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Marius Tour de France

Jour 736 / Au cœur de la grande forêt de Quénécan

Ce matin, il fait relativement beau , mais frais et surtout nos vêtements sont encore humides de la veille. Heureusement, à 500m de l’endroit ou nous avons campé, se trouve le café de l’Abbaye, avec en face une aire de pique-nique herbue, parfait pour faire patienter Marius qui aura une vue panoramique sur Bon Repos pendant que nous boirons un café bien chaud.

Pour y accéder, il faut traverser le pont qui passe au dessus du canal, à l’autre bout, une voiture, dont le conducteur a aperçu notre convoi exceptionnel, nous laisse aller tranquillement, malgré notre pas lent. Derrière nous, par contre, un conducteur et sa remorque piaffent d’impatience, on sent la pression monter, il finit par nous doubler sans ménagement, bien qu’il y ait à peine plus de place sur la route que pour la largeur d’un véhicule. Quand nous arrivons à la hauteur du monsieur patient, il nous fait une petite mine contrite comme pour excuser le chauffard qui est déjà loin, puis un gentil sourire pour répondre aux nôtres.

Alors que l’on débâte Marius dans le petit parc, un homme nous aborde et demande d’où l’on vient, réponse habituelle. Puis il demande si cet âne est un baudet, peut-être qu’il a effectivement un peu de cette race dans le sang. Il finit par nous raconter son expérience malheureuse avec un Baudet du Poitou qui lui avait autrefois coupé la respiration en lui assenant un coup de sabot dans le thorax. Bon, la conversation n’ira sans doute pas plus loin.

Le feu est allumé dans la grande cheminée de la brasserie, c’est vraiment agréable, le café est servi avec un Carambar, petite douceur bienvenue. L’homme est là au comptoir, un habitué. On apprend qu’il  est le propriétaire du mystérieux bouc qui se balade parfois la nuit dans le pré où nous avons dormi et dont nous avait parlé la femme qui nous avait donné de l’eau la veille. On n’en apprendra pas plus sur le cheval fantôme qui m’a réveillé aux alentours de minuit ! Je ne pense pas avoir rêvé… J’ai bien entendu un canasson hennir et partir au galop. Enfin je pense ! Arraché de mon sommeil par le cri de l’animal, je suis sorti de ma tente pour voir ce qu’il se passait. Je n’ai rien vu, juste Marius les oreilles dressées en direction du cheval. S’était-il enfui de son enclos ? Était-ce un cavalier parti balader à la lueur de lune et dont le cheval aurait été surpris et effrayé par Marius ? Je ne saurai jamais !

Dominique Giraudet se retourne de plus en plus régulièrement vers nous pour discuter. On finit par apprendre que lui aussi a été voyageur, en mobylette! Il a fait plusieurs fois le trajet jusqu’au Maroc pour son affaire de pierres précieuses, il est minéraliste. Il est allé dans d’autres pays toujours avec le même moyen de transport  et a même été surnommé “Mobylette kid”! Il pourrait nous faire un roman de ses voyages ! D’ailleurs il fait de sa vie entière une aventure, il apparaît régulièrement dans la presse locale. Par exemple, pour le dernier jour de l’assec du lac de Guerlédan, il a décidé de laisser un message au fond du lac pour la prochaine vidange totale qui ne devrait pas avoir lieu avant plusieurs décennies.

Quand on sort du café, Dominique nous accompagne, et ose une petite caresse à Marius. Il se demande où nous allons maintenant et me propose une maison qu’il a sur le trajet comme étape. Finalement, alors qu’il est censé aller dans la direction opposée, il décide de déposer à Gouarec, Audrey  qui doit rentrer en stop jusqu’à Mellionnec pour récupérer son véhicule et aller travailler. C’est donc elle qui  profitera encore quelques minutes de sa gentillesse et de son humour, tandis que je prends la direction de Cléguerec.

Je quitte le canal pour un bout de départementale qui longe le bois de Fao et me conduit jusqu’aux Forges des Salles, un ancien village sidérurgique rénové, reconstitué et transformé en site touristique. Le portail est ouvert, j’y pénètre bien que la saison touristique ne soit pas encore commencée. Ce village, devenu aujourd’hui propriété privée, était une cité ouvrière au 18e et 19e siècle qui a abrité l’une des plus grosses forges à bois de Bretagne. Un lieu de travail et de vie de plusieurs centaines d’ouvriers de la forge et de leurs familles. Sa construction entre 1621 et 1623 marque la reprise de l’activité sidérurgique en France après les guerres de religions. De nombreux établissements ont été fondés à cette époque et la sidérurgie bretonne fut à la pointe de la modernité. L’éclosion de la technologie de la fonderie en plein cœur de la Bretagne modifiera profondément le paysage breton.

Le chemin qui traverse le site me permet de découvrir le haut-fourneau, les halles de stockage, les ateliers du charpentier, du maréchal de forge, l’école, la régie, la chapelle, et bien sûr le Logis du maître de forge, une magnifique maison de maître à trois corps principaux du 18e siècle. L’état de préservation est exceptionnel, pourtant l’activité de la forge s’est arrêtée en 1877. Je croise un homme à qui je demande où se trouve la sortie.

Un peu plus loin, alors que je marche tranquillement en filmant et en prenant quelques photos, un 4X4 me double et se gare un peu plus loin devant un bâtiment. Un homme en sort et me demande ce que je fais. Il ne se présente pas mais je suppose qu’il s’agit du propriétaire des lieux. Je lui explique mon voyage et il m’interroge sur le matériel vidéo que j’ai en bandoulière. Le ton n’est pas méchant mais je sens que ma présence le dérange. Il se méfie. Je préfère ne pas m’attarder. Je me dirige sans tarder vers la sortie.

Les Forges des Salles sont situées au creux d’un vallon au cœur de la forêt de Quénécan non loin du lac de Guerlédan. Un lac artificiel né après la construction d’un barrage de 40 mètres de haut et d’une centrale électrique pour fournir en électricité près d’un tiers de la Bretagne. Sa création a entraîné l’immersion d’abris de carriers, de carrières de schistes, 17 écluses et plusieurs maisons éclusières et coupe irrémédiablement le canal de Nantes à Brest en deux interrompant définitivement la navigation fluviale.  J’hésite à y aller. Diane de Caval’Breizh m’a pourtant bien vendu ce “site magnifique et incontournable” mais je suis encore loin de Quistinic où je dois me rendre pour descendre dans le sud et passer dix jours avec mon fils dans la Drôme. J’ai peur d’arriver trop tard…

Tant pis… Je file ! Direction Malguénac où Lise m’attend. Cette jeune cavalière qui m’a contacté via mon blog, envisage de partir voyager dans quelques mois, avec son cheval et compte un peu sur moi pour partager mon expérience. Lorsqu’on a discuté sur Facebook, elle m’a dit qu’elle partait demain pour le week-end de Pâques. Je suis encore loin mais je peux y être en fin de journée si je ne m’arrête pas trop souvent.

Le GR37 chevauche une départementale sur moins de deux kilomètres puis s’enfonce dans la magnifique forêt de Quénécan. Surnommée “la petite Suisse bretonne“, elle s’étend sur environ 3000 ha entre Les Côtes d’Armor et le Morbihan. La piste débouche dans le petit village de Gouvello. Une petite église cachée dans une renfoncement m’invite à me poser pour déjeuner. Il y a de l’herbe et une table en pierre : c’est royal ! Tandis que je suis en train de débâter, un homme vient à ma rencontre. Il possède un “croisé Baudet du  Poitou” que je prends le temps d’aller voir. Je suis rejoint par Marius, toujours aussi curieux.  Rapidement le temps change. Le grésil et la grêle viennent perturber ma pause ! Je déplie la bâche pour mettre à l’abri mes affaires et attends que l’averse passe. Il n’a pas fallu longtemps pour que je sois trempé !

Je remballe et me remets en route après avoir avalé une salade et une boîte de sardines. Je retrouve la route départementale puis emprunte une piste forestière. D’abord en bon état, elle s’enlise dans de profondes ornières creusées par des engins forestiers. Le chemin défoncé nous oblige à nous frayer un passage dans le bois. Je peste en slalomant entre les arbres. On perd du temps mais la terre moelleuse recouverte de feuilles dorées est plus agréable que la boue.

Après un long contournement, je regagne une piste en meilleur état. Les traces sont moins profondes et nous pouvons marcher entre les deux grosses empreintes de roues. Un peu plus loin, le chemin devient plus joli et traverse la partie sur de la forêt de Quénécan. Elle est magnifique. Magique. On y trouve des chênes, des hêtres, des épicéas, mais aussi des ifs et du houx. Marius tend les oreilles. Y aurait-il des Korrigans ? A l’approche du Breuil du Chêne, point culminant de cette forêt qui s’élève à 289 mètres, je découvre que la voie forestière est jalonnée d’un chemin de croix. Les quatorze stations ont été réalisées avec des monolithes dont certains sont des menhirs réutilisés.

Je ne monte pas au calvaire où se dresse une crête rocheuse et s’entrelacent blocs rocheux et branches d’arbres. Le site est paraît-il impressionnant. Il y règnerait “une atmosphère pesante, un silence oppressant que ne trouble même pas le chant des oiseaux” ! Une légende raconte que “ce fut la grand-mère du diable qui, portant dans son tablier toute cette masse de rochers, la déposa à cet endroit, mais que avant la fin du monde, on la transportera en entier, à dos de mulets, au fourneau de Lorges dans le Loir-et-Cher, pour en faire de la chaux”.
Le sentier glisse ensuite doucement vers une route. Et plus on descend, plus la forêt perd de sa magie.

Après la chapelle de la Madeleine, point de départ du chemin de croix,  je continue de descendre par la route. Face à moi, la vue est dégagée sur la vallée. Il y avait longtemps que je n’avais pas eu un tel panorama !
Alors que je marche tranquillement, une voiture s’arrête à mes côtés. Au volant, un Anglais croisé sur le sentier tout à l’heure. Il me demande si je “speak english”. Malheureusement mon anglais est très approximatif ! Autant que son “français” d’ailleurs ! C’est compliqué pour communiquer ! Désolé, il s’en va puis revient et me demande si j’ai “des commodités”. Pour traduire, il joint ses deux mains qu’il place sous sa tête. “Ah vous me proposez de dormir chez vous !!”. Il m’explique où il habite et précise qu’il a du terrain pour mon âne puis me salue et accélère. Je m’arrêterai chez lui une prochaine fois peut-être.

Je change mon itinéraire pour contourner Cléguérec. Je suis encore à 10 kilomètre de chez Lili. Je peux y arriver. On avance bien même si on croise quelques personnes : des propriétaires d’ânes ou une cavalière…

Vers 18 heures, il est temps de faire une pause broute. Pendant que Marius soulage son dos et grignote dans un pré au bord d’une petite route, je contacte Lise. Je comprends alors qu’elle ne sera pas là mais elle se réjouit que je m’arrête chez elle. Ses parents, me dit-elle, seront ravis de m’accueillir. J’ai d’abord hésité car je ne voulais pas les déranger mais Lili a été très convaincante !

Allez, c’est reparti ! J’ai encore un bout de route… un long bout de route d’ailleurs. Interminable même ! Et comme s’il n’était pas assez long, je me suis trompé à deux reprises, ce qui m’a contraint à  longer une départementale alors que le soleil s’était déjà couché. Après l’étang de Kermor, que je devine dans la pénombre, j’arrive enfin à Saint Nizon. Marie, la maman de Lise vient à ma rencontre et m’accompagne sur les derniers kilomètres. Nous les faisons à la lueur de ma frontale !
Je suis épuisé lorsque j’arrive chez eux.

Je débâte Marius et le félicite pour cette journée de près de 27 km. Je le conduis dans une parcelle où il va passer la nuit. Patrick, le papa de Lise m’y emmène. Je ne tarde pas trop : il est presque 21h30 et la famille qui me reçoit m’attendait pour dîner…. Je suis confus. Ils ne m’en veulent pas et sont très heureux de pouvoir me recevoir.

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Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

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