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Marius Tour de France

Jour 573 / Un âne dans la brume !

[Lundi 13 octobre 2017]

« J’aimerais vous montrer les monts chauves de l’Arrée, les sentiers blancs qui conduisent à des manoirs poignardés, les chemins qui s’enroulent autour des hameaux bleus. C’est un pays de brumes et de vents en bataille, avec des toponymes aussi fluides que des ondées, aussi sonores que des gongs » – Xavier Grall, “Les vents m’ont dit”

Aujourd’hui, direction le Mont St Michel de Brasparts, un des sommets de la chaîne des Monts d’Arrée. Il est proche de l’endroit où j’ai bivouaqué. Pour y accéder, je dois reprendre la route qui m’a conduit jusqu’au hameau.

Il a plu toute la nuit et la journée qui commence ne s’annonce pas meilleure. Mes chaussures sont complètement trempées à l’intérieur. C’est très désagréable de remettre ses pieds dedans…

C’est une brume épaisse qui nous enveloppe lorsque nous grimpons au Menez Mikel. Le GR 380 traverse la lande jusqu’au parking aménagé sous l’édifice. L’atmosphère est aujourd’hui encore très étrange. Pour la vue à 360°, je crois que c’est râpé ! Il paraît que depuis le sommet, on peut admirer la crête quartzitique rectiligne du Roc’h Trévézel au nord, les tourbières du Yeun Elez et le lac de Brennilis à l’est, contempler au loin le massif granitique de Huelgoat, le pont de l’Iroise et la baie de Morlaix. Ce sera pour une prochaine fois… ou pas !

D’en bas, j’aperçois des silhouettes dans le brouillard. La montée est raide pour accéder au parking où s’est garé un couple de touristes isérois. Une barre d’attache pour chevaux y a été installée. Ils ne sont pas autorisés à emprunter un circuit bétonné qui mène à la chapelle. Je ne pense pas qu’en cette saison, on m’en tienne rigueur si Marius m’accompagne. Et puis, c’est un âne et il n’est pas ferré !

« En approchant de cette chapelle, la terre se dépouille d’arbres et de buissons (…) : elle n’est plus couverte que de bruyères et de rochers, brisés par les orages, ou décomposés par les temps. Tout prend un caractère sauvage, un air de mort ; c’est l’aspect d’un vaste désert, dont rien n’égaie ou ne varie la longue et fatigante uniformité. Les derniers villages, les derniers champs, forment des îles séparées, entourées de rochers, d’une espèce de tourbe, d’une terre noirâtre et marécageuse, résultat de bruyères corrompues, accumulées pendant des siècles. » décrivait Jacques Cambry, un écrivain breton fondateur de l’Académie celtique.

Cette chapelle fut édifiée en 1672 et est sous la protection de l’archange, celui qui terrassa le dragon. C’est grâce à elle que le Ménez Mikel fut longtemps le plus haut sommet des Monts d’Arrée, coiffant d’une courte tête son voisin et alter ego le Tuchen Kador. Mais ce dernier, depuis que les géographes ne tiennent plus compte de l’édifice, est devenu le point culminant de la Bretagne, avec ses 384 mètres. Cela n’a rien changé au fait que la vue est bouchée ce matin. J’espérais au moins admirer une mer de nuages, mais non… “Circulez y’a rien à voir !” .

Je redescends donc. Je distingue le lac
D’abord par la route avant de retrouver le sentier de grande randonnée. Il a changé d’ailleurs. Il ne suit pas le même chemin que celui indiqué sur ma carte. Plus je perds de l’altitude et plus je retrouve la végétation. Il se met à pleuvoir.

Arrivé à Bodenna, je trouve un sentier détrempé. Je préfère passe par la route pour relier Saint-Rivoal. Le goudron c’est bien aussi ! Il pleut de plus en plus lorsque j’atteint la petite commune dont le nom provient d’un saint breton (Sant Riwall ou Sant Rioual). Il est très beau avec ses maisons en schiste et en grès. Je m’arrête à l’auberge du bourg boire un café et me réchauffer un moment. Je débate Marius que j’attache au mur de façade. A l’intérieur, c’est l’heure du service de midi. Je m’installe à une table ronde située à l’entrée du restaurant. Je commande un café. Il est trop tard selon la serveuse pour déjeuner. Tant pis, je reprends un café ! Je reste à l’intérieur un long moment. Dehors il pleut des cordes. J’attends une accalmie. Je finis par sortir et détacher Marius. Je le laisse manger de l’autre côté de la rue, sur un bout d’herbe, pendant que j’ouvre une salade.

Il est près de 15h lorsque je charge mon âne. Je vais essayer de me trouver un endroit pour bivouaquer. Je n’ai pas très envie de marcher sous cette pluie. Alors que je m’apprête à partir, une dame sort de l’auberge. C’est “Océane Crozon”. Je ne connais pas son prénom en fait, juste son profil Facebook. “Océane Crozon” est en fait une association qui propose entre autre, des randonnées avec un âne de bât pour découvrir les paysages de la presqu’île de Crozon. C’est dans cette structure que je vais laisser Marius pendant les vacances de Toussaint lorsque j’irais voir mon fils dans la Drôme. On discute un moment et sur les conseils d’habitants du village, je me dirige vers la salle polyvalente. Je devrais y trouver un terrain à côté.

Après quelques dizaines de mètres, je passe devant un gîte équestre communal. Ça peut-être pas mal pour passer la nuit mais je ne vois pas de terrain clos pour les équidés. Je compose le numéro de téléphone de la mairie affiché sur la porte. La secrétaire m’affirme qu’il reste des chambres libres et que pour Marius, il y a plusieurs terrains mais ils ne sont pas à côté du gîte. Ça m’embête de le savoir loin de moi. Je me rends à l’hôtel de ville pour payer ma nuitée. L’employée me conduit d’abord près d’un terrain qui jouxte le gîte. Malheureusement, il est occupé par des chevaux et des chèvres. Elle connaît un autre terrain clos à côté de l’air de camping-car. C’est pas mal mais si Marius passe la nuit ici, je reste avec lui sous la tente. Il sera trop loin du gîte. Pas question de le laisser seul.

Je décide de retourner au gîte. Il y a un terrain communal derrière le bâtiment, près d’une salle polyvalente. Pourquoi ne pas dormir ici finalement ? Je vais y attacher Marius à la longue longe le temps de réfléchir.

Un peu plus tard, alors que je sèche dans la partie commune du gîte, une dame entre et me dit avoir apporté de quoi faire un parc pour mon âne! Elle et son mari ont eu la secrétaire de mairie qui leur a parlé de mon problème d’enclos. Génial ! Je n’en reviens pas ! En 10 minutes, nous plantons donc les piquets et tirons un fil ! Pas besoin d’électricité, Marius ne s’y frotte pas en général surtout lorsqu’il y a assez d’herbe !

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Tags : BreizhBretagneFinistèreMonts d'ArréeTour de France

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