close
Marius Tour de France

Vous voulez voyager avec un âne ? Vous ne préférez pas un vélo ?

Il y a quelques années, lorsqu’une personne me confiait son envie d’acheter un âne en vue de voyager ou me demandait conseil avant de pérégriner avec un baudet, je me réjouissais de son projet et lui répondais avec enthousiasme. Malheureusement, j’ai constaté à de trop nombreuses reprises que ce choix de partir avec un âne ou une mule se termine en eau de boudin, souvent du fait de l’impréparation des voyageurs. Et à chaque fois, c’est l’animal qui pâtit de la situation.

J’ai deux exemples qui m’ont marqué. Le premier, c’est l’histoire de deux potes partis avec un âne, acheté pour un grand voyage en France puis en Espagne. Mais l’aventure a tourné court rapidement car le duo humain ne s’est plus entendu. Résultat, l’un des deux est parti en laissant l’autre avec l’animal. Celui-ci est devenu encombrant pour le backpacker qui a décidé de s’en séparer. L’autre aventure est celle d’un homme qui a tout quitté pour faire un tour de France avec un âne qu’il avait acheté avant de partir. Son aventure s’est plutôt bien passée pour lui mais les conditions pour son compagnon de voyage étaient, selon certains témoignages, loin d’être idéales (usure des sabots par exemple). Reste que le voyage terminé, l’homme s’est débarrassé de son âne… lui aussi devenu trop encombrant pour une vie de sédentaire.

Ni un vélo, ni un porte-bagage

Nous ne le répéterons jamais assez, un âne n’est ni un vélo, ni un porte-bagage, mais un être vivant avec des besoins propres à son espèce. J’ajouterai “un individu à part entière”, puisque chacun est différent et possède son caractère particulier et unique. Si nos ancêtres avaient besoin de la force des bêtes de somme, comme certaines peuplades encore actuellement, pour mener à bien leurs durs labeurs, aujourd’hui il n’en est rien et c’est par choix que nous décidons de partager nos vie et nos projets avec des animaux. Le moins que l’on puisse leur rendre, c’est une haute considération. De fait, avant d’acheter celui qui partagera votre aventure, vous devez d’abord vous posez la question de l’après : “Que ferez vous de lui une fois votre périple terminé ?”“Aurez-vous la possibilité de garder près de vous un animal dont la durée de vie peut approcher les 40 ans ?” Si la réponse est négative, il est peut-être préférable d’en louer un.

Un âne passe vraiment partout ?

Par ailleurs, attention aux images d’Épinal ! On peut lire, même sous la plume de gens sérieux et expérimentés, que marcher au pas d’un âne vous transporte au pays des Bisounours ! Non ! Voyager avec âne, n’est pas aussi simple que de prendre une bicyclette pour sillonner les chemins de traverse ! Les candidats au vagabondage avec un équidé ne doivent donc pas être seulement motivés par le fait qu’il pourra porter tout ou partie de leur matériel, mais surtout par le fait même de partager l’aventure avec cet animal. Ainsi, les exigences découlant de sa présence ne seront plus des inconvénients et deviendront simplement des états de fait dont il faudra tenir compte.

Par exemple, avec lui, vous ne pourrez pas emprunter n’importer quel chemin. Si l’on dit que les ânes sont des chèvres et qu’ils passent partout, on oublie de préciser que c’est souvent le cas sans leur chargement. Avec 50 kg sur le dos et des sacoches qui multiplient par deux la largeur de l’animal, il vous sera impossible de grimper de grosses marches et de sillonner sur des sentes très étroites ou avec des saillies de roche. De fait, oubliez certains chemins de grande randonnée comme le GR20 en Corse, les chemins des douaniers en bordure de falaise ou encore les via ferrata (avec ou sans chargement d’ailleurs). A éviter aussi, à moins d’être un habitué, les grandes villes car les accès sont souvent difficiles, les rues à sens unique compliquées à gérer pour l’ânier et la traversée peut s’avérer effrayante pour votre animal. Un âne, aussi placide soit-il, peut être imprévisible. Si malgré tout vous vous lancez dans la randonnée urbaine, il vous faudra bien vous informer, étudier le parcours et aussi redoubler de vigilance car les automobilistes ou les motards n’ont pas forcément l’habitude de croiser des équidés. Leur attitude peut mettre l’équipage en danger. Même quand vous êtes aguerris !

Trouver chaque soir un bivouac idéal… pour l’âne !

Autre impératif, chaque soir, vous devrez choisir le lieu du bivouac en fonction de vos longues oreilles. Car si votre compagnon de voyage transporte votre nourriture, il vous faudra en contrepartie lui proposer pour la nuit un terrain suffisamment herbeux pour qu’il puisse se sustenter. En trouver un peu parfois s’avérer compliqué et demande de chercher encore, même si on se serait bien arrêté “ici”. Car si l’âne est un véhicule plutôt rustique et économe, il lui faut toutefois de quoi se nourrir et s’abreuver suffisamment après une journée de marche pour être en forme le lendemain. L’endroit idéal ne le sera peut-être pas pour vous : en pente, entre les bouses de vaches, au bord d’une rivière humide, mais rarement à la meilleure place du camping, ou sur une plage face à la mer ! Enfin, l’endroit devra être sécurisé : vérifiez avant de vous installer qu’il ne soit pas jonché de pièces métalliques qui pourraient blesser votre animal, vérifiez également, si des haies bordent votre pâture, qu’elles ne soient pas composées d’essences toxiques. Il n’est pas rare de trouver de l’if, du troène ou encore des plantules d’érable sycomore dont quelques grammes ingérés suffiraient à faire passer votre compagnon de vie à trépas. Installez-le de manière à ce que sa longe ne s’emmêle pas dans des arbustes ou autres obstacles. De plus, si vous ne dormez pas sous la tente à côté de lui, privilégiez un terrain clos : attaché à une longue longe, il pourrait se faire une prise de longe pendant votre absence.

Bien préparer le voyage avec un âne

Autre point à tenir en compte : en voyage, vous deviendrez son unique repère. Si cela a l’avantage de permettre une relation privilégiée avec votre compagnon de route, il risque de ne pas supporter que vous vous éloigniez de lui. Lorsque vous le laisserez seul dans un pré le temps d’une soirée, d’une nuit ou plus, il pourrait vous appeler sans arrêt de son braiment rauque et vigoureux! Et donc vous attirer des inimitiés avec le voisinage.

Dès lors, avant de prendre le large avec vos longues oreilles, il vous faudra bien réfléchir à ce que vous êtes prêts ou non à mettre en œuvre pour elle ou lui. Si vous êtes malgré tout bien décidé(e) et si vous achetez un âne, passez d’abord du temps avec elle ou lui pour l’éduquer et apprendre à le connaître. Puis il sera bon de tester son matériel, pour vérifier qu’il est bien adapté et ne le blesse pas, par exemple. C’est un véritable gain de temps pour plus tard que d’effectuer quelques stages, de se faire conseiller et aider par des connaisseur-euse-s, et de faire quelques essais sur des petites distances, pour que tout l’équipage se mette bien en place. Pour un long voyage, il est utile de se former en parage afin d’être compétent pour les soins à apporter aux sabots de votre compagnon.

Mais alors, quels sont les avantages de voyager avec un âne ?

Cela dit, marcher avec un âne a aussi beaucoup d’avantages. Comme je l’ai dit plus haut, l’âne peut porter tout ou partie de vos bagages. Du coup, cela vous permet d’être autonome en nourriture et de ne pas être trop regardant sur le poids du matériel ! Pas la peine de couper en deux votre brosse à dents ! Mais attention, vous devrez pensez à l’eau pour votre compagnon et garder de la place pour son matériel à lui ! Se pose souvent alors la question du poids que l’on peut mettre sur son dos. Cela dépendra du poids et de la taille de l’animal, mais aussi de son entraînement et de la difficulté demandée. Un bourricot est de réputation très costaud et on peut lui faire porter des charges très lourdes, mais sur des courtes distances et sur un temps relativement court. En clair, si vous partez pour un voyage au long cours, ne charger pas trop la mule : comme le dit le vieil adage “qui veut voyager loin, ménage sa monture” et “moins je porte, mieux je me porte!” !

Dans le cas contraire, votre animal pourrait se blesser ou fatiguer et vous pourriez après quelques jours de marche devoir abandonner. Sans rentrer dans des calculs savants, disons qu’un homme peut porter 20% de son poids, on peut alors considérer qu’un âne de 250 kg peut porter environ 50 kg. Au minimum, car son anatomie, disons plutôt sa structure osseuse et musculaire, lui permette de porter d’avantage. Mais encore une fois : ne chargez pas trop la mule ! Notez qu’il ne faut pas seulement peser les affaires que vous mettrez dans les sacoches : le harnachement doit être pris en compte et souvent il pèse son poids : entre 7 et 14 kilos selon les bâts usuels destinés aux ânes (un bât de l’armée suisse, très stable et solide, souvent utilisé sur des gros mulets, pèse plus de 25 kg) et les matières utilisées. Les sacoches en cuir par exemple seront toujours plus lourdes, mais plus solides, que les mêmes en tissu.

Autre avantage : le côté gentil et très attachant de l’animal. Cela fait de lui un formidable vecteur de rencontres, un véritable passeport et aimant à gens. Humble, costaud, travailleur, il vous regarde à hauteur d’homme, et est dans la mémoire collective, l’animal du pauvre, celui qui a porté la vierge Marie à Bethléem puis quelques années plus tard, Jésus à Jérusalem. Dans les campagnes, on se souvient encore des ânes que les paysans utilisaient dans leur ferme ou au milieu de leurs troupeaux. Grâce à lui, et comme par magie, de très nombreuses portes s’ouvriront.

L’âne n’est pas têtu, il réfléchit !

Contrairement à de nombreux chevaux, il ne partira pas au galop lorsqu’il a peur. L’âne, moins craintif, sursaute, fait quelques foulées de petit trot puis s’arrête pour réfléchir. C’est un réflexe naturel chez lui car en pleine nature, et contrairement à son cousin champion à la course, il sait que courir ne lui sert à rien : il serait vite rattrapé par son prédateur. Gardez cependant toujours en tête qu’un âne reste un animal et, comme un chien par exemple, il peut être imprévisible : botter parce qu’un insecte le gêne ou mordre parce que quelque chose l’a contrarié.

Ah oui : Réfléchir… voilà une qualité qui a fait la mauvaise réputation de l’âne. Car lorsque l’on affirme qu’il est têtu, on devrait plutôt dire qu’il réfléchit pour ne pas se mettre en danger s’il ne le sent pas ! Et à force de Réfléchir, l’âne s’arrête souvent, sent, écoute, inspecte ! Du coup, son allure de 3-4km/h en moyenne n’est pas celle d’un bon marcheur qui aura l’impression de piétiner ! Elle conviendra en revanche aux randonneurs qui marchent tranquillement ou aux familles. Après quelques jours de marche, si vous le sentez bien, vous pourrez lâcher la longe et laisser votre baudet marcher à son rythme devant ou derrière vous.

L’âne est rustique mais pas bionique !

Toujours à l’inverse de son cousin équin, l’âne est économe. Toutefois, ne croyez pas qu’il ne vous coûtera rien ! L’âne est certes rustique mais ce n’est pas un animal bionique ! En période de disette, vous devrez acheter du foin, il vous faudra prévoir un budget véto en cas de blessure, podologie pour lui parer les sabots si vous ne savez pas le faire vous-même, ostéo pour veiller à son bien être, voire même dentiste équin pour vous assurer qu’une mauvaise dent ne le blesse pas. Il faut y penser.

Bref, vous l’aurez compris, si voyager avec un âne présente de nombreux avantages, il est important d’être bien au clair sur les inconvénients qui peuvent vite vous faire regretter d’être parti avec des longues oreilles. Gardez toujours à l’esprit que c’est lui qui mène la rando : tu marches à sa vitesse, tu t’arrêtes quand tu trouves la bonne pâture, tu t’occupes de lui avant toi, tu t’arrêtes s’il est blessé … Bref, l’âne passe avant tous les besoins de l’humain.

Vous aimez suivre nos aventures ? Pour nous aider à les continuer et à vous les partager, vous pouvez faire un don et nous soutenir sur Tipeee.com ou acheter des goodies aux couleurs de Marius dans la boutique. Merci. 

Tags : avantagesinconvénientsVoyager avec un âne

Un commentaire

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !