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Marius Tour de France

Jour 715 / J’ai passé une nuit dans un squat !

Lorsqu’ils sont rentrés d’Espagne au pas de leurs deux ânes, Caroline et Olivier se sont installés dans une cabane en bois perdue au fond d’un champ. Une vieille dame leur a prêté les lieux tout comme une vaste pâture où depuis, Bambou et Gaspard profitent de l’herbe bien verte. La petite maison dans la prairie n’a ni eau, ni électricité mais le couple s’accommode de ce que le commun des mortels considérerait comme un habitat précaire. Pour les deux voyageurs au contraire, une fois quelques travaux d’isolations réalisés et un poêle à bois installé, vivre dans cette cabane à proximité de leurs équidés, est un peu comme un rêve.

C’est dans cette chouette baraque que j’ai passé quelques nuits ! Bon, un problème d’enfumage dû au vent violent et à un conduit de cheminée trop court, nous a obligés à nous replier dans un appartement de la famille à Douarnenez. Le couple a en effet pris une coloc dans le centre ville “au cas où” et notamment en cas de grand froid. Avec une petite de 3 ans, il faut prévoir !

Avant de partir, j’avais envie de faire une interview de nos deux voyageurs pour qu’ils nous racontent leur périple de deux ans. C’est dans un squat, à quelques kilomètres de chez eux, sur le site des Roches Blanches, que j’ai posé mes caméras et mes micros. Le lieu avait son importance puisque c’est ici que Caro et Olivier se sont rencontrés. Ils sont partis presque en même temps que nous, au printemps 2016, de Vendée où ils ont acheté Bambou et Gaspard. Revenus, ils n’ont qu’une envie : repartir !

On ne s’ennuie pas avec un âne contrairement à la marche seul avec son sac. On vit le chemin avec sa curiosité, ses émotions” m’a raconté le couple qui a vécu “un voyage émotionnel”. Ils ont constaté aussi cette “bienveillance qui se réveille” face au voyageur qui avance au pas de l’âne. “Il y a des villages où l’on serait passé sans rencontrer personne si nous n’avions pas eu Bambou et Gaspard” raconte Caroline qui rappelle que “les ânes sont faits pour le mouvement… ils sont tellement plus beaux lorsqu’ils voyagent”. Olivier estime qu’un âne “transforme l’humain” : “Avec lui, on accède à une certaine part de notre humanité”.

Le site des Roches Blanches ? C’est en fait une ancienne colonie de vacances implantée face à la baie de Douarnenez. La vue sur l’océan est imprenable ! L’association qui l’a gérée, s’est retrouvée en difficulté financière et a fermé le site avant de le mettre en vente. La propriété qui s’étend sur plus de 4 ha, a été petit à petit occupée. Est né alors un collectif désireux de transformer le village vacances en un village d’artisans malgré la vente en 2009 à un promoteur pour la transformer en une résidence de tourisme de luxe. Heureusement pour ses “habitants”, la crise est passée par là, mettant le projet dans les cartons.

Toutefois, ce n’est pas juste un squat où habitent une vingtaine de personnes. C’est surtout un collectif désireux d’en faire un lieu expérimental où chacun lancerait son activité. Ainsi, il y a eu un projet de plantes aromatiques et médicinales, de construction de yourte, un “résident” a installé des ruches tandis qu’un autre a lancé un élevage de chèvres pour faire des fromages, un autre encore répare les vélos ou les voitures.

C’est la première fois que je pénètre dans un squat. Le journaliste est très excité à l’idée de découvrir un tel lieu et aimerait déjà poser plein de questions… Le voyageur lui, ouvre grand les yeux sur ce lieu étonnant dont la vue sur la baie est imprenable. Caroline et Olivier sont des habitués. Caroline faisait partie du noyau à l’origine des “Roches Blanches”. Quelques “habitants” du site viennent nous saluer. Je retrouve avec étonnement, Fanny rencontrée en octobre dernier dans les Monts d’Arrée. On échange quelques mots avant que je décharge et installe le matériel pour l’interview. Nous la faisons près des potagers, où nos ânes se régalent de l’herbe du parc. Ils ne seront pas les seuls animaux puisque des chèvres et des poules déambulent.

L’entrevue terminée, on va déjeuner dans la cuisine. Une grande pièce commune qui fonctionne comme dans une colocation : des placards permettent aux “locataires” des lieux de ranger leurs victuailles et des étagères sont utilisées pour entreposer les denrées mises à disposition pour la collectivité. A deux portes de là, une grand-salle commune où l’on trouve pèle-mêle livres, billard, sonos, fauteuils, guitares, piano … Et au milieu, des caisses de fruits et légumes en libre-service où tout le monde se sert en prenant bien soin de payer ce qu’il doit. La confiance est de rigueur. L’honnêteté aussi !

Les squats ne fonctionnent pas toujours très bien selon les individus qui partagent les lieux. Mais ici, la plupart semble respecter les règles de savoir-vivre et de vivre-ensemble. Je comprends qu’on recherche la convivialité, la mutualisation, l’entre-aide. On nage à contre-courant d’un système dont sortent du moule les membres de cette communauté qui vont et viennent dans ces lieux. Mais ici on ne s’installe pas à vie. On emménage temporairement. Pourtant, chacun donne de sa personne, de son savoir-faire pour bricoler, entretenir, réparer, bidouiller, … La débrouille est le maître-mot !

Mais je suis surpris. Comment un groupe d’individus peut occuper un lieu privé ? Le propriétaire prépare-t-il sa riposte ? Un huissier vient de temps en temps… Peut-être pour constater que les occupants entretiennent bien les lieux ? Sans eux, les bâtiments construits dans les années 70 seraient sans doute délabrés depuis longtemps.
Peu importe le risque : les occupants se sont installés de petits nids douillets et vivent ici comme s’ils étaient chez eux. Je découvre avec encore plus d’étonnement que l’ancien village vacances est relié au réseau électrique et téléphonique et dispose même d’internet ! Mais ne croyez pas qu’ils piratent EDF ou qu’ils fraudent… Non non ! Ils paient leurs factures ! Face au courrier des locataires rangés dans des casiers dans le hall d’entrée du bâtiment commun, un tableau indique les dernières sommes à payer. C’est ici que les arrivants notent leur présence pour avertir le reste de la communauté et que celle-ci communique entre-elle sur des réunions, des propositions de concert ou de soirées à thème. C’est plus qu’une colocation. C’est une copropriété ! Tout semble y être très bien organisé.

L’heure tourne et il est déjà presque 16h lorsqu’on termine de déjeuner. Caroline repart à la cabane. Une amie qu’elle n’a pas vue depuis 10 ans doit venir passer 2 jours avec elle. Moi je décide de passer la nuit ici finalement. Toute la journée, je fais la connaissance des personnes qui vivent ici. Beaucoup ont la vingtaine. Il y a aussi quelques trentenaires voire des quadras. Des familles aussi. Je suis très bien accueilli. Un “résident” me propose de dormir dans “la chambre d’amis” qui se trouve au 1 er étage du bâtiment de l’atelier mécanique et bois. “Au fond du couloir il y a une salle de bain” m’indique-t-il. L’eau est chauffée par un chauffage mural gaz alimenté par une bouteille de butane. Si ce n’est pas de la débrouille…!?!?

Alors que la nuit est tombée, un groupe entre dans la cuisine après avoir profité de la douceur de la soirée pour jouer de la guitare face à l’océan. Dans une ambiance joviale, chacun prépare le repas avant de se retrouver à table. Je me sens bien ici. Je remercie beaucoup Caroline et Olivier de m’avoir fait découvrir ce lieu étonnant. J’espère y revenir un jour… avant qu’il ne soit transformé en hôtel de luxe…

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Tags : BreizhBretagneFinistèreTour de France

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