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Marius Tour de France

Jour 564 / Querelles de clochers chez les Bretons !

On a parlé querelle de clochers avec mes hôtes ! En Bretagne, ça ne manque pas !
Sud et Nord-Finistériens entretiennent une rivalité qui dure depuis … Houlà …. « Quelques millénaires » dit-on!
Le Nord-Finistère regroupe le Léon et le Trégor, mais aussi le pays Pagan et le pays d’Iroise. Jusque là, ca va… Ou presque… Les deux premiers n’étant pas toujours d’accord. Au sud, c’est plus compliqué : la Cornouaille est la terre des bigoudens, des capistes, des penn sardines, des glazicks… ici on ne s’entend pas pas très bien… Entre les deux « Finistère » il y a le « Centre Finistère », mais les ethnologues affirment que ce qui délimite finalement le Nord du Sud c’est la Presqu’île de Crozon. Mais c’est plus sûrement l’Aulne qui sépare « la civilisation des sauvages » ! En tout cas, si les sudistes ne s’accordent sur pas grand-chose, ils sont d’accord au moins sur un point : les Nord-Finistériens sont leurs ennemis jurés ! Et ça ne date pas d’hier ! La querelle aurait été remarquée à l’époque du Roy de France, c’est dire ! On avait alors entrepris de détailler « les us et coutumes de ces rustres de bas bretons ». Il était alors d’usage de cantonner le bas breton à son image de « glaouche mal dégrossi mais bon catholique, familier du purin et des sabots, du chouchen et de la cuisson au beurre salé, mais aussi indécrottable radin ».

Ah la radinerie !!! C’est paraît-il un sport de compet’ où il est difficile de départager le Léonard et le Bigouden (pas uniquement connu pour la fameuse coiffe). D’ailleurs pour savoir lequel des deux avait le plus d’oursins dans les poches, il fut décidé un jour de procéder à un test : « On suspendit tout d’abord le Léonard à la poutre centrale de la charpente d’une maison traditionnelle de Saint Rivoal, située à mi-distance entre les deux pays. On le souleva donc par la ceinture, et on le vit s’accrocher au plafond, puis tenir tout seul sans autre aide que ses doigts tant ils étaient crochus et acérés de par l’habitude de compter petite monnaie et lettres de change. Et il tenait, avec ses deux mains crispées, et il s’accrochait tellement il était radin. Afin de savoir à quel point le Bigouden était radin, on procéda sur lui au même exercice : on le souleva par la ceinture et d’une main, d’une seule, il tint au plafond tant ses doigts étaient crochus et griffus comme ceux d’un rapace. Il était tellement radin qu’il en aurait fait rougir Arpagon lui-même, et tandis qu’il était soutenu par une seule et unique main il en profita pour fouiller la poche du Léonard de sa main libre. Depuis ce jour il ne fut plus permis aucun doute quant à la réputation des bigoudens. D’ailleurs il n’est pas rare de voir encore de nos jours voler des nuées de corbeaux sur le dos alors qu’ils survolent Pont l’Abbé, afin de ne pas voir la misère qui gît en dessous, ou encore de voir à Penmarch, sécher les carrés de papiers hygiéniques pour ne pas les gaspiller.
Quoi qu’il en soit, la concurrence perdure encore aujourd’hui, et il est de tradition que nord-finistériens et sud-finistériens se retrouvent le dimanche après-midi après la messe et le déjeuner, sur la Presqu’île de Crozon afin de s’y battre et de mettre un terme définitif à cette querelle millénaire. Mais, systématiquement, tous les dimanches depuis des siècles, les seuls vainqueurs dominicaux sont les sempiternels nord-finistériens. En aucune occasion les sudistes n’ont jamais failli à cette troublante série d’échecs. Pourtant les belligérants en présence sont d’égales force et puissance. Mais rien n’y fait. » (Source Dvb96)

Bon cela dit, les querelles de clochers il y a en a partout ! Mais c’est amusant de connaître les petites histoires locales de ce pays découpé en 9 évêchés représentés d’ailleurs sur le drapeau Breton, les fameuses bandes blanches et noires : 4 bandes blanches pour la Basse Bretagne 5 bandes noires pour la Haute Bretagne. Je vous en parlerai une prochaine fois !

Je quitte François en milieu de matinée. Sa femme est partie tôt ce matin. Marius est en forme bien qu’il ait passé la nuit sous la pluie ! Je suis sorti plusieurs fois de la crèche pour m’assurer qu’il allait bien ! Je n’aime pas dormir loin de lui lorsqu’il est attaché à la longue-longe. Je ne suis pas tranquille.

Je regagne la voie verte laissée la veille. A hauteur de Kermeur, je m’arrête à l’ancienne gare le temps d’une pause déjeuner. Le bâtiment est en ruine contrairement à celle de Srignac mais les abords sont bien herbeux. Un camion de transport de chevaux est stationné devant. A l’intérieur, la conductrice, accompagné de sa fille, attend des cavaliers provenant son centre équestre, partis il y a quelques jours faire une balade. Elle les attend pour leur apporter le déjeuner ! On discute un moment et elle me dit « me suivre sur Facebook ». Le monde du net est tout petit ! Pendant qu’on papote, approche un musher. L’homme est en fait assis sur un quad tracté par six chiens. Un attelage étonnant ! Le gars a du mal à faire faire demi-tour à sa meute au niveau de la gare. Elle a peur de Marius qui s’approche avec curiosité. Je l’écarte pour laisser le traîneau à chiens qui s’éloigne. Je me suis bien abstenu de critiquer cet homme et la manière dont il entraîne ses huskys. Je rencontre trop souvent à mon goût des gens qui portent un jugement sur le chargement de Marius alors qu’ils n’y connaissent rien en « âne » et ne savent pas davantage ce qu’est un bât. Après tout, moi je ne suis pas plus expert en attelage de chiens…

Les cavaliers arrivent. Je viens de finir de manger un morceau. J’ai éloigné Marius pour éviter qu’il effraie les chevaux. Je ne m’attarde pas. Je rebâte et je repars.

Je quitte la voie verte et me retrouve sur la route sur quelques centaines de mètres. Je me trompe de chemin à la patte d’oie suivante ! Heureusement, je m’en suis rendu compte assez vite. Petit demi-tour et premier sentier à gauche ! Je suis sur le GR de Pays de Morlaix. Il est beau et agréable mais boueux par endroit voire inondé par un ruisseau sur certaines portions !  Il traverse des bois, des champs de maïs, … Un régal. Petite difficulté toutefois sur ce sentier : deux trous cachés en partie par des planches cloutées sur deux barres de bois ont fait hésiter mon compagnon. Je dois insister pour qu’il ne mette pas ses sabots dans le trou. Je crains qu’il ne se blesse. Il finit par poser un pied sur la plaque de bois et passer. Ça c’est fait !
Le cadeau du jour :  un magnifique cerf qui déboule devant nous et fuit sur le chemin creux, n’arrivant pas à trouver un passage. Magnifique !  Doucement, on arrive à Créac’h Ménory. Je me mets en quête d’un pré pour la nuit. J’aperçois une voiture qui tourne dans une rue. Une piste ? J’y vais. La rue semble être une impasse qui aboutit dans une exploitation agricole. Devant la cour d’une maison, je croise une dame. Sans doute celle que j’ai entrevue il y a deux minutes. Elle est avec ses enfants. Son chien attaché à une chaîne ne cesse d’aboyer sur nous. Je l’interroge sur un éventuel terrain où je pourrais bivouaquer. Elle regrette, autour de chez elle, il n’y en a pas. Cependant, une connaissance qui possède des chevaux pourrait avoir ce qu’il me faut ! Je croise les doigts. Il ne décroche pas. Elle laisse un message. Lydie me propose un verre en attendant que son « voisin » la rappelle. J’en profite pour faire remplir les gourdes. Quelques minutes plus tard, son téléphone sonne. C’est lui. Le propriétaire de chevaux. Je comprends qu’il a un champ disponible non loin de là. Yeeeeees !!!

C’est parti ! Lydie m’y conduit escortée par ses enfants enchantés d’avoir vu un âne ! La pâture est à 500 ou 600m à peine. Il est très beau, clos et arboré… Seul hic, des chênes tout autour et surtout leurs fruits qui recouvrent le sol ! Pas cool. Je vais sans doute devoir attacher Marius cette nuit. Tout le monde déchargé, je constate que Marius ne se plaît pas ici. Des poneys auraient-ils laissés leurs odorants parfums ? Céline et moi nous sommes rendu compte que nos mul’ânes ne se plaisaient jamais sur des terrains où avaient pâturé des poneys… Bizarre ! On ne sait pas vraiment pourquoi ! Il se contentera de celui-là, pas le choix. Mais je délimite un périmètre avec ma cordelette pour éviter qu’il n’aille se goinfrer de glands.

La tente est vite montée. Je sors mon camping-gaz pour faire ma tambouille. Pâtes et sauce tomate, pour changer ! Je profite des derniers rayons du soleil en dégustant ce festin de roi ! Je respire à pleins poumons. Le bonheur est tout autour de moi. Je me sens bien. J’adore la Bretagne. J’adore mon voyage. Je ne regrette rien…

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