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Marius Tour de France

Jour 735 / Kerlanic, un lieu d’accueil d’âmes en transition

Ce matin, alors qu’Audrey sort les chèvres, j’entends un pivert taper contre un bois mort. Pour moi, c’est le printemps qui frappe à la porte. L’oiseau, solidement agrippé à la verticale, creuse dans les troncs des cavités pour y déposer ses œufs ou pour atteindre les insectes xylophages et leurs larves pour les dévorer. Il utilise aussi le bois à la manière d’un tambour pour communiquer.

Mais le pivert est bien le seul signe du retour du printemps ! Il a beaucoup plu cette nuit et ce matin, la météo ne semble pas s’améliorer durablement en tout cas. Une longue éclaircie me permet toutefois de faire une interview d’Audrey, la matriarche de l’Oasis de Kerlanic. “On vit à plusieurs sur le lieu, on teste le vivre ensemble, où chacun fait les choses avec envie et plaisir et se retrouve dans une communication bienveillante” m’explique Audrey.  Je comprends que ce lieu se veut un endroit de rencontres et de dialogues paisibles entre personnes d’opinions, de cultures, de religions et spiritualités différentes. Chacun apprécie la différence comme une richesse et non comme un handicap.

“C’est un lieu d’accueil d’âmes en transition pour une heure, un jour, ou plus. On vient ici par hasard. Il y a beaucoup de passage ici. Des gens qui restent, des gens qui ne savent pas qu’ils vont rester et qui restent, et d’autres qui pensent qu’ils vont rester et qui ne restent pas” me raconte celle qui est à l’origine du lieu. “C’est une Oasis de Vie chez les Colibris. On vient ici pour s’y poser pour réfléchir à sa vie mais aussi pour apprendre des choses”. Près de 400 personnes franchissent la porte de l’Oasis chaque année ! Une association a été créée pour s’occuper de la programmation culturelle de l’Oasis, des chantiers participatifs, des initiations à la permaculture… “Les prix sont libres. On n’a pas envie de même de tarifs car le partage de savoirs est important pour nous”. À Kerlanic on réapprend à vivre ensemble, on développe le don et le troc, on pratique de l’élevage conscient, on essaie au maximum de montrer qu’une autre voie est possible. “Je dis aux personnes qui restent ici que le jour où l’on a plus d’envie et de plaisir à vivre ici et à faire les choses ensemble, il faut partir” raconte la doyenne.

 J’ai moi même du mal à repartir d’ici. Je serais bien resté une journée ou deux pour mieux comprendre et découvrir cette communauté. Je pense que j’y reviendrai un jour…
Aujourd’hui je suis rejoint par Audrey, une Bretonne que ceux qui suivent mon voyage commencent à connaître puisqu’elle me retrouve parfois en chemin. Je ne vous en ai pas encore parlé ici, peut-être le ferai-je un jour, elle m’a permis une rencontre magnifique avec une chamane dont le soin a fait beaucoup de bien à mon âme. Mon chemin devient mystique par moment…
 
 Nous reprenons donc la route ensemble pour une journée. Direction le canal que j’ai laissé hier. Et comme hier, la première partie du canal que nous avons longée, entre Mellionnec et Gouarec, a le charme des chemins de halages d’autrefois, un chemin longiligne et bien entretenu, bordé de platanes majestueusement alignés, derrière lesquels se cachent des paysages bucoliques. Il semble que tout y soit tiré à quatre épingles, malgré les quelques maisons éclusières abandonnées. On imagine facilement les bourgeois de l’époque, marchant, l’ombrelle à la main, admirant la campagne, ou les bateaux glissant paisiblement sur l’eau. Aujourd’hui, on a surtout croisé des chiens et leurs maîtres. Tout est tellement calme, qu’un petit bâton jeté dans l’eau, provoque instantanément un bruit tonitruant, ce qui n’a pas manqué de faire sursauter Marius !
 
On voit bien que ce doit être totalement différent l’été, étant donné tous les aménagements qui ont été installés près des écluses, tables et bancs notamment. Passé Gouarec, l’ambiance change totalement. Longé par la forêt qui porte le même nom, le canal prend soudain des airs mystérieux. D’un côté une colline de roche impressionnante, derrière laquelle on entend alternativement la circulation d’une route assez importante ou uniquement que le cri d’une buse. Alors, on a l’impression d’être perdu dans un coin de monde inconnu et plutôt désertique, on ne croise pas un chat !
De l’autre côté, celui où l’on marche, une forêt en pente aux mille visages, des arbres gigantesques dont certains arrachés du sol par les dernières tempêtes de l’hiver, des ruisseaux qui dévalent joyeusement la colline vers le canal, des jaillissements d’ardoise semblables à des cristaux opaques pointant vers le ciel et des mares d’eau noire et totalement immobiles. Leur couleur sombre est impénétrable, attirante et effrayante à la fois. Des branches tombées dans ces flaques marécageuses s’enchevêtrent et redonnent naissance à de nouveaux arbres.
Les mousses, les fleurs de genêt, le lichen tous aussi flamboyants les uns que les autres contrastent fort avec ces masses sombres et donnent à cet endroit étrange, une ambiance de conte fantastique. Même quand la pluie puis la grêle s’abattent sur nous comme si nous n’étions pas les bienvenus ici… et qu’elles touchent ces surfaces d’encre, elles ne rebondissent pas et semblent plutôt être absorbées goulûment.
Malgré l’envie de prendre des photos, on ne reste pas trop longtemps au même endroit car on a l’impression que quelque chose ou quelqu’un attend le moment propice pour nous attraper… D’ailleurs, Marius, qui s’arrêtait tous les 2 pas dans la première partie du chemin pour arracher une touffe d’herbe ou croquer un pissenlit, ne semble plus vouloir traîner, il avance de son pas nonchalant mais régulier, sans pause. Les oiseaux qui accompagnaient notre pérégrination, hérons, cormorans, canards et même un martin-pêcheur, semblent quant à eux avoir disparu.
On entend que le croassement des corneilles, ce qui amplifie encore le côté lugubre de ces bassins qui seraient en partie dédiés à la reproduction du brochet. D’ailleurs, quand on arrive à l’écluse de l’abbaye, on est bien content de retrouver un peu de civilisation d’autant que la pluie se calme ! On a même l’occasion de se réchauffer un peu au soleil couchant. Cependant, à la tombée de la nuit, les murailles de cette bâtisse en ruine, grises et imposantes, terminent d’entraîner l’imaginaire vers les histoires surnaturelles.
Mon souhait de dormir devant les ruines de l’abbaye cistercienne fondée en 1184 s’évanouit lorsque je constate que l’on ne peut pas y accéder et bivouaquer sur les terrains qui l’entourent. Dommage ! Cet édifice est abandonné depuis la Révolution française qui a fait fuir vers l’Angleterre, les 4 derniers moines. Vendue comme bien national après un inventaire réalisé en 1792 par les révolutionnaires, elle est achetée par un tisserand révolutionnaire, maire de Rostrenen, qui y installera une manufacture de textile. En 1796, elle sera pillée par les chouans qui l’occuperont à plusieurs reprises comme caserne ou comme refuge exceptionnel. Elle servira ensuite d’abri aux constructeurs du canal de Nantes à Brest, puis tombera pour de longues années à l’abandon. En 1986, l’abbaye n’était plus qu’à l’état de ruines quand une association entreprit un long travail qui a porté ses fruits avec la rénovation totale de l’angle sud-est de l’abbaye qui est désormais ouverte au public.
C’est finalement dans un champ situé un peu plus loin et utilisé comme parking en pleine saison que nous plantons la tente. Il me faut d’abord trouver le meilleur emplacement car le terrain est très humide voire marécageux part endroit. C’est contre une haie que j’installe le bivouac pendant qu’Audrey se met en quête d’eau !
Marius n’a pas bondi comme un gibbon aujourd’hui ! Hier, sur le canal, il s’est mis à avoir peur. De quoi, je ne sais pas mais pendant la pause-broute, il n’était pas tranquille et fixait la forêt qui bordait le canal. À plusieurs reprise, il s’est mis à sauter et à ruer… A-t-il vu des korrigans ? Ce n’est pas la première fois que mon compagnon de voyage a des peurs inexpliquées. Près de Saint Brieuc, une ostéo supposait  d’abord qu’il avait des problèmes de vue avant de manipuler son os temporal, cause plausible finalement selon elle, de ses frayeurs.
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Tags : BreizhBretagneCôtes d'ArmorMorbihanTour de France

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