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Marius Tour de FranceMTF #Côtes d'Armor

Jour 553/ Premiers froids ressentis sous la tente

Mercredi 20 septembre]

A l’heure de la traite, les agriculteurs s’activent tôt dans la ferme ! Je suis invité à prendre un petit déjeuner avec Franck, le père de famille. On évoque comme souvent avec les éleveurs, les difficultés du monde agricole et notamment celles des producteurs de lait. La commune de Squiffiec compte tout de même neuf exploitations en production laitière, une en porc et trois en volaille. A 29 ans, Vincent est le plus jeune.

Suite aux nombreuses crises du prix du lait, des producteurs s’organisent un peu partout sur le territoire en lançant par exemple, leur propre marque de lait comme « FaireFrance ». Une sorte de lait « équitable » afin que les éleveurs vendent leur production au dessus du prix du marché. Mais cela ne fonctionne pas toujours. Les consommateurs regardent d’abord le prix plutôt que la provenance ou à l’éthique du produit. De plus, selon Franck, la distance entre la laiterie et les producteurs rend souvent impossible la livraison de leur lait. L’exploitation familiale où je suis, travaille avec Sodiaal, l’une des plus importantes coopératives laitières françaises spécialisée dans la transformation de produits laitiers.

Si sur le papier elle se dit « engagée » notamment pour une meilleure rémunération du prix du lait aux éleveurs, elle fait cependant partie d’un marché globalisé où les prix sont régis par la concurrence, l’offre et la demande. La coopérative à la tête de laquelle on retrouve le fils d’un ancien président de la FNSEA, se tourne aujourd’hui vers la terre du milieu depuis que Synutra, un fabricant de lait infantile en poudre chinois, a investi 90 millions d’euros en Bretagne dans une tour de séchage. Le but ? Fournir à la Chine de la poudre de lait «made in France» après les nombreux scandales de lait de vache frelaté à la mélanine. Un débouché qui devrait donc profiter aux éleveurs à conditions qu’ils soient bien rémunérés.

Le temps de démonter le bivouac et de boire un dernier café avec mes hôtes, et me revoilà reparti pour de nouvelles aventures. Je traîne la patte aujourd’hui. Je suis fatigué. Je me couche souvent tard pour écrire les textes du blog. Le matin c’est dur de sortir du duvet chaud et moelleux ! Je traverse d’abord Squiffiec puis Trégonneau en empruntant des chemins bien verts et des sous-bois ! Après une voie de chemin de fer, j’alterne une fois encore goudron et chemins boueux, passe devant trois éoliennes, rejoint le GR 34 puis me retrouve derrière un troupeau de vaches marchant vers une pâture. Il est alors déjà 18h passé. J’hésite à demander un terrain à l’agriculteur qui mène son troupeau. Je ne sens pas l’endroit pourtant il me faudrait m’arrêter avant une 2X2 voies toute proche.

J’avance encore un peu. Alors que je traverse le hameau de Pellégou, j’aperçois un homme sur le seuil de sa porte. Hasard ou pas, lorsque je m’approche il disparaît ! Étrange ! Alors que je m’éloigne de la maison, je sens la présence de quelqu’un derrière moi. Je me retourne et constate qu’un autre homme m’observe depuis cette même habitation. « Bonjour, vous faites quoi ? » me demande-t-il. La discussion est lancée ! Je lui explique mon voyage et lui demande s’il sait où je peux trouver un terrain pour la nuit. La routine quoi ! « Derrière la maison » me répond Jean-Lou. Il a un cheval et un âne mais ils ne sont pas là. Ça tombe bien ! Le terrain est grand et clos. Un vrai bonheur pour Marius qui sera libre de ses mouvements !

Après voir installé la tente, je retrouve le propriétaire du terrain autour d’une bière. Je fais la connaissance alors de Thierry, l’homme que j’avais d’abord aperçu. En fait, il vient quelques mois par an garder la maison de Jean-Lou lorsqu’il est absent. Mon hôte du jour est propriétaire d’un restaurant près de Paimpol. En arrêt à cause de graves brûlures au niveau des chevilles occasionnées après l’application d’une pommade, il a fermé son établissement car il ne parvenait plus à marcher ! Il soigne aujourd’hui ses plaies avec des bandes de miel.

Retour près de ma tente après le départ de Jean-Lou. Je prépare ma popote tandis que Marius se goinfre autour du campement. Le ciel ce soir, est magnifiquement étoilé. Je me sens si bien, en harmonie avec la nature.
Plus tard, dans mon duvet, je suis le témoin d’un moment magique : deux chouettes hulottes se donnent la réplique pendant de longues minutes. Wouaw ! C’est un très beau cadeau que je reçois.

[Vendredi 22 Septembre]

Hier je suis finalement resté chez mes hôtes. Un début de migraine m’attendait au réveil. Les maux de tête sont fréquents. Je pensais à tort lorsque j’ai commencé mon voyage qu’ils disparaîtraient sur le chemin. Difficile de définir leurs origines toutefois à force de me coucher tard et de vouloir me lever tôt… forcément…
Me suis rendormi puis réveillé jusqu’à 9h… Bref quand j’ai émergé de la tente, il était déjà presque 9h30.

Le vent du sud a beaucoup soufflé hier main. Il poussait de gros nuages. J’ai eu le temps de ranger mes affaires avant de prendre une première belle averse. Je me suis abrité sous un hangar en attendant que la pluie éparse s’arrête ! C’est alors que Jean-Lou, le propriétaire, est arrivé. Il est venu réparer son vieux tracteur Renault qu’il utilise notamment pour ramasser son bois. On prend le temps de boire un café, de discuter un moment et je lui ai donné un coup de main dans le montage des pièces. J’aurai tout fait pendant ce voyage ! Moi qui n’y connais rien en mécanique !
En soirée, j’ai donc replanté ma tente après une journée à discuter avec Jean-Lou ! J’ai eu la visite de Catherine et Philippe venus m’apporter la nouvelle toile extérieure de ma tente ! Je ne devrais plus écoper en cas de pluie !

Cette nuit, comme la nuit précédente, a été froide ! Pour la première fois depuis le début de ce voyage, je me suis vraiment gelé. Pourtant, j’ai un sac de couchage de compet’ ! Il indique une température de confort à -16 degrés ! J’ai donc un peu de marge avant de mourir d’hypothermie dans mes plumes d’oies ! D’autant que j’ai aussi un drap de soie qui permet notamment de pouvoir gagner quelques degrés. Cela dit, si les températures ont baissé, je ne pense pas qu’elles soient tombées au point que m’ont duvet ne suffise plus à me tenir chaud ! L’herbe du champ n’était d’ailleurs pas gelée ce matin. J’ai dû simplement mal fermé mon sac et le froid s’est engouffré sournoisement entre les plumes et mes petits bourrelets… Comme quoi, la graisse n’est pas si isolante que ça !!

La tête dehors, je cherche Marius du regard. Je ne le vois pas. Je l’appelle. Pas de réponse. J’enfile mon pantalon et mes chaussures en vitesse. Petit coup de flippe. Je fais le tour du terrain, regarde derrière des bosquets. Rien. Au fond de la pâture, je découvre que la clôture est ouverte. Hé merde. Je fonce. Commence à me poser mille et une questions… Il n’est pas ici. Demi tour… Et là… Qui vois-je ?.. mon Marius qui revient de je ne sais où. Un peu en stress de m’avoir vu partir en courant… Je n’ai pas compris tout de suite d’où il venait mais il avait en fait trouvé un petit passage dans une haie menant à un abri. Malin le Marius !  Il s’agit en fait du box des équidés de mon hôtes garni d’une litière de paille et équipé d’une grande poubelle d’eau. Mon âne aime son p’tit confort ! Il est précieux !

Aujourd’hui, c’est « ascension du Ménez Bré ».
J’entends d’ici votre interrogation « Quoi qu’est-ce que c’est ? » … A part bien sûr si vous êtes bretons ou/et si vous avez déjà fait l’ascension d’un plus hauts sommets du massif primaire Armoricain (-600 millions d’années) ! Bon, on ne s’emballe pas : le Ménez Bré, qui fait partie de la chaîne des Monts d’Arrée, culmine à… 302 m ! Je pense que ça devrait aller même après une petite nuit fraîche sous la tente !
Nous sommes à 7 ou 8 km de cette … colline bretonne … ou montagne… Bon, bref…  je ne voudrais fâcher personne … Alors d’après wikipédia : « Une colline est un relief généralement modéré et relativement peu étendu qui s’élève au-dessus d’une plaine ou d’un plateau et se distingue dans le paysage. Les collines peuvent être isolées ou se regrouper en champs de collines ». Bah voilà, c’est bien une colline !

Il nous faut près de deux heures pour arriver au pied de ce vestige du massif armoricain. On a un temps magnifique aujourd’hui ! En grimpant au sommet, je me réjouis de pouvoir admirer le panorama s’étendant des Monts d’Arrée à la côte de granit rose. Enfin, c’est ce que dit la brochure touristique sans spécifier toutefois qu’il faut avoir une vue de pilote de chasse. Pour Marius, c’est mort !

La grimpette me laisse déjà un avant goût de ce que j’imagine découvrir là-haut. Bon s’il n’est pas très élevé, je reconnais que j’ai donné un p’tit coup de cul avant d’arriver sur le toit du Ménez. Avant de profiter pleinement de la vue, je débâte Marius, mange un morceau et entame une petite sieste. L’altitude fatigue !! Je n’ai plus l’habitude des hauts sommets. Mon corps doit s’acclimater ! Reposé, je charge Marius tandis que des curieux m’interrogent.

J’approche la chapelle Saint-Hervé qui coiffe le Menez Bré depuis le VIe siècle. La « montagne sacrée » ou le « bon géant de la contrée » domine le Trégor intérieur et la côte par ses 302 mètres d’altitude. De nombreuses légendes courent sur ce site, on affirme notamment que le druide Gwench’lan a caché un trésor dans les entrailles du mont, après l’avoir fait transporter par un charretier dont il avait bandé les yeux.

Après un long moment passé à contempler le panorama, j’entame ma descente pour rejoindre la plaine. Le dénivelé négatif est assez fort. Le chargement de Marius ballote pas mal. Il n’apprécie pas du tout ! D’une main, je tente alors de maintenir une des sacoches pour éviter qu’elles ne tanguent trop. Pas facile mais c’est mieux. Je repasse sous la Nationale 12 avant d’emprunter un chemin. Après encore quelques kilomètres, j’entre dans Gurunhuel. Je longe d’abord devant des parcs occupés par des chevaux. Un possible lieu pour passer la nuit… ou pas ! J’avance encore un peu, passe devant une maison d’où sort une voiture. L’automobiliste me double puis s’arrête 20 mètres plus loin. Il sort de son véhicule et me demande ce que je fais. Le temps de lui expliquer brièvement et il me propose son terrain où il me conduit ! Partiellement clos, bien herbeux mais humide, il conviendra pour cette nuit !

Jacky, mon hôte, m’apporte de l’eau et me laisse car il partait dîner en famille. Un peu plus tard, j’ai la visite de Myriam que j’avais rencontrée il y a quelques semaines chez Sandrine et Denis près de Saint-Brieuc. On s’est revus quelques fois depuis notamment lorsque j’étais chez Catherine et Philippe. Mais dès le soleil couché, la température tombe assez vite. Il fait froid et Myriam ne s’attarde pas.
Je ne tarde pas non plus après son départ pour me glisser dans mon duvet ! Ça pèle !

Tags : BreizhBretagneCôtes d'ArmorMénez BréTour de France

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