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Marius Tour de France

Jour 570 / Quand deux ânes voyageurs se rencontrent …

Je suis arrivé chez Brigitte, près de Saint-Thégonnec, après une dizaine de kilomètres de petites départementales depuis Plounéour-Ménez. Rien d’excitant sur cet itinéraire bitumé !
Nous sommes chez elle depuis quatre jours et devrions partir demain. Une soirée pour faire connaissance, c’était trop court ! Nous qui ne nous connaissions que par médias ou réseaux-sociaux interposés, avions plein de choses à partager, à échanger sur nos voyages, nos ânes, les ânes en général, la publication de ses livres. Comme me l’avait suggéré Bruno en Normandie, je ne pouvais pas passer dans le Finistère sans aller la rencontrer ! D’ailleurs, depuis que je suis en Bretagne, beaucoup m’ont parlé de cette “auteure locale qui voyage avec son âne”. Voilà, c’est fait ! Il y a des rencontres comme ça, évidentes !
Brigitte est bretonne d’adoption. En fait, elle est revenue en Bretagne, retrouver les traces de sa famille. Et c’est sur les terres de Breizh qu’elle a découvert l’âne. Animal qu’elle ne connaissait jusqu’alors, pas du tout. C’est une amie qui lui a conseillé de prendre un âne pour randonner car elle a le dos en mauvais état et peut pas porter de sac à dos. Alors, en 1998, pour réaliser son Tro Breizh (Tour de Bretagne), un pèlerinage en l’honneur des Sept Saints Fondateurs de la Bretagne, elle était accompagnée de Grisou, un âne gris emprunté à l’association Cahin-Cah’âne. Si ces deux longues oreilles représentaient d’abord la possibilité pour elle de voyager seule avec un compagnon qui avait l’avantage de porter ses bagages, des liens forts se sont tissés durant les 6 semaines qu’a duré le périple. Si forts que Brigitte a eu du mal à se séparer de cet animal attachant et complice.
En 2001, elle achète Ioko, l’âne qu’elle a toujours aujourd’hui, pour se rendre à Compostelle depuis Saint-Pol-de-Léon (Dept. 29). Un magnifique voyage dont elle reviendra avec un livre : “D’un Finistère à l’autre”. Depuis, le duo ne s’arrête plus ! Tous les deux ont ainsi fair le tour de l’Armorique, découvert la presqu’ile de Crozon (“Voyage avec un âne au bout du Monde”), ils ont quitté la Bretagne pour aller en Provence et dans le Vercors à la rencontre des bergers et des spécialistes du loup pour parler de la présence du prédateur (“L’âne, le loup et l’agneau”).Plus récemment, durant un mois, le duo a suivi dans la Meuse, les traces de ces milliers d’ânes importés d’Afrique du Nord pour être affectés au ravitaillement des premières lignes, rendant de grands services sans obtenir la moindre considération. Une présence sur le front qui reste méconnue mais qu’elle relate dans un très beau livre intitulé : “Sur les traces des ânes soldats”. Dans un autre registre enfin, en 2016, pour souffler dignement les 20 bougies de Ioko, Brigitte lui a offert une escapade dans les Côtes d’Armor, à la rencontre de ceux qui, aujourd’hui encore, travaillent avec les ânes. Elle vient de publier le récit de cette dernière aventure : “Ane de Bretagne”.

Ioko dans les tranchées.

Son affection pour les ânes ne s’arrête pas seulement au voyage. Brigitte a eu également envie de faire connaître plus largement l’âne au grand public pour redorer le blason de cet animal dont l’image est à son goût, très négative depuis des siècles ! “Ce n’est pas un animal idiot, ni têtu. Il est au contraire très intelligent” martèle l’écrivaine voyageuse. Ce travail de réhabilitation de l’âne, elle le mène aussi lors de conférences, d’expositions pédagogiques et humoristiques et d’animations avec son âne. D’ailleurs au cours du week-end où j’était chez elle, Brigitte présentait une conférence à Nantes.
Marius a donc fait la connaissance de Ioko, dont le parc entoure la petite maison bretonne de mon hôte. Il n’y a pas de séparation avec le bâtiment auquel ils ont donc accès. Les deux ânes voyageurs ont commencé par se regarder en chien de faïence… Marius surtout, qui n’apprécie par toujours l’approche d’autres ânes quand il est en train de découvrir les odeurs du lieu où il va s’installer. Ses sautes d’humeur ne durent heureusement jamais très longtemps. Il est quand même un peu sociable je vous rassure ! Tous les deux ont vite appris à se connaître et se sont rapidement entendus pour faire le mur ! Dès le lendemain matin, “mon roi de l’évasion” avait en effet compris comment ouvrir le portail du jardin qui donne sur une petite route de campagne. Il avait repéré un champ, non loin de là, où l’herbe semblait bien meilleure que celle du terrain de Ioko. Malin comme un singe !! J’aurais dû m’en douter… surtout m’en méfier ! Ceux qui nous suivent depuis un moment savent qu’il n’en est pas à ses débuts. Il sait depuis longtemps ouvrir les portes. A la maison déjà, il les ouvrait pour se servir en foin et au cours du voyage, il a pris la clé des champs plusieurs fois, dès que l’occasion se présentait !

Une fois les deux loustics ramenés à la maison (Marius avait entraîné son nouveau pote), j’ai bloqué cette fois le portail avec deux tendeurs et une longe. Un dispositif anti-évasion qui a eu du mal à faire ses preuves tant Marius s’est appliqué à tenter de le démonter ! Et ma foi, il y est presque parvenu ! Le chemin lui manquerait-il déjà ??Bloqués à la cantine autour de la maison, les deux zèbres ont pu parler tranquillement aventures culinaires et gastronomie en voyage. Sujet vaste ! “Je dirais même plus, vaste sujet” ! Ils avaient de quoi s’occuper pendant ces quelques jours passés ensemble. Marius, profitant de la proximité de la maison, a également montré qu’il aurait bien aimé y rentrer ! Faute de pouvoir s’inviter dans le salon, il n’hésita pas à envoyer quelques coups de sabots contre la porte d’entrée ou à lancer un regard curieux à travers la petite fenêtre de derrière, histoire de nous rappeler à son bon souvenir !
C’était en tout cas un chouette moment passé chez et avec Brigitte, que j’espère revoir prochainement pour enregistrer une interview dans le cadre de notre série vidéo “Mag’Asine“. Nous n’avons pas eu le temps de la faire au cours de ces quatre jours. Durant mon séjour chez elle, nous avons eu la visite d’un correspondant de presse, celui qui était venu chez Lydie à Créac’h Ménory. Changement d’angle pour ce nouvel article. Cette fois, il racontera la rencontre de deux voyageurs au pas de leurs ânes ! Soit !Malgré ses dédicaces, la distribution de son nouveau livre et un planning bien serré, Brigitte a pris le temps de m’accueillir et de partager son quotidien. Elle s’est même mise à coudre le drapeau du Marius Tour, déchiré depuis juillet par des ronces ! J’ai pu apprendre à la connaître et à découvrir une vraie passionnée qui met beaucoup d’énergie à réhabiliter l’âne auprès d’un large public. Merci à toi encore Brigitte, et à bientôt.
Le site de Brigitte ? C’est par ici : L’Âne Voyageur
Tags : BreizhBretagneFinistèreTour de France

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