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Marius Tour de France

Jour 734 / L’Oasis de Kerlanic, une communauté pour “vivre autrement”

23 Mars 2018]

Il a plu une bonne partie de la nuit. La bâche qui protège mes affaires s’est en partie envolée pendant la nuit. Je l’ai mal coincée. Résultat : les sacoches sont trempées et l’intérieur a pris l’eau !

Le temps est nuageux ce matin. Pendant que je démonte le bivouac, Joel vient voir si j’ai passé une bonne nuit. Il est rejoint par Roger, un ami éleveur dont le troupeau de moutons pâture dans les prés de mes hôtes. Les sacoches rangées, je suis invité à aller boire un café chez eux. Le couple était agriculteur avant de prendre sa retraite. Ils possédaient notamment des vaches allaitantes. Pendant que je déguste de délicieuses crêpes à la confiture maison de Josiane, nos échanges glissent du voyage à l’agriculture en passant par le loup et les religions. On aurait pu refaire le monde durant toute la journée mais je dois y aller !

Marius bâté, et la photo souvenir dans la boîte, je reprends mon voyage. D’abord, il me faut emprunter une grosse départementale sur 500 m. Les automobilistes sont prudents et les accotements assez larges pour marcher en sécurité. Joël m’accompagne jusqu’à la piste que je dois suivre sur 6 ou 7 km.  La piste traverse le bois de Conveau, une forêt privée magnifique au coeur de la montagne noire. La première partie est sèche et bien large. Ça se gâte après la maison des chasseurs. Là, le chemin se fait plus étroit et bien plus boueux. Par endroit, des sources s’écoulent dans d’importantes ornières formant ainsi de larges flaques dans lesquelles nous n’avons pas d’autres choix que de marcher. Impossible de contourner ces pédiluves naturels. Marius réfléchit bien devant chaque flaque où il va poser les sabots ! Un long moment parfois. Il calcule où il va pouvoir éviter au mieux la boue ou l’eau ! Souvent, il finit par suivre les traces d’équidés ou d’ongulés sauvages. Je retrouve des arbres recouverts de mousse et de lichen filandreux donnant à la forêt un côté mystérieux.

Le sentier devenu étroit, finit par déboucher sur une départementale. J’envisageais de me poser dans le hameau suivant pour ma pause casse-croute. Cependant, lorsque je le traverse il pleut et je le traverse en respirant la fumée de plastique brûlé. Qui a dit que l’air était plus pur en campagne ? Mon regard se porte longuement sur un poulailler gigantesque. Un bâtiment neuf qui doit enfermer des milliers de poulets. Enfermé ce n’est pas tout à fait le mot puisque les prisons modernes des volailles disposent d’une “promenade” afin qu’elles puissent gambader à l’extérieur. et surtout pour qu’on puissent leur estampiller le label “élevées en plein air” !

La route longe le bois de Kerjean. Vu l’état des chemins, je les évite. Mon tracé tire quasiment tout droit jusqu’à Guermer, un hameau de la commune de Glomel. Sandra et Arnaud viennent me à ma rencontre. C’est une joie de les retrouver ! Ils ont préparé un paddock pou Marius avec ronces, herbes et foin ! De quoi reprendre des forces bien qu’il n’en manque pas étant donné le peu de kilomètre que nous avons fait ces dernières semaines !

Je vais rester deux ou trois jours, ce qui me permettra d’interviewer Arnaud sur son travail au Syndicat Mixte d’Aménagement Touristique de l’Aulne et de l’Hyères. Depuis 2016, le SMATAH lui a en effet confié l’entretien des équipements du Canal de Nantes à Brest dans la partie du Finistère. Un projet qui lui permet de mener un projet qui lui tient à coeur : le développement de  la traction animale moderne. Arnaud a des chevaux depuis plus de 30 ans. Avec le plus vieux, qui a aujourd’hui 34 ans, il a voyagé longtemps et fait du trec monté dans les années 90 jusqu’en 2000. Entre 2000 et 2006, il a aussi fait de la rando et du spectacle avec un entier espagnol de 27 ans et a travaillé dans un centre équestre comme palefrenier soigneur avec 100 chevaux, 4 manèges et 2 carrières. Il y préparait des chevaux à la compétition pour des particuliers, le championnat de France de trec mais également pour son propre attelage. Après un peu de “fatigue”, retour au source . Il rencontre Sandra, et le couple s’installe a Glomel. Depuis 2013, ils font de la rando montée et bâtée avec quatre Haflingers ainsi que de l’attelage de loisir.

[28 Mars 2018]

Il a plu trois des quatre jours passés chez Sandra et Arnaud. J’ai profité de l’unique jour de grand beau pour faire l’interview d’Arnaud au bord du canal et la monter. C’est avec eux et quelques rencontres bretonnes que j’ai aussi fêter mes deux ans de voyage dans un café de Carhaix.

Comme je suis arrivé chez eux, je repars sous la pluie ! Marius fait un peu la tronche : il est mouillé et n’aime pas  être manipulé lorsque ses poils frizouilles !
Arnaud est au boulot lorsqu’on décolle. Sandra m’accompagne quelques minutes avant de nous dire au-revoir. J’emprunte du goudron sur plusieurs kilomètres puis m’engouffre dans un bois interdit aux chevaux. Mais Marius … n’est pas un cheval ! Le sentier longe un étang durant un petit moment.

Il pleut encore un peu ce matin jusqu’à ce que le vent chasse les nuages laissant apparaitre par endroit, un ciel bleu magnifique tacheté de petit nuage blanc. La forêt est belle. Les arbres recouverts  d’une fine couche de mousse verte. On l’a retrouve partout : sur les panneaux, les portes, les carrosseries des voitures…

Un “pont en terre” nous permet de traverser l’étang pour joindre l’autre rive. Le clapotis de l’eau poussé par le vent inquiète Marius qui hésite à passer. Je prends la longe pour le rassurer et le conduire de l’autre côté. Là, le chemin est plus large et moins boueux. Il nous permet de contourner Glomel. On y rencontre quelques marcheurs qui promènent leurs chiens mais aussi des pêcheurs de carpes.

Le GR se perd ensuite dans l’étang, grignoté par l’eau. Sur ma carte en tout cas. Je mets un moment avant de trouver l’itinéraire Bis ! Il grimpe par un escalier puis surplombe le plan d’eau avant de couper par un hameau. Encore un bout de route puis on se retrouve sur les hauteurs du canal. On descend ensuite par un petit sentier puis traversons deux passerelles pour accéder à la maison éclusière.Elle est fermée.

L’endroit bucolique et agréable m’incite à me poser pour déjeuner ! Il fait beau ! Je pose mon sac à dos puis décharge Marius qui profite de l’herbe verte autour de la maison. Je mange un morceau en dégustant un thé détox préparée par Sandra ce matin.

Il y a du monde qui circule sur la voie de halage. Des jeunes et des moins jeunes… surtout des moins jeunes qui promènent leur chien. Je discute quelques instants avec certains. Après une heure de pause, nous reprenons la route. L’avantage avec les chemins qui bordent les canaux, c’est qu’ils sont plats !! Ils étaient autrefois utilisés afin de tracter les péniches ou des bateaux fluviaux pour les faire avancer à la force de bras ou par des chevaux. Ce canal de 364 km construit lors de la première moitié du XIXe siècle et jalonné de 238 écluses dont 17 englouties par le barrage de Guerlédan, relie les villes de Nantes et de Brest et emprunte les vallées de l’Erdre, de l’Isac, de l’Oust, du Blavet (qu’il rejoint à Pontivy), du Doré, du Kergoat, de l’Hyères et de l’Aulne ; ces rivières sont reliées par trois canaux de jonction franchissant des lignes de partage des eaux.


Le canal n’est pas entretenu ou très peu sur la portion que j’emprunte. Le chemin de contre-halage disparaît sur certains tronçons et les écluses ne fonctionnent plus. A plusieurs endroits ce sont des troncs d’arbres qui sont tombés sur le canal. Je repense alors à Arnaud qui sur la partie finistérienne, entretient cette ancienne voie de communication avec des chevaux. Dans les Côtes d’Armor, le canal semble être un peu oublié des fonds publics !

Il fait très beau aujourd’hui ! C’est du bonheur d’être réchauffer par les rayons du soleil même si par moment une petite averse me rappelle qu’en Bretagne, il y a 4 saisons en une journée.
Je papote un peu sur le canal avec une dame garée à la sortie d’un tronçon. Son fils de 25 ans s’appelle Marius. Elle est agréablement surprise de nous rencontrer sur le chemin de halage. Elle a un ami qui est parti de Glomel pour descendre jusqu’au source de la Loire en Ardèche en 2016. On parle un moment puis elle me conseil deux ou trois lieux où je pourrais dormir.

J’imaginais dormir aux abords de la chapelle Notre-Dame-De-Pitié qui se trouve au bord du chemin. Mais celle-ci est construite sur le contre-halage accessible uniquement grâce à une passerelle. Autant dire que je ne peux pas traverser avec Marius. Je décide alors de poursuivre jusqu’à l’Oasis de Kerlanic, une communauté tournée vers le “Comment faire autrement” et inscrite dans un réseau colibri. Pour s’y rendre, il faut quitter le canal avant Plélauff et s’enfoncer dans les terres sur deux ou trois kilomètres. C’est Audrey la gardienne de ces terres. On se connaît grâce aux réseaux sociaux depuis pas mal d’années maintenant. Après avoir travaillé pendant vingt ans dans différents domaines comme l’animation socio- culturelle, l’accompagnement social, le stylisme et et même la politique… L’envie urgente de donner du sens à sa vie l’a envahie, il y a maintenant 8 ans, avec la naissance annoncée de son dernier fils.

“Une prise de conscience sur la vie, sur la terre, sur l’humain” explique-t-elle. “Je ne voulais plus vivre dans la frénésie du faire mieux plus vite, toujours plus vite. Je ne voulais plus que mes enfants soient éduqués par d’autres personnes que moi et ne passer que le temps du bain, du repas du soir et du coucher avec eux. Je ne voulais plus vivre dans cette directive d’après guerre, où chacun devait avoir sa propre maison, sa propre voiture, avoir un bon job pour pouvoir consommer, et devoir aller gagner de l’argent pour que d’autres fassent à notre place ce que l’on n’avait pas le temps de faire, car nous devions aller travailler pour les payer !!! Je ne voulais plus cautionner l’exploitation et l’abattage animal, je ne voulais plus cautionner tous ces petits qu’on enlève à leur mère pour le lait, je ne voulais plus cautionner ces hyper-consommations de pétrole à travers les déplacements ou le plastique, d’uranium, de lobotomie télévisuelle…. Tellement de choses que je ne voulais plus… Restait à déterminer ce que je voulais maintenant, pour moi, pour mes enfants, pour cette terre et notre avenir. Une envie d’autonomie, de savoir ce que je mange, d’apprendre à mes enfants à se nourrir eux-même dans le respect. Alors, j’ai tout quitté, la région parisienne, le boulot, l’appartement. J’ai arrêté le stylisme, j’ai acheté à crédit une bicoque à restaurer en Touraine. Nous étions à présent en transition”. Au fil des rencontres, elle a appris à être une mère différente : “Je ne forçais plus mes enfants à finir leurs assiettes, j’ai découvert le maternage, l’écharpe de portage le co-sleeping, l’éducation positive, l’instruction en famille… Nous commencions à cultiver notre potager, avoir des poules, effectuer des achats locaux et réfléchis”.

Le terrain est vite devenu trop petit. La petite famille déménage après cinq ans passés en Tourraine pour La Bretagne qui appelait Audrey déjà depuis une dizaine d’années… “Nous avions engrangé pleins d’informations sur les habitats alternatifs, sur l’autonomie énergétique, au fil des rencontres mais aussi grâce à internet. Mon compagnon de l’époque décida de me suivre, mais pas pour longtemps. Cette décision de vivre autrement me semble devoir être réfléchie et être un vrai choix, comme un appel naturel. Et nous sommes arrivés à Kerlanic, lieu inhabité depuis plus de 20 ans, sans eau courante, ni électricité, ni maison habitable… mais un lieu qui ressemblait fort à ce havre de paix tant recherché. Une vieille ferme bretonne du 17ème siècle, avec 360m² de bâtiments en pierres de granit et schiste, et 2,5 Ha de terrain dont 1 Ha de bois. Quand mon ex compagnon a quitté le navire, j’ai choisi de continuer seule, je voulais montrer que c’était possible à tous… Mais je n’étais pas vraiment seule car toujours entourée de bonnes âmes.”

Des bonnes âmes, j’en ai rencontré plusieurs dans cette oasis. Vanessa, Ludo, Kévin, Thomas et quelques autres. Ils sont nombreux à rejoindre la communauté régulièrement pour y passer une journée, une semaine ou des mois. Chacun y apporte sa pierre à l’édifice en participant par exemple à la rénovation de bâtiments, aux plantations dans le potager, aux partages des tâches courantes qui incombes dans une maison… Bref chacun met sa main à la pâte selon ses envies et ses compétences.

Après avoir brouté en liberté autour de l’ancienne ferme, Marius passe la nuit dans le parc des chèvres, celles-ci et leurs chevreaux étant dans la bergerie jusqu’au petit matin. Moi, c’est dans le dortoir que je vais dormir après un repas en commun et de grandes discussions sur le monde et notre société. Je vous en parle demain?

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Tags : BreizhBretagneCôtes d'ArmorFinistèreMorbihanTour de France

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