close
Marius Tour de France

Jour 725 / Ces réseaux ferroviaires transformés en voies vertes

La nuit a été froide. J’ai senti les températures me piquer les bourrelets sous mon duvet ! Mais le printemps approche. Les insectes réapparaissent. Certains comme les cloportes, commencent à coloniser ma tente. Marius lui, a passé une bonne nuit. Il a respecté la limite de la cordelette. Je le détache le temps de démonter la tente pour qu’il puisse brouter un peu plus loin.
Finalement, j’ai dîné chez Françoise et René, les propriétaires du terrain, et ce matin ils m’invitaient à petit déjeuner avec eux. La voisine, qui ne pouvait pas nous accueillir de peur que son cheval ne casse la clôture, est venue s’assurer que je n’avais besoin de rien. Elle m’a même proposé un lit et une douche ! Vraiment gentils les Bretons !
Françoise est grande amatrice de randonnées. Son terrain de prédilection : le Maroc et l’Atlas. René lui, préfère la mer. C’est un navigateur qui a déjà traversé plusieurs océans. Je comprends mieux leur intérêt pour mon voyage.

Lorsque je sors de la maison, je suis attendu par Aurélie et Jérôme, venus me rendre visite avant mon départ. C’est vraiment chouette de les voir, depuis le temps ! Ils suivent notre aventure depuis des mois et sont très heureux de pouvoir enfin nous rencontrer ! Le couple a apporté le café que nous buvons tout en discutant. Il m’a aussi apporté un gâteau breton et des crêpes ! Trop gentils ! Je regrette vraiment de ne pas m’être arrêté chez eux pour prolonger cette belle rencontre. Dans son ancienne vie, Aurélie a longtemps navigué avec ses deux filles. L’aventurière a retrouvé le plancher des vaches et avec lui, Jérôme. Mais si la petite famille a jeté l’ancre à Scaër, son envie de bouger la titille ! Et c’est avec leurs ânes qu’ils aimeraient bien voyager. Notre échange de ce matin les y encourage !

Mes hôtes et mes visiteurs sont partis au moment où je lève le camp. Avant de traverser Scaër pour regagner la voie verte, je m’arrête dans une supérette me réapprovisionner notamment en fruits et en légumes. Le stationnement de Marius devant le magasin ne laisse pas indifférent ! Les enfants sont les premiers à venir nous voir tandis que les adultes hésitent à approcher. Je fais fissa, mon compagnon m’appelle alors que je passe en caisse !

On poursuit par l’avenue principale du bourg jusqu’à l’église. Il y a peu de monde dans les rues en ce dimanche matin. Quelques automobilistes nous sourient. Hier soir, René me racontait que l’ancienne église, construite au XIe siècle, avait été détruite à la demande du curé de l’époque qui la jugeait trop vétuste et trop petite pour accueillir les nombreux fidèles. Malgré les protestations de la population, elle fut remplacée par une église de style néo-roman correspondant plus à ses attentes. Le clocher a été acheté par la paroisse voisine de Guiscriff dont l’église ne possédait pas de flèche.

Après en avoir recherché l’entrée, j’entre sur la voie verte aménagée, en grande partie, sur l’emprise d’une ancienne voie ferrée, qui a rallié Concarneau à Carhaix. L’ensemble du parcours est magnifique, très ombragé (ça tombe bien il fait beau aujourd’hui), avec des vues sur le bocage breton, de longs passages sous des voûtes d’arbres, et le franchissement des Montagnes Noires, suivi d’une longue descente jusqu’au canal de Nantes à Brest.

Ce réseau ferroviaire s’est développé de 1885 à 1906, à une époque où il était devenu nécessaire de doter la Bretagne, de voies de chemin de fer capables de transporter voyageurs et marchandises à partir de Carhaix vers les 4 départements bretons. Le chemin de fer a favorisé très activement le désenclavement de nombreuses communes et participé au développement économique du Centre-Bretagne. La ligne Carhaix-Rosporden, créée en 1894, à notamment permis le transport de la pierre, de l’ardoise et du kaolin à partir des carrières de la région de Gourin et de Guiscriff. Le train a également contribué à l’essor de l’agriculture (transport surtout du bétail et des pommes de terre) pour satisfaire les demandes urbaines et l’importation d’engrais et d’amendements ; mais aussi aux premiers sursauts de l’activité touristique.

La piste, qui franchit le département du Morbihan, est jalonnée de panneaux indiquant l’histoire du lieu et de sa région. Ainsi, j’apprends que l’exploitation du kaolin (argiles blanches, friables et réfractaires) est l’une des activité qui s’est développée à proximité de la voie de chemin de fer. On comptait aussi d’autres industries locales comme des conserveries de légumes (petits pois et haricots verts). Une papeterie, qui a connu son apogée entre 1950 et 1960, aurait même joué un rôle d’accélérateur du développement social et de la condition ouvrière. “Pendant la Guerre Froide, deux wagons de papier condensateur quittaient quotidiennement le site de Cascadec pour l’URSS” peut-on lire sur une pancarte.
À partir de 1920 le réseau breton connut une forte concurrence du réseau routier (camions et autobus). La voie métrique (écartement entre les deux rails de 1m et non de 1,44 m) a eu raison de la ligne qui nécessitait des transbordements trop importants. Une à une, les lignes ont fermé. Le dernier train s’arrêta à Guiscriff le 10 avril 1967.

En 11 ans de voyage, j’en ai emprunté d’anciennes voies de chemin de fer transformées en voies vertes. Certaines ont été démontées à peine 50 ans après leur construction ! Que d’argent public gaspillé. Tant de petites lignes jugées non rentables dont la fermeture a participé, doucement, à la désertification de nos campagnes. Aujourd’hui, on continue à en fermer à l’heure où l’on parle de réchauffement climatique et où nos politiques incitent les citoyens à utiliser les transports en commun. La route continue d’avoir le monopole, sans doute pour aller plus rapidement droit le mur !

C’est justement à Guiscriff que je quitte la voie verte pour remonter l’avenue de la gare où habite mes hôtes, Stéphanie, Benoît et leurs enfants qui m’attendent. Il est presque 14  heures. Pile-poil pour le déjeuner. Marius débâté, il profite un moment du parc délimité dans le jardin de la famille avant qu’on l’amène dans la pâture où se trouvent ses ânes !

Je vous en reparle bientôt ?

Vous aimez suivre nos aventures ? Pour nous aider à les continuer et à vous les partager, vous pouvez faire un don et nous soutenir sur Tipeee.com ou acheter des goodies aux couleurs de Marius dans la boutique. Merci. 

Un commentaire

  1. Bonjour, comme toi j’en suis malade de toutes ces voies ferrées, désaffectées et dé-ferrées. Tu parles du gaspillage d’argent public, que dire de l’exemple, de la vallée où je vis. Du coût en vies humaines étant donné la configuration du tracé. Combien d’accidents inutiles, pour construire les ponts, les soutènements voutés, accidents de transport des pierres, ou dus à la désuétude des échafaudages, et du matériel de levage. Plus de morts et d’estropiés que d’années d’utilisation. Maintenant c’est aussi une belle voie douce, avec son lot de contenants en plastiques, abandonnés tout du long par les amoureux de la nature. Il faut apprendre à vivre avec son temps …..

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !