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Marius Tour de France

Jour 765 / La caravane compte un bipède de plus !

Monique a rejoint la caravane hier soir à Colpo pour passer quelques jours avec nous. Après avoir d’abord envisagé de partir seule et sans expérience avec son âne pour marcher 30 km par jour, c’est finalement en Bretagne, avec Marius et moi, qu’elle a décidé de découvrir le voyage au pas de l’âne.
Mo’ habite en Belgique, dans la Province du Luxembourg et a le profond désir de tout quitter pour vivre autrement. Fini les crédits, la maison, le travail aliénant, la voiture, … Propriétaire d’un âne, elle aimerait connaître le voyage au long cours avec lui et faire découvrir un mode de vie plus simple à ses deux filles.

Et à peine arrivée, je la mets déjà à contribution ! Le brûleur de mon camping-gaz ne fonctionne plus. Nous nous en sommes rendu compte hier soir alors que j’allais faire chauffer de quoi manger. Pas de bol ! Pour en trouver un, il faut aller à Vannes, situé à 20 minutes en voiture d’ici. Mo’ accepte de s’y rendre avec sa voiture garée au centre de Colpo, pendant que je démonte le bivouac.

La veille, nous avons dormi dans le parc du château de Korn-er-Houët construit au milieu du XIXe pour une princesse italienne, fille de la grande duchesse de Toscane et filleule de Napoléon Ier. Aujourd’hui, il sert de décor pour des réceptions en tout genre et notamment pour des mariages. Nous y sommes arrivés en début de soirée, après nous être retrouvés en bordure de route, au croisement de deux départementales. Drôle d’endroit pour une première rencontre ! Juste à l’endroit où Mo’ est venue me retrouver, deux chevaux dans un parc spacieux nous laissent espérer un petit coin pour nous poser pour la nuit. Cependant, en nous engageant dans la longue allée bordée d’arbres et en voyant le château au bout de l’allée, je n’étais pas convaincu que le propriétaire des lieux accorde une bonne pâture à deux gueux accompagnés de leur fidèle bourriquet. Et pourtant ! Malgré la demeure bourgeoise, les grosses voitures et les gens guindés qui nous observaient depuis la verrière au premier étage, nous avons eu l’autorisation de nous poser dans un des parcs. En cherchant une personne à qui nous adresser, un homme, je ne sais dire s’il s’agit du propriétaire, est venu à notre rencontre. “Mettez-vous dans l’enclos face au château,  j’y mets mes chevaux habituellement.” nous expliquait l’homme vêtu d’une chemise de cuistot brune. L’espace est clos, arboré et il y a de l’herbe et des ronces pour Marius ! C’est t’y pas royal !

Nous avons planté la tente à l’écart pour ne pas être trop observés par les convives curieux de voir débarquer notre caravane. Vu d’ici, le château n’a rien de particulier (j’ai même  oublié de le prendre en photo !). Il a d’ailleurs été acheté en 1938 au Duc de Gramont par la caisse primaire d’Assurance Maladie du Morbihan qui en a fait une maison pour enfants. L'”Aérium” a ensuite été reconverti en maison de repos et de convalescence pour adultes. Cependant, il a davantage de cachet sur l’autre façade.

Comme le propriétaire nous l’avait gentiment proposé, nous avons été chercher de l’eau en cuisine. Des assiettes étaient préparées pour la réception qui se déroulait à l’étage. Le sol glissant de la pièce est jonché de feuilles mortes et pour une cuisine de château où l’on prépare des réceptions, l’équipement est assez sommaire.  Nous échangeons quelques mots avec le cuisinier sur le voyage pendant que je remplis les gourdes et poches à eau.

Donc ce matin, Mo’ part à Vannes avec pour mission d’acheter un brûleur. Pendant ce temps, je range le matériel. Lorsqu’elle revient, je n’ai pas encore terminé de bâter Marius, occupé à bien rééquilibrer les sacoches. Je la retrouve à l’entrée de Colpo. On fait une halte dans le centre du bourg pour y boire un café et un thé. Bien évidemment, on ne passe pas inaperçu. Mo’ découvre la curiosité des passants. “Ce sont finalement toujours les mêmes questions qu’ils te posent !”. Ou des souvenirs qu’ils partagent : “Dans ma jeunesse, j’avais un cheval …”. Euh… C’est un âne Madame !

On entend les cloches de Notre Dame sonner midi lorsqu’on se met enfin vraiment en route. On traverse la place principale, longeons l’église puis nous sortons du bourg. Sur ma carte, nous suivons le GR 38 qui a visiblement été modifié sur le terrain. On se retrouve d’ailleurs dans un cul de sac après un kilomètre ! Le propriétaire de la dernière maison nous assure que s’il y a bien une servitude, il n’y a jamais eu de chemin balisé ici. Mais l’homme nous autorise à emprunter son accès : “Ce n’est pas pour les touristes, mais avec un âne ça va !”. Sa réflexion nous fait chaud au cœur et nous met en joie. Cependant, je me demande si le tracé du GR n’a pas été modifié parce qu’il ne supportait plus, justement, le passage chez lui des randonneurs…

On marche, on parle et Mo’ apprécie la présence de Marius à ses côtés malgré son pas sans grand enthousiasme. L’appel de la belle herbe grasse et verte en bordure du chemin est toujours plus forte. Pourtant il n’a manqué de rien cette nuit. Elle le soupçonne de profiter de mon attention moins soutenue. Le bougre !

On se pose peu après devant la chapelle du Gohazé de Saint-Thuriau pour casser la croûte. Le soleil est de sortie. Il nous réchauffe lorsqu’il ne joue pas à cache-cache avec les nuages. Marius, lui, se régale de l’herbe bien verte. Je le mets toutefois à bonne distance d’un If qui a vieilli à côté de l’édifice qui daterait du XVe.  C’est un endroit très agréable qui nous permet d’échanger et de faire plus ample connaissance.

Après une belle pause, je rebâte Marius que j’attache à un mégalithe planté devant la chapelle. J’ai cru qu’il allait l’arracher lorsqu’un voisin a démarré sa tondeuse ! Il a eu très peur et a fait un sacré bond !!!

Nous revoilà donc reparti. Mon itinéraire qui suit le GR 38, chevauche essentiellement des petites routes. La lumière aujourd’hui est très belle. Autour de nous, les champs de colza tranchent avec la verdure du bocage breton. Les paysages changent souvent. Depuis le Blavet, il est moins vallonné. Nous voyons beaucoup de grosses exploitations agricoles. Sans doute des élevages de poulets ou de porc en batterie. La campagne est aussi vérolée par des bâtiments d’élevages intensifs en ruine, témoins d’un modèle agro-économique qui court à sa perte.

Le GR passe devant le lycée horticole puis traverse un bois. Sur les hauteurs de Saint-Jean-de-Brévelay, on commence à se mettre en quête d’un lieu pour se poser. Sur la crête qui domine Saint-Jean, il y a de l’herbe tout autour de l’oratoire Notre-Dame du Bon Secours, un ancien moulin à vent de 1867 transformé. L’endroit aurait pu convenir à Marius s’il n’avait été pollué par une antenne relais…

Nous descendons donc vers la ville. Le chemin est bordé de maisons. C’est alors qu’une dame sort de derrière sa haie et nous propose de donner à boire à Marius. Ça tombe bien: il doit sans doute avoir soif et nous pourrons remplir nos gourdes avant de nous poser quelque part. Nous rentrons dans le jardin et Michelle nous propose également une boisson. Elle nous explique que l’an dernier, par une journée étouffante, une jeune femme s’est arrêtée ici avec son âne pour quémander de l’eau. “Toutes les personnes à qui elle avait demandé de l’eau, avaient refusé de lui en donner !” nous raconte-t-elle. Elle ajoute que ce jour-là, la jeune fille s’était faite expulser manu-militari à 6 heures du matin par le propriétaire du champ sur lequel elle bivouaquait ! Je n’en reviens pas ! Je suis très étonné par cette histoire moi qui suis si bien accueilli.

Tout en buvant, Michelle nous propose de planter la tente dans son jardin. Certes il est grand mais des plantes et des arbustes ont été plantés ça et là. J’hésite un long moment, d’autant qu’il y a beaucoup de glands par terre. Je me dis finalement qu’après le gel de cet hiver, ils ne doivent plus être toxiques. J’accepte sa proposition, bien qu’il n’y ait pas trop d’herbe pour mon âne. Ça compensera avec ce qu’il a mangé pendant la pause pique-nique de midi.

La fin de journée est agréable. Le soleil brille. On se sent bien. Assaillis par les moucherons, on finit par se réfugier sous la tente après avoir une dernière fois vérifié que Marius est bien installé pour la nuit ! Mo est fatiguée après ses 13 premiers kilomètres, mais elle est heureuse d’être ici !

Le regard de Mo’ sur la caravane

Une fois le “rendez-vous” pris, j’étais impatiente de partir rejoindre Stéphane et Marius dans leur aventure à l’autre bout de la France. Un peu inquiète aussi : allais-je les trouver facilement sur leur chemin? Allions-nous bien nous entendre? Est-ce que j’aurais mal au dos, aux pieds? Est-ce que cela me plaira de marcher au pas de l’âne? …

Finalement, je les ai trouvés sans encombre et la rencontre s’est très bien passée. Le longues oreilles et son humain m’ont été sympathiques d’emblée. Du coup, j’étais impatiente de partir, de marcher, de voir du paysage. Le départ se fait moins rapidement que prévu et je trépigne (discrètement) d’impatience. Mais une fois en route, je ne regrette pas d’être venue. Il fait beau.

J’aime le regard curieux des gens et cet échange facile avec des inconnus grâce au charme indéniable de Marius. La caravane intrigue et fait rêver et je suis honorée d’en faire partie un court instant.

En chemin j’observe Marius. Son pas, ses réactions et l’interaction avec Stéphane. Je prends mentalement des notes pour quand je me lancerai dans l’aventure avec mon âne Walli. Sur le coup, il me manque. Je l’aurais bien embarqué avec nous… Je pose des questions d’ordre pratique à Steph et il répond patiemment. Il me raconte des anecdotes de voyage et j’apprécie ce moment d’échange. Marius en profite pour glaner ça et là un brin d’herbe.

Après la très agréable pause de midi au soleil, j’observe et aide Stéphane à rebâter Marius. C’est pour moi un moment “d’exercice pratique”. J’essaye de mémoriser un maximum d’éléments. J’apprends qu’il va falloir nous trouver un emplacement pour nous poser la nuit et je me demande comment on va procéder. Mais au final, je me rends compte, qu’il n’est pas nécessaire de se poser toutes ces questions en amont ! Les solutions viennent d’elles-mêmes au bon moment. Une belle leçon de “lâcher prise”!

Je suis subjuguée par cette première journée et, malgré la fatigue, je suis impatiente de repartir le lendemain pour découvrir ce que le chemin nous apportera.

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Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

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