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Marius Tour de France

Jour 608 / Au bout du bout du monde

Il n’est pas loin de 6h lorsque je suis réveillé par une musique entraînante… de la musique ?? Mais d’où peut-elle bien provenir, il y a pas d’habitation autour de moi ?? Dans un demi-sommeil, bien au chaud dans mon duvet, mon esprit divague. J’imagine d’abord que ce sont des randonneurs qui ont bivouaqué un peu plus bas sur l’îlot du Diable ou sur l’ancien Fort de la Fraternité. Mais la musique est trop forte pour que ce soit des marcheurs. Peut-être des fêtards qui viennent d’arriver ? Subitement, la musique est coupée par une voix qui rappelle dans un haut parleur des consignes de sécurité !! Je comprends alors que la musique provient d’un chalutier qui pêche en contre-bas !

Le soleil se lève doucement derrière le bivouac. Allez, je m’active tranquillement! Annyvonne doit me rejoindre en milieu de matinée pour traverser Camaret et aller chez Yann, que j’avais rencontré au Faou avant d’arriver sur la presqu’île. Il fait encore beau aujourd’hui. Une fois la tente démontée, mes affaires rangées et Marius bâté, je reprends la départementale laissée hier. J’ai hésité à descendre au Fort de la Fraternité, construit pendant la période révolutionnaire en 1793 afin de protéger l’anse de Camaret de toute intrusion. Je ne suis pas sûr de pouvoir y accéder avec Marius. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois… ou pas !

Je retrouve Annyvonne après le Réduit de Quélerm, un autre fort carré, bastionné, entouré d’un fossé creusé et toujours en service. Mon “Ange Gardien” Breton, est à la hauteur de la pointe du Pouldu lorsque nos chemins se croisent. Devant la plage de Trez Rouz, on se pose quelques minutes pour boire un café qu’elle a apporté dans un thermos ! Et tandis qu’on papote, on oublie que l’endroit a été le théâtre de nombreuses attaques ou invasions. Beaucoup de sang a coulé sur le sable blanc de la Anse de Camaret. “Trez Rouz” signifie d’ailleurs “sable rouge”! Ça ne donne pas très envie de s’y baigner ! Un peu plus loin, “La mort Anglaise”, nom donné à une petite falaise, rappelle qu’en juin 1694, 1.200 anglais sont morts ici. Une flotte anglo-hollandaise était venue mouiller au large pour s’emparer du port de Brest. Quelques 1300 hommes ont débarqué simultanément en chaloupe sur le sillon de Camaret et sur la plage de Trez Rouz. Ils ont été repoussés par les soldats du roi, des miliciens et les canons de la tour Vauban.

Enjambant un petit cours d’eau, un pont construit avec deux pylônes nous contraint à contourner par une plage de galets. Au niveau de la plage de Notinau, on alterne les sentiers cheminant dans les landes et les routes goudronnées pour contourner des falaises qui menacent de s’effondrer. Après la pointe Sainte-Barbe, on pénètre par le GR34 dans Camaret, commune mondialement connue pour “son curé et ses balloches qui pendent…” !! Les amateurs de chansons paillardes comprendront !

Depuis le carrefour des 4 vents, sur le GR 34, on domine les hauteurs de la ville. On aperçoit le port vers lequel on descend. Autrefois, il était très important pour la sardine d’abord, la langouste ensuite. En 1939, Camaret était d’ailleurs considéré comme le premier port langoustier d’Europe. L’âge d’or se prolongera jusqu’au début des années 60. Son déclin a entraîné la perte d’activité de la criée construite à côté de deux viviers devant lesquels d’ailleurs nous passons.

On longe le quai Kléber puis le quai Gustave Toudouze où des maisons se dressent face à la mer. Il nous conduit au Sillon où sont échoués de nombreux bateaux de pêche. Témoin d’une histoire humaine et d’un savoir faire désormais éteints, ce lieu a vu la construction de centaines de dundees, sloops, gabares, canots et autres gros langoustiers et thoniers,… Des chantiers navals qui faisaient la fierté de toute la population ont disparu à la fin des années 80.

C’est devant la chapelle Notre-Dame de Rocamadour que nous nous posons pour déjeuner. Étonnant comme nom, alors que nous sommes à près de 600 km de la Dordogne ! D’après la littérature locale, Rocamadour viendrait du breton “roc’h a ma dour – roc” au milieu des eaux. L’histoire raconte aussi qu’un prêtre, désireux de faire de Camaret une halte de pèlerins, aurait souhaité reprendre le nom de Rocamadour du Quercy qui est une halte sur le chemin de Compostelle. L’édifice construit pour la première fois en 1183, subit depuis toujours les agressions maritimes et a été détruit à deux reprises. Le clocher aurait été décapité par un boulet hollandais tiré de l’un des navires de la flotte anglo-hollandaise, en 1694.

Annyvonne a préparé un cake “Mézitout” maison ! On discute un moment pendant que Marius grignote l’herbe rase du Sillon. Avant de reprendre le chemin, on fait le tour de la Tour Vauban. Crénelée, truffée de meurtrières, cernée par une plate-forme pour 11 canons, et entourée d’une douve, elle a été construite pour défendre toute attaque de l’Anse de Camaret. Elle a d’ailleurs montré son efficacité lors du fameux débarquement de la flotte anglo-hollandaise en juin 1694.

Nous n’allons pas à la pointe du Grand Gouin. Vu l’heure, on préfère couper pour nous rendre à la pointe du Toulinguet. On grimpe sur les hauteurs de la ville après la plage du Corréjou où nous apercevons trois nageuses. Elles pratiquent le “longe-côte” : une randonnée aquatique qui consiste à marcher avec de l’eau jusqu’au diaphragme en s’aidant éventuellement d’une pagaie pour avancer. Elles sont bien courageuses !

Ça grimpe bien jusqu’au Sémaphore. On traverse un dernier quartier résidentiel avant de quitter cette commune qu’Annyvonne me décrit comme “isolée” et “souffrant d’être loin de tout”. Une voie de chemin de fer avait permis son désenclavement et favorisé son essor mais elle a été fermée en 1967. Après la plage de Porz Naye où une ancienne carrière était exploitée pour construire des maisons de pêcheur (penty), on atteint le rempart du terrain militaire qui abrite le poste de signalisation et de surveillance. Le ciel dégagé permet d’admirer la Pointe de Pen-Hir et ses célèbres Tas de Pois qui prolongent le continent comme pour l’étirer le plus possible avant de disparaître dans l’océan. Nous sommes ici au point le plus à l’ouest de notre voyage. En tout cas pour la partie Française.

Un dernier regard sur l’immensité du monde et on redescend le long de l’Anse de Pen Hat où des surfeurs taquinent les vagues. Le chemin remonte vers les ruines du manoir de Saint Pol Roux. Un poète précurseur du mouvement surréaliste qui tourna le dos au milieu littéraire parisien et vint s’installer en juin 1905 avec femme et enfants dans ce manoir qu’il fit construire sur la falaise de Pen Hat.

Un peu plus loin, on traverse les étranges alignements mégalithiques de Lagatjar. Un site contemporain à celui de Carnac qui bien failli disparaître : il ne compte aujourd’hui plus que 65 menhirs seulement alors qu’en 1793, on en dénombrait 700. Il est vrai que les Camarétois n’ont pas toujours respecté ce lieu dont l’orientation laisserait présumer un caractère astronomique. Il fut, entre autres, utilisé comme terrain de foot et même camping sauvage !

On continue par Kermeur, un hameau situé sur les hauteurs de Camaret, pour rejoindre l’ancienne ligne ferroviaire transformée aujourd’hui en voie verte. Avant de poursuivre notre périple, on se met en quête d’eau mais personne ne répond lorsque nous frappons aux portes de quelques maisons. Pourtant il y a des voitures garées devant… Ce sont finalement des boulistes qui me donneront une bouteille d’eau pour remplir nos gourdes vides. Cela fait trois heures que nous marchons, et c’est le moment de débâter Marius. On profite donc d’un chemin bien herbeux pour faire une pause. C’est l’heure des crêpes ! Ça tombe bien, en bonne bretonne, Annyvonne en a apporté et n’a pas oublié la confiture maison !

Il nous reste un peu plus d’heure de marche pour arriver chez Christine et Yann. La voie verte est défoncée et boueuse. Tout ce qu’aime mon compagnon de voyage ! On slalome tant bien que mal entre les flaques. On galère jusqu’au lieu dit de Penfrat où mon hôte nous rejoint pour finir les derniers kilomètres. La nuit tombe doucement sur la petite route de campagne que nous empruntons. Marius ne semble pas fatigué après les 19 km que nous avons avalés aujourd’hui : il trotte sur le bitume et nous avons même un peu de mal à le suivre !

C’est à la lueur de la frontale qu’on arrive à Quézédé. J’attache mon fidèle destrier à l’entrée du terrain le temps de le décharger et de ranger le matériel dans une cabane. Marius passera la nuit sur un terrain à proximité. Je ne le vois pas depuis la maison de mes hôtes mais je l’entends lorsqu’il m’appelle. J’irai le voir plusieurs fois durant la soirée et même dans la nuit, pour être sûr que tout va bien pour lui.

Yann me propose de dormir au premier étage de la maison mais comme il faut y accéder par une longue échelle, et que j’ai le vertige, je choisis la caravane qui se trouve devant la maison. En attendant, je fais la connaissance de la famille qui m’héberge pour la nuit. Elle a invité Annyvonne et un couple d’amis à dîner avec nous.

La suite ? Je vous en parle dans le prochain article ?

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Tags : BreizhBretagneFinistèrePresqu'ile de CrozonTour de France

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