close
Marius Tour de France

Jour 550 / Marius aurait-il un problème de vue ?

Mardi 29 Septembre 2017]

Nous voilà donc repartis ce matin en grande forme après plus d’une semaine passée chez Catherine et Philippe où j’ai été comme un coq en pâte ! Je vous avais déjà parlé de Philippe il y a quelques jours, voire quelques semaines. Comme beaucoup de mes rencontres, il a le cœur sur la main et il est toujours là en cas de besoin. Je l’ai rencontré furtivement il y a 6 ou 7 ans, lors d’une de mes traversées du Vercors. Il était avec des amis Suisses. Ce sont eux qui lui ont parlé de mon tour de France avec Marius. Philippe a donc repris contact avec moi et m’a proposé de m’arrêter chez lui par l’intermédiaire de mon blog.

J’ai fait un peu plus connaissance de sa femme, Catherine, avec qui il a acheté une maison qu’ils sont en train de restaurer avec des matériaux sains. Ils y vivent heureux même si Catherine travaille quelques jours par semaine sur Rennes. Philippe lui, se lance dans l’aventure de la création d’entreprise en ouvrant un Atelier de Serrurerie. Ce qui ne semble pas une mince affaire ! Malgré leurs occupations, ils ont été pour moi très disponibles.

Nous avons installé une clôture sur une partie du terrain. Un voisin éleveur leur a prêté un filet à mouton et Philippe a acheté une vingtaine de piquets et du fil pour compléter et permettre à Marius de profiter d’un grand parc. Il était tout près de la maison. Me voir et m’entendre l’a apaisé. Lorsque je suis installé chez quelqu’un, c’est un peu comme si je quittais le troupeau. Cela inquiète beaucoup Marius qui va m’appeler très souvent même s’il est en compagnie d’autres équidés dans son pré.

Marius bien installé, j’ai pu profiter pleinement de ma pause. Catherine et Philippe, en guides attentionnés, m’ont fait visiter la région. J’ai pu ainsi découvrir Paimpol et notamment son port de plaisance et de pêche. Le nom de cette commune au patrimoine très riche, vient du breton pen (extrémité) et poul (étang) soit en français « la tête de l’étang ». Autrefois, il existait de nombreux étangs et Paimpol était une presqu’île. Lors de grandes marées, plusieurs quartiers du bourg étaient complètement inondés. Il ne reste presque plus de marins pêcheurs dans le port. Pourtant, entre le XVIème et le milieu du XIXème siècle, les Paimpolais partaient pour la pêche à Terre-Neuve. Le nombre d’armateurs et de navires atteindra 80 bateaux, à son apogée en 1895. Les navires sont construits, pour la plupart à Paimpol. Les préparatifs de départ donnent lieu à de grandes fêtes, dont le pardon des Islandais, qui a lieu chaque année en février ou mars (aujourd’hui, la fête des Islandais se déroule courant juillet). Les pêcheurs partent pour l’Islande en février.

La pêche se déroule sur 6 mois en évoluant tout autour de l’île, pour suivre le poisson. Elle se pratique à bord de bateaux classiques mais surtout à bord des doris (embarcation à fond plat, en bois, de 5 à 6 m de long). Durant toute la durée des campagnes de pêche, les Paimpolais vont payer le lourd tribut de 2000 morts (environ 1 équipage par an, sur 83 ans) pour des armateurs qui s’enrichissent. Les causes de morts à la pêche sont multiples : dangers liés à la mer, manque d’hygiène, malnutrition, le tout aggravé par l’alcool. Le déclin de cette pêche s’amorce à partir de 1914, et se concrétise en 1935 avec le départ de la dernière goélette cette année-là. (Source Ville de Paimpol).

A l’occasion des journées du patrimoine, nous sommes allés visiter un moulin de la mer ainsi que le château de la Roche-Jagu et son parc contemporain d’inspiration médiévale. Une très belle forteresse construite au XVᵉ siècle sur la commune de Ploëzal au bord du Trieux. C’est un peu grâce à la tempête de 1987 que le domaine est devenu ce qu’il est aujourd’hui. En effet, le site a été touché de plein fouet par un ouragan qui causa d’importants dégâts dans toute la Bretagne et qui coucha environ 4000 arbres (chênes, hêtres, châtaigniers, frênes). Les rafales de 175 km/h n’ont laissé qu’un paysage lunaire. Pourtant, le débardage a permis au Département (propriétaire depuis 1958) de dégager un trésor et de dévoiler des terrasses, des cours d’eau, ou encore des constructions. Grâce à un guide, nous avons pu découvrir ce dernier témoin d’un système défensif bâti entre Pontrieux et l’archipel de Bréhat. Ce grand logis fortifié aurait remplacé une forteresse dominant la vallée du Trieux construite vers la fin du XIe siècle et probablement détruite au cours de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1365),

J’ai aussi profité de mon arrêt de quelques jours chez Catherine et Philippe pour faire venir une ostéopathe pour Marius. Ce fut un peu compliqué d’en trouver un disponible mais à force d’insistance, une véto a fini par se déplacer… entre deux averses ! Je vous parlais il y a quelques jours des peurs inexpliquées de mon compagnon de voyage. Les Korrigans lui feraient peur… à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose. L’ostéo a d’abord évoqué un problème de vue à l’œil droit : « L’info que j’ai c’est qu’il verrait flou ». L’œil droit c’est tout à fait plausible : c’est le côté où il regarde lorsqu’il a peur. L’ostéo a finalement conclu que la cause de ces peurs serait l’os temporal. Après quelques manipulations, elle espère que Marius ira mieux. Toutefois, ce n’est que sur le chemin que je pourrai vérifier s’il a toujours peur… des Korrigans !

Ce matin donc, nous sommes partis en direction de Pontrieux où Philippe, qui m’accompagne une partie de la journée, et moi allons manger une galette face au port. Une galette bretonne bien évidemment ! En fait, j’ai un défi à relever, lancé par Nathalia sur Facebook qui voulait qu’on me photographie avec Marius attablé à un restaurant en train de manger un crêpe. Défi relevé !!

A la terrasse de la crêperie, on a rencontré Audrey, jeune niçoise venue en Bretagne pour passer son permis. Elle est hébergée chez un ami rencontré en Inde lors d’un récent road-trip. Elle en profite donc pour y passer son permis et visiter la région.

Vers 13h on repart, la photo dans la boîte et la galette dans le ventre ! On traverse la ville avant de la quitter sous le regard médusé des passants et automobilistes !

On longe ensuite un bout de départementale puis on retrouve des sentiers équestres avant de descendre au bord du Trieux, un petit fleuve côtier qui se jette dans la Manche. C’est après le Moulin de Brélidy que Philippe nous salue ! Un au-revoir et non un adieu puisqu’il devrait m’apporter quelques affaires qui arriveront par la poste comme la nouvelle toile extérieure de ma tente, changée par le fabricant puisque l’ancienne a été percée par un arceau cassé. Merci encore pour ton aide précieuse Philippe.

Marius et moi reprenons seuls la route. Après être remontés sur le plateau et nous être reposés quelques minutes au bord d’un chemin, on redescend pour traverser le Trieux. Je m’enfonce alors dans une sorte de galerie végétale. De chaque côté du sentier, le talus mesure au moins 2 m recouvert de branches basses. Par endroit, nous devons passer sous des arbres couchés en travers. En bas, le chemin s’ouvre sur une large rivière. Il n’y a ni pont, ni gué !! Elle ne semble pas très haute. J’en connais un qui est ravi ! Enfin, vu de la rive. Marius a d’ailleurs vite compris qu’on allait tremper nos petites guiboles dans l’eau fraîche ! Il fait mine d aller brouter un peu plus loin sur les berges.

Avant de pénétrer dans l’eau, j’enlève mes grosses chaussures pour enfiler mes sandales. Je n’ai pas envie de marcher pendant des jours dans deux aquariums que je n’arriverai pas à faire sécher ! J’amène Marius au bord. On se lance. Mon âne en premier. Devant. L’eau est très froide ! Plus je m’éloigne du bord, plus le fleuve est profond. A mi-distance, l’eau monte jusqu’aux genoux ! Les cailloux sont glissants. Prudence. Étonnement, Marius traverse mieux les rivières que les flaques de boue ! Il est devant mais veille d’un œil que je sois bien derrière lui.

Et si l’envie me prend de m’arrêter pour photographier notre traversée, il stoppe et entame un demi-tour !! Il n’est quand même pas tranquille ! Je range vite mon appareil et poursuis. On est presque au bout. La berge, enfin… Mon champion est passé ! Je souris en me rappelant nos premières randos lorsqu’il était hors de question pour lui de plonger les sabots dans une rivière. Lors du premier voyage, j’avais dû négocier près d’une heure pour l’inciter à passer. J’avais finalement abdiqué et cherché un autre chemin. Au sec ! Quand je pense à tout ce chemin parcouru en dix ans !! De l’autre côté, le chemin est boueux. Je félicite mon fidèle destrier qui a vraiment fait de gros progrès. Le temps de changer de pompes et on repart ! J’hésite entre deux sentiers non balisés puis m’engage sur celui qui me semble être le bon.

Un peu plus loin, j’arrive dans une ferme. J’aperçois une personne âgée. L’homme a du mal à marcher. Il ne me remarque pas. Je ne trouve pas les indications du chemin. Demi tour. J’ai dû le manquer. Plusieurs chiens se mettent à aboyer. Une vieille dame sort d’une grange et m’aperçois. Je vais donc à sa rencontre pour lui demander ma route. Je ressens beaucoup de pauvreté ici. Le temps semble s’être arrêté dans cette exploitation. Le couple d’agriculteurs est très âgé. Les chiens aboient et couvrent ma voix. Ils n’entendent pas grand chose de ce que je leur demande mais finissent par m’expliquer de retourner sur mes pas pour trouver le sentier sur ma gauche. Finalement, le chemin n’est pas très bien entretenu et ne m’encourage pas à y passer.

C’est donc par la route que je continue. Pas très longtemps. L’heure tourne et je pense à me poser. Après avoir rejoint la route, je passe devant une ferme. J’aperçois deux jeunes sur un terrain. Je les interpelle pour une pâture. Sabine et son frère Vincent, qui exploitent la ferme avec leurs parents, me proposent un terrain clos à côté d’un hangar. Cool, Marius sera en liberté pour la nuit dans un grand parc. Nous aurons des génisses comme voisines !

Plus tard en début de soirée, la famille vient me voir devant le champ. Je fais la connaissance de Franck et Gisèle, les parents, et Marion, la copine de Vincent. Je parle longuement de mes aventures et de mon compagnon de voyage qui mange tranquillement alors que la nuit tombe tranquillement. Il est alors temps de retrouver son duvet !

Bonne nuit !

Tags : breizBretagneCôtes d'ArmorLe TrieuxPontrieuxSaint BrieucTour de France

Laisser un commentaire

Simple Share Buttons
Vous ne voulez manquer aucune de nos publications ? Abonnez-vous en laissant votre mail ici :
Abonnez-vous !