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Marius Tour de France

Jour 555 / Ici on lutte contre de nouveaux projets miniers

[Dimanche 24 septembre]

Il a plu une partie de la nuit et ce matin, ça ne s’arrête pas. Je reçois un message d’Audrey qui me propose de venir avec du thé et le petit-déjeuner. J’accepte bien volontiers ! Ce sera l’occasion de papoter sur son projet avant mon départ.

Lorsqu’elle arrive, je suis encore dans mon duvet. J’écris. On décide d’aller dans son camion. On y sera plus à l’abri et plus confortablement installé que dans une tente. Me voir partir déplaît à Marius qui appelle plusieurs fois dans notre direction ! Ce sont les voisins qui vont être contents ! Tôt ce matin déjà, il a brait lorsqu’il les a aperçus. Il semble aller mieux. Tant mieux ! Il avait dû manger quelque chose qui l’a contrarié. Un peu comme moi qui avais oublié que les dattes étaient un très bon laxatif. Il m’aura fallu en manger deux paquets pour m’en rendre compte et surtout comprendre pourquoi j’allais si souvent aux toilettes !!

J’ai mis beaucoup de temps à démonter le bivouac. Il m’a fallu beaucoup de motivation pour ranger mes affaires sous la pluie ! Entre deux averses, je discute avec le voisin d’en face qui me fait l’éloge du centre Bretagne et me convainc de passer dans différents villages où selon lui je dois absolument aller pour l’ambiance et pour rencontrer certains de ses habitants qui sont uniques ! Je prends note !

Il est 16h lorsque je quitte le village de Loc-Envel. Je pensais repasser devant le festival mais la toile a été démontée. Il est vraisemblablement terminé. Je n’ai pas eu le temps de visiter la très belle église du XVIe siècle, de style gothique flamboyant.
On emprunte une départementale qui longe le Guic que l’on traverse grâce à un petit pont de bois pour poursuivre sur un sentier à travers une petite forêt. Les chemins sont détrempés et il pleut toujours.

En marchant, je vois de temps à autre de panneaux ou affiches dénonçant un projet minier sur la commune de Loc-Envel. La géologie du vieux Massif armoricain suscite l’intérêt des entreprises minières. Cuivre, zinc, plomb, or, argent, tungstène, étain,… sont convoités par plusieurs sociétés qui ont déjà déposé des permis de recherche afin d’explorer le sous-sol pendant une période de cinq ans, avant une possible exploitation. Autant dire que la lutte s’organise déjà : des associations et des collectifs se structurent et se sont progressivement constitués suite à l’attribution des permis. Tous craignent des pollutions et de nouveaux risques pour la santé,… Les entreprises minières (dont les capitaux viennent pour certaines d’Australie et du Canada) promettent de nombreux emplois directs et indirects ainsi que des retombées économiques importantes, mais elles le savent : elles risquent de se heurter à une résistance comme celle de Notre-Dame-des-Landes. Dans certaines communes déjà, comme à Loc-Envel, de très nombreux propriétaires refusent l’accès pour tout prélèvement. Dans certains villages, cela atteint 100 %. Pourtant, l’ensemble de la population n’est pas toujours opposée au retour des mines ! Des maires affirment clairement y être favorables. Dans plusieurs bourgs, les habitants sont divisés.

Le bras de fer ne fait que commencer… Ici comme ailleurs, l’industrie minière est revenue à la mode depuis sa relance prônée Montebourg en 2013. Partout où des projets sont en cours, des résistants luttent contre une catastrophe écologique et humaine annoncée. Les Bretons sont eux aussi bien décidés à ne pas sacrifier leurs terres et leur qualité de vie sur l’Autel de la spéculation.

Ce combat me rappelle celui des Bishnoïs rencontrés en Alsace. Eux luttent contre un projet autoroutier qui doit contourner Strasbourg. Autre région, autre lutte. Je m’interroge sur l’avenir de cette société malade de consommation qui, comme un enfant gâté, en veut toujours plus. Quel poids peuvent avoir ces poignées de courageux Résistants disséminés et minoritaires sur le territoire face à des lobbies très puissants appuyés par des politiques qui n’ont dans la bouche que le mot « croissance » ?

Retour sur la route. Une mamie s’arrête à notre hauteur intriguée. Elle m’informe qu’à une poignée de kilomètres, je trouverai une chapelle. « Dans le parc, il y a un cabanon avec des tables. Vous pourrez y dormir au sec ! ». Quelques minutes plus tard, nous y sommes effectivement. Le refuge est construit tout en longueur et n’est pas complètement fermé mais il me siéra bien ! Marius a de l’herbe devant et pourra même s’y abriter. Libre comme chaque soir avant que je ne me couche, mon âne va bouloter dans le parc avant de se ruer sur des châtaignes et des glands tombés au sol. Pour éviter d’entendre à nouveau son ventre grogner toute la nuit, je l’attache sans attendre près de l’abri. On va éviter les problèmes !

D’après un panneau explicatif, la légende raconte que saint Envel est venu d’outre Manche en compagnie d’un frère qui s’appelait aussi Envel et d’une sœur qui s’appelait Iona ce qui veut dire Jeune. Lorsqu’ils atteignirent la forêt de Coat-an-Noz, ils décidèrent de s’y installer et fondèrent chacun leur ermitage à un quart de lieue les uns des autres. Saint-Envel l’aîné s’installa à Loc-Envel, Saint-Envel le jeune s’installa à Belle-Isle-en-Terre et Sainte-Jeune s’installa à l’emplacement de la chapelle à côté de laquelle je vais passer la nuit.
La chapelle Sainte-Jeune a été bâtie au XVIe à l’emplacement d’une ancienne fortification romaine.

Je fais le tour de la chapelle en quête d’un robinet. Rien. Je devrai me contenter de ce qu’il reste dans ma gourde. Faute d’eau, ce sera donc repas froid ce soir !

La nuit tombée, la pluie redouble d’intensité. C’est là que je m’aperçois que j’ai posé mon duvet sous le seul trou du toit !!! J’ai vraiment eu du nez !
Pour éviter un nouveau dégât des eaux, j’inspecte minutieusement la toiture et installe ma nouvelle chambre ! La nuit va être humide…

 

Tags : BretagneCôtes d'ArmorTour de France

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