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Marius Tour de France

Jour 572 / Retour sur la lune !

[Dimanche 12 octobre 2017]

En croisant la voisine de mon hôte ce matin, je comprends pourquoi Marius n’a pas l’air d’avoir trouvé l’herbe à son goût dans sa pâture. Il y fait les cent pas devant la clôture et appelle sans arrêt. La dame m’explique qu’il y avait jusqu’à pas si longtemps son… poney ! Ne me demandez pas pourquoi, mais nos mul’ânes ont toujours eu une sainte horreur de l’odeur des poneys ! À chaque fois qu’ils se sont retrouvés dans un parc où il y avait eu des poneys, ils ont fait la gueule ! Autant dire que si Marius n’a pas passé une bonne nuit et ne s’est pas rempli l’estomac, il va être un brin pénible aujourd’hui !

9h30. Direction le cœur des Monts d’Arrée ! Sur les conseils de Jean-Jacques, j’ai modifié mon parcours pour éviter de revenir sur Plounéour-Ménez et je traverse une série de petits hameaux avant de franchir une importante départementale après Restancaroff, lieu-dit où, d’ailleurs, je quitte le goudron et retrouve une piste ! Face à moi, le paysage sauvage que j’avais laissé pour me rendre à Saint Thégonnec. Le sentier sillonne au milieu des bruyères, des fougères et des ajoncs qui se mélangent magnifiquement dans des teintes orangées.

Alors que j’apprête à traverser ce paysage lunaire d’où se dressent ça-et-là des crêtes rocheuses, une voiture s’arrête non loin de moi. Une jeune femme en sort. Elle m’a vu traverser la départementale. Intriguée, elle est venue à ma rencontre. Le voyage au pas de l’âne, c’est un rêve qu’elle aimerait réaliser. Son regard se porte sur le bât de Marius dont elle connaît le modèle. Elle a fait une formation chez son fabriquant notamment pour travailler le cuir. On échange ainsi quelques mots au bord de la piste puis chacun repart dans sa direction, chacun poursuit son chemin. Le mien est boueux, pour changer !Je passe non loin de l’un des plus hauts sommets, le Roc’h Trévézel, qui culmine à 384 mètres de haut. Ici, pas de grands cols, simplement des Roc’h. Des rochers qui s’enchaînent sur la crête des Monts d’Arrée. Par beau temps, elle offre une vue panoramique impressionnante sur les alentours ! Bon, j’ai dit par beau temps ! Aujourd’hui, le ciel est de plus en plus nuageux. Le vent balaye la lande. Par moment le ciel est bas et la brume rend l’ambiance presque irréelle.

Je m’attarde. J’admire. Je photographie. Je m’enchante. Je guette le Korrigan qui pourrait bondir derrière un rocher et s’élancer dans la lande. Mais attention, on dit qu’il ne faut pas le regarder dans les yeux si on ne veut pas être changé en pierre… Marius lui, avance sans se soucier de moi. Le vent, il n’aime pas ça. Il ne le pousse pas, il s’engouffre insidieusement dans ses naseaux, et ça l’énerve. Je le rattrape pour longer une autre départementale. Les sentiers paraissent se perdre au milieu de nulle part, je n’ai d’ailleurs croisé qu’un jeune couple promenant ses deux chiens aujourd’hui. Pourtant, les Monts d’Arrée sont scindés par deux axes importants qui nous rappellent vite à la civilisation. Il se met à pleuvoir lorsque je grimpe au Tuchenn Kador par « le chemin des landes et des tourbières ». Tuchenn signifie « une butte de terre » et kador, « trône ». Il s’agit d’un autre point culminant des Monts. Là haut, la vue est grandiose. Malgré les nuages, je peux y voir le Lac de Brennilis dénommé aussi lac Saint-Michel. C’est en fait un lac artificiel de 450 ha, créé entre 1929 et 1936 dans les marais et tourbières du Yeun Elez. Cette retenue d’eau alimente l’usine hydroélectrique de Saint-Herbot et a aussi permis de refroidir l’ancienne centrale nucléaire des Monts d’Arrée. J’aperçois aussi dans la brume la silhouette du Mont St Michel de Braspart avec en haut la chapelle. J’y serai demain.En attendant, je redescends vers la route, il me faut trouver un champ pour la nuit. Dans les landes, il n’y a vraiment rien à manger pour Marius et impossible d’y planter la tente ! Ma carte indique qu’il y a des hameaux un peu plus bas. Je pense pouvoir y trouver un endroit. J’ai aussi besoin d’eau…

Je met donc le cap sur une grande antenne relais. Elle se trouve non loin de Rokinarc’h, d’un lieu-dit dont le nom me fait sourire : « Le village de Rocky 4… ». Je vous l’accorde, c’est une blague de haut niveau ! Après quelques dizaines de minutes à sillonner dans la tourbière, je traverse un petit bois derrière lequel se trouve le fameux mât rouge et blanc. Immense ! Une route est juste après. En bordure de cette voie peu fréquentée, plusieurs champs sont ouverts. Je reviendrai peut-être ici lorsque j’aurai rempli mes gourdes.

Au « village de Stallone, » je ne croise pas grand monde ! Les habitants sont chez eux au chaud et au sec. Après avoir sorti mes bidons, j’interpelle un homme qui entre chez lui. Il me donne bien volontiers de l’eau et lorsque je l’interroge sur un terrain où je pourrais m’installer pour la nuit, il m’indique une pâture à 300 m à la sortie du hameau. Cool ! Je reviens donc sur mes pas. Il s’agit d’un grand terrain clos où Marius pourra dormir en liberté. Là encore, il y a des chênes. Je dois délimiter un périmètre dans lequel mon compagnon n’aura pas accès aux glands.

Mais alors que je commence à monter la tente sous la pluie, je ne trouve pas les sardines ! Aurais-je égaré le petit sac les contenant chez Brigitte où j’ai fait sécher mon matériel ? A moins qu’il ne soit tombé sur la route lorsque j’ai sorti les gourdes pour les remplir ? Vent de panique ! Ça sent la galère ! Je découvre trois piquets au fond du boudin. Ceux que j’avais oubliés une fois le matériel plié, et glissés dans une poche en me disant « je les rangerai demain » ! Désordonné moi ? Peut-être, mais ce soir ça me sauvera sans doute d’une nuit sous la pluie !

Je replie la toile avant qu’elle ne soit complètement trempée et, laissant Marius se remplir la panse, je cours au village là où la pochette aurait pu glisser. J’inspecte le bord de la rue, fouille sous les feuilles mortes mais je ne la retrouve pas. Dépité, je retourne dans le champ. Mon âne mange tranquillement. Lui n’est pas inquiet : dormir sous la pluie, il a l’habitude ! Je me lance dans une recherche minutieuse. Je sors mes affaires une par une. J’inspecte les sacoches une après l’autre et puis enfin : le graal ! Je les retrouve au fond du boudin, sous un sac en plastique. J’expulse alors un immense « ouf » de soulagement!
J’ai perdu presque une heure à chercher ces sardines. Je plante la tente rapidement et ne tarde pas à me caler dans mon duvet après avoir avalé en quelques minutes à peine, des raviolis végétariens froids. Dehors, les températures sont tombées et l’humidité n’arrange rien.

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Tags : BreizhBretagneFinistèreMonts d'Arrée

2 commentaires

  1. Voilà une fois encore un élément qui me fait penser que je risque de grave galérer si je pars moi aussi un jour comme ça, à l’aventure … Je suis hyper bordélique, et j’ai pas une once d’organisation …. Purée, je serai obligée de m’abonner à un S.O.S Je suis dans la lune …

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