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Marius Tour de France

Jour 709 / L’ascension du Menez-Hom pour se réchauffer !

Chute vertigineuse des températures… Cette nuit, elles sont tombées au moins à -5° voire à -7°. Pour la première fois depuis le début du voyage, j’ai eu froid dans mon duvet. Pourtant il est prévu pour dormir sous des températures pouvant atteindre – 19° ! Après 2 ans de voyage, plusieurs lavages et une utilisation fréquente, je pense qu’il fatigue un peu !!

Malgré tout, sortir de son duvet à 8h du mat par ce temps relève de l’exploit ! Il faut s’armer de courage et de volonté pour affronter ce froid polaire et enfiler ses habits. C’est Laurence qui sort de la tente en premier après avoir plié son paquetage. Moi, je préfère réchauffer mes habits dans mon sac de couchage avant de les enfiler ! Vous avez dit “téméraire” ?

Dehors, tout est gelé. La toile de tente est recouverte d’une légère couche de glace. Je ne tarde pas à détacher Marius dont les poils sont, eux aussi, couverts de givre ! Je l’avais pourtant mis à l’abri sous des arbustes, je n’avais pas mieux à lui proposer. Sa gamelle d’eau n’est plus qu’un gros glaçon. Libre, il part tranquillement à la recherche d’herbe et de ronces fraîches !! Comme nous, il attend les premiers rayons du soleil pour se réchauffer ! Caché derrière le Menez Hom, celui-ci met du temps à sortir. Et puis si on était bien orienté pour profiter du soleil couchant, on est forcément mal exposé ce matin. On ne peut pas tout avoir ! Heureusement, les arbres, derrière nous, nous abritent du vent glacial.

Engourdi par ce froid, j’ai du mal à me bouger ! On boit un thé pour prendre quelques degrés ! Ça fait du bien !
On lève le camp vers midi. Laurence supporte mieux son sac à dos depuis qu’elle s’est délestée de quelques affaires hier matin chez Sylvie et Erwan. Je lui ai aussi proposé de mettre une partie de ses repas dans les sacoches de Marius qui se vident chaque jour un peu plus puisque j’y puise ma pitance ! Néanmoins, la marche reste pour elle éprouvante et elle semble porter chaque kilomètre parcouru.

On passe devant la maison des propriétaires du terrain. On s’y arrête quelques minutes pour les remercier de leur accueil avant de prendre la direction du Menez-Hom. Cet ancien volcan éteint est situé à environ 2 km de là. En traversant Coathérel, Laurence fait remarquer que l’on n’a pas demandé de l’eau à nos hôtes avant de partir. On repère alors une maison qui semble occupée pour sonner à la porte et demander aux habitants de remplir nos gourdes. La vieille dame qui ouvre la porte accepte avec plaisir. Selon deux de ses amis qui sortent de chez elle, il a fait -4° cette nuit… à l’abri dans le village !!

On emprunte une piste pour accéder au pied du Menez-Hom. Le froid a au moins l’avantage de geler les chemins boueux ! C’est plus sec donc plus facile pour marcher ! Avant de commencer l’ascension de l’un des points culminants de la Bretagne, on traverse une départementale. Là, je m’interroge sur le choix du chemin que nous allons prendre. Situé sur la face Ouest, il paraît très abrupt. Le chemin équestre indiqué sur un panneau, contourne lui, le mont, privilégiant sans doute un accès moins difficile. Vu d’en bas, le GR parait difficilement franchissable… On y va ? On n’y va pas ? On y va !

Boueuse par endroit car une source s’écoule sur le sentier, la première partie est plutôt tranquille. On grignote ainsi les premiers 50 mètres de dénivelé en douceur jusqu’au GR. C’est à partir de là que ça se corse ! Après une courte pause pour permettre à Laurence de souffler et de soulager ses épaules, on attaque plus sérieusement les rondeurs du Menez-Hom. Ça monte fort pour atteindre le sommet. Un escalier doit aider les randonneurs à le franchir par palier. Marius lui, n’est pas très à l’aise. A chaque marche, il doit donner un coup de cul ! On avance doucement. On s’arrête souvent. Dur dur ! Mais à chaque foulée, on prend de la hauteur et chaque mini-pause nous permet de nous retourner et admirer le panorama qu’offre l’un des points culminants des Montagnes noires. Ainsi, on peut contempler l’Aulne maritime, le pont de Terenez, porte d’entrée de la presqu’île de Crozon, ses caps et ses pointes que nous avons sillonnés. Plus loin, on devine la rade de Brest et la baie de Douarnenez, prochaine grande étape de notre voyage.

On finit par quitter l’escalier pour une sente parallèle. Marius s’accroche. Il a du mal ! Trois mois de repos vous changent un âne ! “Allez, courage mon gros. On est bientôt en haut”. La forte pente me rappelle un sentier des Hautes-Alpes. Ce jour d’août 2008, le voyage aurait pu tourner au drame. Nous étions 3 bipèdes à l’ascension du col des Pins (1325m). Après une heure de marche, le chemin de terre s’est transformé en sentier de roches et de cailloux. Pas encore très à l’aise sur ses sabots, le jeune âne voyageur qu’il était à l’époque, a d’abord glissé deux fois. Nous marchions pourtant prudemment et pour l’alléger, lui avions enlevé le boudin qu’il portait sur ses deux sacoches. Mais subitement, Marius est parti en arrière et s’est retrouvé les quatre fers en l’air à quelques mètres à peine du ravin ! Sans son harnachement et quelques buissons, il ne serait sans doute plus là pour arpenter la Bretagne…

“On y est presque Marius…”. Le dernier tronçon est plus doux. On aperçoit des randonneurs… Ah non… Ce sont des camping-caristes et des promeneurs qui ont garé leurs véhicules sur le parking du Menez-Hom ! “Encore quelques mètres…”. Balayés par le vent, on arrive au sommet avec la satisfaction d’être arrivés en haut ! On exulte de joie comme si nous avions gravi l’Everest ! Il ne fait pas très chaud mais le ciel est dégagé. Et tandis que Marius se met à l’abri des rafales et que Laurence récupère de cette belle grimpette, j’en profite pour faire le tour de cette montagne considéré par les Celtes comme une “montagne sacrée”. Un temple celto-romain aurait manifestement existé ici. Le mont est aussi pétri d’histoires comme celle du Roi légendaire de Cornouailles, Marc’h, qui, victime d’une malédiction, y fut affublé d’oreilles de cheval. Une fois débarrassé de ces attributs et décidé à prendre épouse, il envoya son neveu Tristan conquérir pour lui la belle Iseult. De là naquit le début de l’histoire d’amour impossible que l’on connaît aujourd’hui.

La vue depuis ce belvédère, est imprenable. Pas étonnant qu’il fut un point stratégique de la presqu’île permettant de surveiller toute la région alentour, depuis l’époque des incursions vikings à celles des pirates (XVe siècle) ou des Anglais. Je m’extasie devant ce tableau grandeur nature sur lequel je peux dessiner mon parcours depuis les Monts d’Arrée jusqu’au cap de la Chèvre. Que de chemin parcouru en quelques mois… Que de souvenirs et de rencontres… Je ferme les yeux et respire… Cette terre bretonne me redonne force et énergie pour poursuivre mon aventure. Fin mars j’espère, je découvrirais la forêt de Brocéliande. Hâte d’y être enfin ! C’est un peu pour elle que je suis en Bretagne !

Je retourne vers Laurence et Marius pour redescendre dans la vallée. On contourne le “Petit Ménez Hom” ou Hielc’h par la route puis on gagne la Chapelle Saint Suliau, sur la commune de Plomodiern. On s’y arrête pour déjeuner. Il est presque 3h ! Cet édifice du XVII est sobre et très beau mais nous ne pouvons le visiter car fermé ! Le site attire toutefois quelques curieux qui viennent le découvrir pendant que nous pique-niquons. Moine gallois évangélisateur du pays de Galles et de l’Armorique, Saint Suliau nous rappelle que la Bretagne fut christianisée à partir du Vème siècle après le retrait des armées romaines de Bretagne.

Il fait plus froid. J’enfile une 4e couche de vêtement et les gants ! Une dame entame la conversation avec nous lorsqu’on rebâte Marius. Elle a eu jusqu’à trois ânesses. Voir mon compagnon de voyage fait remonter forcément des souvenir. Elle est restée ébahie et surprise en m’écoutant raconter mon voyage. J’en profite pour lui demander s’il elle connaît un endroit, une ferme par exemple, où nous pourrions passer la nuit qui s’annonce encore plus froide que la précédente. Alors qu’elle nous indique plusieurs lieux, une jeune femme passe devant nous avec deux chiens. Je ne sais pas pourquoi, une intuition sans doute, mais j’ai senti qu’elle pourrait nous aider à trouver un lieu. Malheureusement, je ne peux pas couper la parole à notre “guide” et lorsqu’elle a terminé son explication, la jeune femme a disparu. Tant pis.

On reprend notre itinéraire. Une petite route d’abord puis une départementale assez fréquentée. Les gens roulent un peu n’importe comment ! On serre les fesses sur 500 m ! Au croisement du Moulin de l’Abbé, on s’engage. “Cette ferme semble abandonnée, on pourrait s’y installer pour la nuit” propose Laurence en passant devant une grosse bâtisse. Au premier coup d’oeil elle semble effectivement fermée mais le linge étendu dans le petit jardin montre au contraire qu’elle est habitée ! A ce moment-là, on croise un couple de randonneurs. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait des propriétaires de la maison mais j’ai compris au fil de la discussion que ce n’était pas le cas. Les deux retraités sont en balade. Dans mon rapide descriptif du voyage, je leur glisse que l’on cherche un endroit pour dormir en prévision d’une nuit exceptionnellement froide. Ils n’habitent pas dans le coin et ne peuvent nous aider. On ne peut s’attarder. On doit y aller. On reprend la marche.

Alors qu’on contourne le corps de ferme, l’homme revient vers nous et nous propose de nous arrêter chez eux demain à Locronan. Chouette, en plus c’est notre route ! Lorsque je note leur numéro de téléphone, la promeneuse qui baladait près de la chapelle avec ses chiens, sort de je ne sais où et nous dépasse avant d’entrer dans la cour de la ferme ! On remercie chaleureusement les deux marcheurs et sans attendre, je vais à la rencontre de la jeune femme. Je lui explique la situation et spontanément, elle nous propose plusieurs endroits pour Marius et nous invite après quelques minutes, à dormir sous son toit ! Magique ! Mon intuition était la bonne !

On décharge Marius qui peut profiter d’un terrain bien herbeux. Il dormira ce soir dans le jardin situé à l’arrière de la maison. Celui devant lequel nous sommes passés en arrivant. Magali, notre hôte m’explique qu’il y a un hangar où Marius peut s’abriter. Elle me propose de lui apporter de la paille afin qu’il puisse manger et surtout se coucher au sec. Quelle gentille attention. Elle est ostéo pour animaux, on comprend mieux sa façon d’aborder et de caresser Marius lorsque nous sommes arrivés.

Je vous raconte la suite demain ?

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Tags : BreizhBretagneFinistèrePresqu'ile de CrozonTour de France

5 commentaires

  1. Bientôt Brocéliande Stéphane, ne t’inquiète pas la forêt t’attend, sauf imprévu elle ne devrait pas s’en aller dans les prochaines semaines ;-). Je vais la visiter dimanche prochain avec un duo de guides animateur-conteur, hâte aussi de la découvrir !

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