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Marius Tour de France

Jour 729 / Au pays des bretons américains !

Après quatre jours passés chez Stéphanie et Benoît, il est temps pour moi de reprendre mon chemin. La petite famille m’avait réservé le plus bel accueil avec un petit gîte aménagé dans une aile de sa maison. La famille habite Guiscriff depuis quelques années seulement. Elle possède un magnifique troupeau d’ânes mais aussi une trentaine de chevaux au milieu duquel elle aimerait vivre. Stéphanie est aussi artiste, elle dessine, peint mais elle a longtemps travaillé dans le monde du cheval. Benoît lui est pareur, adepte du pied nu et ami de Pierre Enoff, avec qui il partage sa technique.

Il est donc 11h lorsqu’on décolle ! Pour ce nouveau départ, nous sommes accompagnés par Benoît, les enfants et deux de leurs ânes dont un tracte une carriole qui nous escorte.On regagne la gare par l’avenue du même nom. Ici, avant le démantèlement des voies, il existait six voies ferrées dont deux pour les marchandises.  Autant dire qu’il y avait de la vie autour la gare de Guiscriff. Pendant près de 70 ans, de nombreuses marchandises mais aussi des voyageurs transitaient par cette commune du centre-Bretagne. De cette période, il ne reste que quelques wagons, des rails et un bâtiment transformé en musée ! Benoît m’explique que la commune y a aménagé une aire naturelle de camping et propose aux randonneurs et aux cyclistes, un café. Bon, pas en ce moment car des travaux de réaménagement sont en cours.

Nous revoilà donc sur la voie verte. Sur ce tronçon, aucune indication et peu d’aménagements. La piste est monotone mais jolie. Elle traverse par endroit la départementale puis un bois et une zone industrielle ! Les changements de décors sont surprenants en quelques kilomètres à peine ! La voie passe sous plusieurs tunnels spécialement aménagés sous la départementale.

J’ai déjà parcouru 12 kils lorsque j’arrive à Gourin, capitale des Montagnes Noires, une chaîne de montagnes qui s’étire d’Ouest en Est sur une quarantaine de kilomètres, depuis les alentours de Châteaulin jusqu’aux environs de Glomel, commune où je me rendrai demain. Sur un giratoire, un panneau indique qu’une réplique de la statue de la Liberté est exposée dans le centre de Gourin pour rappeler qu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la commune a connu une très forte émigration vers l’Amérique du Nord. Dans la province de l’Alberta, au Canada, au pied des Montagnes Rocheuses, a même été fondé “Gourin City” en 1913 par Joseph Ulliac, sa femme Marie-Louise Cosperec, et dix autres membres de sa famille, tous originaires de Gourin.

En 1928, on dénombre environ 3 000 habitants de Gourin à New York, 400 d’entre eux étant directement employés par Michelin implanté là-bas depuis 1901 et qui recrutait de façon privilégiée des Bretons. Dans les années 50, une seconde vague d’émigration a eu lieu depuis les cantons de Gourin et Roudouallec à la suite de la visite du consul canadien. Entre les seules années 1946 et 1955, 747 émigrants quittent la ville (13,4 % de la population) dont une large part vers les États-Unis. Trois agences « Compagnies Générales Transatlantiques » ont d’ailleurs à l’époque leur siège à Gourin et Roudouallec pour organiser les flux à destination des États-Unis !

La nature est encore en sommeil mais à en croire le bruit du moteur des tondeuses en fond sonore, je comprends que la guerre à l’herbe haute est déjà déclarée !! Bon, il suffit aussi d’observer Marius baisser la tête régulièrement en marchant pour croquer les jeunes pousses pour comprendre que le printemps n’est pas loin ! Il en raffole ! Dans quelques semaines, il faudra faire attention à l’herbe trop riche et aux risques de fourbures.

Avant de quitter Gourin, je me mets en quête d’eau. Je prévois pour éventuellement m’arrêter. Les maisons semblent vides. Je tape à la porte de la dernière villa construite au bord de la voie verte. Une voiture garée devant me laisse à penser qu’il y a quelqu’un. Une dame m’ouvre quelques secondes plus tard. Elle accepte de remplir ma gourde. Vêtue d’une robe de chambre, elle n’est pas très bavarde ! Avant de la remercier, je lui demande si elle connaît le propriétaire du pré situé face à son habitation. “Non désolée mais allez demander à la maison qui se trouve à l’entrée du chemin” me conseille-t-elle. Je suis passé devant tout à l’heure et n’y ai pas vu âme qui vive ! Allez, je continue  !

Initialement, j’envisageais de poursuivre sur la voie verte jusqu’à Port de Carhaix afin de récupérer le canal de Nantes à Brest pour me rendre à Glomel. Mais sur les conseils de Benoît, j”ai modifié mon itinéraire histoire de gagner une ou deux journées de marche et arriver plus tôt chez Sandra et Arnaud. L’idée étant de couper par le bois de Conveau pour celui de Kerjean.
Après Guernéac’h, je cherche sérieusement un lieu pour planter mon bivouac. Je longe plusieurs champs mais je n’ose m’y poser. Pas mal d’indices montrent qu’ils sont utilisés pour de l’élevage de brebis. Je croise d’ailleurs deux élevages dont un après le tunnel qui passe sous la D769. J’y aperçois les éleveurs qui me calculent à peine… Ce ne sera pas ici !

Alors que je poursuis sur la piste cyclable, je croise deux marcheurs. Intrigués, ils m’interrogent sur mon voyage. Ce sont les seules personnes croisées dans la journée qui oseront, après un “bonjour”, engager la conversation ! Et le couple ne manque pas de questions !

– “Vous prenez quelle direction” me demandent-ils après que je leur aies détaillé mon périple de deux ans.
– “Glomel !”
– “Vous devriez couper par l’ancienne carrière. Il y a un très beau lac formé dans un trou dans une cavité” me suggère l’homme qui semble bien connaître la région.
– “Mais ce n’est pas interdit ?”
– “Elle est fermée et je pense qu’on ne vous dira rien. Vous pourrez y dormir et rejoindre le bois”.

Bonne idée mais après quelques questions sur le site,  je comprends que je n’y trouverai aucun coin d’herbe pour mon compagnon de voyage. Pas grave, je leur explique que je vais chercher un terrain pour la nuit à proximité. “Demain, il fera jour !”.  Le couple me propose de me conduire chez le propriétaire de chevaux qui a du terrain le long de la voie verte. J’accepte bien volontiers mais une fois sortis de la piste, Josiane et Joël décident finalement de me conduire chez eux. Anciens agriculteurs, ils ont des prés pour Marius ! Chouette !  Bon il faut marcher encore 2 kilomètres avant d’arriver chez eux. “Courage Marius!”. Il n’aura pas eu sa pause cette après-midi.

On reprend la voie verte un peu plus loin sur plus d’un kilomètre. Puis, si on ne veut pas faire un grand détour et longer une ancienne Nationale très fréquentée, il me faut décharger Marius pour emprunter une sente qui descend abruptement jusqu’à une départementale. Avant de le conduire en bas du sentier, les deux “Jo” et moi portons les sacoches et les affaires. Seul là-haut, attaché à un arbre, Marius s’inquiète et appelle. Pourtant, il n’y a que quelques dizaines de mètres et il me voit ! Sans charge de sac, mon âne ne rencontre aucune difficulté à suivre le sillon marqué par le passage de promeneurs désireux de couper par là pour rejoindre l’ancienne voie de chemin de fer.

Marius en bas, je rebâte pour terminer le dernier kilomètre de la journée. Je découvre le moulin de Ronceveau, malheureusement en ruine mais à côté duquel coule une très belle cascade. L’ancienne ferme de Josiane et Joël est juste au dessus. J’ai le choix du terrain ! Je choisis le plus haut et le plus près de leur ferme. C’est un vaste terrain sur lequel Marius va pouvoir se régaler ! Le pré est légèrement en pente, je plante la tente à l’endroit le plus plat. Mes hôtes se démènent pour que ma nuit soit la plus agréable et la plus confortable possible et que je ne manque de rien ! Ainsi, pour me permettre de recharger la batterie de mon téléphone, Joël déroule plusieurs rallonges de quelques dizaines de mètres chacune ! Il m’apporte aussi de l’eau en bouteille parce que “celle du robinet n’est pas bonne” et me prête une lampe de chantier pour m’éclairer ! Mes hôtes sont aux petits soins ! Je vais passer une très belle nuit.

Demain, cela fera deux ans que j’ai commencé ce voyage. J’ai bien sûr une pensées pour Céline et sa mule qui ont quitté le voyage en juin dernier, mais aussi pour Kali sa chienne morte dans le massif des Vosges du Nord et Bayah qui vit tranquillement sa retraite chez Brigitte en Moselle ! Deux ans … déjà ! Tout en me préparant à manger, je sors ma caméra pour enregistrer quelques mots sur cet anniversaire. Je n’y arrive pas. Je profite alors d’avoir de l’électricité pour faire un direct sur Facebook ! C’est beaucoup plus vivant ! Je peux interagir avec les personnes qui nous suivent !  Pas de bougie ce soir mais les f’ânes de Marius pour partager ce moment !

Dans mon duvet, j’entends les Crounch Crounch que fait Marius en mangeant tandis que des chouettes hulottes bavardent dans les arbres autour de la pâture. À cet instant, je ressens un immense sentiment de liberté. Je me sens merveilleusement bien. Quel bonheur !!

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Tags : BreizhBretagneMorbihanTour de France

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