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Marius Tour de France

Jour 708 / Derniers kilomètres avant de quitter le bout du monde

Je me réveille en sursaut à 4h du matin ! Mon réveil n’a pas sonné à 3h. Je m’habille chaudement pour aller voir si tout va bien du côté de Marius. Dehors il fait très froid. Le ciel est étoilé. Je trouve mon âne à l’abri sous le vieux hangar. Il a l’air serein contrairement à la nuit dernière. Rassuré, je retourne me coucher pour finir ma nuit.

Branle-bas de combat à 8h45. Mon réveil n’a toujours pas sonné ! J’étais vraiment fatigué pour dormir aussi longtemps. Je sens les courbatures me rappeler que ça fait trois mois je n’ai pas marché. À l’étage la petite famille se réveille doucement. Erwan prend déjà le petit-déjeuner avec Jade et Malik. On prend le temps de papoter avec nos hôtes. Sylvie nous rejoint suivie de Lou qui descend un peu plus tard.

Pendant que Laurence fait un soin de réflexologie plantaire à Sylvie (ça devient une habitude), je prends une douche avant d’écrire quelques lignes sur notre journée d’hier. L’heure tourne, la fin de matinée approche lorsque je range les sacoches. Il est finalement midi lorsque nous partons.

Nous sommes accompagnés de la petite famille qui nous a accueillis. Sylvie, Erwan et les enfants ont souhaité marcher avec nous quelques kilomètres. Ils nous guident d’ailleurs sur des sentiers qui longent la côte. Le sol est gelé… et donc glissant ! Je m’en suis rendu compte au moment même où je me suis retrouvé par terre ! Une belle gamelle suivie d’une seconde mémorable en voulant me relever. Bim !! On aurait dit Bambi qui n’arrive pas à se relever sur la glace !! Cette chute mémorable a déclenché l’hilarité chez Laurence ! Heureusement la terre était molle ! Je reprends mes esprits et me redresse cette fois sans tomber ! J’ai le côté gauche plein de boue !

On quitte le GR 34 peu avant Pen-ar-Roz. La suite est, selon Sylvie, dangereuse pour mon équidé. Notre caravane enchaîne donc sur une petite route goudronnée avant de se séparer à hauteur de la Grève de Porslous. Ici comme partout sur les côtes bretonnes, on ramassait le goémon, un mélange d’algues marines brunes utilisé comme combustible, engrais ou nourriture. Avant qu’elle ne s’industrialise, la récolte s’est longtemps faite à pied par des familles de paysans qui complétaient ainsi leur activité. Aujourd’hui, cette méthode est anecdotique et a presque disparu bien qu’ancrée dans le mode de vie breton. Ce sont les navires goémoniers qui sont chargés de la moisson du goémon en mer et de l’apporter à l’usine. Cependant, l’activité a peu à peu décliné et il ne reste qu’une trentaine de bateaux sur les 3000 qui sillonnaient les mers en 1945.

La petite famille nous dit donc “au-revoir” et s’en va par le chemin de Grande Randonnée après que les enfants aient donné chacun une carotte à Marius. Nous voilà à nouveau tous les 3. Nous avançons vers la plage de Caméros puis retrouvons un sentier qui traverse un champ immense. Nous nous y posons pour déjeuner, à l’abri du vent. Face à nous, les rochers sur lesquels l’océan brise ses vagues. Y a pire comme endroit. Quelques promeneurs passent et repassent à côté de nous en ce dimanche ensoleillé.

Marius a une respiration anormale aujourd’hui. Régulière mais accélérée. Comme au printemps dernier dans la Meuse. Vous vous souvenez ? Il a peut-être mangé une plante toxique. Je ne vois pas ce qui pourrait entraîner ponctuellement des battements de coeur plus rapides. On dirait qu’il a couru un 100m haies !! Je ne suis pas inquiet. Il avance normalement, mange toujours très bien. Je le surveille régulièrement. Sa respiration et son pouls avaient fini par se calmer le lendemain. On verra ce soir au bivouac.

Notre itinéraire nous emmène à Pentrez et sa plage de 4 km de long ! Rien que ça ! Il y a un peu de monde. Le soleil et la chaleur font sortir le Breton qui se balade en famille. Le Breton mais pas que : les touristes sont arrivés. Les vacances ont commencé ! On discute avec quelques personnes, je distribue quelques cartes pour Solidarité Elisa. Sous le charme sans doute de l’une des plus belles plages de Bretagne ou attiré par la beauté de mer qui se retire à marrée basse, je me rends compte un peu tard que nous ne devions pas emprunter le rivage. On regagne la route pour s’engouffrer dans une zone résidentielle.

Alors que l’on entre dans Saint-Nic, un jeune homme que nous avions aperçu quelques minutes plus tôt sur le pas de la porte de sa maison, nous double en voiture. Il s’arrête à notre niveau pour nous proposer un terrain pour la nuit. Malheureusement, il n’est pas sur notre route : “Nous allons à Coathérel”. On continue une petite centaine de mètres lorsqu’on voit la même voiture faire marche arrière à toute bringue. Perspicace et vraiment désireux de nous aider, l’automobiliste connaît une infirmière libérale qui possède du terrain où nous pourrions nous arrêter ! Pour en être certain et pour être sûr qu’elle est chez elle, il part la voir et lui demander si nous pouvons nous poser ce soir.

Nous reprenons la marche, enjoués ! Je croise les doigts pour que nous puissions dormir dans un lieu à l’abri du froid. La nuit s’annonce glaciale ! La météo prévoit encore des températures en dessous de zéro ! Heureusement que j’ai un duvet de compet’ ! En sortant du bourg, deux dames nous interpellent de l’autre côté de la départementale. “C’est vous qui faites le tour de France et qu’on voit sur Internet ?” me demande l’une d’elles ! Je suis toujours surpris de croiser des personnes qui nous suivent virtuellement. Nadia est en fait l’épouse de Simon, le jeune homme qui nous cherche un terrain. Nous le comprenons lorsqu’il revient quelques minutes plus tard tandis que nous discutons avec elle et Anne, sa maman.

L’infirmière est d’accord pour nous prêter son terrain ! Nous ne tardons pas ! Nous devons malheureusement avancer. Laurence n’avait pas envisagé la route de cette manière : “Être abordés par des personnes en milieu ou fin de journée alors que tu as marché des kilomètres et que tu espères te poser. Et toi, tu m’hallucines par ta patience et ta disponibilité. Les personnes enchaînent les questions et tu restes patient alors que le sac-à-dos est devenu de plus en plus lourd et qu’il reste encore de la route à faire”

Un peu plus loin, on quitte la D63 pour le GR 34. Par chance, notre hôte habite à l’entrée du village. Laurence sonne à la porte. Toute la famille sort pour nous saluer. Après quelques échanges, son mari nous conduit jusqu’au terrain où nous installerons notre bivouac. Il est assez loin de la maison car tout autour, les pâtures sont imbibées d’eau. De vrais marécages. Le champ est entouré par des bois. Un rivière coule un peu plus loin. Nous profitons d’un magnifique coucher de soleil pour nous reposer avant de monter la tente ! Laurence est ravie de pouvoir enfin passer la nuit en pleine nature. Le froid tombe rapidement une fois le soleil caché. Je délimite un endroit pour Marius, monte vite la guitoune avant d’être pris par le froid puis je vais chercher de l’eau chez les propriétaires du terrain. J’en reviens un peu plus tard, la nuit est presque tombée.

Ce soir, ce sera souplette ! Je passe l’épisode de la gamelle qui glisse du réchaud et des pâtes que je ramasse du coup, dans l’herbe pour les mélanger à mon délicieux potage lyophilisé ! Un régal culinaire. Note pour plus tard : s’inscrire à Top Chef version camping !

Laurence ne tarde pas à entrer dans nos quartiers. Moi non plus d’ailleurs. Mais avant de me laisser engloutir par mon duvet, j’attache Marius dont la respiration est redevenue calme, et protège sacs-à-dos et sacoches avec la bâche.

Vite au chaud… A demain !

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Tags : BreizhBretagneFinistèrePresqu'ile de CrozonTour de France

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