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Marius Tour de France

Jour 724 / Scaër, terre des pierres sacrées

Je suis finalement resté quatre jours à la Bergerie de Laz. J’ai adoré passer quelques jours dans cette exploitation. J’aime beaucoup la philosophie de Caroline…. et ses fromages sont délicieux ! Mais il est temps de partir et je ne veux pas trop abuser de la gentillesse de mes hôtes.

Je suis dans le Kreiz Breizh. Le centre Bretagne en langue bretonne ! Une zone à cheval sur plusieurs départements (Côtes d’Armor, Finistère et Morbihan). Un territoire longtemps oublié par les politiques, plutôt désert, parfois snobé et mal aimé. Je me souviens d’ailleurs que sur la côte, j’étais alors en Ille et Vilaine, des Bretons me racontaient que les habitants du centre Bretagne ne parlaient pas français ! Les terriens seraient-ils dénigrés par leurs voisins ? Moi, ils m’ont été fort sympathiques !

Aujourd’hui encore, c’est goudron et bitume. La journée s’annonce on ne peut plus classique mais heureusement elle est toujours pleine de surprises !

Ainsi, alors que je traverse le village de Leuhan, une voiture s’arrête à ma hauteur. A l’intérieur, trois gars qui me questionnent sur mon voyage et me proposent de m’arrêter chez eux. Je comprends vaguement où ils habitent mais il semble que c’est sur ma route. Effectivement, un kilomètre plus loin, à la sortie du village, je les retrouve dans leur camion garé sur un terrain. Ils m’offrent une gnôle … au goulot ! Pas certain que ça m’aide à marcher plus vite !! Allez soyons fous ! Je profite de leur terrain pour décharger Marius. C’est l’heure de la pause casse-croûte pour lui comme pour moi ! Tout en discutant, j’avale une salade et une compote.

Après un selfie souvenir, je salue Nico, Adrien et Nathan puis je reprends mon chemin. Enfin, la route devrais-je dire ! J’improvise un nouvel itinéraire pour éviter les sentiers boueux mais aussi pour me rendre plus rapidement au sud de la forêt de Coatloc’h, chez Jérôme et Aurélie qui m’attendent depuis… des mois ! Ils sont les heureux propriétaires de deux ânes et se font une joie de m’accueillir. Le hic c’est que leurs équidés se trouvent à une journée de marche de leur habitation. Le couple a eu des problèmes avec le voisinage à cause de leurs longues oreilles. Mais pas question pour lui de s’en séparer : ils ont donc préféré déménager. Au téléphone, Jérôme m’explique plus en détail la situation : leur nouvelle maison est en travaux et ils n’y habitent pas encore, ce soir Aurélie travaille tard, et demain ils sont d’anniversaire. Vu d’ici, ça me paraît compliqué. Je décide finalement de faire demi-tour de me rendre sur Scaër, non sans regrets. Je lui propose qu’ils me rejoignent demain matin pour boire un café. Il est d’accord ! Cool!

La journée est longue et terriblement monotone. Marius recommence à avoir peur de tout et de rien. Sur la route, il est parti au trot après avoir eu la frousse lorsque, sur une départementale que nous venions de traverser, les roues de voitures sur l’asphalte mouillé ont été plus bruyantes que d’habitude… Heureusement, l’automobiliste qui arrivait en face a eu réflexe de s’arrêter ! Je ne comprends pas ce qui se passe dans la tête de mon compagnon en ce moment. Après deux ans de voyage, il devrait être habitué… A moins que les Korrigans soient de retour ?

Il est tard lorsque j’arrive aux portes de Scaër. Cette commune n’est pas seulement connue pour être un haut lieu du gouren ou lutte bretonne (ce sport a d’ailleurs valu à Scaër le surnom de “pays des lutteurs”). Elle l’est aussi pour ses Staurotides appelées aussi pierre de Coadry. Une pierre “sacrée” et “magique” en forme de croix qui fait l’objet de plusieurs légendes et de nombreuses croyances. En effet, on prétendait jadis que ces pierres étaient efficaces pour protéger les jeunes mariés de la maladie et les marins des naufrages, qu’elles avaient le pouvoir de guérir les chiens de la rage et d’éloigner la foudre lorsqu’elles étaient enterrées au pied des maisons. Pour certains, la “men kroaz” permet de vaincre les dépendances au tabac, à l’alcool, au café, mais aussi les dépendances mentales aux jeux d’argent, aux réseaux sociaux, jeux vidéo et même au travail ! La staurotide (composée de silicate alcalin composé d’aluminium et de fer) favoriserait aussi la réflexion tout en évacuant les ondes négatives, permettant à celui qui la porte un regain de lucidité. Portée autour du cou, elle serait excellente pour le centrage des corps énergétiques et pour fortifier son système immunitaire !

Une légende bretonne raconte qu’un certain Comte de Trévalot fut assiégé dans son château par son terrible voisin le Baron de Coat Forn, connu  pour sa cruauté. Il aurait notamment fait périr ses huit femmes en les jetant dans un précipice et aimait faire jeter aux chiens les intrus découverts sur ses terres. Le Comte promit à Dieu de lui élever une chapelle s’il remportait la bataille. Miraculeusement vainqueur alors que la défaite s’annonçait, il laissa  Dieu choisir où construire l’édifice en attelant deux bœufs à une charrette de pierres. “Là où ils s’arrêteront, on bâtira la chapelle” avait-on proclamé alors ! Après avoir marché devant eux sans but apparent, les bœufs s’arrêtèrent devant les ruines de l’ancien Temple Païen de Coadry, abandonné depuis l’évangélisation de la région par le Père Ratian et Sainte Candide. C’est donc ce lieu que Dieu aurait choisi pour sa chapelle et c’est là que les architectes et ouvriers vinrent le lendemain pour débuter les travaux. À leur arrivée les ronces et broussailles qui recouvraient la veille encore les ruines, avaient disparu et les pierres furent retrouvées rangées en ligne, comme pour indiquer où les fondations de la chapelle devaient être bâtie.

La mousse pousse partout… même sur les panneaux !

La chapelle fût vite construite car les ouvriers travaillaient nuit et jour pour accomplir la volonté du Seigneur. Bientôt, on eut fini le gros des travaux et il restait à placer un clocher, le plus haut des alentours comme il se doit. Alors, on vit surgir de la forêt un géant qui se chargea de la construction sans même utiliser le moindre échafaudage. Aujourd’hui encore, ce géant a sa tombe dans le petit village de Coadry. Deux croix celtiques la surmontent, séparées par une distance de 25 mètres. l’une est placée sur sa tête et l’autre sur ses pieds…

Au XIIème siècle la région connut une forte période de disette. Le nombre important de pèlerins en fut rendu responsable et le peuple décida de brûler la chapelle. Une première version de la légende veut que la fumée de l’incendie ait dispersé sur la terre des hommes d’innombrables petites pierres en forme de Croix afin de leur rappeler qui était leur véritable Seigneur. Une seconde version raconte qu’après l’incendie, un énorme orage éclata alors et l’on vit s’abattre sur le sol une pluie de pierres rousses portant des croix, clous et couronnes rappelant ainsi aux hommes que c’était au nom du Christ que cette chapelle avait été élevée. Les ruines de la chapelle sont restaurées et jusqu’au début du XXe siècle, les pèlerins achètent aux bedeaux de la chapelle ces “Pierres Rousses” dont les vertus miraculeuses sont désormais célèbres et que les pauvres du village récoltent patiemment tout au long de l’année.

Je ne sais pas si je vais en trouver, d’autant que je ne suis pas passé devant cette chapelle. Mais Sandrine et son mari, de Saint-Brieuc, m’en avaient donné une en septembre dernier. Je la garde précieusement !

Un dernier chemin aboutit dans à un hameau à l’entrée de Scaër. Je passe devant une villa qui, depuis le portail, semble avoir du terrain. Je pénètre dans le jardin et découvre un cheval. Mince. Vu son excitation, il n’a pas l’air d’être habitué à voir des ânes. J’hésite à aller sonner à la porte. Je fais finalement demi-tour préférant tenter ma chance un peu plus loin. Malheureusement, je ne trouve rien. Je retourne donc à la villa. La propriétaire hésite à m’autoriser à m’installer sur un de ses paddocks. “Je ne sais pas comment mon cheval pourrait réagir” l’explique-t-elle avant de me proposer d’aller voir son “voisin d’en face” qui a un grand terrain. Je la remercie pour son conseil et file voir le dit voisin.

Je laisse Marius brouter dans le champ qui jouxte la villa, et vais sonner à la porte. Une dame m’ouvre, m’écoute avec un large sourire. “Oui ben sûr” me dit-elle avant d’appeler son mari. Ils m’accompagnent tous les deux jusqu’au terrain où Marius se remplit la panse ! Le couple me suggère de dormir dans la cabane de leurs petits enfants construite dans un arbre puis, après les présentations, me proposent de dormir chez eux. Malheureusement, la pâture n’est pas close et je préfère comme souvent dans pareille circonstance, dormir dans ma guitoune. Françoise et René me laissent m’installer et m’invitent à “boire l’apéritif” et à prendre une douche une fois le bivouac monté. J’accepte bien volontiers.

Avant, je dois choisir l’endroit idéal pour Marius. Ce n’est pas toujours simple. L’herbe n’est pas encore très haute mais suffira à sustenter mon compagnon. La haie qui longe le pré est composée par endroits, d’arbustes toxiques. Je tire donc une cordelette là où il y a le moins d’essences nocives comme le lierre et le houx. Je dormirai tout près de lui. En attendant : santé !!!

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Tags : BreizhBretagneFinistèreTour de France

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