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Marius Tour de France

Jour 763 / Dans la vallée des Korrigans…

“La vallée des Korrigans”, c’est ainsi que l’on appelle les forêts de Camors et de Floranges. Composées de chênes, de châtaigniers, de hêtres, de pins sylvestres et maritimes, de sapins et d’épicéas, ces massifs forestiers, qui s’étendent sur près de 1372 hectares au nord du pays d’Auray, cachent de nombreuses pierres étranges, des arbres dits magiques et seraient peuplées de korrigans. Je vous ai déjà parlé de ces créatures bretonnes, certainement les plus connues et les plus respectées de Breizh. Dans la légende celtique, ce sont des esprits prenant l’apparence de lutins bienveillants ou malveillants. On leur attribue les “ronds de sorcières” qu’on trouve parfois dans les prés ou les sous-bois. Ils les dessineraient en dansant et en tapant des sabots sur le sol, à tel point que l’herbe brûlerait. Parfois, elle ne repousse jamais ou, si c’est le cas, la trace de leur passage restera visible pendant plusieurs cycles de Lune.

Une légende raconte que “si un mortel les dérange, il arrive que les Korrigans proposent des défis qui, s’ils sont réussis, donnent le droit à un vœu mais qui peuvent, en cas d’échec, se transformer en pièges mortels menant tout droit en enfer ou dans une prison sous terre sans espoir de délivrance”. Dans la nuit du 31 octobre, on prétend même qu’ils sévissent à proximité des dolmens, prêts à entraîner leurs victimes dans le monde souterrain pour venger les morts des méfaits des vivants. Et les dolmens, il y en a beaucoup disséminés dans ce lieu qui recèle de nombreux vestiges préhistoriques.

C’est à la lisière de cette forêt que mon hôte, venue m’accompagner avec ses petits enfants, me dit “au-revoir”.  J’y pénètre par un petit sentier recouvert de feuilles mortes. Je suis sous le charme et ressens la magie du lieu. J’aime beaucoup les parfums qui s’en dégagent. Je ne sais pas si les Korrigans vivent ici néanmoins, elle doit abriter beaucoup de gibier, car je trouve pas mal de traces d’ongulés sauvages au sol.
Un peu plus loin, j’abandonne la piste initialement prévue qui, étonnamment, est goudronnée. Cette voie a dû être bitumée à une époque où la forêt était exploitée par toute la région. Quoi qu’il en soit, elle ne m’incite pas à emprunter la “Ligne de Baud à Locoal”.

Je bifurque donc sur le GR qu’initialement, je n’envisageais pas de prendre par peur de mauvaises surprises. Je le répète souvent, les chemins de Grande Randonnée ne sont pas des chemins adaptés aux équidés. Finalement, je ne le regrette pas. Je m’enfonce dans ce labyrinthe vert naissant en suivant les marques rouges et blanches. Le sentier serpente entre ces arbres qui durant des siècles, ont nourri une multitude de familles. Aujourd’hui encore, le dernier artisan sabotier de Camors,  un des derniers héritiers de ce savoir-faire, façonne des sabots dans le bois de cette forêt.

Je descends jusqu’à une rivière que Marius traverse facilement. Le sentier remonte ensuite puis débouche sur l’Étang du Petit Bois. Je quitte l’itinéraire de Grande Randonnée, la portion qui longe le plan d’eau n’étant pas praticable avec un âne bâté. Je le contourne donc. Il se dégage une grande quiétude de ce lieu apparemment propice à la pêche. Un homme amorce d’ailleurs ses hameçons avant de lancer ses lignes dans l’eau.

La sente s’élargit un peu plus loin pour devenir une longue et large piste rectiligne au bout de laquelle, il me faut longer une départementale avant de la franchir au niveau d’un giratoire. Je traverse alors plusieurs hameaux. Je suis au sud de la commune de Camors. Les riverains rentrent chez eux déjeuner. Ça circule pas mal. Une voiture qui me croise, s’arrête à ma hauteur. Enjouée par notre rencontre, la conductrice me pose des questions sur mon voyage et me propose de m’arrêter chez elle. Elle est propriétaire de plusieurs chevaux et a du terrain pour mon compagnon. Derrière moi, un automobiliste s’impatiente et klaxonne pour faire savoir qu’il aimerait bien avancer. À discuter tranquillement au milieu de la route, on a créé un petit bouchon ! Je lui réponds que je regarderai sur ma carte et que je viendrai si elle se trouve sur ma route.

Je reprends la marche et après quelques pas, je me retourne et vois la conductrice se garer et courir vers moi : “Je peux vous prendre en photo ?” J’accepte bien évidemment. On poursuit notre discussion au bord de la route cette fois. Je lui donne une petite carte et l’invite à liker ma page facebook “Itinéraire d’un âne bâté”. Adélaïde me précise où elle habite. Je regarde sur ma carte. Sa commune est bien trop au Nord et me ramènerait sur mes pas. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois !

Vers 13h, je suis rejoins par Maïna, Claude-Marie, sa maman, et Valentine, une de ses amies pour pique-niquer ensemble. Je me suis posé au bout d’un chemin carrossable à la lisière de la Forêt de Floranges. Claude-Marie a préparé un délicieux couscous aux légumes. C’est chouette de les retrouver pour partager un dernier moment avant de nous éloigner.
Le temps de faire une petite vidéo avec Maïna, de rebâter Marius et je reprends le sentier à travers la forêt après avoir remercié une dernière fois Claude-Marie pour sa gentillesse et son accueil. Derniers signes de la main et je pénètre dans la forêt. Nous sommes suivis par un groupe d’enfants du quartier.

Deux d’entre eux étaient passés plusieurs fois à côté de nous lorsque nous déjeunions. Ils restent à distance. Ils semblent intrigués par notre caravane et n’osent pas venir me parler. “Au revoir Monsieur” me lancent-ils en chœur. “Au-revoir les enfants” leur répondis-je en m’éloignant. Ma réponse a déclenché quelque chose chez eux. Ils se mettent alors à courir vers moi pour me poser une multitude de questions auxquelles je réponds avec plaisir. J’aime beaucoup leurs regards de mômes sur mon voyage. Pour ces gamins âgés entre 8 et 11 ans, cette aventure leur paraît immensément grande !!

L’ONF conduit ici une opération de renouvellement des arbres de cette parcelle… selon un panneau !

Bien qu’elle soit jalonnée de nombreux témoignages du Néolithique, dont un alignement d’une cinquantaine de menhirs, et de vestiges d’un camp gallo-romain, cette forêt est, de mon point de vue, moins jolie que celle de ce matin. Après la traversée du Trideur, un cours d’eau, je rencontre un promeneur. Notre échange tourne notamment autour des agriculteurs qui, selon cet éleveur de poulets à la retraite, “n’ont pas trop à se plaindre car, si les retraites sont petites, ils possèdent un capital immobilier important”. Lorsque je lui fait part de mon désir de me rendre à la ZAD Notre-Dame-des-Landes, l’homme m’explique ne pas comprendre ce qu’attendent les Zadistes. Selon lui, ils occupent et convoitent des terres qui ne leur appartiennent pas et qu’ils ne veulent pas payer. Je ne sais pas d’où sort cette légendent urbaine qui circule parmi la population, cependant je lui fais remarquer que les animaux filmés par les médias étaient tous bagués, notamment ceux de la “Ferme des 100 Noms” tués par les forces de l’ordre pendant les expulsions. “S’ils sont bouclés, c’est qu’ils sont déclarés et identifiés” reconnaît l’ancien agriculteur. Je lui explique qu’il y a de vrais projets de vie à NDDL et que les “100 Noms” comme les autres, avaient engagé les démarches pour régulariser leurs installations agricoles.

Un peu plus loin, je reçois un message d’Adelaïde qui se balade avec son cheval dans la forêt. On finit par se retrouver sur la piste forestière du Rho Du. Ça tombe bien, il était temps pour moi de débâter Marius : nous marchons depuis plus de 3 heures. La cavalière relance son invitation. Elle me propose de passer la soirée chez elle et de convier Loulou de Quistinic qu’elle connaît bien. L’idée de le revoir et de passer un bon moment me plaît !!! Après avoir estimé le nombre de kilomètres, je finis par accepter. Je recharge Marius et nous voilà donc repartis pour 2 heures de marche. Nous prenons essentiellement de la route pour arriver chez elle plus rapidement. Sa fille aînée nous rejoint à cheval un peu plus tard. C’est bien la première fois que Marius est si bien escorté ! Bon, ce ne sont pas les chevaux qui le font avancer plus vite …

Arrivés en début de soirée, nous sommes attendus par Muriel, une amie de mon hôte. Avant de passer à l’apéro, je m’occupe de Marius et lui enlève un pansement anti-escarre que j’avais placé entre sa plaie et le tapis bât. Ce n’est pas la meilleure idée que j’ai eue !! Il se tortille dans tous les sens lorsque j’essaie de lui enlever. Il n’apprécie vraiment pas cette petite séance d’épilation ! Adé me propose d’appliquer un mélange de miel et d’éosine. “Ça devrait l’aider à cicatriser plus vite” m’assure-t-elle. Sans aucun doute ! Étant apiculteur amateur, je connais bien les propriétés du miel pour guérir bon nombre de maux !

Originaire de Belgique, mon hôte s’est installée avec sa petite famille près de Camors. Adelaïde me raconte qu’elle s’est reconvertie dans la valorisation de fruits et légumes de fin de marchés. Des produits invendables qu’elle transforme en confectionnant des confitures aux saveurs étonnantes. Amoureuse de la nature, elle y cueille aussi des fleurs et des plantes sauvages comestibles pour élaborer des gelées d’orties, de glycine, de lilas violet, fleurs d’aubépine ou encore de marguerites sauvages mais également des compotes de poires du jardin aux écorces de cannelle du Népal. Ça vous met en appétit ??!! J’ai pu goûter quelques-une de ses préparations et je peux vous dire que c’est un vrai délice ! Je trouve le concept très original. Si vous souhaitez découvrir ses produits c’est ici : Les Saveurs Ade’lices

Finalement, je n’ai pas rencontré de Korrigan aujourd’hui et Loulou n’a pas pu venir dîner avec nous mais nous avons passé une soirée mémorable tous les trois. On a beaucoup ri jusqu’à tard dans la nuit… Demain ça va être dur de se lever mais tant pis ! Je ne regrette absolument pas d’avoir fait un grand détour pour finalement me retrouver presque au même endroit que ce matin.

Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

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