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Marius Tour de France

Jour 761 / Ces rêves qui poussent au changement de vie

Hier je vous parlais de Loulou chez qui je suis arrivé en début de soirée. Michèle, sa compagne, est décédée début avril. Je regrette beaucoup de ne pas l’avoir rencontrée. La Ferme de Kermelin, que je connais depuis longtemps grâce aux réseaux sociaux, est un des endroits où je tenais à m’arrêter durant mon voyage. Je suis heureux d’être ici. C’est non sans émotion que Loulou a bien voulu répondre à mes questions. Je publierai bientôt cette interview réalisée devant une des roulottes de la famille où Loulou me raconte ses 12 années sur les routes en famille et en roulottes.

C’est une rencontre avec des voyageurs en roulotte qui va changer leur vie. “En 1976, il y avait un projet de contournement de La Baule à travers des marais salants. A cette occasion, six familles sont venues soutenir les opposants en s’installant dans la presqu’île Guerlandaise avec des roulottes et des chevaux. C’était une sorte de ZAD avant la ZAD !” se souvient Loulou. Les défenseurs du site ont gagné et après la lutte, Loulou eut envie d’acheter sa première roulotte. C’était en 1979. Il avait alors 21 ans. Il y a vécu avec Michèle. Tous les deux travaillaient alors dans les marais salants. “On avait envie de voyager mais le métier de paludier est un très beau métier. Alors on restait accroché à nos marais ! De temps à autre, on voyait passer des familles en roulottes. Un jour, on a rencontré un petit cirque qui nous a fait comprendre que c’était possible de partir”. Loulou se met alors à construire sa premières roulotte… puis une deuxième.

“Le voyage ! C’est la vie au jour le jour”

La famille a pris la route en octobre 1996 avec ses deux roulottes et trois chevaux. D’abord pour cinq mois. Un galop d’essai avant le grand saut vers l’inconnu, surtout pour les enfants car le changement de vie allait être, pour eux, radical. Et puis finalement, l’essai fut une réussite et tous les membres de la famille ont choisi de poursuivre l’aventure. La caravane s’est vite agrandie avec un charriot bâché puis deux autres roulottes ont été construites pour les enfants. Pendant 12 ans, la caravane de 7 chevaux de traits, souvent accompagnée par d’autres voyageurs, a ainsi sillonné la France et traversé plusieurs fois la Bretagne.
La famille craignait de voyager dans un monde hostile : “Au départ, je m’étais dit qu’il y avait 98% de cons sur cette planète. Mais en fait, ce n’est pas vrai, c’est le contraire : il y a moins de 1% d’imbéciles. Ils sont rares et généralement ce sont des petits chefs que l’on peut assez facilement déstabiliser.” confie Loulou. “Les gens sont très gentils et s’ils ne sont pas accueillants, c’est qu’ils ont peur, mais ils n’ont pas un fond méchant !”.

Philosophe, il raconte :  “La nature, le hasard trouvent toujours ce que l’on cherche. Il suffit d’être assez ouvert aux opportunités. C’est ça le voyage ! C’est la vie au jour le jour et c’est toute la différence du sédentaire qui va planifier, organiser et prévoir à l’avance, s’inquiéter. Alors que si on ouvre son cœur, si on se lance dans l’aventure, les choses s’ouvrent devant nous, même si parfois on arrive avec 6 ou 7 mois de retard à un rendez-vous !”.
Pour les enfants, qui ont souhaité faire du spectacle durant le voyage, la vie de nomade a été très positive. “Le voyage c’est l’instant présent, l’instant qui sert à se construire… Ça les a rapproché de la nature, des animaux, …” racontait Michèle dans un documentaire qui leur a été consacré.
Aujourd’hui, Loulou est installé comme éleveur au cœur du Morbihan. “Le plus bel endroit de Bretagne” selon lui ! La famille et surtout les enfants ne se voyaient pas habiter ailleurs qu’en Breizh ! Le nomade vit toujours dans ses roulottes.

Si vous vous souvenez de mon billet précédent, en venant à la Ferme de Kermelin je pensais venir à la rencontre de deux personnes : Loulou et Camille. Quel ne fut pas mon étonnement en constatant qu’en fait il s’agissait d’une et même personne ! Avant de partir, Loulou m’expliqua donc pourquoi il utilise “Camille” comme pseudo sur Facebook. “C’est le pseudonyme utilisés par tous les opposants de la Zad de Notre Dame des Landes lorsqu’ils parlent aux médias afin de rester anonyme”. Un prénom mixe utilisé aussi bien par les femmes, “les Camille à nattes”, que par les hommes, “les Camille à moustaches”.

Après avoir quitté Loulou, je me suis rendu chez une de ses amies, Armelle. Elle a lancé en 2015 “Copain Coop’âne”, une association qui place l’âne au centre d’activités multiples, comme la randonnée à la journée, sur plusieurs jours ou à thème (contée, patrimoine, chasse au trésor, anniversaire ….). L’association propose aussi des activités telles que l’éco-pâturage sur les communs ou chez des privés, le ramassage et portage des pommes, les travaux agricoles (potagers, maraichage), les travaux de jardinage chez les particuliers (débardage de bois, ramassage divers) ou encore les promenades d’enfants en carriole. C’est de retour d’un voyage de six mois entre la Lozère et les Cévennes en famille et avec ses ânes, qu’Armelle a eu le déclic : les grandes oreilles lanceront son changement de vie ! Elle a donc acheté plusieurs ânes, et en a recueillis d’autres, qu’elle a soigné.

En discutant nous comprenons que nous nous sommes déjà rencontrés. C’était dans les Monts d’Arrée fin octobre dernier, à l’occasion de l’assemblée générale des Cavaliers au long cours, association dont je fais partie. On comprends alors que nous avons des amis communs : Caroline et Olivier qui revenaient à l’époque d’un voyage de deux ans en Espagne avec leur petite fille et leurs deux ânes. Le monde est petit !

Je suis resté quelques jours à Locmaria, chez Armelle, Gildas et leurs deux enfants. Nous avons bien évidemment longuement partagé nos expériences et des anecdotes de voyage. Marius qui va mieux après deux jours de respiration bizarre, est resté d’abord dans un pré avec les ânes de mes hôtes. Le lendemain, l’un d’eux, sans doute le dominant du groupe, a mordu sauvagement mon compagnon à l’encolure. Il l’a tenu un long moment, bien décidé à le faire coucher. Mais mon âne n’était visiblement pas prêt à céder. Heureusement, Armelle et moi étions à proximité de la pâture et sommes intervenus pour les séparer. Marius a de jolies marques de dents. Rien de grave mais il est visiblement secoué par cet acte de domination. Nous l’avons donc mis dans le pré à côté. Il ne s’est pas fait prier.

C’est là que j’ai remarqué une plaie sur le côté gauche du dos de Marius. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une morsure. Mais en y regardant de plus près, j’ai trouvé que ça ressemblait, c’est plus une lésion cutanée probablement liée à ses démangeaisons. Il se gratte souvent depuis quelques semaines et il a dû se frotter un peu trop fort contre un arbre. La mue de printemps a commencé en février mais il perd son poil petit à petit en fonction de ses besoins. Le brossage quotidien l’aide à se dévêtir. Cependant, si le jour il fait chaud, les nuits sont encore fraîches et ça ne l’aide pas à quitter sa petite laine ! Bref. J‘ai préféré attendre un peu avant de reprendre la route, histoire de laisser la plaie cicatriser. J’ai appliqué un cataplasme d’argile pour soigner mon âne. J’en ai aussi mis là où il se gratte souvent. C’est un bon antiseptique qui stimule la régénération des tissus. J’espère que ça guérira vite ! En attendant, il ressemble à une coccinelle avec ses taches vertes !

Ce matin donc, après trois jours d’arrêt, je reprends la route. La blessure de Marius cicatrise lentement. Très lentement. Elle se situe sous la couverture, mais pas sous un passage de sangle ni sous le patin du bât. Il n’y a donc pas de zone d’appui. Toutefois, pour qu’il n’ait pas mal, j’ai placé une compresse anti-escarres entre la plaie et la couverture de bât. Je vais bien évidemment surveiller régulièrement et appliquer de la Bétadine afin d’éviter une infection.

“Il faut écouter son âne”

Sur les conseils d’Armelle, je change mon itinéraire pour rejoindre le Blavet, un fleuve dont le chemin de halage me permet de me rendre chez Maïna, une jeune fille passionnée par les ânes et qui dresse son âne Fanfan.  Cavalière depuis l’âge de 8 ans, cette bretonne rêvait depuis toute petite d’avoir son “poney blanc de Princesse”. Aujourd’hui âgée de 17 ans, elle s’occupe depuis plusieurs années de l’âne de son voisin. Fanfan, âgé alors de 7 ans, était un âne sauvage dont personne ne s’occupait. Il n’était pas éduqué, ne donnait pas les pieds et ne se laissait pas attraper… C’est avec lui qu’elle a découvert les ânes et qu’elle est tombée amoureuse de cette espèce d’équidés. Après des débuts difficiles, une vraie complicité s’est développée entre Fanfan et elle. “Je fais du travail à pied, des balades en licol et en liberté et un peu de saut. On commence aussi les longues rennes car on a comme objectif de faire de l’attelage plus tard” explique Maïna qui fait aussi du travail de cirque “Fanfan aime beaucoup, il est très joueur. Il propose de lui-même de nouveaux tours”.

Elle propose à son âne des activités qui lui plaisent et quand elle sent que ça l’amuse, elle creuse mais n’insiste pas lorsque ce n’est pas le cas ! En 2015, elle a acheté Egon, un âne de grande taille issue d’un croisement entre un Poitevin, Catalan et Andalou. Un “Grand gris des Collines” qui mesure déjà 1m60 alors qu’il n’a pas encore sa taille d’adulte. Elle souhaite le monter une fois qu’il aura terminé sa croissance.
En attendant, Maïna continue d’animer sa chaine Youtube (Dress’âne) sur laquelle elle explique comment s’occuper d’un âne. Elle y présente son travail avec ses ânes et donne des trucs et astuces. Et son premier conseil est “d’écouter son âne” pour savoir ce qu’il veut lui ! C’est pour elle indispensable.
Si on se connaissait grâce à Facebook, Youtube et autres réseaux sociaux, nous faisons plus ample connaissance en marchant le long du Blavet. Le réel c’est quand même mieux !

J’ai aussi rencontré sa maman, Claude Marie, qui l’accompagnait. Sur le chemin qui nous conduit chez elles, cette dernière m’explique qu’elle est hindouiste et que ce soir elle reçoit des amies pour une séance de « Om Chanting ». Il s’agit d’une ancienne technique de chant de groupe qui permettrait d’aider à restaurer un équilibre et une unité chez les individus et dans le monde.
Je ne connais pas du tout mais suis très curieux j’accepte avec plaisir sa proposition de me joindre à eux !
J’adore ces expériences que me permet mon voyage. Je vous raconte demain ?

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Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

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