et là dans une prairie aux couleurs verts tendres. Dans cette portion de forêt, les arbres, de part et d’autre du sentier étroit, sont grands, noueux et couverts de mousse. Ils forment une voûte protectrice et il semblerait qu’ils veuillent communiquer avec nous.

Après ce court instant hors du temps, nous quittons la forêt et traversons quelques hameaux silencieux constitués de peu de maisons. Les champs de Colza sont en fleurs provoquant une explosion de tâches jaunes dans le paysage. C’est un régal pour les yeux. Moins pour le nez, l’odeur du Colza n’étant des plus agréable. En route, nous rencontrons des cavaliers randonneurs qui ne manquent pas de nous interroger sur “notre” périple. Je leur raconte mon tour de France en quelques mots et leur explique que je suis en chemin pour Brocéliande. L’un des randonneurs, M. Guillaume, habite à proximité et m’invite chez lui lorsque j’y serais. Je veux leur remettre une de mes cartes, mais les chevaux sont effrayés par mon drapeau, c’est donc Mo’ qui prend le relais. Il y a de ces situations où il est quand même pratique d’être à deux…

Peu après nous être arrêtés sur le bord d’un chemin bien herbeux pour déjeuner, nous arrivons dans le village de Plumelec. On traverse cette bourgade en passant par le musée d’art contemporain en plein air. C’est étonnant et original ! A la sortie du village, on longe la route avant de repiquer vers la gauche sur un sentier agricole après la caserne de pompiers devant laquelle un imposant monument a été érigé en l’honneur des soldats du feu qui ont réalisé plus de 20 ans de service.

Nous suivons le tracé d’EquiBreizh et nous nous dirigeons vers un parc éolien. Il est difficile de louper les éoliennes au loin, mais à force de papoter, on finit quand même par se tromper de chemin. On réajuste le trajet et passons finalement sous les mâts géants. Marius ne semble pas très impressionné malgré le bruit et marche tranquillement jusqu’à ce qu’ils se retrouvent derrière lui. Là, les ombres projetées au sol par les énormes pâles d’éolienne l’effrayent sans doute et il accélère la cadence pour s’en éloigner le plus rapidement possible.

Nous arrivons au lieu-dit la Bourdonnière. Il se met à pleuvoir. Mo’ a froid. Marius a la flemme. La fatigue se fait ressentir pour moi aussi. On se met alors en quête d’un bivouac. Je frappe à une première porte pour demander s’il y a un bout de terrain dans le coin sur lequel nous poser. Une dame m’ouvre et me répond qu’elle n’est pas d’ici. “Allez voir mon frère, il habite dans la maison d’en face”. On contourne la ferme, je traverse l’entrée du jardin pour accéder à  la porte d’entrée. Je sonne. Un homme d’une cinquantaine d’années m’ouvre. L’agriculteur “ne sait pas où nous pourrions nous poser”. Bon c’est pas comme s’il avait des terres tout autour de lui !!!! Il ne semble pas très motivé. Il réfléchit dans le vide… Je finis par l’interrompre : “Ce n’est pas grave, on va aller voir un peu plus loin”. Je comprends alors ce que voulait dire le conteur Breton Patrick Ewen lorsqu’il expliquait lors d’un concert que les Vannetais, les habitants du pays de Vannes, étaient “les Corses de la Bretagne” à cause de leur “espèce nonchalance”! Au début du voyage, cette mauvaise foi aurait pu m’agacer. Aujourd’hui elle me fait sourire !

On repart dans l’autre sens, vers l’autre bout du village. On tente notre chance auprès d’une troisième maison. Des moutons pâturent sur un terrain adjacent. Je remarque un détail important:  il peut être séparé grâce à une clôture. Le propriétaire lui, ne voit pas où on pourrait se poser. Pas sur son terrain en tout cas “les brebis pourraient avoir peur”. Tant pis… “Allez voir mon voisin, il a du terrain ! Mais ne dites pas que c’est moi qui vous envoie, nous ne sommes pas en bons termes !” me propose le retraité alors que je quitte sa maison. On ne me l’a jamais faite celle-là !!

Mais la maison dont il nous parle semble vide. Un peu plus loin, on distingue une silhouette qui nous observe puis, qui disparait subrepticement lorsque nous nous approchons. On continue jusqu’à la dernière maison mais celle-ci n’est pas habitée. Un peu penauds, nous faisons demi-tour. On décide alors d’aller demander de l’eau à la silhouette entre-aperçue pour remplir nos gourdes, puis d’avancer tout en cherchant un terrain dans la campagne. Mais Mo’ ne “sent” pas cette maison et me propose plutôt de sonner à la porte de la longère voisine. Une maison aux volets bleus qui l’inspire, allez savoir pourquoi. On tente : je fais confiance à son intuition. Un homme m’ouvre la porte. Je lui demande de l’eau. Il me propose “des bouteilles d’eau car celle du robinet n’est pas très bonne”. Je le questionne alors sur un terrain. Il me répond un instant de réflexion, qu’il a bien un jardin mais pas sûr qu’il fasse l’affaire, car l’herbe est trop haute. Je vais voir derrière la maison et découvre une magnifique pâture ! L’herbe y est abondante. J’attacherai Marius à la longue longe sous trois chênes majestueux pour éviter qu’il ne fasse une indigestion ! Nous, c’est sur le chemin tondu qui mène au terrain, que nous nous installerons. Il se trouve entre deux maisons, ce qui devrait un peu nous protéger du vent. Il pleuvine en continu et l’humidité s’insinue désagréablement sous nos vêtements.

Toutes nos affaires sont trempées. Alors que nous nous installons, le propriétaire nous rejoint et nous invite à dîner chez lui. Nous acceptons avec joie, trop heureux de pouvoir nous retrouver un peu au sec ! Notre hôte a préparé une délicieuse soupe et une ratatouille le matin même et nous sert de généreuses portions de ses mets délicieux ! Nous savourons notre repas devant un poêle à bois que Pierrot alimente régulièrement pour que nous ayons bien chaud. Autour du repas, Pierre nous raconte qu’il est un ancien pompier originaire du Doubs. Cela fait 13 ans qu’il est installé en Bretagne. Après le repas, il nous offre de prendre une douche. Ainsi chauffés et revigorés, et après un dernier coup d’œil à Marius qui n’a pas eu la chance de venir se sécher au coin du feu, nous allons nous coucher repus et heureux.

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Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

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