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Marius Tour de France

Jour 565 / Ce n’est pas l’Irlande, mais ça y ressemble !

Je passe chez Lydie ce matin avant de repartir. Elle m’a invité à boire un café et en a profité pour convier la presse locale afin d’écrire un article sur mon passage dans les Monts d’Arrée. Du coup, je prends le temps de discuter avec mon hôte sur notamment, nos choix de vie. Cette bretonne a décidé de ne pas travailler pour élever ses enfants. Quel autre métier plus noble que celui de s’occuper de sa progéniture. Pourtant, là aussi, c’est un choix que l’entourage ne comprend pas toujours !

Après avoir répondu aux questions du correspondant du Télégramme, répondu à plusieurs mails et pris quelques notes, j’ai mangé un bout et j’ai salué Lydie et ses enfants, revenus de l’école entre temps. Et on n’oublie pas la photo avant de partir ! Changement d’itinéraire. Sur les conseils de mes précédentes rencontres, je prends la direction de l’Abbaye du Relec, située au pied des Monts d’Arrée. Le chemin n’est pas folichon ! On emprunte de la route sur la portion qui nous conduit à l’édifice du XIIe. Tranquille et boisée certes, mais on avale du goudron !

Lorsque j’arrive dans le parc de l’église abbatiale, une équipe d’élagueurs s’affaire à couper des arbres autour de l’édifice. Autour du parc, je découvre les restes d’un cloître, une fontaine monumentale et des prairies entourées de douves. Marius broute tranquillement pendant que je visite rapidement l’abbaye. Cependant, je ne veux pas le laisser seul trop longtemps. Et puis, il fait concurrence à un gars qui passe une tondeuse auto-tractée !

A l’intérieur, la vaste église romane fraîchement restaurée est vide. Je m’approche d’un retable du XVIIe siècle intrigué par une très belle statue de la Vierge à l’Enfant. A ma gauche, se trouve un escalier à balustres en granite qui menait jadis au dortoir des moines.

Un peu d’histoire ? L’abbaye aurait été fondée par des moines venus de l’abbaye de Bégard (première fondation cistercienne en Bretagne) à l’emplacement d’une abbaye antérieure probablement bénédictine. Celle-ci qui aurait porté le nom de Gerber, fondée par saint Pol Aurélien au VIe siècle. Traditionnellement, les Cisterciens s’installaient dans des lieux à l’écart de la fréquentation des hommes. Ces moines défricheurs s’adonnent à la prière, à l’étude, mais accordent aussi une grande importance au travail manuel et agricole comme dans tous les monastères qui suivent la règle de saint Benoît. La règle de l’abbaye, fondée en 1134, précise, conformément à la tradition cistercienne: “La nourriture des moines de notre ordre doit provenir du travail manuel de la culture des terres, de l’élevage du bétail.” On y entendait aussi le “ronron des prières (…) qui s’épandait de Plounéour à Commana et parfois venant de la Montagne par les jours de neige qui poudraient de blancheur le Roc’h Trevezel, le hurlement des loups affamés”. Le domaine agricole prospère. Des aménagements hydrauliques construits par les moines, sont encore visibles bien que la nature ait repris ses droits.

Je fais le tour du parc, découvre le potager du Moyen-âge, longe l’étang par une allée où se dressent de magnifiques arbres qui témoignent de la présence des moines cisterciens pendant six siècles. Je reviens par la route puis entame une grimpette dans les Monts d’Arrée, au coeur du parc naturel régional d’Armorique. Autrefois, ils marquaient la frontière naturelle qui délimitaient trois évêchés : Cornouaille, Léon et Trégor. C’est d’abord par la route que je grimpe. Je passe entre la Roche Sainte-Barnabé et le Roc’h ar Feunteun (je préfère l’écrire que le prononcer !). Les paysages ont changé. On se croirait en Irlande. Pas après pas, les landes composées de bruyères, d’ajoncs, de genêts et de fougères, s’étendent jusqu’aux de blocs de rochers schisteux ou granitiques.

Au carrefour du GR 37 et du GR du Tour du Pays de Morlaix, je m’arrête un moment dans un champ. Il est l’heure de faire une pause. Alors que je débâte, une jeune femme au volant d’un Renault Express, qui a visiblement bien roulé, s’arrête. Intriguée par notre équipage, elle descend et vient papoter. Mélanie est arrivée il y a quelques temps en Bretagne. Originaire de l’Aveyron, elle dort dans son véhicule aménagé et s’installe peu à peu dans la région. Elle m’indique plusieurs endroits où je pourrais passer la nuit. J’hésite. Il me faut avancer. Je dois être demain soir au plus tard chez Brigitte Blot, une écrivaine Bretonne qui a publié de nombreux ouvrages sur ses voyages avec son âne. Ce week-end, elle ne sera pas chez elle car elle participe à plusieurs salons dont un à Nantes. Si je veux donc la rencontrer, il faut que je sois à Saint-Thégonnec jeudi. Allez, je tire jusqu’à Plounéour-Ménez.

Mais le chemin se complique. La descente vers Guirhoel s’enfonce dans les tourbières. Si le parcours est bien aménagé avec une longue passerelle qui permet de traverser cette zone très humide, celle-ci est fermée à chaque extrémité par une barrière. Autant dire que ça signifie que le passage n’est pas autorisé aux équidés et sans doute pas non plus aux vélos ! Marius a trouvé un autre chemin… enfin, pour éviter la barrière, il s’en fraie un à travers une zone humide dans laquelle il s’enfonce et manque de rester coincé. On réussit tant bien que mal à sortir de ce piège et on regagne la passerelle ! Ouf. Le plancher est long ! Sur plusieurs dizaines de mètres, on marche sans détériorer le fragile écosystème qui nous entoure. A l’autre bout, nouvelle barrière mais cette fois, on peut passer sur le côté sans craindre de s’enliser !

La suite est plus tranquille. Le petit sentier continue de descendre jusqu’à Guirhoel. On longe La Penzé avant de retrouver des troupeaux de vaches. Le paysage a de nouveau changé ! Je cherche un pré. Il y en a pas mal. Finalement c’est à l’entrée du village que je vais m’installer pour la nuit. Une pâture nous ouvre les bras à côté d’une zone de protection d’un forage ! Avant de m’y installer je fais le tour des maisons alentour pour demander de l’eau. Une jeune fille ouvre la porte de la première habitation où je sonne. Elle remplit gentiment mes outres et je repars débâter Marius.

Alors que je monte la tente, un véhicule passe. Un homme s’arrête. Le propriétaire ? Non un agriculteur. Je lui explique que je suis là pour la nuit. “Ça ne pose pas de problème.” Cool ! C’est le nez dans les étoiles que je vais passer la soirée. Marius a de la place et de l’herbe. Mais ce soir, il ne semble pas avoir très faim. Peut-être à cause de l’altitude des Monts !

Tags : BreizhBretagneFinistèreMonts d'ArréeTour de France

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