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FinistèreMarius Tour de France

Jour 562 / Histoires et légendes de Vallée des Saints

[Samedi 30 Septembre]

Je suis resté 4 jours chez Antoine. Au lendemain de mon arrivée chez lui, Marius est resté couché une bonne partie de la matinée. Sans doute fatigué par la journée boueuse de la veille ou peut-être a-t-il trop mangé de glands. Cette année, ils sont particulièrement toxiques. J’ai d’ailleurs appris que MJ, la jument de Diane de Caval’breizh que j’avais rencontrée en Normandie en juillet dernier, était morte en mangeant une poignée de glands. Une bien triste nouvelle qui me pousse encore à faire très attention à Marius. Selon la vétérinaire qu’a rencontrée Diane, la toxicité est imputée aux tanins qui libèrent par hydrolyse du pyrogallol, substance toxique pour le rein. Il semble aussi qu’un chêne peut donner des glands toxiques une année et pas la suivante. Cette année ils sont particulièrement nombreux et le vent en a fait tomber beaucoup par terre, notamment des verts qui s’avèrent être beaucoup plus dangereux que les glands mûrs. Les troubles peuvent apparaître après ingestion ponctuelle d’une grande quantité de glands, mais aussi après une ingestion prolongée de quantités plus faibles. J’ai intérêt à redoubler de vigilance avec Marius.

Marius justement qui a mis près de deux jours à se remettre. Je l’ai laissé en quasi liberté sur le terrain d’Antoine. Il n’était pas clos mais mon compagnon de voyage est resté sagement entre la pâture et le hangar où il a pu arracher quelques poignées de foin aux rondes-balles stockées au fond. C’était amusant de le voir déambuler, libre, allant à sa guise là où bon lui semblait ! La nuit, pour lui éviter de tenir à la longe, on lui a aménagé un espace fermé sous un appentis adossé au bâtiment. Il y était visiblement bien !

Hormis quelques bonnes averses, il a fait plutôt beau durant cet arrêt. Antoine en a profité pour sortir de grosses enceintes afin d’écouter de la musique tout en m’apprenant à jouer au palet breton ! Il est possible qu’on l’entendait loin dans la vallée !!! Pour faire simple, le jeu de palet c’est une sorte de pétanque mais avec des boules plates ! Il en existe dans de nombreuses régions et consiste à lancer des palets depuis une surface délimitée (planche de bois ou de plomb) ou directement sur le sol (terre, route), le plus près possible d’un autre palet plus petit. Une sorte de cochonnet déguisé !

C’est avec lui que j’ai découvert que l’alimentation de base du breton était la crêpe… ou la galette… Bon, les bretons ne sont pas d’accords entre eux sur la dénomination de leur plat national mais qu’elles soient salées, à base de farine de blé noir (aussi appelé sarrasin), ou sucrées, à base de farine de froment, ils sont unanimes pour la manger ! En fait, la région fait le nom. Ainsi, le Breton de Basse-Bretagne (région qui s’étend vaguement à l’ouest d’une ligne Saint-Brieuc-Vannes) les appelle « crêpes » lorsqu’elles sont à base de blé noir et de froment mais les nomme « galettes » lorsqu’il s’agit d’une crêpe de froment plus épaisse. Le breton de Haute-Bretagne (Région à l’est de cette ligne Saint-Brieuc-Vannes) lui, nomme »galettes » les crêpes de blé noir. Qui a raison et qui a tort ?? Chacun prêche ici pour sa paroisse mais c’est une notion à connaître si vous ne voulez pas frôler l’incident diplomatique lorsque vous venez en Bretagne ! En ce qui me concerne, l’essentiel c’est qu’elles soient bonnes !

On a beaucoup discuté de voyage notamment. Antoine a pas mal bourlingué. Il a constaté avec regret que les personnes de l’entourage de celui qui part faire un road-trip, ne comprennent pas le sens de la démarche et l’expérience profonde vécue. La discussion s’est aussi engagée autour du temps que je consacre à mon blog, mes vidéos et autres réseaux sociaux. Et c’est vrai j’y passe beaucoup de temps. Trop sans doute pour quelqu’un qui a tout quitté pour voyager. Mais l’écriture comme les films ont du sens pour moi. Consigner chaque journée de mon tour de France sur le blog est la première trame d’un ou deux livres tandis que le montage de mes vlogs ou interview me permettent d’apprendre à utiliser le matériel et les logiciels. Je profite aussi de mes temps de pause pour suivre des formations sur le net. C’est une façon de travailler, de garder une activité pendant le voyage et pourquoi pas de le financer. En toute honnêteté, c’est loin d’être le cas ! Malheureusement.

Cette pause était très enrichissante.Me voilà donc en chemin. À nouveau. Je laisse ce matin Antoine avec qui j’ai passé de très bons moments. Je serais bien resté encore quelques jours mais il me faut repartir. Cap au sud… Enfin.. tout est relatif ! Cap en tout cas sur la Vallée des Saints située à Carnoët en centre Bretagne, à la limite du Finistère et des Côtes d’Armor. En fait, ce n’est pas une vallée mais plutôt une colline sur laquelle, depuis 2008, des sculptures monumentales taillées dans du granite breton, sont implantées. Pour l’heure, il y en a presque une centaine et l’association porteuse du projet, ambitionne d’y en construire 1000 ! La Vallée des Saints rêve de devenir « LA » locomotive touristique bretonne dans les prochaines années. Elle aurait déjà accueilli plus de 700 000 visiteurs. Chez Denis près de Saint-Brieuc, on m’avait prêté un livre sur ce site étonnant ! Il y était écrit que cette Vallée était devenue en quelques années le projet le plus fédérateur de Bretagne grâce à la constitution d’un formidable réseau de mécènes. De nombreux particuliers et entreprises soutiennent en effet le projet en participant au financement d’une sculpture (les Compagnons), des infrastructures du site (les Bâtisseurs) ou au fonctionnement de l’association. J’aimerais arriver à temps pour assister aux chantiers de sculptures ouverts au public et organisés du mois de mai au mois d’octobre. Chaque chantier dure 30 jours et voit la création de 5 à 7 sculptures. je croise les doigts !

Mon itinéraire démarre dans la boue… pour changer ! Ça glisse dans tous les sens ! Une vraie pataugeoire jusqu’au hameau de Kerlavézan ! Ensuite, j’enchaîne sur du bitume jusqu’à Carnoët. Dans les deux derniers kilomètres, je croise Antoine qui termine son boulot et rentre chez lui. On papote quelques minutes sur le bord de la route avant de se dire au-revoir. On se reverra peut-être avant que je ne quitte la Bretagne.

Lorsque j’arrive sur le site, l’accueil est train de fermer. Peu importe, ce sont Conan et Azenor qui nous saluent. Je cherche d’abord un endroit où installer ma tente. Il y a des chênes un peu partout et donc des tapis de glands au sol… Un homme sort d’un camping car et vient à ma rencontre. « Bonjour, on s’est rencontré en août près de Ploubalay. Vous étiez passé près de chez moi ! ». Ah mais bien sûr ! Il possède un âne et on avait papoté quelques minutes. C’était quelques heures avant de me faire sortir d’un terrain par son propriétaire. Vous vous souvenez le fameux « accueil breton… » !! Bref ! Quelle coïncidence ! Nous n’avions alors pas eu le temps d’échanger ce jour là. Il devait partir récupérer son bateau en panne. La rencontre devait visiblement avoir lieu ! Et ce sera ce soir !

Avant de débâter Marius, je fais un petit tour dans la Vallée pour découvrir les géants qui s’élèvent magnifiquement. L’ambiance est particulière au milieu de ces colosses de granit qui peuplent le site. D’origine celtique, ils ont été vénérés pour leurs pouvoirs surnaturels. C’est le soir à la veillée qu’étaient contées les aventures extraordinaires de ces hommes et de ses femmes qui, chassés de ce que l’on appelle aujourd’hui la Grande-Bretagne, par des envahisseurs saxons, traversèrent la Manche pour se réfugier et s’installer en Armorique. Les moines-pasteurs qui fondèrent les premières paroisses chrétiennes en Bretagne, ont effacé petit à petit les influences druidiques et païennes pour christianiser ces croyances légendaires. C’est ainsi que la fête du solstice d’été devint celle de la Saint-Jean, que les assemblées druidiques prirent le nom de « pardons », qu’on planta des croix sur les menhirs (qui servirent aussi à la construction de chapelles rurales) et que les dolmens servirent de cryptes à ces mêmes chapelles. Les sources sacrées devinrent des fontaines sacrées dont les niches de pierre abritaient la statue d’un saint guérisseur qui se substituait ainsi aux fées, aux génies et aux lutins.

Les sculptures sont magnifiques. Grandioses. Étonnantes. Parfois il semble qu’elles vont bouger… C’est à côté de Conan et Azenor que je vais planter ma tente pour la nuit. Le premier était un missionnaire irlandais, évangélisateur des Hébrides et de l’île de Manau au VIIe siècle, qui n’a pas hésité à prendre les armes non pour convertir par force, mais pour réduire tout ce qui peut gêner la libre prédication de la foi. Quant à Azenor, la légende rapporte qu’un jour de chasse, son père, Even, prince de Léon fut attaqué par un serpent. Azénor qui le suivait, a alors dégrafé son corsage et pressé son sein jusqu’à ce qu’il perle une goutte de lait dont sont friands les serpents. La sainte donna son lait au serpent qui avait mordu son père, puis dégaina son couteau de chasse et se trancha le sein qu’elle jeta au loin, avec le serpent. Dieu ne permit pas qu’un si beau trait de dévouement filial se traduise par une hideuse infirmité, si bien qu’il pourvut sur le champ la jeune fille d’un sein d’or.

Il se remet à pleuvoir dans la soirée. Mais c’est dans le camping car du couple que j’ai retrouvé en arrivant sur le site que je passe la soirée. Je crois que ce sera, avec le Mont Saint-Michel l’un des bivouacs les plus insolites….

[Dimanche 1er octobre] 
J’ai pris mon temps ce matin. D’abord parce qu’il pleuvait et d’autre part, parce que j’espérais que l’épais brouillard qui couvre la Vallée, se lève pour faire quelques photos. A 11h, la brume épaisse cache toujours le soleil. Cela n’a pas empêché les curieux de venir visiter l’Île de Pâques bretonne. Arrivés d’abord au compte goutte, une vague de curieux a déferlé vers 13h30. Fort heureusement j’avais bouclé mes affaires. Parmi eux, certains venaient de loin découvrir les histoire et les légendes de ces saints bretons, d’autres habitaient tout-à-côté, comme ces paroissiens de Dol de Bretagne avec qui j’ai un peu papoté ! Ce n’est pas tous les jours qu’on croise un âne au milieu des Saints !

L’ambiance y est très particulière avec cette épaisse brume qui couvre la colline. Les géants semblent être sortis de nul-part. Je fais le tour avec Marius de cette « île de Pâques bretonne » qui ne prête attention qu’à l’herbe dont il peut se goinfrer pendant que j’admire ces oeuvres et discute avec quelques visiteurs. Je ne verrais pas de sculpteurs. Je suis arrivés trop tard : les derniers Saints ont été implantés il y a 2 jours m’a-t-on dit ! Dommage.

Sur les conseils d’Antoine, je prends donc la direction de la forêt d’Huelgoat. Un bout de route d’abord, puis je traverse la forêt du Fréau. Une piste rectiligne trace dans la forêt en suivant les courbes des collines. Il pleut toujours un peu mais le chemin n’est pas boueux. Je traverse la Voaz Ven, retrouve un bout de route puis retrouve une autre piste. Je m’arrête quelques minutes devant une ancienne maison forestière , le temps de vérifier que je suis bien sur le bon chemin. Un peu plus loin je bifurque à droite sur un sentier très herbeux qui coupe deux parcelles de bois, pour redescendre vers une petite route goudronnée.
Cette voie sillonne le long de l’Aulne. Il y a des voitures garées sur le bas côté et j’entends des chiens aboyer. Des chasseurs ? Dans le doute, je siffle et chante pour « signaler ma présence ». Plus loin, je comprends qu’il s’agit de cueilleurs de champignons. Mais au loin, j’entends des coups de feu. Ça tire pas loin ! C’est sûr, ce ne sont pas des promeneurs du dimanche ! Pétard, ça fout un peu les ch’touilles.

Le long de la rivière, ça sent l’humus et le champignon à plein nez !
Il pleut encore.
Lémézec Izella, premier hameau que je traverse depuis mon départ de la Vallée des Saints. J’entends parler. Une dame surgit pour traverser. Elle est aussi surprise que moi ! J’en profite pour lui demander de l’eau. Alors qu’elle me conduit vers un robinet pour remplir le seau pliable de Marius et ma gourde, elle me propose un terrain pour y passer la nuit.
Mon outre remplie, elle me conduit sur un terrain à quelques dizaines de mètres de chez elle. Nickel ! On sera bien. Il y a même une remise dans laquelle est garée une voiture en cours de réparation, où je peux stocker mes affaires au sec !

Après un rapide tour de la parcelle, je repère le meilleur endroit pour planter la tente. Je dois veiller à ce que Marius n’aille pas manger trop de pommes dans le verger au fond du champ et surtout qu’il ne croque pas les légumes dans le potager du père de mon hôte. Les carottes en particulier !! Le campement posé, Corinne vient me chercher pour boire une boisson chaude et manger une crêpe… ou deux ! « Avec plaisir ! » J’attache donc Marius à un arbre, tire une cordelette pour l’empêcher de passer derrière la tente. Il peut s’y approcher et même s’y frotter.

Corinne me confie qu’elle est en plein changement professionnel et qu’elle s’interroge. Elle me fait part de son envie de prendre le chemin, d’aller peut-être à Compostelle.

Je passe une très belle soirée avec les hôtes qui me proposent une douche avant de passer à table. On parle beaucoup de mon voyage pendant le repas. Corinne est bien évidemment pleine de questions. Son mari Joseph et elle me racontent comment les campagnes se sont vidées. Leur hameau comme celui d’à côté, comptaient plusieurs dizaines de foyers après Guerre. Aujourd’hui ils ne sont qu’une poignée à y habiter. Ici comme dans nombre de départements, la désertification rurale touche les campagnes. La Bretagne est mitée par un habitat dispersé sous forme de hameaux de 3 ou 4 foyers. J’en traverse très très souvent ! Il y en a partout. Il s’agissait à l’origine de petites fermes mais dont beaucoup désormais soit sont à l’abandon, soit ont fusionné en une grande exploitation agricole, soit sont reconverties à des fins résidentielles.

Je passe un très bon moment jusqu’à ce que je retourne au bivouac. Je retrouve la tente couchée. En fait, un nouvel arceau a cassé et a troué la toile toute neuve. Quelle merde ! Je ne sais pas si c’est de la faute de Marius ou si le tube a cassé tout seul… Pas le temps de réfléchir à ça. Ni de pester d’ailleurs. Il me faut réparer. Je retourne chez Corinne et Joseph pour leur demander quelques outils. Je change l’arceau à la lampe torche puis rafistole la toile avec du scotch.

Sources : 

La Vallée des Saints

Le Guide du Flâneur

Terres Celtes – Crêpes et Galettes 

 

Tags : BreizhBretagneFinistèreTour de France

Un commentaire

  1. Ca fait tellement longtemps. Avant je communiquais surtout avec fb, mais ils sont trop exigeants, j’ai arrêté.
    Je me languissais d’avoir de vos nouvelles, c’est chose faite, je suis contente de vous voir avancer, et je vous envie de visiter la Bretagne. C’est juste dommage que ce ne soit pas toujours beau temps pour les voyageurs. 🙂
    Bonne route, je me suis abonnée au blog, j’espère qu’ainsi le vent de la liberté soufflera plus souvent.

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