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Marius Tour de France

Jour 716 /Derniers regards sur l’Atlantique avant… L’Espagne ?

Il est tard lorsque je quitte les Roches Blanches. Olivier est déjà parti en ville et Caroline m’attend à l’extérieur avec son amie et ses deux ânes. De mon côté, j’ai pris le temps de dire au revoir aux occupants du squat qui m’ont accueilli et m’ont permis de dormir au chaud.

Il pleut. Caroline et sa tribu retournent à la cabane. Quand à moi, je prends la direction de Douarnenez, la ville aux trois ports et du Kouign-amann, une pâtisserie inventée ici en 1860 riche en beurre (près d’un tiers des ingrédients). J’ai beaucoup aimé cette commune que j’ai pu découvrir durant mon séjour ici : son atmosphère, ses ruelles, ses maisons de pêcheurs, ses commerces, mais aussi son côté “militant”. Un engagement qui s’affiche dans les rues pour défendre les réfugiés, dans certains commerces mais aussi à travers certains mouvements ou associations tels que le Festival de cinéma militant ou encore la radio locale “Vos Gueules Les Mouettes”. Cette dernière, totalement indépendante, ne cache pas son “parti pris …[qui] privilégie ceux et celles qui sont en marche vers moins d’oppression, d’exploitation” et “favorise l’expression des minorités” et veut lutter “contre l’uniformisation des consciences, elle se veut radio des différences”.

Je traverse donc une dernière fois cette ville par Les Sables Blancs puis Tréboul et son port. On fixe une dernière fois l’océan avant … l’Espagne et Finistera ? Les gens m’accostent, m’interrogent. Toujours les mêmes questions auxquels je réponds avec toujours autant de plaisir depuis bientôt deux ans. Je poursuis lentement vers le viaduc de Douarnenez sur lequel j’admire le Port-Rhu, un ancien port de cabotage occupant l’aber de la”Rivière de Pouldavid”. J’espérais passer par la passerelle Jean Marin pour nous éviter de faire un grand détour mais des plots nous empêchent de l’emprunter.

La légende raconte que Douarnenez est née de la ville d’Ys, cité du roi Gradlon, engloutie dans la baie par la ruse de Dahut. Mais cette cité tournée vers la mer doit en partie sa richesse à la sardine. Son port a été florissant notamment au XIXe (En 1860, Douarnenez pêche 300 millions de sardines),et jusqu’à la fin des années 1970 et début 1980 où il a connu un déclin important. De ces décennies fastes, il reste d’anciennes maisons de pêcheurs, des églises à Pouldavid, des ateliers et de petites maisons de pêcheurs dominants le Port du Rosmeur. L’activité des chalutiers et des conserveries ne raisonne plus sur les quais dont les façades, aujourd’hui colorées, sont occupées par des cafés et des restaurants .

C’est dans un petit parc, face au port, que je m’arrête pour manger un bout… sous la pluie. Rien pour s’abriter mais de l’herbe pour Marius. Par endroit, la terre est gorgée d’eau. Je m’abrite sous contre le mur d’un bar fermé qui jouxte le terrain. Depuis une fenêtre de “La Galère”, une dame d’un certain âge, me hèle. Je ne comprends pas ce qu’elle me dit. Elle réapparaît derrière l’établissement quelques minutes plus tard. Tout en mangeant une salade, je réponds aux interrogations de Jacqueline sur mon voyage avec mon âne. Elle n’en revient pas et se demande bien ce qui a pu se passer dans ma vie pour être parti pour un tel voyage… Mes explications ne semblent pas la convaincre. Elle tente un : “Vous avez dû faire de la prison !?…” Je souris ! C’est peut-être cela… Ce voyage me permet de sortir de ma cellule. Quelques mois de libération conditionnelle avant une nouvelle incarcération dans un monde de fous ! Peut-être un élément de réponse à une question qui revient souvent : “Que cherches-tu sur le chemin ?”. Car à vrai dire, je n’en sais rien. Suis-je parti d’ailleurs à la recherche de quelque chose ? Mais je me suis retrouvé… C’est bien l’essentiel. Avant de retourner chez elle, Jacqueline me lance : “Votre père est avec vous…”. Et moi de lui répondre : “Il est toujours là… depuis mon premier voyage !”. Avant de retourner chez elle, elle me demande de prier pour elle lorsque je serai à Compostelle. “Promis !”.

Nous repartons comme nous sommes arrivés… sous la pluie ! On longe le port de plaisance. Plusieurs vieux bateaux sont ouverts au public : un langoustier, une gabare, un remorqueur anglais, une barge et un caboteur norvégien. Il y a de nombreux voiliers. Un marin qui soirt d’un troquet, vient à ma rencontre. Il travaille sur la restauration d’un bateau et m’invite à me rendre à Lorient où doit se dérouler en avril une grande manifestation autour des voiliers. Je n’y serai pas … Je suis trop loin au pas de mon âne et cette cité portuaire n’est pas sur ma route. Je continue d’avancer jusqu’à la voie verte. Marius n’est pas rassuré le long des berges et m’oblige à traverser la route pour marcher sur le trottoir d’en face.

Ça y est, je suis sur l’ancienne voie de chemin de fer. C’est parti pour une dizaine de kilomètres de chemin plat et très peu boueux ! J’y rencontre quelques personnes dont notamment deux cyclistes, probablement une mère et son fils. “Comment trouvez-vous la Bretagne ?” me demande-t-elle. “Magnifique, je ne m’en lasse pas ! Je suis arrivé en Ille et Vilaine mi-août et j’y suis toujours !”. Sur les premiers kilomètres, la piste cyclable est agréable mais n’a rien d’extraordinaire et traverse même une zone industrielle. C’est à ce niveau que l’on trouve des boîtes de sardines vides sur le bord du chemin… À 5 kilomètres de Douarnenez, je traverse la commune de Le Juch. J’hésite à m’y arrêter. Caroline et Olivier m’ont indiqué quelques lieux où je pourrais passer la nuit. Il est encore un peu tôt et je peux avancer encore un peu.

C’est à partir d’ici que les premiers panneaux explicatifs me permettent d’en savoir un peu plus sur les lieux que je sillonne. Le chemin se fait plus encaissé et ombragé. Entre marais et bocages, la campagne finistérienne change peu à peu, plus je m’éloigne de la côte. Parfois pourtant, des vols de mouettes me rappellent la proximité de la mer.

Je quitte la voie verte à proximité de la chapelle Sainte-Brigitte pensant, à tort, que je vais pouvoir m’y poser pour la nuit. Malheureusement, le terrain est boueux et il y a peu d’herbe. C’est de toute façon l’heure de la pause. Je décide de m’arrêter. Je débâte Marius avant de m’asseoir un moment. Il fait froid. On ne va pas s’attarder.

Après une pause d’une vingtaine de minutes, on prend la direction de Kermoal. Par la route cette fois. Je rencontre un agriculteur à la retraite alors que nous passons dans sa ferme. On discute un peu mais je ne sens pas d’accroche, j’avance encore. En descendant dans le bourg, je longe des parc à chevaux. Les canassons sont très énervés lorsqu’ils sentent Marius. Je croise les doigts pour qu’ils ne cassent pas les clôtures ! En passant devant une maison, j’aperçois un homme et une femme dans leur jardin. Je fais demi-tour et leur demande s’ils saurait où on pourrait passer la nuit. Sans hésitation, il me conduisent à deux pas de chez eux, sur le terrain d’une amie du couple qui n’est pas là ! L’herbe est rase mais elle suffira à mon compagnon.

Alors que je plante ma tente devant une caravane pour me protéger du vent qui souffle fort, ma voisine de bivouac rente chez elle. Je me présente, lui explique ma présence ici et on échange quelques mots. Solenn me dit m’avoir aperçu sur au Port-Rhu alors qu’elle déjeunait dans sa voiture. Elle trouve Marius “bien entretenu” en précisant que “ce n’est pas toujours le cas lorsqu’on voit des ânes”. Elle me propose de prendre une douche après avoir promené son jeune chien. J’accepte volontiers et retourne au montage de ma toile !

Plus tard, je fais la connaissance de Gaëtan, son compagnon. Le couple regrette de ne pouvoir m’inviter à dîner mais ce soir c’est “leur” soirée ! Je comprends ! L’intention y était c’est le principal ! De mon côté, Diane de Caval’Breizh, profitant de sa présence en Bretagne, doit me rejoindre dans la soirée pour venir marcher avec nous demain. Je lui avait dit que je l’attendais pour manger. Et il faut qu’elle prenne des forces car on a 20 km au programme de la journée !

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