close
Marius Tour de France

Jour 610 / Des ânes pour protéger les moutons de la pointe de Dinan

Je ne suis pas parti hier. Mes hôtes doivent en effet conduire aujourd’hui deux de leurs ânesses à la pointe de Dinan, chez un couple de bergers qui rencontre quelques soucis avec les renards. En fait, les goupils s’attaquent aux jeunes agneaux. L’idée des éleveurs, qui ne veulent pas utiliser de pièges, est de se servir de l’instinct grégaire des ânes et de leur aversion naturelle des chiens pour défendre le troupeau. En effet, instinctivement, les ânes sont très agressifs lorsqu’un intrus ressemblant à un canidé s’invite dans leur parc. Ainsi, il n’est pas rare de voir dans les alpages des ânes côtoyer les moutons envers qui ils se montrent très protecteurs, n’hésitant pas à affronter et à chasser du pâturage les prédateurs, comme le loup, qui pénétreraient dans les parcs. Les ânes peuvent se contenter d’effrayer le canidé mais, si celui-ci ne déguerpit pas rapidement, la charge de l’âne peut lui coûter la vie.

Pour favoriser leur attachement aux moutons, il faut placer les ânes au contact des ovins le plus tôt possible afin qu’ils se reconnaissent comme faisant partie du même troupeau. On est encore loin de la période d’agnelage, Dixie et Quitta auront donc tout le temps de se rapprocher des moutons ! Cependant, l’âne étant très sociable, il s’intègre facilement à un groupe d’une autre espèce. Les deux longues oreilles offriront sans nul doute une protection efficace !

De notre expérience, je retiens que Marius et Symphonie étaient plutôt indifférents à nos chiennes Kali et Bayah sur le chemin. Nos mul’ânes se sont habitués à leur présence dans leurs pattes, ont appris à les connaître et ont accepté qu’elles fassent partie, comme nous, du même troupeau. Il arrivait toutefois à Marius de chasser les chiennes mais davantage pour les empêcher de « doubler ». Lorsque nous étions posés, les chiennes et notamment Kali, pouvaient être agressives vis à vis des mul’ânes lorsqu’ils s’approchaient trop près des sacoches. En revanche, lorsque Marius et Symphonie étaient en liberté dans un parc clos, ils menaçaient les chiennes si elles se risquaient à rentrer sans nous. En d’autre terme, chacun à sa place ! Mais à d’autres moments, on pouvait constater une sorte de collaboration de surveillance, les mul’ânes se fiant aux avertissements des chiennes, ou même d’une amicale protection, lorsque les chiennes siestaient entre les pattes des ânes. Lorsque Bayah était revenue pour une journée au début juin, après 4 mois d’absence, Marius et Symphonie étaient venus la renifler et l’accueillir en lui papouillant gentiment le dos.

La journée d’hier m’a quand même permis de me reposer. Je ne suis pas encore au top de ma forme. Mal au cou, à la gorge, j’ai toujours des maux de tête… Ça ne passe pas. Avant de partir, Yann m’a gentiment donné de l’homéopathie pour me soigner et m’a proposé de m’emmener chez un guérisseur si besoin… Pourquoi pas…

Christine est partie préparer ses ânes. Outre Dixie et Quitta qui ont 8 et 13 ans, son troupeau est composé de deux autres ânesses : Azen qui a 19 ans et la jeune Grabule, 1 an et demi. Avec ses longues oreilles, Christine organise des mini-camps pour des enfants âgés entre 8 et 11 ans et des balades pique-nique au sein de l’association Océ’âne. Yann lui, aime bien les ânes, mais ce n’est pas véritablement son dada. Cependant, le soir de mon arrivée, il m’a présenté un vieux livre écrit par un couple parti en 1977 pour un tour de France de 15 mois avec leurs deux enfants en bas âge et un âne ! Marie-Claude et Georges Papigny !! Quelle surprise de découvrir un autre ouvrage de cette famille que nous avions rencontrée dans le Jura l’année dernière. Les souvenirs sont remontés à la surface… Pour Yann, c’est l’un des meilleurs récits de voyage qu’il ait lu. Mais ce Breton pure souche est pêcheur ! Il a beaucoup navigué sur les océans et les mers du globe.

Ils sont à environ un kilomètre de leur maison. Je suis à la bourre. Yann m’attend pour m’accompagner pour rejoindre Christine qui panse ses ânesse. Une fois la caravane prête, on reprend la route qui nous avait menés chez eux. Marius est d’abord devant mais après quelques kilomètres, les ânesses prennent la tête du groupe. C’est mieux, moi je ne suis pas en super forme pour marcher vite et gérer la mauvaise humeur de mon âne qui veut dominer le troupeau !

Après deux kilomètres de goudron, on s’enfonce dans la lande. Le bât de Marius n’est pas stable. Dans les descentes, Marius trotte, du coup les tapis et le bât ont glissé… Le harnachement avance sur les épaules parce qu’à plusieurs reprises, il a sauté pour éviter la boue ou les flaques … Et bien sûr, comme la sous-ventrière ne serre plus, les sacoches tournent… Galère.

Le PR nous conduit jusqu’au GR34. Au croisement nous sommes sur les hauteurs de l’Anse de Dinan. Le plateau nous offre un panorama somptueux sur la pointe, et l’océan. La lueur du soleil, déjà haut dans le ciel, est très particulière rendant l’atmosphère très étrange ! Je n’ai jamais vu une telle lumière. C’est magnifique.

On prend la direction de Kerloch. La pente du sentier caillouteux qui descend à la plage est assez forte. Marius n’est pas très à l’aise avec ses sacoches qui balancent de droite à gauche. En bas, je m’arrête un moment pour décharger Marius et repositionner son bât et le chargement. Yann et Christine sont déjà sur la plage. Une amie les a rejoints. La marée basse nous permet d’éviter la route et de marcher tranquillement sur le sable mou. Cela intrigue toujours Marius même s’il s’est habitué à marcher sur ce type de terrain meuble. Il reste toutefois sur ses gardes et se rapproche autant que possible du bord. Il craint toujours les vagues mais la mer est loin au moment de notre traversée de la longue plage de Kersiguénou (près de 2 km). Les ânesses elles, se roulent dans le sable ! Elles adorent ça !

Nous retrouvons la terre ferme au niveau de la plage de Goulien. Après une courte pause, on laisse le GR car certaines portions sont dangereuses pour les ânes. On poursuit donc par la route en évitant Dinan. Nous sommes proches du hameau de Kerguillé.

La ferme du couple d’éleveurs où Christine et Yann doivent laisser leurs deux ânesses, se situe à quelques dizaines de mètres, à vol d’oiseau, de la pointe de Dinan. Nous y sommes peu après midi. Émilie et Vincent nous accueillent chaleureusement ! Ils étaient en train de s’occuper de leur troupeau lorsque nous sommes arrivés. Les présentations faites, je débâte Marius tandis que Christine et Yann conduisent avec Émilie et Vincent, les ânesses dans un parc à proximité des troupeaux.

Pendant que nous déjeunons au premier étage de la maison des deux éleveurs, profitant des rayons du soleil et d’une vue grandiose sur l’océan, je laisse mon compagnon en liberté. Le terrain est clos. Pendant le repas, au cours duquel chacun sort quelque chose de son sac, on échange sur l’élevage et on parle du loup. Selon l’observatoire du loup, certains signes montrent qu’il a peut être déjà fait des incursions dans les Côtes d’Armor. L’observatoire annonce même le retour de l’animal dans les Monts d’Arrée en 2020. De quoi inquiéter les deux éleveurs qui devront protéger leurs troupeaux.

Yann et Christine.

En milieu d’après midi, on laisse Émilie et Vincent à leurs occupations ! Ils soignent depuis plusieurs jours les pieds de leurs brebis. Je dis au-revoir à Christine et Yann qui rentrent chez eux et salue les bergers avec qui j’aurais bien aimé rester un peu plus pour apprendre à connaître leur travail à l’extrémité ouest de la presqu’île. Tant pis. Avant de prendre la direction du Cap de la Chèvre, je décide de parcourir la pointe de Dinan pour voir le fameux château de Dinan. Une de ses extrémités forme en effet comme une forteresse naturelle, à l’allure d’une ruine de château, avec son arche tel un pont-levis. Décidément, la presqu’île m’offre chaque jour, un spectacle sensationnel.Une légende raconte aussi que les Korrigans enfermèrent les ogres dans les grottes de la Pointe. Peut-être un jour prochain, ou une nuit, se libéreront-ils et viendront-ils à la rencontre des touristes ? Ils sont encore nombreux à visiter le site à cette époque de l’année.

Je reprends la route et repasse devant la ferme du couple d’éleveur. Direction le sud cette fois. Le Cap de la Chèvre n’est plus très loin. J’emprunte d’abord une piste large à travers la lande rase, laquelle retrouve un peu plus loin le GR qui surplombe les falaises. Mais le chemin me paraît hasardeux, alors après m’être engagé, je fais demi-tour. Je n’ai pas envie de prendre des risques avec Marius. Mais ce choix va m’obliger à faire un long détour car la zone est vallonnée. Elle est protégée aussi. Du coup, je ne peux pas planter ma tente n’importe où… Je ne peux d’ailleurs la planter nulle part ! Difficile de trouver un endroit au milieu de la lande.

Continuer ou rebrousser chemin… J’hésite. Je décide de revenir à la ferme. Émilie et Vincent seront peut-être d’accord de me laisser une pâture pour passer la nuit. Avant d’y arriver, je longe plusieurs champs. J’ai donc des plans B au cas où… Il me faut juste de l’eau.

Arrivés à la ferme, les éleveurs sont enchantés de me revoir et me proposent de dormir chez eux. Ils m’expliquent que je ne peux pas bivouaquer ici même sur un terrain privé. Marius pourra passer la nuit sur un terrain qui jouxte l’exploitation.

Chouette ! J’avais émis le vœu de passer plus de temps avec ses deux éleveurs. Le voilà exaucé ! En attendant, je retourne au bout du cap pour contempler le coucher de soleil. Quel bonheur !

Vous aimez suivre nos aventures ? Pour nous aider à les continuer et à vous les partager, vous pouvez faire un don et nous soutenir sur Tipeee.com

Pour les randos pique-nique avec Christine et ses ânes : 06 34 96 35 66

Tags : BreizhBretagneFinistèrePresqu'ile de CrozonTour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !