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Marius Tour de France

Jour 574 / Sans doute la pire journée du voyage !

[Samedi 14 octobre 2017]

Après une bonne douche et une nuit au chaud, me voilà en pleine forme pour cette nouvelle journée. Mes affaires sont presque sèches. Dehors, il fait beau ! Lorsque je quitte ma chambre pour la partie commune, les cavaliers qui ont dormi dans le gîte équestre sont en train de finir de se préparer.

Marius est prêt lorsque je vais boire un café à l’auberge en compagnie d’une potière que je croise devant le gîte communal. Dans le village, je retrouve aussi Jacqueline, qui m’avait apporté les piquets hier soir pour tirer une clôture pour Marius. Je la remercie encore chaleureusement pour son parc !

Je prends la D42 pour sortir de Saint Rivoal. Il est 11h bien sonnées quand je passe devant la Maison Cornec, un ancien corps de ferme construit en 1702 au sein duquel a été aménagé un écomusée des Monts d’Arrée afin d’y conserver un patrimoine rural bâti et naturel. Une collecte de meubles du XVIIIe siècle a permis de reconstituer l’intérieur de cette riche maison paysanne.

Peu après avoir quitté le village, l’itinéraire équestre abandonne la départementale pour une petite route  qui rejoint le “Moulin d’en bas”. D’après ma carte, je devrais y trouver un sentier … J’hésite à poursuivre sur le bitume. Je crains de me retrouver à marcher dans la boue… Bon allez ! J’y vais ! On verra bien !

Jusqu’au moulin, le chemin tient la route (si je puis dire !). Ensuite, le sentier qui longe une petite rivière, s’enfonce au fond d’une vallée. Le chemin creux est très humide. C’est une vraie pataugeoire par endroit. Mes chaussures ne sont pas restées sèches très longtemps ! Marius galère dans la boue. Il essaie de contourner chaque flaque,  se mettant parfois dans des situations scabreuses, voire improbables, pour les éviter. Voyant cela, je regrette de ne pas avoir poursuivi par la route… Ça ne dure pas, heureusement : on finit par retrouver le bitume.

Après Penn Ar Guer, ça se gâte encore ! Le chemin, très beau au début avec ses tapis de feuilles dorées, rend au fur et à mesure notre avancée de plus en plus difficile. De grandes marres couvrent la piste boueuse sur laquelle mon compagnon a du mal à progresser. Pour la première fois, il stoppe, refuse de passer et finit même par faire demi-tour. Je le laisse en plan et avance pour voir sa réaction. D’habitude, lorsque je m’éloigne, il me rejoint. Mais là encore, il ne bouge pas. Je patiente 10 minutes à 50 mètres de lui et ne le voyant pas venir vers moi, je retourne le chercher ! Je hausse la voix et Marius se décide enfin à franchir les flaques….

Au moment où je me demande s’il ne serait pas plus judicieux de faire demi-tour,  le chemin devient plus praticable… Bon… je continue ! Mais ça ne dure pas! C’est reparti pour la grosse gadoue. Marius et moi cherchons sans arrêt des rebords pour éviter de marcher dans l’eau. Une randonneuse que je croise confirme que le chemin est défoncé pendant un long moment. Ça ne me rassure pas ! Et effectivement, on se retrouve à devoir patauger dans des étangs !

Après  plus d’une heure d’infortunes, nous rejoignons le chemin des Comtes ! “Avec un nom comme celui-là, on devrait avoir une piste pavée” me dis-je en enlevant une ficelle qui fermait le dit chemin. J’ai vite compris que seuls les manants passaient ici depuis longtemps ! C’est pire que sur le précédent ! Tels des funambules, on marche en équilibre instable sur les bandes de terre entre les ornières. Ça glisse sans arrêt. Il faut être prudent. C’est vraiment très pénible, fatiguant et éprouvant. Quand Marius hésite, j’ouvre le passage. En éclaireur, je vérifie qu’il n’y ait pas de trou où il pourrait se blesser. Par moment, j’ai l’impression qu’il a lâché prise. Il me semble complètement désabusé. Je le comprends lorsque derrière moi, il s’embourbe  dans une flaque vaseuse. Il a de l’eau jusqu’au museau… Je l’aide à sortir du bourbier non sans mal. Une branche basse le coince au niveau du bât. On fait demi-tour pour retrouver un terrain plus stable puis on revient en longeant le chemin par la droite. Cette partie paraît plus dure. On avance, sur plusieurs dizaines de mètres, pieds et sabots dans l’eau… Jusqu’aux mollets !

Alors que le chemin fusionne avec le GR 380, je pensais qu’il serait meilleur ! Mauvais pioche ! Il ne nous laisse décidément aucun répit. Marius manque de tomber à maintes reprises. Il se retrouve sur le cul plusieurs fois. Pour éviter de marcher dans la boue, il serre les bas-côtés dans lesquels il s’enfonce aussi, frottant les sacoches contre les haies qui bordent le sentier. Résultat, le bât se met à tourner et Marius se retrouve en fâcheuse posture. Coincé entre des buissons épineux et mon âne, je parviens à redresser le harnachement sans trop me faire piquer les doigts par les épines. A deux autres reprises, le bât vrille avant que l’on rejoigne la route !

J’accueille le goudron comme une délivrance  ! Je crois qu’on a jamais été aussi contents de marcher sur le bitume ! En 10 ans de voyage, c’est la première fois que nous rencontrons un chemin aussi pourri !

On fait une pause un peu plus loin, au bord de la départementale. Je débâte Marius et le laisse libre dans un pré. Il a besoin d’une bonne pause. Moi aussi ! On se détend pendant une heure et avant de reprendre la route, je replace le bât et les tapis qui, à force de tourner, ont bougé. On laisse le sentier, toujours très boueux et plein d’eau, pour la route parallèle. Après le Domaine du Menez Meur, où se trouve la Maison du Parc des Monts D’arrée, je tente de traverser la lande par le GR 380 mais j’abandonne après un kilomètre. On glisse encore trop et le sentier est encore plein d’ornières.

Un peu plus loin, c’est par le GR 34 que nous longeons la forêt du Cranou, l’un des plus étendue de Bretagne. Cette forêt qui fut exploitée au début du XVIIIe pour les besoins en bois de la marine royale à Brest notamment pour fabriquer les mâts. On raconte aussi que les druides venaient y accomplir leurs mystérieux sacrifices. Pezrec, un saint moine celtique aurait vécu en ermite vers l’an 600 dans un recoin isolé de la forêt, au milieu des animaux des bois. L’automne qui s’installe, la rend encore plus belle.

Lorsqu’on regagne la route, il est temps de trouver un lieu pour planter notre bivouac. Je croise beaucoup de tracteurs qui vont et viennent dans les exploitations où d’énormes engins coupent les plants de maïs. Il me semble que trouver une place dans une ferme est compliqué. J’entre au hameau du Kerniou et rencontre un habitant qui hésite d’abord lorsque je lui demande où je peux trouver un terrain. Il finit par me conduire chez un voisin qui possède un très grand terrain. Il est absent mais l’homme me propose de m’installer ici ! On sera bien pour se remettre de cette journée éprouvante !! Il y a quelques plantes toxiques et des glands mais je tire une corde pour évier que Marius ne puisse les grignoter !

Mon hôte me propose de venir boire un verre chez lui. J’accepte avec plaisir mais ne m’attarde pas. Je suis fatigué ! Mes vêtements sont mouillés et mes pieds ont baigné dans l’eau toute la journée. Je répète souvent qu’en voyage, ce n’est pas une journée sous la pluie qui est le plus pénible mais les jours suivants à marcher dans la boue et les chemins défoncés… Cette journée particulièrement éprouvante, en a été la parfaite démonstration !

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Tags : BreizhBretagneFinistèreMonts d'ArréeTour de France

5 commentaires

  1. La bretagne en hiver,faut être un peu fou non? Bonnes fêtes de fin d’année (au chaud et au sec je l’espère pour vous).Bon courage pour la suite de votre aventure,et que le soleil revienne bientôt.

  2. Rolala cette journée de galère !! Je trouve ça beau de voir comment vous traversez ces épreuves ensemble Marius et toi, c’est éprouvant mais ça doit renforcer encore plus le lien qui vous unit… Bravo à vous 2 pour la force que vous dégagez ! Bonnes fêtes et à bientôt 🙂

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