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Marius Tour de France

Jour 607 / Le GR 34, le sentier des fortifications et des blockhaus !

Il a fait froid cette nuit et il a plu. J’ai bien fait de laisser la porte ouverte, Marius est resté une bonne partie de la nuit dans le couloir de la maison. Ses sabots ont résonné dans la pièce où nous dormions. Ce n’était pas une bonne idée de le laisser à côté !! Notre sommeil a été entrecoupé par les allées et venues de mon cher équidé !

Sur les conseils d’Annyvonne, Diane et moi sommes descendus à la grève pour admirer le lever de soleil sur la baie de Roscanvel. A vrai dire, on n’a pas vu grand chose ! D’abord parce que l’astre était levé bien avant nous et d’autre part, parce que le ciel était bien nuageux ce matin. Tant pis ! De toute façon, je n’y reste pas longtemps. En effet, arrivé en bas, j’ai un doute : je crois que je n’ai pas fermé la porte de la pièce où nous avons dormi.. Marius peut donc y rentrer et connaissant le lascar, il est capable d’aller fouiller dans les sacs de nourriture ! Je laisse donc Diane à sa contemplation, remonte les marches en toute hâte, traverse la route avant de sauter la barrière qui fait office de portail du jardin de la maison. Et bingo ! Je prends Marius le museau dans le sac ! Ou plutôt dans mon paquet de madeleines ! Je le gourmande et le sors manu militari de la pièce.

Mais ce n’est pas ça qui va l’arrêter. Ainsi, quelques minutes plus tard, alors que j’aide Diane à ouvrir le portail, je réalise que Marius est sans doute retourné dans la maison ! Je le connais trop bien le bougre ! Re-Bingo ! Je retrouve mon âne en train de terminer le paquet de gâteaux ! Quand Marius a quelque chose dans la tête… ! Il décampe lorsque je lève la voix et prend la direction de la sortie du jardin où il enjambe le portail cassé et se retrouve sur la route. Les voitures ralentissent, puis s’arrêtent lorsqu’elles se retrouvent nez à nez avec mon Marius trottinant sur l’asphalte ! Heureusement, il stoppe sa course lorsque je l’appelle, et fait demi-tour ! Ouf !! Comme il n’a pas son licol, je passe mon bras autour de son encolure et le ramène tranquillement.

Le temps de ranger mes affaires et il est près de 11h. Une dernière averse tombe sur nos têtes juste avant de partir. On passe saluer la propriétaire de la maison qui habite à quelques pas, puis je dis au-revoir à Diane qui devrait revenir me rejoindre bientôt pour marcher quelques jours.

Je longe la baie, par la route. Au niveau de la cave de Quélem, j’aperçois l’île de Trébéron et l’Île des Morts. La première est désignée, au XVIIe siècle, comme zone de quarantaine: pour éviter les épidémies, les navires contagieux y étaient dirigés. La seconde île devient le cimetière des hommes qui n’ont pas réussi à survivre au lazaret de l’île de Trébéron et sert de sépulture jusqu’en 1808.

Je suis sur le PR qui fusionne avec le GR 34 à Roscanvel. Je m’arrête 5 minutes boire un café dans une épicerie qui fait office de bar. J’en profite pour acheter du pain et quelques denrées alimentaires, notamment des fruits. Pendant ce temps, Marius broute sur un terrain qui touche le magasin.
Face à moi, la magnifique Eglise Saint Eloi qui date du XVIIe siècle devant laquelle je passe en traversant le village. Je quitte la départementale et m’enfonçant dans le centre du bourg. Je découvre le Moulin du Seigneur, en cours de restauration. Jusqu’en 2013, c’était une ruine vouée à la disparition définitive. Le propriétaire d’alors, avait proposé de céder son bien à la commune de Roscanvel dans l’espoir d’une restauration salvatrice. Celle-ci a décliné l’offre et c’est finalement un privé qui en a fait l’acquisition.

Je me dirige ensuite vers la pointe des Espagnols. Je ne vous ai pas dit, Roscanvel est en fait une presqu’île dans la presqu’île qui s’étire au nord de Crozon. Située à l’entrée de la rade de Brest, face au goulet de Brest, sa position est donc particulièrement stratégique. Pendant de nombreux siècles, la défense du port a été une des préoccupations majeures de la région. Ceci explique les nombreux vestiges de blockhaus, casemates et autres forts construits entre le XVIIe et XXe siècle, entre l’Empire et la seconde guerre mondiale.

Déjà en 1594, en pleines Guerres de religion, trois compagnies espagnoles, alliées de la ligue (parti ultra-catholique français, soutenu par les espagnols et opposé aux protestants et à Henri IV eux mêmes soutenus par les Anglais) débarquent avec 12 vaisseaux à Camaret et envahissent la presqu’ile de Roscanvel où ils construisirent un fort triangulaire au sommet de la pointe. Leur objectif : contrôler l’accès de Brest et de la rade en construisant un second fort de l’autre côté du goulet.

Mais pas question pour l’armée royale et ses alliés anglais de laisser les troupes de Philippe II faire de Roscanvel une escale fortifiée sur la route maritime des Flandres et une base avancée, indispensable à la réussite de débarquements en Grande Bretagne et en Irlande. Une armée de 5700 hommes (Français et Anglais) vient bloqué et attaqué le fort. Ils ont livré une rude bataille aux Espagnols qui ont tenu un long mois malgré leur infériorité numérique. Assiégés, ils se sont battus jusqu’au dernier (seuls 13 soldats ont survécus) espérant en vain l’arrivée de renforts. De cet épisode, il ne reste rien si ce n’est le nom donné au lieu : la Pointe des Espagnols.

J’ai de la chance, il fait beau pour profiter de la vue imprenable qu’offre le site sur la rade de Brest. On se croirait en été. Il fait chaud ! Je m’arrête ici pour déjeuner… Il est 14h passées ! Je suis à l’heure espagnole ! Quelques touristes vont et viennent admirer le panorama tandis que j’avale une salade et une compote ! Repas pantagruélique du jour ! Depuis le promontoire où Marius coupe l’herbe, je comprends mieux l’importance de cette place forte où a d’ailleurs été construite une forteresse Vauban. Je regarde des bateaux de pêche ou de plaisance et des navires de la Marine Nationale sillonner dans la rade ou prendre la direction de l’Océan. Je distingue au loin le pont Albert-Louppe et derrière le pont de l’Iroise qui franchissant l’embouchure de l’Élorn pour relier les communes de Plougastel-Daoulas au Relecq-Kerhuon. Derrière moi, la baie de Roscanvel et l’île Longue.

Il est 15h30 lorsque je quitte les lieux. Autant dire qu’il est tard ! Même si à l’Ouest le soleil se couche plus tard, Dans 2h, je n’y verrai plus pas grand chose ! J’avancerai le plus loin possible et je planterai le bivouac où je pourrai ! On verra bien ! J’abandonne le GR34. La portion qui longe la côte est dangereuse pour les équidés. J’emprunte donc la route, peu fréquentée en cette période, jusqu’à Kergadiou. Je retrouve le GR quelques centaines de mètres plus loin. Une sentier fend la lande. Il n’y a là aucun danger pour mon équidé car le chemin, bordé par la végétation, est loin des falaises. De nombreux sites militaires jalonnent le sentier côtier, jadis sentier des douaniers : les forts de Vauban côtoient les batteries de l’Empire et les blockhaus de la Seconde Guerre mondiale. En ruine et tagués pour la plupart, ils restent d’impressionnants témoins de l’histoire.

Avant d’atteindre la pointe des Capucins d’où j’admire un magnifique coucher de soleil sur l’Atlantique, j’aperçois en contrebas une grande plate-forme elliptique adossée à la falaise, quelques mètres seulement au-dessus de l’eau. C’est le fort de Cornouaille édifié sur la pointe du même nom au XVIIe siècle. Il n’a jamais été terminé mais était équipé d’une batterie de 20 canons de 24 livres et 10 canons de 36 livres, répartis sur toute la longueur de la position.

 

Le temps de prendre quelques photos et je repars car j’ai encore un peu de route. Je ne dois pas tarder à trouver un terrain pour me poser. À hauteur du hameau de Kerguinou, je retrouve la départementale. Il fait presque nuit. j’enfile le gilet jaune et allume la lampe frontale pour signaler notre présence au bord de la route. Marcher de nuit devient une habitude !!! Après Keraguennec, je trouve finalement une pâture entre un champ de maïs et un terrain. Ce dernier est clos. J’hésite un moment à m’y poser pour laisser Marius en liberté mais la règle pour nous est de ne pas entrer lorsque le champ est fermé. Il pourrait y avoir des vaches ou des chevaux. Pas grave ! Je laisse donc Marius en liberté jusqu’à ce que je me couche.

Cette journée était magnifique. Elle se termine par une vue imprenable sur la mer et sur Camaret que je traverserai demain. C’est presque à la frontale que je plante la tente avant de manger une salade froide vite-fait, bien-fait. Je n’ai pas assez d’eau pour me faire cuire à manger.

Je profite de la douceur de la soirée. C’est beau une mer de nuit !

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Tags : BreizhBretagneFinistèreGR 34Presqu'ile de CrozonTour de France

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