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Marius Tour de FranceMTF #Côtes d'Armor

Jour 554 / Une galère, une enquête, une belle rencontre au pays des contes

[Samedi 23 septembre]

Il était important que l’on s’arrête à Gurunhuel hier soir avant de traverser deux grandes forêts Coat-an-hay (bois du jour) d’abord, puis Coat-an-Noz (bois de la nuit). Ces noms viendraient du fait que Coat-an-Noz est situé à l’ouest, au couchant et Coat-an-Hay est situé à l’est, au levant. Après ce petit point toponymie, et un café, on peut prendre la route !
Le massif forestier est séparé par le Léguer, un petit cours d’eau. Il fut longtemps un lieu d’exploitation tant par les sabotiers que pour ses richesses en minerais (fer, plomb, argent, galène), si bien qu’entre 1780 et 1860, la forêt est passée de 2400 ha à 700 ha. Le bois était principalement utilisé afin d’alimenter un haut fourneau allumé afin de produire le métal.

Aujourd’hui gérée par l’Office National des Forêts, elle a gagné du terrain depuis une petite centaine d’hectares. On est encore très loin de l’époque qui a précédé les grands défrichements (Xe et XIIe siècle) mais les essences s’étendent depuis la fermeture des mines. On y trouve notamment du hêtre et du chêne mais aussi du châtaignier, ainsi que des résineux comme le douglas ou le pin Laricio. Je me régale de la traverser. Après avoir quitté une piste, je m’enfonce dans la forêt Coat-an-Hay par le GR 34. Le chemin d’abord large devient plus étroit lorsqu’il court vers la rivière. Marius slalome entre les troncs de vieux arbres magnifiques. Tout autour, la végétation est composées de ronces et de fougères. De la mousse et du lierre recouvrent les arbres et les pierres. Ambiance magique !

Au Cap il y a des traces d’une occupation humaine du site à l’époque où les romains avaient envahi la Gaule et l’Armorique. C’est aussi un lieu de légende car il abrite le chevalier du Cap. On raconte qu’une nuit par an, le chevalier quitte son antre et parcourt la contrée armé d’une épée de feu et monté sur un cheval d’argent. La légende dit aussi que se sera le bonheur éternel pour celui ou celle qui le rencontrera cette nuit là.

Le décor est surprenant tant il change brusquement. En quelques centaines de mètres, on passe d’une zone humide avec un chemin parsemé de flaques d’eau et de boue, du lichen et de la mousse partout à une végétation plus sèche de type méditerranéen ! On longe pendant un long moment Le Léguer, havre de paix pour la loutre, jusqu’à une route forestière qui nous permet de le traverser. J’entre alors dans la forêt Coat-an-Noz. J’entends des coups de feu au loin. C’est le moment de chanter !! L’itinéraire équestre quitte la laie (grande allée carrossable utilisée pour le débardage), revient dans la forêt par un sentier, contourne un petit mamelon avant de descendre en ligne droite jusqu’à une départementale qui coupe le massif.

Une fois sur la départementale, je dois marcher au bord sur quelques dizaines de mètres pour prendre le chemin en face et poursuivre. Mais un doute me prend en apercevant des barrières à l’entrée. Je pense aussitôt à une battue. En m’approchant, je comprends que la route est fermée à la circulation car un festival de contes se déroule ce week-end à Loc-Envel, un village que je dois traverser et qui est desservi par cette voie. Ouf ! Me voilà rassuré ! J’ai eu peur de devoir contourner la forêt par la route !
Une table de pique-nique m’invite à faire une pause casse-croûte. Il est presque 15h ça tombe bien ! Je décharge Marius et avale une salade. Il y a pas mal de cueilleurs de champignons. « Dom » en revient… bredouille. Il vient à ma rencontre et on papote de la Bretagne. Selon lui « il y a quelque chose à faire ici, culturellement et socialement… ». L’homme aux cheveux grisonnants remonte dans sa voiture. Il se rend à Loc-Envel. On se reverra sans doute là-bas.
On repart nous aussi.

La forêt s’ouvre un peu plus loin sur une grande clairière au centre de laquelle trône un château construit entre 1880 et 1884 par la comtesse de Sesmaisons. Il s’agit en fait d’un logis rectangulaire flanqué de tourelles à ses quatre angles, en pleine restauration depuis plusieurs années déjà. Je ne suis plus très loin du village où j’arrive par une petite rue qui donne sur une terrasse de café où plusieurs personnes sont attablés. Mon arrivée ne passe pas inaperçue ! Comme je l’avais vu plus avant, il s’y déroule un festival de contes. Les spectacles ont lieu dans une tente marocaine aux couleurs de la Bretagne installée sur la place du village. Plusieurs personnes viennent m’aborder. Quelqu’un me demande même si je suis conteur ! L’ambiance est joyeuse ! Une des organisatrices me propose de débâter Marius près de tables de camping sur la placette. Bonne idée !Les affaires posées, je décide d’attacher mon âne à la longue longe histoire qu’il ne dérange pas le public. Je constate alors que je ne l’ai pas. Je ne sais pas où je l’ai oubliée : peut-être ce matin en partant ou à la table de pique-nique dans la forêt. C’est pour moi une grosse galère car je l’utilise très souvent pour attacher Marius lorsque le terrain n’est pas clos. Elle fait partie du matériel indispensable.

Des habitants du bourg m’invitent à m’installer sur des terrains alentour. Je leur explique mon problème. Avertie, la mairesse du village accepte de se rendre là où j’ai déjeuné pour vérifier que je ne l’ai pas oubliée là-bas. C’est très gentil de sa part. Malheureusement, elle revient 20 minutes plus tard sans l’avoir trouvée. C’est maintenant confirmé : j’ai laissé ma longe dans le jardin de mon hôte ce matin, à 25 minutes en voiture.
Je cherche une solution…Il me faut trouver d’abord les coordonnées de mon hôte de la veille. J’ai pour seul indice le fait qu’il soit élu de la commune de Gurunhuel. C’est mince ! Une recherche google me permet de trouver la liste des conseillers municipaux. Il n’est pas adjoint, il me l’aurait dit. Mon hôte a, je pense, une petite cinquantaine d’année. Je mets donc de côté les éluEs, les sexagénaires et un jeune conseiller. Une recherche google photo confirme mon intuition. Il s’agit de Jacky. Son adresse concorde. Yes ! Je l’appelle ! Arf ! Il n’est pas chez lui !

L’heure tourne…

Curieuse et intéressée, Audrey s’approche et engage la discussion. Propriétaire d’un âne et d’un cheval de trait avec qui elle voudrait voyager dans sa roulotte, elle se pose mille et une questions. Et puis elle a 5 enfants… Comment faire ? Je n’ai pas trop à la tête à parler de tout cela pour l’instant. Je lui explique être préoccupé par l’oubli de ma longe. Audrey me propose d’abord de me prêter sa voiture pour aller la récupérer. Le hic c’est que si Marius ne me voit plus, il va braire pendant tout le spectacle qui doit commencer… Audrey suggère de faire le trajet pour moi. J’accepte avec plaisir. Elle m’ôte une sacrée épine du pied.

Ca y est, je respire ! Je vais pouvoir manger une galette … ou deux ! Non deux !!

Un peu plus tard, je rencontre Fabrice, le mari d’une agricultrice du village. Il me propose un terrain pour passer la nuit où il m’emmène. Il fait déjà sombre. Je laisse mes « longues oreilles » occupé à boulotter des branches de noisetiers, pensant en avoir seulement quelques minutes. C’était sans compter la gentillesse de mon guide qui me fait découvrir Loc-Envel et différents terrains. Sur les hauteurs du village, une parcelle close sera idéale pour Marius. Avant de le retrouver sur la placette, Fabrice m’indique où trouver de l’eau de source dans sa ferme et me présente le dernier né du troupeau de vaches. Il n’ a que quelques heures. Je ne m’attarde pas. Sur ces entrefaites, je reçois un SMS d’Audrey qui est revenue et ne me trouvant pas, m’indique avoir laissé la longe sur mes affaires. Je me dépêche de redescendre vers le centre du village. Je veux la remercier avant qu’elle parte. Je la retrouve, la remercie pour son aide précieuse et elle m’accompagne finalement jusqu’au terrain après m’avoir aidé à rebâter Marius qui commençait à s’impatienter.

Nous ne sommes qu’à 600 ou 700 m du terrain. Nous échangeons sur le voyage tout en grimpant dans l’obscurité. Après une inspection minutieuse du champ, je me résous à le couper en deux avec ma cordelette. Il y a trop de trèfles mais je trouve dommage que Marius soit attaché dans un parc clos. Pendant que je monte ma tente, notre discussion se poursuit. Je réponds à plusieurs de ses interrogations. Partage mon expérience du chemin. Raconte des anecdotes. Elle hésite à partir. Ne sait d’abord pas comment se lancer. Faire le premier pas.

Après avoir été chercher de l’eau au robinet à l’église, Audrey s’en va. On aurait pu poursuivre cet échange au bar du village mais je ne veux pas laisser Marius seul. Je lui exprime encore toute ma gratitude pour son aide. Elle me loue pour cette rencontre.

Couché dans ma tente, j’entends le ventre de Marius grogner au point que je sors pour voir comment il va. Il n’a pas l’air très bien ce soir. Il mange peu alors que d’herbe est bien haute. Je ne sais pas ce qu’il a. Peut-être a-t-il un peu trop mangé de noisettes et de glands… J’essaie de le palper mais il s »en va lorsque je le touche. Je le laisse tranquille en espérant que demain il ira mieux.

Tags : BretagneCôtes d'ArmorTour de France

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