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Marius Tour de France

Jour 719 / Rencontre avec une bergère fromagère en biodynamie

6h ! C’est bien la seconde fois que je me réveille aussi tôt. La première fois, Céline était encore là : nous devions quitter le champ à 8h, heure à laquelle le propriétaire ramenait ses vaches au pré ! Comme je l’ai écrit hier, j’ai rendez-vous chez Aline, cavalière au long cours, qui doit partir travailler à 17h. Il faut donc que j’arrive avant. Nous avons 20 km à parcourir soit presque, 7 heures de marche !

Mais J’ai du mal à me lever ! J’ai mal dormi. Non pas à cause de la literie mais j’étais un peu inquiet pour Marius. Le vent a soufflé très fort toute la nuit et ce matin les rafales balaient encore le Finistère.

Après un bon petit-déjeuner, j’enfile mes affaires qui ont séché devant le poêle à bois de mes hôtes, et je file préparer mes sacoches et surtout vérifier que mon compagnon n’a pas été trop décoiffé pendant la nuit. Même si je sais que Marius ne s’enfuit pas d’un parc comme celui où il se trouvait (oui parce qu’il sait ouvrir les loquets, les portes et enlever certaines poignées !), j’ai une petite boule au ventre lorsque j’arrive au hangar. Je jette un coup d’œil derrière, Marius ne s’y trouve pas. J’enjambe la clôture et l’appelle, tout en balayant avec ma lampe frontale le champ encore plongé dans la pénombre. Personne. Pas âne qui vive ! La pression monte, quand dans un recoin du champ, j’aperçois Marius à l’abri sous des branches d’arbres ! Ouf, rassuré, je pousse un gros soupir de soulagement!

J’avais envisagé de partir vers 7h ce matin mais c’était sans compter sur le soleil, qui lui fait toujours la grasse mat’ ! Pour une fois que je suis levé avant lui ! Bon, du coup je suis obligé d’attendre pour partir car mon itinéraire commence sur une départementale. En plus, j’ai oublié mon gilet jaune à la cabane d’Olivier et Caro à Douarnenez.

Je salue et remercie une dernière fois Bernard, mon hôte, qui part travailler au moment où je me mets en route. C’est parti pour 20 km ! Mon itinéraire est aujourd’hui encore une succession de petites routes qui traversent le pays d’Ouest en Est ! Par endroit, j’emprunte la voie de Compostelle. Le temps est nuageux et les averses pas si rares ou éparses que ça ! A part deux Bretons silencieux, les rencontres sont anecdotiques aujourd’hui. Mes “bonjour” n’ont pas aidé à leur faire décrocher un mot à ces deux gus !! Tout juste s’ils m’ont répondu !! C’était amusant: je les ai vus à un croisement. On allait dans la même direction. Je me suis trouvé derrière eux d’abord à quelques dizaines de mètres puis, petit à petit, l’écart s’est réduit. Régulièrement, l’un des deux tournait la tête pour voir où j’étais. On ne sait jamais, j’aurais pu leur sauter au cou pour les dévaliser de leurs… bottes de pluie ! A moins que ce ne soit la timidité qui les ait rendu silencieux, mais pas un mot pendant plus d’une dizaine de minutes ! Même quand j’étais si près que j’aurais pu leur mettre la main sur l’épaule ! Et alors que j’étais presque à leur hauteur, une vieille dame fait diversion en allant à leur rencontre. “Sauvés par la mamie !!”. C’est ce que je me suis dit en les dépassant ! Bizarre l’Humain parfois !

En milieu de matinée, le vent redouble d’intensité. Il pleut à nouveau. Les chemins sont boueux, même ceux qui traversent les fermes… surtout ceux-là finalement devrais-je dire ! Dans certaines exploitations, le bitume est recouvert de gadoue et de bouses ! Dans l’une d’elle, j’ai du mal à trouver mon chemin. Ça glisse et ça patauge alors qu’un molosse nous aboie dessus dans l’indifférence générale. ça ne me donne pas très envie de consommer des produits agricoles : je trouve des bidons de solvant, par endroit du fuel ou de l’huile qui coule çà et là …
Il n’y a pas que dans les fermes que certaines personnes prennent la nature pour un dépotoir. À Lochou, des gens, sans doute excédés par les bouteilles d’alcool vides retrouvées dans les fossés, les exposent au bord de la route. Je ne suis pas certain que ça fasse changer les habitudes !

A Gulvain, il est temps de déjeuner. Le seul café du bourg, “Le Rencart”, est fermé. Visiblement, on m’a posé un lapin ! Ma route est presque droite ensuite jusqu’à Trégourez par une départementale. Un automobiliste me demande si je veux me poser chez lui pour la nuit, il a aussi un âne. “Désolé mais je suis attendu”. Il me reste un bout de route pour rejoindre Laz. Au moins une heure de marche encore. Le goudron me fatigue et j’ai hâte d’arriver ! Par chance, Aline habite la première ferme à l’entrée du hameau de Kermaez !

Il est 15h15 lorsque je suis accueilli par Caroline, la responsable de la “Bergerie des Ifs” et Elsa, sa stagiaire. En fait Aline est déjà partie au travail. Tant pis, je la verrai demain.
Une fois déchargé devant la sellerie, je conduis Marius dans le pré où il va passer quelques jours. Il partagera le parc avec les trois chevaux d’Aline qui connaissent bien les ânes. L’aventurière qui a déjà parcouru des centaines de kilomètres à cheval en France mais aussi en Europe, a créé son auto-entreprise pour lancer son activité de ballades, randonnées, cours particulier ou encore travail du cheval. Lorsque mon compagnon pénètre dans la pâture, les chevaux sont très curieux, notamment le plus jeune. Il est en cours de débourrage. Marius remet d’abord à sa place le canasson un peu trop fougueux en ruant. “Lâche-moi les sabots l’ami…” semble lui intimer mon compagnon tout en flairant les odeurs dans les crottins histoire de voir à qui il a affaire ici ! Après quelques minutes, tout le monde est calmé. Chacun a trouvé sa place et Marius intègre le groupe doucement.

Caroline m’explique qu’elle est bergère fromagère en biodynamie de brebis et de vache laitière. Elle transforme dans son labo et vend ses fromages en direct. Elle est installée à Laz depuis 2012 et a commencé avec des brebis, puis par des cochons (élevés au petit lait !) et quelques vaches. Elle a choisi des espèces locales et rares : des brebis de Belle-Île (il n’en reste que 500 vivantes en France), des vaches Froment du Léon (160) et des porcs blancs de l’Ouest, des cochons qui ne supportent pas la concentration  (il ne reste que dix éleveurs dans l’hexagone). Elle a choisi ces races non pas parce qu’ils sont en voie d’extinction mais pour leur capacité d’adaptation au territoire.

Ils sont faits pour vivre en Bretagne ce qui permet à l’éleveuse de s’installer avec des systèmes économes et autonomes car ils vont se nourrir de ce qui pousse et de ce qui croît sur la ferme. “L’idée c’est que rien ne rentre sur la ferme et qu’avec ce qui pousse on arrive à nourrir, à soigner et à produire des produits qu’on va pouvoir vendre sur les marchés “ m’explique Caroline. Ainsi, elle a ajouté des vaches à son cheptel pour avoir une complémentarité au pâturage et éviter la mécanisation : “Les moutons ne sont pas assez nombreux pour tout manger et ils n’aiment pas toutes les plantes”. Pour Caroline, cela permet aussi de “diminuer la pression parasitaire”.

C’est un congé de reconversion puis un bilan de compétences qui l’on amenée vers ce métier. Elle avait une envie d’un retour à l’essentiel par rapport à notre société actuelle dans laquelle, selon elle, “on se soucie de choses très futiles”. Elle était aussi motivée par l’envie de garder une relation avec sa clientèle / le public. Pour elle, l’élevage d’animaux pour la production alimentaire lui paraissait essentiel tout comme le faire de manière saine et écologique pour préserver la planète et fabriquer des aliments qui nourrissent réellement l’être humain. “Les aliments sont notre première médecine” insiste-t-elle.

Être certifiée en Bio allait dans la démarche, mais elle s’est rendue compte que ce label était très marketing et commercial. “Au niveau  éthique, ça ne représente plus grand chose. On rentre encore dans cette notion de compétition, de productivité. Ce n’est pas ça qui m’intéressait. Je souhaitait élaborer des aliments vivants et qui nourrissent avec du goût et puis de permettre à la nature et aux animaux de s’exprimer et moi, d’être juste le chef d’orchestre de tout cela. Je me suis donc orienté vers la biodynamie où on essaie réellement d’être en harmonie avec tout ce qu’il y a autour de nous” poursuit la bergère fromagère. Pour elle c’est un travail de fourmi que de réapprendre aux gens le goût : “Un travail de pédagogie passionnant !”.

C’est la période d’agnelage dans la ferme. Caroline travaille beaucoup entre la traite, les soins aux agneaux et la fabrication des fromages. Mais le mot d’ordre, ici, reste le bien être animal. On laisse les petits sous le pis de la mère. Les vaches aussi devraient vêler d’un jour à l’autre. Je vais rester ici quelques jours notamment pour faire une interview de Caroline. J’aime beaucoup cette démarche. Au fait, elle aussi possède des ânes. Leur rôle principal est de veiller sur les agneaux et les veaux en cas d’attaque de renards. Ils sont parait-il très efficace !

Contact :
– Aline “M-J Horse – Aline Levasseur à Kermez 29 520 Laz. Tel : 06 50 97 90 17 – aline_cheval@hotmail.com
– La bergerie des Ifs : http://moutonsdebretagne.fr

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Tags : BreizhBretagneFinistèreTour de France

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