close
FinistèreMarius Tour de France

Jour 556 / Forêt magique… forêt toxique !

[Lundi 25 Septembre] 

Je quitte l’abri près de la chapelle Sainte-Jeune en fin de matinée. Direction le Bois de Kerroué après avoir traversé le Guic. Les paysages sont morcelés de champs de maïs. Serait-ce signe d’élevages intensifs ?
Le ciel est encore très nuageux. Il pleut par moment. Le chemin s’engouffre dans la Forêt domaniale de Beffou, « la résidence des hêtres » en breton. Une magnifique forêt qui s’étend sur plus de 630 ha tout autour de la colline du Pavé (322m). Ce massif boisé est le plus haut de Bretagne et son originalité tient au fait que le Beffou se trouve à cheval sur une crête qui est une ligne de partage des eaux : d’un côté elles partent vers l’Aulne (qui prend sa source ici), et de l’autre vers le Léguer.

Avec des précipitations de l’ordre de 1 700 mm d’eau par an, cette forêt est très humide. L’ambiance y est même un peu tropicale c’est dire ! La mousse pousse partout ! Cette forêt est une véritable mosaïque de sentiers et d’essences, principalement de feuillus (hêtre, chêne, frêne, merisier, bouleau) mais aussi de conifères comme l’if. Et là, dans mon guide du broutard, je rétrograde la forêt de « magnifique » à « dangereuse » ! Surtout quand il est partout ! La présence d’ifs est citée parmi les plus importantes de France. La Bretagne en compte même quelques-uns millénaires.

Je suis obligé de tenir Marius serré pour éviter qu’il ne se laisse aller à quelques toxiques gourmandises. Car chez l’if, des aiguilles aux graines en passant par l’écorce, tout est toxique ! Frais ou séché, il peut tuer un équidé, un bovin ou un ovin après l’ingestion de quelques centaines de grammes à peine. Autant dire que je ne fais pas le malin en sillonnant sur le sentier qui traverse cette forêt qui fut dévastée par l’ouragan de 1987.

L’if est l’arbre sacré des druides celtes. Il est planté dans les cimetières écossais, irlandais et wikings Dans la mythologie grecque et romaine, l’if est dédié (comme le Saule) à Hécate, gardienne des Enfers. Lors de la christianisation, ce symbole païen va être récupéré, l’if va alors devenir le symbole du lien entre le ciel et la Terre chez les chrétiens qui en plantent dans les cimetières et autour des églises. Arbre intimement lié à la mort, et donnant la mort, il est aussi symbole d’immortalité : L’if a une croissance atypique : avec le temps (mille ans, deux milles ans), l’arbre se creuse, se vide et il devient alors impossible de lui donner un âge.

J’arrive à trouver un spot pour me poser pour déjeuner sans trop d’ifs à proximité. Mais je ne suis pas tranquille et j’ai toujours un œil sur ce que mange Marius. Je m’attarde pas. Mon repas vite avalé, je recharge mon âne et repars. Après la Laie Sommière Nord (chemin sur lequel les chevaux et bêtes de somme circulaient pour sortir hors des forêts le bois, le charbon de bois ou les grands animaux tués à la chasse, ou y amener les bûcherons, les charbonniers et leur matériel), nous empruntons une voie gallo-romaine construite en 50 av. J.C. Les soldats de Jules César, dit-on, auraient tracé dans la forêt cette allée rectiligne sur 1.5 km, montant abruptement jusqu’au « Pavé ». On repique sur la Laie Sommière Sud avant de retrouver une piste forestière qui nous extirpe de la forêt ! L’Equibreizh, l’itinéraire équestre que j’emprunte, ne m’a malheureusement pas fait découvrir l’allée couverte du Brohet, un monument mégalithique datant du 3ème millénaire avant J.C.

Enfin sorti du massif forestier, je me mets en quête d’un lieu pour bivouaquer. Dans le hameau de Pengalet, je demande à une vieille dame qui me dit d’aller voir un peu plus loin : des Anglais possèdent une exploitation et pourraient peut-être me trouver un terrain. J’avance donc jusqu’à la supposée ferme mais je ne trouve personne, si ce n’est trois chiens qui nous courent après. Je décide de poursuive mon chemin mais j’abandonne mon tracé. Le sentier est trop boueux. C’est une vraie galère pour Marius qui a beaucoup de mal à mettre un sabot devant l’autre sans glisser. Je décide donc de prendre une piste qui me fait faire un beau détour mais j’imagine qu’elle est plus large et mieux entretenue. Mauvaise pioche ! C’est pire ! Il y a de grandes flaques et elle est très boueuse. L’eau rentre dans les chaussures… un vrai bonheur !

On arrivera finalement à atteindre le chemin qui mène au parc éolien. Le sol devient plus dur avant le goudron de la route. Je ne suis qu’à 6 kilomètres de Guerlesquin. Je quitte mon itinéraire pour tenter de m’installer dans un des hameaux tout proches. Avant d’arriver sur la départementale, je questionne une retraitée qui me dit ne pas avoir de terre ici. Visiblement je vais avoir un peu de mal ce soir !! Je marche quelques mètres puis retourne vers la dame pour lui demander de l’eau. Je vais bien trouver un champ où me poser. Mes outres pleines, je poursuis ma route et repère un champ. C’est alors qu’une camionnette croise ma route. Le conducteur s’arrête et me demande où je vais. Je lui explique brièvement et il m’indique alors habiter un peu plus loin, près des éoliennes et avoir du terrain pour mon âne. Cool ! Demi-tour, je repasse devant les éoliennes puis emprunte un chemin qui descend jusqu’à la maison de mon hôte.Antoine a acheté une maison sur un terrain de plusieurs hectares il y a quelque mois à peine. Enfin… Une maison… Une ruine devrais-je dire dont il ne reste aujourd’hui que les deux murs pignons. Il a en effet détruit le reste car il envisage de reconstruire une maison neuve autour des deux pans de murs restants. Il est charpentier, alors c’est un domaine qu’il maitrise bien ! Sa nouvelle maison sera d’ailleurs en partie bâtie en bois. Pour l’instant, Antoine vit dans un grand bungalow qui jouxte un grand hangar agricole dans lequel il a installé son salon et sa cuisine ! C’est dans une des deux caravanes installées sous le bâtiment que je vais dormir.

Marius lui, sera au piquet dans le champ qui n’est pas clos. J’évite de le mettre trop près des chênes car il pourrait se gaver de glands durant la nuit. D’ici, on peut voir les Monts d’Arrée et la Vallée des Saints qui n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’ici selon Antoine. Cette précision me fait réfléchir et m’incite à modifier mon itinéraire. Je pensais m’y rendre après être allé sur la presqu’île de Crozon mais finalement autant y aller demain. Je rejoindrai les Monts d’Arrée par la forêt d’Huelgoat. Un lieu qui semble sorti d’un conte de fées selon mon hôte.

C’est devant un feu que nous passons la soirée. Une très belle soirée. Antoine me raconte qu’il a pas mal voyagé avant de s’installer à son compte et m’explique qu’il souhaiterait faire de cet endroit, un lieu ouvert, un lieu festif aussi. C’est une très belle idée ! Il s’y prête complètement ! En tout cas, je m’y plais déjà !

Tags : BretagneCôtes d'ArmorFinistèreTour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !