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Marius Tour de France

Jour 579 / Brutal flasback

Le bivouac est autorisé toute l’année sur le terrain où j’ai dormi cette nuit. C’est ce que je lis ce matin sur un panneau situé à l’entrée du pré. Il appartient à l’abbaye. Une bonne adresse pour les voyageurs qui s’arrêtent ici !
Et tandis que je remballe mes affaires, plusieurs voitures se garent sur un parking un peu plus bas. Les visiteurs du monastère sont matinaux !

Marius bâté et mon sac-à-dos enfilé, on entre dans l’abbaye pour y découvrir ce lieu. Mais le monastère n’est pas celui fondé par Saint Guénolé au Ve siècle. Celui-ci a été détruit sous la Révolution. Le site qui rassemble aujourd’hui une communauté de 18 moines bénédictins a été construit entre 1950 et 1965, à quelques centaines de mètres au-dessus des ruines de l’ancien monastère. La communauté des Bénédictins de Kerbénéat a racheté la propriété, renouant la tradition quinze fois séculaire.

A l’extérieur, le bâtiment est sobre et imposant. Résolument moderne, je ne ressens pas cette atmosphère particulière qui nous prend lorsqu’on entre dans les veilles abbayes. Je n’éprouve rien non plus lorsque je pénètre dans l’église où les moines qui suivent la règle de Saint Benoît, célèbrent un office en présence d’une dizaine de personnes. Déception. Avec ses murs droits et blancs, ses vitraux dépouillés et très colorés ainsi que son plafond en lambris, cette « maison de Dieu » reste pour moi, sans âme. Je ne peux pas visiter l’église pendant la messe. Quant au monastère, il n’est pas ouvert au public !

Je ne m’attarde donc pas. Et puis Marius m’attend dehors, attaché à un piquet qui tient par l’opération du Saint Esprit ! Je quitte le monastère sans croiser un seul moine ! Je redescends jusqu’au centre de Landévénec puis me dirige vers l’ancienne abbaye située à une centaine de mètres en contrebas, au creux d’un vallon, au bord de l’Aulne. Un groupe de personnes s’affairent à l’organisation d’une manifestation autour des plantes qui doit avoir lieu dans quelques jours. Un homme accepte de m’ouvrir un petit portillon fermé à clé afin que je puisse entrer et prendre quelques photos. En fait, l’ancien monastère est aujourd’hui un site archéologique et un musée.

Pendant 25 ans, entre 1978 et 2002, des fouilles ont révélé 13 siècles d’histoire bretonne. Ainsi, les archéologues ont découvert un petit oratoire entouré d’un cimetière qui date de l’origine du site. Malgré ses fortifications, il ne résiste pas à un raid viking qui, en 913, met fin au développement prospère du monastère. Les moines s’exilent alors durant plusieurs décennies avant de revenir et rebâtir l’abbaye. C’est la Révolution qui met un terme à la vie monastique. Vendu comme bien national, le monastère devient une carrière de pierres au début du 19e siècle.

Pendant que Marius déguste l’herbe dans l’impasse qui conduit au site, je passe un long moment ici à découvrir le chantier de fouilles où l’on peut observer la superposition des fondations des bâtiments construits au cours des différentes périodes du monastère, mais aussi les soubassements de l’église, la tombe de saint Guénolé, les bâtiments d’habitation des moines, les piliers de la galerie couverte qui entouraient la cour intérieure. Magnifique !

On remonte la rue empruntée pour accéder à l’ancienne abbaye. Le centre ancien est très beau. Je le croyais plus touristique mais il semble avoir perdu la plupart de ses commerces. Mon itinéraire suit le GR 34 et passe devant la petite et très belle église Notre-Dame-de-Landévennec puis descend vers Port Maria, une grève où les bateaux peuvent s’échouer. Je traverse une rue résidentielle puis, après une départementale, je m’arrête sonner à la porte d’une maison pour demander aux propriétaires de bien vouloir remplir ma gourde. La dame qui me répond accepte et me donne quelques pommes que je partage avec mon compagnon de voyage.

Sur le PR, je pénètre dans la forêt domaniale de Landévennec, je descends vers l’anse du Loch où je rencontre un homme de 68 ans parti il y a quelques années sur les routes. « J’ai décidé de partir dans ma camionnette aménagée pour vivre un rêve de voyages » me raconte cet habitant des Bouches-du-Rhône. Quelqu’un, je ne sais plus qui, m’a parlé de lui il y a quelques temps. « Je reviens d’Italie et je longe les côtes françaises, mais je m’arrête au gré des marées et des rencontres ». Ce retraité de la pétrochimie est parti avant de « partir définitivement » comme la plupart de ses collègues. Il craignait que sa retraite soit très courte. Aussi courte que celle de ses amis déjà disparus. Il a donc décidé de laisser sa maison à sa petite fille et de tracer sur les routes d’Europe. Aujourd’hui, il ne se voit plus enfermé entre quatre murs. Les réunions familiales où il doit se retrouver dans une maison durant plusieurs jours, sont pour lui devenues impossibles !

Je laisse cet heureux retraité et remonte vers l’Enclave de la commune d’Argol. De là-haut, j’aperçois au loin l’école navale de Lanvéoc. Je comprends que c’est ici que je devais passer quelques années après avoir suivi avec succès une préparation militaire Marine… Ce brutal flasback me renvoie 27 ans en arrière… Je suis saisi par un étrange sentiment. Un malaise. Je savais pourtant que cette école était là. Depuis plusieurs jours je le lis sur ma carte. Cependant, je n’avais pas pris pleinement conscience du fait qu’elle était ainsi liée à une partie de ma vie. Un pan dont je pensais avoir fait le deuil me tombe dessus ! Mais si mon avenir avait été de m’engager dans l’armée comme je l’envisageais alors, je ne serais sans doute pas en train d’écrire ces lignes ni même de faire ce voyage. Je médite alors sur ces choix cruciaux que nous faisons ou qui nous sont imposés par nos familles notamment, tout au long de notre vie. Je suis un peu secoué…

J’arrive enfin chez Océ’âne vers 18h30. Dans le ciel, un hélicoptère militaire tourne depuis un moment. Mes derniers kilomètres ont été difficiles ! Il a fait chaud toute la journée et j’ai eu mal aux pieds dans mes chaussures imbibées d’eau depuis hier ! Ça m’a fair quand même du bien de marcher sous le soleil et en T-shirt.

Je débâte Marius et attend Ren et Nadine, deux des responsables de la structure. Ils rentrent à peine de vacances. Annyvonne, une des bénévoles avec qui j’étais en contact sur Facebook, se gare quelques minutes plus tard sur le parking d’Océ’âne. C’est elle qui a organisé mon arrivée. On papote quelques minutes puis ils me montrent les quartiers de Marius, un grand verger pour lui tout seul, puis les miens, une immense caravane installée dans l’aire naturelle de camping. Chouette !!!

Je vais rester une journée ici avant de partir retrouver mon fils pour les vacances. Le temps d’une petite transition pour Marius qui me permettra de voir s’il se plait ici. Il ne restera pas seul trop longtemps : les ânes de l’association devraient lui tenir compagnie durant mes 10 jours d’absence !

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Tags : BreizhBretagneFinsitèreOce'ane CrozonPresqu'ile de Crozon

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